ïd., ibid
4. Nous reviendrons sur ce sujet à la fin du présent chapitre.
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laires va tellement à l'encontre de certaines de nos idées modernes que l'on se reprend à douter en face de ces dessins qui couvrent les parois des cavernes du Périgord, des Pyrénées françaises ou espagnoles. A voir se profiler, au moins dans les livres, ces silhouettes de bisons, de rennes, de sangliers, de bouquetins, de chevaux, tracées d'une main si ferme, richement colorées, obtenues par les procédés assez savants que nous avons jadis décrits, on ne peut se retenir de penser que les auteurs de ces images ont voulu simplement embellir leurs sauvages retraites d'ornements harmonisés avec leurs préoccupalions coulumières. Ainsi les Nemrods d'aujourd'hui aiment à entourer de trophées, de tableaux dont les sujets sont emprunés aux émouvantes péripéties de la chasse. Et pourtant, là encore, là surtout, il faut se défendre contre l'illusion. Beaucoup plus que l'art manuel, l'art pariétal s'inscrit en faux contre les hypothèses hâtives et simplistes.
Un ornement, un décor sont généralement faits pour être vus. Or pourquoi les Paléolithiques ont-ils choisi, de préférence, pour exécuter leurs dessins, des grottes absolument obscures, ù le jour ne pénètre jamais ? En vain objeclera-t-on qu'dls vaient des lampes. Sans doute ils en avaient, mais le pouvoir clairant de ces luminaires archaïques était fort restreint. Il suffisait tout au plus à guider les pas des troglodytes qui parcouraient les longues galeries souterraines. Cet amour de l'obscurité ne s'accorde guère, on en conviendra, avec les exigences d'un art décoratif.
Notons encore, à ce propos, une différence singulière entre la localisation des images et celle des foyers habités. Parfois — nous disons parfois car la règle est loin d'être générale — les grottes ornées ont abrité des tribus quaternaires. Presque toujours, la couche cendreuse des foyers s'étend en avant de la caverne^. Par contre les figures sont reléguées à l'intérieur.
fv. Pour éviter le reproche de pr(^senler les faits arrh(^olopiqiies d'une manière trop systématique, donnons de plus amples détails. L'important serait d'observer soigneusement le rapport des lieux d'habitation avec la position des grravures ou peintures pariétales, correspondant à tel ou tel niveau déterminé de la stratigraphie. Malheureusement cette étude minutieuse n'est pas toujours possible, parce que toutes
dans des galeries qui ne furent jamaiis occupées d'une manière continue par les hommes. A l'entrée de la grotte, la vie matérielle s'épanouit, toute proche de l'air et du soleil. Au delà, un sombre gouffre s'ouvre où les animaux figurés se cachent, enveloppés de silence et de solitude mystérieuse, comme s'ils étaient là pour témoigner que l'activité bruyante des groupes campés sur le seuil se relie à une activité plus intime, moins visible, qui sert de base et de soutien à la première. Mais ces indications, si suggestives qu'elles puissent être, ne
Fig. io6. — Coupe longitudinale de la Grotte de la Chapelle-aux-Saints,. montrant la disposition du squelette au fond d'une fosse. (Cf. Anthropologie, t. XIX, p. 5 m).
sauraient nous contenter. Engageons-nous résolument, à la suite de nos Primitifs, dans ces repaires étranges où s'abritent
les grottes ornées n'ont pas été soumises à des fouilles approfondies.. Voici néanmoins les principaux résultats que fournit, à l'heure actuelle, une enquête sur le sujet. Ils sont déjà fort suggestifs.
Mettons à part les rochers peints de l'Espagne orientale : abris ou rocs en plein air n'ont pas conservé la trace précise de l'habitation humaine. On ne peut donc savoir si l'on se trouve en présence de véritables campements ou de centres de « pèlerinages » situés en marge des lieux habités. Quant aux grottes proprement dites, notons que seuls les foyers; et non pas des vestiges d'industrie plus ou moins sporadiques, déposent en faveur d'une habitation coutumière et continue. Il est bien évident, en effet, que pour exécuter gravures et peintures, les paléolithiques ont dû s'établir, provisoirement, à proximité des parois ornées. C'est ainsi an'Altamira recèle, à distance du seuil, une sorte d'atelier pour la préparation des couleurs (Cf. Grottes cantab., p. 195), et qu'à Font-de-Gaume le sol de la galerie ouverte au delà du Rubicon renferme de minces feuillets noirs attestant plusieurs séjours successifs de l'homme (Cf. Font-de-Gaume, p. 42). A propos de cette>
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les plus belles productions artistiques de l'âge quaternaire. Peutêtre aurons-nous à recueillir une bonne moisson de précieux
dernière caverne, MM. Capitan; Brbuil et Peyrony émettent « l'opinion que les hôtes de la grotte des Eyzies sont les auteurs des fresques de la caverne de Font-de-Gaurae, qui est toute voisine, et ne contient quedes traces insignifiantes du séjour de l'Homme ; ce devait être sur les terrasses ensoleillées du rocher des Eyzies qu'ils préparaient les ocres destinés à cette œuvre picturale ». (Cf. Altamira, p. 116). Rien ne montre mieux la différence qui, dans l'esprit des troglodytes, séparait la grotte ornée, sorte de sanctuaire réservé, du lieu propre d'habitation. — Notons également que certaines traces du passage des hommes pourraient fort bien témoigner des rites dont les cavernes peintes furent le théâtre.
D'après le comte Bégouen (v. inlra), ce serait sûrement le cas pour le Tue (TAudouberl. A la Pasiega (cf. p. 5), la salle C (salle du trône " 6 du plan de la page 265 : fig. 134) a seule livré « quelques reliefs e cuisine paléolithique ». Mais les explorateurs se hâtent d'ajouer : « La grotte se prête médiocrement aux nécessités d'une habitation : l'accès en est trop escarpé et pénible, les entrées trop étroites et resserrées, même à supposer que toutes aient été ouvertes autrefois » (ibid., p. 5-6). Les débris de cuisine ne seraient-ils pas, comme au Tue d'Audoubert, les reliefs d'une cérémonie rituelle ? — Plusieurs autres grottes ont livré des renseignements qu'il nous senv ble utile de présenter brièvement (pour les références, consulter la note 17 de la page 78). Comarque : deux figures près de l'entrée. Le plus grand nombre est localisé dans une galerie terminale, en retour vers la droite. Foyers dans un enfoncement de la paroi droite e la première salle, en arrière des gravures liminaires. — Marsoulas : foyers vers l'entrée. — La Mouthe : foyers dans un étroit couloir ; les figures sont au delà. — Niaux: pas de gisement archéologique, quelues objets dispersés. — Pair-non-Pair, Teyjat, La Grèze : foyers en contact avec les gravures. — Nancy : pas de gisement. — Cap-Blanc (abri) : frise sculptée en arrière des foyers. — Laiissel (abri) : foyers en contact avec les gravures. — A.guas de Novalès : fragments d'os cassés et de patelles. — Altamira : au delà du vestibule et de l'entrée de la salle aux grandes fresques, point d'assise archéologique, mais simplement, comme à Aguas de Novalès, le long des parois, de nombreux débris osseux- et des patelles. — CastiUo : dépôt archéologique dans le vestibule ; couches ossifères dans la grande salle attenante à ce vestibule. — La Haza : lambeaux de dépôt archéologique dans le vestibule. — La Loja : vestiges d'habitation dans le vestibule. — La Meaza : tout au fond de la grotte, foyer magdalénien en conjonction avec l'unique signe rouge de cette grotte. — El Pendo : sol en pente vers l'intérieur ; foyers à mi-pente ; gravures tout au fond de la caverne. — Pindal : aucun vestige archéologique ni à l'entrée, ni au delà. — Quintanal : vestiges d'habitation dévalant de l'entrée vers l'intérieur ; gravure sur argile dissimulée, beaucoup plus loin, dans un boyau latéral. — Hornos
indices. Peut-être arriverons-nous à surprendre le secret de ces images qui, nous le pressentons déjà, procèdent d'un tout autre besoin que celui de goûter un plaisir purement esthétique.
Une première surprise nous est réservée. Si nous interrogeons les parois avoisinant le seuil, le plus souvent, nous ne découvrirons aucun dessin ^ Pour en trouver, nous devrons presque toujours nous enfoncer très loin et le voyage sera parfois pénible, sinon dangereux. Et comme la précision est ici d'importance, disons, de suite, que si les gravures et les peintures les plus récentes de l'âge quaternaire tendent à se rapprocher de l'embouchure des cavernes, les images les plus anciennes '' sont,
de la Pena : foyers monstériens, aurignaciens, vieux solutréen, magdalénien ancien, localisés dans un étroit couloir ouvert au fond du vestibule de la grotte. La masse des figures est en arrière, à distance respectueuse dans les derniers replis de la caverne. A noter cependant quelques gravures ou vestiges de gravures (cheval aurignacien, bison, traits vagues), sur les parois de ce vestibule, près de l'entrée, dans le voisinage de débris archéologiques, le tout en avant des foyers du couloir. — Salitré : important gisement à l'entrée. — La Clotilde : aucun vestige archéologique ; pas de gisement probable. — Sanîian : pas de sol archéologique, quelques traces de séjour à quelque distance de Feutrée ; les signes rouges sont à 80 mètres environ au delà. — Tels sont les résultats les mieux certifiés, dans l'état actuel de nos connaissances. Ils se peuvent résumer en ces termes : quelques grottes n'offrent aucune trace d'habitation ; dans plusieurs autres, les vestiges de séjour sont très superficiels, et ne. témoignent pas en faveur d'une installation stable ; dans un nombre assez considérable de cas, la position liminaire des foyers habités est très nette ; enfin il y a des exceptions : il arrive aux gravures d'être en contact avec les foyers, ou d'être franchement localisées en avant de certains foyers. Si, comme nous pensons l'établir, les animaux ont été l'objet d'un culte à l'âge paléolithique, il est assez naturel que les troglodytes aient défendu parfois l'accès de leurs cavernes par l'image de leurs animaux protecteurs. Mais il semble très probable aue les rites cultuels dont ces animaux étaient entourés, s'accomplissaient le plus souvent et de préférence, à l'intérieur des grottes, dans les parties situées au delà des foyers, et qu'en vertu de leur caractère sacré, ces sanctuaires aient été çà et là complètement interdits au séjour des hommes.