‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 61 sur 194 · AI IIIKNTICITÉ DES SÉPULTURES QUATERNAIRES · texte numérisé non relu

AI IIIKNTICITÉ DES SÉPULTURES QUATERNAIRES

derils d'ours et de lion, était apparu. Etait-ce enfin le document décisif? L-es conditions du gisement étaient telles que l'on pouvait encore discuter si l'homme avait été enseveli, ou s'il navait pas été écrasé, comme son contemporain de Laugerie- Basse, ou s'il n'était pas mort, solitaire et abandonné, dans cet asile où personne n'était venu avant lui '".

Voilà où en était, en 1883, le problème des sépultures quaternaires. Car ce n'élaient point les ossements découverts aux Cottes par le comte de Rochcbrune, en 1881 ^^ ni même rhoiunie de Tilbury, trouvé, en 1883, à 10 mètres 30 de profondeur, dans les alluvions de la Tamise, qui projetteraient sur le sujet une lumière éblouissante ^*. Le squelette des Cottes n'était qu'un tas informe, et celui de Tilbury, selon toute vraisemblance, appartenait à un noyé dont le corps était venu s'échouer là, dans fe sable.

notre explication. » Massenat, Lai.andf. elCARTAiLHAC, Découverte d'un squelette humain de Fâge du Renne à Laugerie-Basse, dans Matériaux... 1S72, pp. 224 et suiv.

16. Voici ce qu'écrivait à ce sujet Louis Lartet, en 1874 : « L'idée d'une sépulture peut à la rigueur s'accommoder avec les circonstances du gisement en admettant que le crâne a pu être fracturé par suite "du poids des blocs qui le surmontent. Cependant, parmi bien d'autres difficultés, il resterait à expliquer la dispersion des ossements à la base du grand foyer, et lorsque les chasseurs sont venus à leur tour prendre possession de la cavité, comment n'ont-ils pas respecté les restes de ce mort dont la sépulture devait être accompagnée de quelque marque intelligible pour eux ? Comment ont-ils dispersé ses ossements parmi les débris de leur repas ? Mais alors ils se seraient emparés du collier de dents d'ours. On le voit, la position de ces débris humains n'indique pas d'une façon précise l'événement auquel leur enfouissement est dû. Si l'on devait adopter une de ces hypothèses, nous donnerions notre préférence à celle dlune mort ocridentelle. Le .squelette dispersé, le crâne recouvert par les blocs, les dents d'ours légèrement recouvertes par la boue, tout cela aurait pu passer inaperçu pour les chasseurs qui sont venus établir domicile dans cette grotte. Ils ont même pu. en remuant les cendres de leurs premiers foyers, disperser parmi elles les ossements humains, sans en remarquer l'origine t>. L. Lartet et Chaplain Duparc. sur une sépulture des anciens Troglodytes des Ptjrénées, dans Matériaux, 1874, p. 101.

17. De Rochehrune, Les Troglodytes de la Guarsempe, fouille de la grotte des Cottes, 1881.

18. OwEN, .Antiquitif of man as reduced from the discovenj of n hnman skeleton during the excavations of the Hast and West India ilnck.<i extension at Tilbury, north l)anks of the Thames, 1884.

Nous ne rapportons point ces faits pour justilier l'attitude systématiquement négative de M. de Mortillet. Nous les rapportons pour montrer qu'aux environs de 1880 l'existence de sépultures quaternaires n'était pas encore une vérité scientifique, et qu'au surplus on peut être catholique et, vis-à-vis d'un adversaire dominé par la passion anticléricale, l'aire preuve d'imparlialité. Et puis, plus on aura mis en relief les exigences rigides de la science, plus on sera tranquillisé s'il est établi que ces exigences ont été pleinement satisfaites. Aujourd'hui, ni riine ni l'autre des deux preuves requises ne fait défaut, ni la stratigraphie, ni Ui mulliplicité des docunieiilcomparatifs.

Sur le terrain de la slratigraphie, un événement domine la période postérieure à 1883 : ce sont les fouilles reprises à Grimaldi, de 1895 à 1902, par M. le chanoine de Villeneuve, sous la haute direction du prince Albert de Monaco '^ Elles ont été

19. De 1875 à 1895, les grottes de Grimaldi ne furent pas oubHées. En dehors des recherches, assez anodines d'ailleurs, exécutées par un allemand, M. Schijltz en 1882-1883, les fouilles portèrent, durant cet intervalle de vingt années, sur les dépôts de la Burma Grande. Celles du professeur Orsini (1883) furent brusquement interrompues à la suite d'un bouleversement clandestin du chantier. En 1883, M. François Abbo se rendait acquéreur de cette grotte. Cette acquisition donna lieu à des litiges qui eurent des conséquences fâcheuses. En 1884. M. Julien exhumait un squelette enseveli à 8 m. 40 de profondeur. M. Abbo fit valoir ses droits. Le résultat le plus clair de la contestation fut la destruction à peu près totale du squelette, sauf le crâne, dont Rivière a publié la reproduction dans son grand ouvrage (De Vantiquité, etc., op. cit., pp. 196-198). De son côté, le Priincf. de Monaco avait formé dès 1883 le dessein d'explorer à fond la Barma Grande. Il avait même formulé, à cette occasion, certaines règles que les auteurs des fouilles auraient à appliquer, et qui sont un modèle de méthode scientilique. Malheureusement, d'insurmontables difficultés s'opposèrent à l'exécution de son projet. Ce fut le propre fils de M. Abbo, Joseph Abbo qui, assisté par les conseils de MM. Vebneau et Boule, entreprit d'explorer la caverne litigieuse. Il eut la bonne fortune de découvrir, en 1892, une sépulture renfermant trois squelettes (Cf. Anthropologie,, t. [H, pp. 513-540), et, en 1894, deux autres squelettes dont l'un était carbonisé (Cf. /&/d... t. V, p. 123, et t. X, pp. 439-4.52). Si l'on met à part les travaux dont la Barma Grande avait été l'objet, l'ensemble des grottes de Grimaldi était demeuré à peu près dans l'état

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niellées avec un soin, une exaclilude et une intelligence audessus de tout élos^e. Klles ont pailiculièreiueiil porté sur ti'ois grottes: eelle du l'iiiicc, fclle du- Cavillon, qui n'ont livré aucune sépulture nouvelle, et enfin celle des Enfants.

Dans la grotte des iMiJants (//>/. 107, p. 200) il i-estail a «-xli-aire environ 8 mètres de remblai. M. de Villeneuve a pu con-

Fig. 89. — Bison couchk retournant la tkte. Phase des peintures polychromes. Largeur, i"'6o. (D'après Breuil, A//ti//i/ru, p. 105).

<laler qu' u une fois les couches superficielles enlevées, toutes les assises étaient en place cl n avaient jamais subi de remanie-

on elles se trouvaient, en 1875, après l'interruption des fouilles de M. RiviKHK. Dans Vabri Lnrenzi, une couche de 2 mètres 50 à 2 mètres 60 avait) été enlevée. linnusso da Torre était vide ; Barma dei Gerbfti (qui n'avait livré que des ossements d'animaux) également. La grotte du Prime était intacte : à la grotte des /infants, l'épaisseur de la couche explorée mesurai! 2 mètres 70 d'épaisseur sur environ 11 mètres <lu rend.)lai iof;d. An C.ttviUon, M. Rivièrk avait cru atteindre le plancher de la grotte. Kn réalité, il s'était buté à une énorme dalle sous laquelle s'étageaient plusieurs foyers anciens dont la hauteur maximum était de 4 mètres 60. Ces trois dépôts (Enfants, Carillon, Prince) furent explorés avec un soin extraordinaire (voir à ce sujet, dans Grottes^ de firimaldi, Historique et Description des fouilles par le Ch. de Villeneuve, tome I, fasc. 1). GrAc^^ à <-ette méthode rigoureuse, nombre de problèmes, demeurés jus(pie-là obscurs, ont été résolus d'une manière définitive : acre des sépultures, rites funéraires, position strati-

menls^". » D'autre part, M. Boule a démontré le caractère franchement quaternaire des faunes ^\ et M. Cartailhac, le caractère nettement paléolithique de l'industrie -^. Sans doute les niveaux archéologiques sont d'époques différentes : tous appartiennent à la même grande période géologique.

Or, de ces niveaux datés et intacts, quatre nouveaux squelettes ont été exhumés : celui d'une femme, à 1 " 90 de profon-

graphique de l'horizon aurignacien (cf. supra, p. 54, n. 5), authenticité des statuettes de Menton, (cf. inffa, chap. vu), découverte d'une nouvelle race paléolithique (cf. supra, p. 46), antériorité des hommes de Menton — race de Cro-Magnon — sur les hommes de la Vézère (cf. infra, chap. x). M. Cartailhac n'a rien exagéré lorsqu'en 1906, au Congrès préhistorique de Monaco il a prononcé ces paroles : « Les grottes de Grimaldi éclaireront désormais, comme un phare très important, le monde préhistorique.

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