‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 96 sur 194 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

24. Ibid. p. 5 et planche xxiv, la photographie du « Trône ».

25. La description suivante résume l'article publié par le Comte BÉGOUEN, Anthropologie, t. XXIII, pp. 657-665, Les statues d^'Argile de la caverne du Tue d'Audouberl (Ariège). Notons également, à ce propos, une autre caverne découverte, en juillet 1914, par les trois fils du comte BÉiiouEN. et qui, pour cette raison, a reçu le nom de Caverne des Trais-Frères. Elle, est située à Montesquieu-Avanlis (Ariège), entre celles du Tuc-d'Audoubert et d'Enlène. Elle est trèsdifficile d'accès et de parcours. Elle mesure environ 300 mètres. Elle renferme une grande quantité de gravures pariétales d'époque aurignacienne et magdalénienne, représentant 14 espèces animales, y compris l'homme : Rhinocéros, Mammouth, Félin, Bison, Cheval, Renne, Chamois, Cerf, Bouquetin, Ours, Carnivore, Oiseaux, Poisson et homme. Ces dessins .sont toujours dans les recoins fes plus inaccessibles et au fond de la grotte. Dans les galeries latérales il y a des mains négatives rouges et des points noirs et rouges en ligne. Au fond se trouve ungrand signe claviforme rouge de 40 cm. de long. Nous devons ces renseignements à l'obligeance de M. le comte Béoolen qui a bien voulu nous communiquer les deux photographies de la p. 103 (fig. 62) et de la p. 271, fig. 136, présentées déjà par lui hV Académie des Inscriptions

ri Ihllrs-f.rllres.

due par un bief formé par la résurgence du Volp ». On traverse, en barque, la distance d'une soixantaine de mètres. Au delà, de larges flaques d'eau parsèment encore le sol. Ce n'est là qu'un vestibule. A cent soixante mètres de l'ouverture, une petite falaise se dresse. Elle borde u de vastes salles ornées de superbes concrétions calcaires d'une éblouissante blancheur et affectant

Fig. no. — L'homme « écrasé » dk Laugerie-Basse, (d'après Cartailhac, La France préhistorique''^ p. no.)

les formes les plus pittoresques ». Déjà, ici, on relève quelques traces de peintures. Mais on est loin de compte. Dans un coin de l'une de ces premières salles, une cheminée monte, « d'abord droite, puis s'incurvant en hélice vers le haut ». Elle mesure 12 mètres 50 et on y grimpe « en s'agrippant aux aspérités du roc ». Au sommet, s'ouvre un couloir, suivi d'une salle très étroite et très basse. Sur les parois, plusieurs dessins de style aurignacien ont été gravés. Au fond, une barrière de stalagmités obstrue soudain la route. Sa présence prouve que jamais,

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depuis les temps préhistoriques, aucun être humain n'a pénétré plus loin. Les explorateurs durent pratiquer une ouverture dans ce rideau rigide. Or, le couloir se continue et voici qu'au plafond, on discerne des lacis semblables à ceux qui furent tracés sur les rochers d'Allamira, de Gargas, de Hornos de la Peiia. L'homme quaternaire avait donc jadis connu ce réduit, avant la formation des stalagmites. Mais le réduit, à son tour, s'évase et s'élargit en une autre salle élevée dont le sol argileux était labouré de griffades d'ours. Çà et là, des tas d'ossements d'animaux. Autour de ces tas, le sol a été piétiné, car on discerne des traces de pieds humains, les pieds mômes des troglodytes qui avaient abattu les bêtes dans ce repaire.

Laissons maintenant la parole à M. Bégouen : « Un peu plus loin on rencontre sur la droite une petite salle en contrebas où l'on accède par une sorte de falaise d'argile où l'on voit des traces du passage des hommes et des ours. Pour se retenir sur ces pentes glissantes les ours ont incrusté profondément leurs griffes qui ont marqué des sillons longs et tortueux. Leurs poils mêmes ont laissé des empreintes. Quant aux hommes, ils ont enlevé de l'argile comme dans une carrière, et on voit encore sur le sol de petits boudins de terre qui après avoir été soigneusement pétris et roulés à la main ont été abandonnés à l'entrée de celle salle.

. (( Le sol en est uni, mais on y distingue de profondes dépressions au milieu d'un lacis de lignes courbes dont nous n'avons pu saisir le sens. Ces dépressions ne sont autre chose que des empreintes de talons humains... Mais pourquoi n'y a-t-il là que des talons, car nous n'avons encore trouvé 6n cet endroit ni un pied complet, ni empreinte d'orteils, tandis que, je l'ai déjà dit, en d'autres points de la caverne nous avons relevé la marque très nette de doigts de pieds. Le plafond de cette salle est suffisamment bas, pour que tout près de l'entrée on ne puisse plus se tenir debout. On devait donc être accroupi. D'autre part, les traits sinueux tracés sur l'argile avaient peut-être un sens rituel qui nous échappe. J'en arrive à me demander si nous ne sommes pas là en présence des traces de quelque cérémonie magique comme celles qui sont encore en faveur chez certaines peuplades de l'Australie ou de l'Afrique, et où les initiés doivent marcher selon un rile .spécial.

« Nous sommes d'ailleurs tout près du fond de la caverne, qui pouvait être en quelque sorte le sanctuaire où loin des yeux

220 VALEUR RELIGIEUSE DE l'aRT QUATERNAIRE

profanes la tribu conservait le fétiche ou l'idole, qui dans l'espèce auraient été des bisons d'argile ».

C'est en effet dans ce dernier réduit qu'ont été découverts les fameux Bisons (lig. 137, p. 274), qui ont valu, à l'exploration de la grotte du Tue d'Audoubert, une place d'honneur dans les Annales de la Préhistoire. Et lorsqu'on a suivi la longue et captivante description que les explorateurs de cette caverne ont écrite d'après leurs souvenirs encore tout récents, il est bien difficile d'échapper à la conclusion suggérée par l'espect des lieux. Ces statues de Bisons, pétries dans l'argile, entourées d'empreintes de talons humains, reléguées à l'extrémité d'une série de salles, de grottes séparées ici par des terrasses, là par une cheminée abrupte, quelle pensée pourraient-elles éveiller sinon celle d'un mystère « voulu et recherché », mystère dont seule la mentalité religieuse de l'homme quaternaire nous livrera le secret.

Ainsi, peu à peu, nos premiers soupçons se confirment. Non seulement nous sommes sûrs désormais que l'art quaternaire n'est pas à lui-même sa propre fin, mais que le but supérieur auquel il est subordonné pourrait fort bien appartenir, en définitive, à la sphère des idées et des sentiments rehgieux. Ne lâchons point cette piste. Essayons de la serrer de plus près encore, s'il est possible.

L'artiste paléolithique dissimule ses œuvres dans les cavernes et souvent dans les parties les plus profondes de ces cavernes, défendues par des obstacles naturels. Ce n'est point assez dire. Souvent aussi, il choisit pour les dessiner, les emplacements les plus inattendus.

Parfois, les images occupent une position tellement abrupte que l'on se demande comment les artistes ont pu y atteindre. A Santian, les signes rouges, en forme de mains ou de boumerangs, sont dessinés en haut d'une paroi (fig. 138, p. 279 ; cf. fig. 60, p. 99) disposée de telle sorte qu'on ne peut toucher directement la partie supérieure des peintures. Il a fallu que l'artiste ou bien se servît d'un instrument allongé, ou d'un escabeau, ou bien qu'il grimpât sur les épaules de ses compagnons. Pour- (^uoi ce luxe de précautions ? Aurait-on craint, par hasard, que

LE TEMOIGNAGE Ul. L AUCHEOLOGIE

les signes ne fussent souillés par des contacts profanes'*? A la Lola, les hommes ont choisi pour exécuter une série de -ix figures gravées de bœufs Hig. 71', p. 123), une surface perchée à 6 mètres du sol au sommet d'une pyramide de stalagmites. Or, l'espace manque pour se tenir au sommet de la pyramide à surfaces raides et glissantes et il faut constamment sur-

Fig. III. — L'HOMME DE Chancklade (d'après Michel Hardy, La station quaternaire de Raymonden, p. 48).

veiller l'équilibre ; « on a littéralement le ventre et la figure contre la paroi ornée... C'est pourtant dans une position aussi instable que le dessinateur s'est tenu durant l'exécution ". »

Par contre, et beaucoup plus fréquemment, les images sont soigneusement abritées sous des saillies rocheuses. A Niaux, un certain nombre de peintures se trouvent dans des conques naturelles formées par les sursauts du roc. Il faut se donner la

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