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CHOYANCES DES PALÉOLITHIQUES SUR LAU-DELA

La démonstration de l'authenticité des sépultures paléoli- Ihiques nous a mis en possession de certaines données positives tort intéressantes. Non pas qu'avec elles nous puissions nous

uu qui ont eu lenialheur de modifier leurs opinions antérieures (exemples : M. Cartailhac, à propos de l'homme de Laugerie-Basse, et Verneau, à propos des sépultures de Grimaldi. Et pourtant nous vons si ces deux savants ont eu de bonnes raisons pour changer l'avis. Ces raisons M. P. de Mortillet ne les connaît pas. Ni les uilles concluantes du Prince de Monaco, ni les données nouvelles quises au sujet «le la position stratigraphique du niveau aurignacien lui ont paru dignes de créance : les squelettes de Grimaldi, comme 1892, sont datés du néolithique). — S'agit-il de résoudre les cas s plus embarrassants ? On les élimine en recourant à de faciles hypoèses. M. P. DE Mortillet fait une consommation vraiment exagérée ces « accidents », h l'aide desquels on se flatte de rendre illusoire preuve des inhumations intentionnelles. L'homme de Laugeriesse a été aulheuliquement a écrasé » (interprétation un peu vieillolto). Les hommes de Spy sont « les corps des victimes écrasées par ^la chute de pierres provenant du rocher ». L'homme du Moustier a I^Hté précipité du haut de la terrasse supérieure de la grotte. L'honune I^He la Chapelle-aux-Saints fut surpris par la mort. L'homme de Duruthy I^Bst à son tour un écrasé, l/honmie de Raymonden a été sans doute ^ emporté par une inondation. L'homme des Hoteaux pourrait bien être J^jjii noyé... En vérité, M. P. de Mortillet se donne trop de mal pour l^ftboutir à une conclusion dont l'uniformité sulTirait à éveiller la plus juste défiance, - Signalerons-nous, en outre, certaines inexactitudes <ic détails? Où donc l'auteur a-t-il appris que l'homme de Néanderthal

^^^ était étendu dans le sens de la profondeur de la grotte, les jambes ^^ers le fond et la tête du côté de l'entrée? » M. H. Obermaier, qui a publié une étude très approfondie sur les restes de l'âge quaternaire (liiiis l'Europe centrale, est bien moins catégorique : « Aucun homme coinpétent, dit-il, n'a vu le squelette humain in silu... >■> On voudrait savoir par quels moyens M. P. de Mortillet a pu suppléer à cette indigence des renseignements dignes de foi. Et de même, pourquoi l'auteur dit-il que MM. Bouyssonnie et Bardon, parlant de la fosse ÉHpù l'Homme «le la Chapelle-aux-Saints fut enseveli, « ne sont pas alTir- ■^■Qalifs, ce qui fait le plus grand honneur à leur probité scientifique ? » l^^n entrevoit trop aisément que la probité scientifique consisterait, ici. ^^^ abonder dans le sens de M. de Mortillet. Mais il faut bien reconnaître que les auteurs de la découverte sont bien plus affirmatifs qu'on voudrait bien nous le faire croire. Sans doute (Anthropologie, t. XIX, I». TvlS), relatant l'hisioire des fouilles, MM. Bouyssonmf et Bahdon écrivent : « Le 3 août 1908, nous étions arrivés ?» 3 m. environ dans

flatter de reconstituer tout le détail des croyances de nos troglodytes sur l'au-delà. Nous en savons assez pour dégager au moins quelques conclusions assez fermes. Ces conclusions, nous allons les formuler et les justifier, en les ordonnant d'après le degré de certitude ou de probabilité qu'elles comportent.

Et tout d'abord l'existence des sépultures prouve que l'Homme préhistorique n'a pas cru que tout fût fini avec la mort. Il a eu foi en la survivance. On s'attarderait inutilement à accumuler les témoignages comparatifs capables d'appuyer cette proposition. 11 faudrait citer, tout entière, l'histoire de l'humanité religieuse, civilisée ou non civilisée. Partout et toujours, à tous les degrés de culture et à toutes les époques, l'ensevelissement intentionnel des défunts est en relation directe et intime avec l'idée d'un au-delà. Si les morts ont été l'objet de soins particuliers, c'est parce que, d'une part, on était persuadé que l'étincelle de vie ne s'éteignait pas avec le dernier soupir, mais que l'existence terrestre se prolongeait dans un monde invisible et mystérieux où les hommes gardaient conscience de leur personnalité, — et c'est parce que, d'autre

l'intérieur, où le sol naturel présentait comme une fosse ». Mais ils ajoutent immédiatement : « nous ne nous doutions pas que c'était une sépulture ». On a donc là la première impression d'explorateurs qui, absolument dégagés d'idées préconçues, ne parleront de fosse et d'inhumation qu'après y avoir été contramts par l'évidence des faits. Et quand leur conviction est solidement établie, ils ne reculent plus et franchement ils « affirment » que la fosse existait. A preuve, cette simple citation d'un article publié dans l'Anthropologie, t. XXIV, p. 631 : « Une dernière constafalion démontre Vexistence d'une sépulture intentionnelle : c'est la présence d'une fosse à la Chapelle-aux- Saints ». Si M. P. de Mortillet n'est point satisfait par le caractère « affirmatif » de cette phrase, quel langage faudra-t-il employer pour le convaincre ? — Enfin, pourquoi passer sous silence plusieurs découvertes dont l'authenticité n'est pas en cause ? M. P. de Mortillet est sobre sur les squelettes exhumés à l'étranger. Il se donne la partie belle en mentionnant l'Homme de Tilbury dont jamais personne n'a prétendu qu'il ait été enseveli. Mais les sépultures de Predmost ? Mais le squelette de Brttnn ? Mais le squelette de Neu-Essing?... Ils n'ont pas même l'honneur d'une mention, et c'est là, avouons-le, une lacune regrettable, dans un travail qui vise à établir une théorie générale. — La science oblige tout homme, croyant ou non croyant, à s'incliner devant les faits. Il semble que, dans le cas présent, cette attitude de soumission à la réalité objective ait notablement manqué à M. P. de Mortillet.

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pari, on croyait que les défunts, même entrés dans la vie d'outre-tonibe, n'avoi-ent point perdu tout contact avec les vivants. Nous serail-il interdit de préciser davantage, ce premier résultat, acquis à nos études, serait déjà considérable. Il l'est en lui-même et en raison des conséquences qu'il imj)li(jue. En lui-même, car il est capital de constater que les idées dont les hommes ont vécu et vivent encore aujourd'hui, se retrouvent intactes, sous leur forme essentielle, aux premiers âges de la civilisation. En raison de ses conséquences, car s'il est vrai, suivant l'expression do M. do Mortillet et de tous les

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Gravures kxécutées par les Eskimos de l'At.aska (maisons et villages). (Cf. Altamira, p. 151).

ons esprits que « dès que les idées religieuses se font jour, les pratiques funéraires s'introduisent », réciproquement, les pratiques funéraires trahissent l'existence d'idées, de préoccupations religieuses, quel que soit, d'ailleurs, le contenu de ces idées et l'objet de ces préoccupations*". Et l'on voit pourquoi

89. MM. BouYSsoNNiE et Bardon, en terminant l'article cité plus haut {Anthropologie, t. X.XIV, pp. 29-34), posent, h ce propos, la règle suivante : « Dans la mesure où il est dômontré par la philosophie et par la science que l'acte d'ensevelir les morts suppose des croyances et es sentiments religieux, dans celte mesure-là on peut affirmer que,

s la période moustérienne, il y avait de la religion dans l'humanité » bid., p. 34). L'étude de l'aspect philosophique de la question ne rentrant pas dans le cadre de cet ouvrage, contentons-nous de recourir à la science, c'est-à-dii-e à VHistoire. dea Religions. Or le témoignage df- VTIiatnire des Religinna pnraît bien rlnir. On ne citerai! pn*; nn '=pnl

une enquête sur les sépultures se place, logiquement et psychologiquement en tête d'un travail sur les religions de la Préhistoire. L'homme quaternaire, nous en avons désormais la certitude, a connu le sentiment religieux. Nous sommes donc invités à pousser plus loin et à rechercher si ce s'intiment ne se traduit pas par des manifestations d'autre sorte. La voie est ouverte et la science a repris sa liberté.

Cela dit, convenons de bonne grâce, que les données de l'archéologie n'autorisent pas à risquer nombre de conjectures sur l'idée que nos paléolithiques avaient de la survie.

Une doctrine pleinement développée de la survie doit répondre en effet à une foule de questions. Quelle est la partie de nous-mêmes qui survit ? C'est l'âme, sans doute ? Mais qu'estce donc que l'âme ? Une substance immatérielle ? Un principe immortel, indestructible? Et lorsqu'elle a quitté le corps, où va-t-ejle? Quelles régions habitera-t-elle désormais? L'existence qu'elle mène, là-bas, est-elle absolument différente de la nôtre? Et puis, quelles relations réciproques morts et vivants peuvent-ils entretenir? Enfin, et surtout, l'au-delà est-il la simple réplique du monde terrestre, où le mal, trop souvent.

peuple, sauvage ou civilisé, au présent ou au passé, qui, accordant à ses morts les honneurs de la sépulture, n'ait point professé ou ne professe point, en même temps, des croyances d'ordre proprement religieux. Et que l'on veuille bien comprendre le sens de cette afïirmation. On ne veut pas dire que l'existence de la religion soit prouvée par cela seul que les hommes considèrent les morts comme un objet direct de culte. Cela ne serait pas exact. Nombre de peuples, à commencer probablement par les tribus paléolithiques (voir plus loin), ont évité d'identifier les défunts avec la divinité. (Exemples : les anciens Babyloniens, pour qui les edimmu n'ont pas été des dieux, Cf. Dhorme, Fm religion assijro-babylonienne, p. 39 ; de même en Egypte, on n'est pas sûr que le mythe osirien reflète la plus ancienne conception de la destinée humaine après la mort, cf. Maspero, Histoire ancienne..., t. I, p. 113 ; etc..) On peut dire, plus généralement, que partout où les coutumesfunéraires apparaissent, on trouve des croyances et des rites s'ajoutant aux croyances et aux rites dont les morts eux-mêmes sont entourés. En d'autres termes, l'existence d'usages funéraires serait comme l'indice révélateur de la religion. Quant à expliquer ce parallélisme constant, c'est un problème que nous nous réservons d'aborder dans un autre travail. Notons, pour l'instant, qu'entre le respect des morts et les pratiques proprement religieuses il y a au moins un trait commun r la foi en un monde, plus ou moins transcendant, où les morts et les dieux peuvent, les uns et les autres, prendre place.

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l'eniporlo sur le bien ? L'homme, au contraire, Irouve-l-il après la niorl un juge (jui rétribue chacun selon ses actes, récompense les bons et punit les méchants? Tous ces problèmes^ est-il besoin de le dire, les sépultures quaternaires ne les résoU vent pas. j\ous ne savons comment nos ancêtres les ont posés,, ni même s'ils les ont tous posés. Il serait d'ailleurs anliscicntilique d'exploiter la mutisme des documents pour bâtir on ne sait quel roman de style évolutionnisle. Confessons nos lacunes,, ne forçons pas l'inconnu, et contentons-nous de signaler le peu qu'il nous est donné d'entrevoir.

Ce peu tient en quelques mots. A l'époque quaternaire, il semble que l'homme ait conçu l'au-delà comme la continuation de l'existence d'ici-bas. Cette induction s'accorde avec les données à peu près universelles de l'Ethnographie, sans compter l'apport de certaines religions classiques de l'antiquité. Nous ne pouvons songer à résumer tous les témoignages. Choisissons quelques faits parmi ceux qui concernent les croyances des populations de culture inférieure ^".

L'Australien croit qu'il emportera avec lui ses armes en pai-adis. Les Tasmaniens déposaient une lame auprès des cadavres, afin que le mort s'en servîl durant les combats d'oulretonibe. Chez les Fidjiens, le corps du chef est étendu, huilé, peint et vêtu comme il l'était pendant sa vie. A proximité de sa main droite, on place une massue ; la même main contient un ou plusieurs oi'nements en os de baleine, admirablement sculptés. Chez les Karènes de Birmanie, on dispose, à la portée du mort, des aliments, des outils, des ustensiles, ainsi que des objets en or ou en argent. Les tribus de l'Asie septentrionale enterrent des chevaux, des traîneaux, des vêtements, des haches, des ustensiles de cuisine, de la viande, du beurre, pour subvenir aux besoins du défunt, au cours de son voyage vers la terre des âmes et afin que, dans cette patrie lointaine, il puisse s'établir confortablement, f'hez les Groënlandais, le kayak, les flèches, s'il s'agit d'un homme ; le couteau, les instru-

90. Nous avons emprunté ces exemples à Tylor, Civilinatioii primitive, ftrad. Brunet), t. I, ch. xi, poasim. Inutile d'ajouter que l'Ethnographie

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ments à coudre, s'il s'agit d'une femme, déposés dans la tombe, doivent sendr aux morts dans l'au-delà. Certains Eskimos enfouissent la tête d'un chien dans la sépulture des enfants parce que le chien, qui retrouve toujours son chemin, guidera sûrement le petit en route vers la terre des âmes. Autrement il risquerait de s'égarer. Chez les Algonquins, le guerrier est enterré avec son mousquet, son casse-tête, son calumet, avec les couleurs dont il se peignait quand il partait pour la guerre. La femme est enterrée avec une pagaie, un chaudron et la courroie qui lui servait à porter ses fardeaux, « symbole, dit ïylor, de l'immortelle servitude ». Les couleurs, placées dans

Fig. I02. — Reconstitution d'un collier paléolithique. Ce collier appartient au jeune homme de la triple sépulture de la Bnnna Gravide (Grimaldi). Il se compose de deux rangées de vertèbres de poisson et d'une rangée de coquillages {nassa iteritea). Des canines de cerf perforées interrompent régulièrement, dans le sens vertical, les trois séries horizontales. (Cf. Grottes de Grimaldi^ II, l, p. 35).

la tombe de Tlroquois, permettront à celui-ci de se présenter décemment dans l'autre monde. Enfin les Patagons enterrent, avec le défunt, ses armes, ses bijoux, et l'on immole sur sa tombe tous les animaux lui ayant appartenu, afin qu'il puisse les retrouver au séjour de la béatitude.

Comment, . malgré l'évidence, les sauvages dont on vient de rappeler les coutumes funéraires, arrivent-ils à se figurer que les objets ensevehs dans les tombeaux suivront le mort? Le P. Lallemant, qui habita longtemps parmi les Peaux-Rouges, l'expHque dès 1623 "'.Ce n'est pas, à proprement parler, l'objet matériel qui accompagne le défunt : c'est le fantôme de cet objet. Le corps des chaudrons, des fourrures, etc., demeure sur

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