‹ Les religions et les philosophies dans l'Asie centrale par le comte De GobineauChapitre 9 sur 71 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

DÉVELOPPEMENT DU BaBYSM^

Un changement de règne est toujours, dans l’Asie Centrale, un moment fort critique. En Perse, dans le Turkestan, dans les États arabes, il s’établit alors une anarchie qui dure plus ou moins longtemps, qui prend un caractère plus ou moins violent et tourmenté, mais qui ne manque jamais de suspendre l’action des lois, en vertu du principe que la volonté souveraine a, pour plus ou moins de temps, disparu. Il y a, pour qu’il en soit ainsi, des raisons de fait, mais aussi beaucoup de raisons d’habitude, et je crois que, afin de faire mieux comprendre l’esprit asiatique, il est à propos d’insister sur ces dernières.

Sans doute, le roi est mort et l’action 'de sa puissance s’est arrêtée et ne se fait plus sentir. Mais, dans le cours ordinaire des choses-, cette puissance n’intervient guère que par délégation. Les marchands ont leurs lois, leurs règles et leurs coutumes; les soldats, pour la plupart gens de tribu, ne connaissent que leurs chefs directs; les autorités municipales des villes n’ont pas à expliquer trois fois par an un acte quelconque de leur autorité au

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contrôle royal, et, quant à l’exercice général de cette autorité, les fonctionnaires n’en rendent jamais compte qu’au jour de leur destitution. Il n’y a donc, en réalité, aucun motif bien décisif pour que, le roi mort, le mouvement gouvernemental s’arrête.

Mais les peuples ont conçu de tout temps l’idée que les magistrats, à quelque rang qu’ils appartiennent, ne sont que les serviteurs du roi, daus le sens tout à fait domestique du mot. Puis la notion de la loi dans ce qu’elle a de proprement souverain n’existe pas en Asie, ce qui est bizarre; car, plus que dans tout autre pays, la loi y est immuable, et, cependant, on s’obstine à ne voir dans cette loi, très-généralement contemporaine des Sassanides, que l’expression de la volonté du prince régnant, bien qu’il ne soit le plus souvent pas libre d’y changer la moindre chose. 11 en résulte que les magistrats, comme le peuple, sont imbus de cette idée que, en temps d’interrègne, il n’y a plus de légitimité ni de raison d’étre pour aucun pouvoir. C’est une montre qui s’est arrêtée; les ressorts n’en changent pas et n’en doivent pas changer, mais, jusqu’à ce qu’une main autorisée la remonte, elle ne fonctionne plus.

En outre, bien des passions et des intérêts sont là pour réveiller, exciter, attiser, mettre en flamme la discorde générale. S’il y a plusieurs prétendants au trône, ceux-là veulent du désordre pour redoubler leurs chances de succès et se faire des partisans actifs.

A ces partisans, le désordre profite, et pour obtenir leur concours, on leur permet beaucoup. Puis vient l’esprit d’aventure, l’imagination turbulente des masses. Beaucoup de gens n’ont nulle envie de faire du mal positivement, mais ils sont enchantés de faire du bruit. Us

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profitent du moment pour crier, se battre dans les rues , boire chez les Arméniens et les Juifs, chercher querelle, mener une vie de fête. Autant de tétcs cassées, autant de bons compagnons qui s’amusent, et les magistrats, grands et petits, dans la peur de déplaire à quelque protégé du pouvoir futur, s’abstiennent de faire montre d’une énergie qu’ils n’ont pas, et de se prévaloir d’un droit qu’ils ne se reconnaissent plus. Loin d’intervenir pour maintenir l’ordre, ils se jettent à corps perdu dans les intrigues courantes; au besoin ils en inventent. 11 s’agit pour eux de s'avancer, ou du moins de ne pas perdre * leur position, nullement de rétablir la paix.

On aurait tort, cependant, de croire que tout ce tapage soit précisément effréné et aussi dangereux qu’il le pourrait être chez les peuples d’Europe. Les Asiatiques n’aiment pas les extrêmes, et ne s’y portent que le moins possible. Dans toutes ces occasions, il y a plus de blessures que de morts, plus d’injures que de coups, plus de vols que de violences. Chacun fait ce qu’il veut; mais, en somme, les volontés ne sont pas bien méchantes. Ainsi, dans l’interrègne amené par la mort de Mohammed-Shah, le très-petit nombre d’Européens qui se trouvait alors à Téhéran n’a eu absolument rien à souffrir. 11 est même arrivé à l’un d’eux de passer sous une des portes de la ville au moment où des loùtys, ou gens de la populace, se battaient à coups de sabre et se volaient leurs bonnets et leurs habits : l’animation du combat n’empêcha pas ces vauriens de saluer l’Européen d’un Selam-aleïkoum tout à fait respectueux.

Quoi qu’il en soit, la mort du roi et ses conséquences vinrent prêter un merveilleux secours à Moulla llousse’in- Boushrcwyèh et à sa troupe. Leur embarras finissait; une

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nouvelle phase commençait pour eux. Désormais ils no représentaient pas moins qu’une faction dans l’État, faction assez puissante , puisqu’ils savaient ce qu’ils voulaient et étaient unis et armés. L’envoyé du Bâb prit son parti avec promptitude. A peu près certain que, pour le moment, le Khorassan ne lui fournirait pas plus de coopérateurs actifs qu’il ne lui en avait déjà donné, il se mit en marche vers le Mazendérân, où le terrain bàby était déjà bien préparé et où il était assuré de trouver un collègue et des partisans non moins ardents que lui-méme. Arrivé à Bostam , près de la frontière, les moullas lui firent dire que, s’il se présentait avec son monde, il serait reçu à coups de fusil. 11 méprisa la menace, et ayant, dans un village tout près de là, à Housseïnabad, opéré sa jonction avec un renfort de néophytes commandés par Moulla Aly Housseïnabady, il précipita sa marche et entra dans le Mazendérân.

C’était un nouveau théâtre, peuplé de nouveaux acteurs. Les Khorassanys sont vigoureux, de haute taille, assez semblables aux Turcomans , avec lesquels leur sang est très-mêlé. Leurs idées sont véhémentes. Ce sont des cavaliers et des gens belliqueux. Les Mazendérânys forment, sous plus d’un rapport, l’antithèse de ce portrait. Une opinion, peut-être injuste, mais très-accréditée, fait d’eux les Béotiens de la Perse. Les anecdotes sur leur simplicité ne tarissent pas. On les croit, en tout cas, médiocrement portés à la spéculation religieuse. Adroits tireurs, ils n’aiment pas la guerre, et, pour peu que les circonstances le leur permettent, ils se renferment volontiers dans les travaux agricoles, qui leur plaisent par-dessus tout. Leurs immenses rizières , l’exploitation des arbres à fruits, qui leur donnent les profils d’une ex-

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portation considérable pour la Russie , le métier de bûcheron, sont les préoccupations majeures de leur vie. Us n’ont rien de chevaleresque, et sont si peu entichés du point d’honneur que, lorsqu’il plait aux tribus turkomanes de faire quelque invasion sur la lisière du nordest de leur pays pour y enlever des prisonniers, généralement ils se laissent faire, fuient, se cachent ou se rendent, mais ne se défendent pas.

Quant au territoire, il ne diffère pas moins des plaines du Khorassan. Dans celles-ci, ce sont d’immenses espaces, souvent fertiles, mais peu cultivés; de grands villages, semblables à des ruches, où les habitations, superposées les unes aux autres et ceintes d’un grand mur épais, n’offrent pas mal l’aspect d’un cirque romain. Aussitôt que les vedettes placées en observation ont aperçu sur la ligne de l’horizon quelque groupe de cavaliers qui, à leur allure, semblent turkomans, des cris affreux, poussés vers le ciel par les femmes et les enfants , rappellent les agriculteurs, qui, laissant là leurs charrues, se mettent à courir, s’empressent de rentrer, ferment les portes, prennent les mousquets , garnissent le haut du mur et envoient des balles aux pillards, qui fuient ventre à terre. Là où les champs cultivés sont plus éloignés du village, une tour solitaire, ouverte à sa base par une petite entrée très-basse, sert au besoin de refuge pour le laboureur, qui peut encore, du sommet, fusiller les agresseurs jusqu’à ce que , avertis par le bruit , ses compagnons accourent et le délivrent. Dans le Mazendéràn , c’est un tableau tout contraire : le silence des forêts profondes; les abris é.pais, comme ceux du Brésil, des vignes vierges, des lianes, des générations d’arbres écroulées les unes sur les autres et se réduisant en poussière sur un sol spon-

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gieux; des marécages que traversent et entretiennent les seules grandes rivières de la Perse proprement dite, enfin, la mer.

Moulla Ilousseïn-Boushrewyèli, avec sa troupe, eut à peine mis le pied sur le sol de la province, que, dans un hameau nommé Bedesht, il trouva plusieurs personnages dont la réunion sur ce point devait plus tard avoir une grande importance aux yeux des fidèles et constituer le premier concile de la secte. G’étaient, d’abord, pour suivre l’ordre des dignités : .Mirza Jahya, alors enfant, égé à peine de quinze ans, et qui, plus tard, succéda au Bàb lui-méme; puis Hadjy Mohammcd-Aly Balfouroushy ; puis Gourret-oul-Ayn, et d’autres zélateurs suivis d’un gros de partisans. Hadjy Mohammed-Aly avait observé avec beaucoup d’attention les mouvements de Moulla Housseïn dans le Kborassan, tout prêt à venir à son aide et à faciliter sa retraite, s’il en était besoin. Quant à la prophétesse, qui, après le meurtre de son oncle et beau-père, et sa séparation d’avec son père cl son mari, n’avait pu tenir à Kaswyn et s’était déjà, depuis quelque temps, réfugiée dans les forêts du Mazendérân, elle venait, avec l’ardeur qui la dévorait, s’offrir à partager les dangers et les mérites de scs associés. L’historien musulman, Lessan cl Moulk, qui me fournit un grand nombre de ces détails, insiste avec une certaine complaisance sur la composition de la troupe qui accompagnait la jeune femme enthousiaste. Comme il lui répugne d’admettre que les doctrines hétérodoxes du Bàb aient pu entraîner qui que ce soit, il saisit cette occasion de prêter des motifs très-mondains aux partisans des novateurs, et il assure que les soldats deGourret-Oul- Ayn étaient tous des amoureux — non avoués, j’ima-

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gine; sans quoi, au lieu de marcher sous le même drapeau, il est assez probable qu’ils se seraient divisés entre eux, et il ne paraît pas qu’aucune mésintelligence se soit jamais déclarée dans ce camp. Amoureux ou dévots, il est incontestable que ces gens élaient les plus animés des bâbys, et que la femme extraordinaire qui les menait, exerçait sur eux une autorité sans limite.

Les trois troupes , réunies dans le hameau de Bedesht , campèrent en partie dans les maisons des paysans, en partie dans les jardins. On n’était pas tout à fait sorti du Khorassan, puisque Bostam n’était qu’à une lieue et demie en arrière. Gourret-oul-Ayn jugea nécessaire d’échauffer le zèle des croyants par un prêche.

On disposa à la hâte, dans une petite plaine voisine du village, une sorte de trône en planches couvert d’étoffes et de tapis. Gourret-oul-Ayn ayant paru, suivant son usage, sans voile, s’assit, les jambes repliées, sur le trône, tandis que tous les soldats se plaçaient de même à l'entour à la mode persane. Ce n’était pas tout à fait ainsi qu’avaient lieu les conventicules des presbytériens dans les tourbières de l’ Écosse. Ce n’était ni le même ciel, ni le même paysage, ni la même attitude c-hez les prédicants, non plus que chez leurs auditeurs, pas plus que les mêmes doctrines; mais si les formes variaient, le fond se ressemblait : c’était bien autour de Gourretoul-Ayn un vrai convenlicule, une foi passionnée, un enthousiasme sans limites, un dévouement prêt à tout.

La jeune femme débuta par rendre son auditoire attentif à cette grande vérité, que les temps étaient venus où la doctrine du Bàb allait couvrir toute la surface de la terre, et où Dieu allait enfin être adoré, conformément à cette doctrine, dans un esprit qu’il avait pour agréable.

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Une nouvelle lumière avait surgi, une nouvelle loi allait naître; un livre nouveau allait remplacer l’ancien. De si grandes choses ne pouvaient se faire sans des peines et des sacrifices infinis de la part de la génération chargée de les accomplir, et ce n’était pas 'trop que les femmes elles-mêmes, partageant les travaux de leurs maris et de leurs frères, acceptassent tous leurs dangers. Ce n’était plus l’heure pour elles de se renfermer au fond des harems et d’attendre dans l’inertie ce que les hommes auraient pu faire. Laissant de côté les règles communes, la modestie des temps tranquilles, leurs devoirs même, tout jusqu’à leur débilité native et surtout la crainte si naturelle à leurs âmes, elles devaient se montrer, dans le éens le plus absolu, les compagnes des hommes, les suivre et tomber avec eux sur le champ du martyre.

Je ne dis ici que le sens du discours prononcé par la Consolation-des-Yeux. Je voudrais faire entrevoir qu’il pouvait être éloquent; or, si j’essayais de traduire littéralement les rédactions qui nous en sont conservées, la pensée européenne , déroutée par certaines manières de parler tout à fait locales, ne comprendrait rien aux émotions dont je voudrais lui faire sentir au moins la possibilité, de sorte que j’atteindrai mieux mon but en me bornant à donner ce simple thème de son discours. Ce n’est pas que la façon de parler de la Consolation-des- Yeux fût très-fleurie. Beaucoup de gens qui l’ont connue et entendue à différentes époques de sa vie m’ont toujours fait la remarque, au contraire, que, pour une personne aussi notoirement savante et riche de lectures , le caractère principal de sa diction était une simplicité presaue choquante; et quand elle parlait, ajoutait-on, on

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se sentait pourtant remué jusqu’au fond de l’âme, pénétré d’admiration, et les larmes coulaient des yeux.

Et, en effet, je me disposais à le dire, à peine ce jourlà eut-elle terminé son exorde, qu’elle fut interrompue par les sanglots de l’assistance. Les Asiatiques, d’ailleurs, sont assez faciles à émouvoir; comme les enfants, ils pleurent volontiers et sans beaucoup d’amertume. On commença donc à gémir et à s’écrier : Ey djânl « ô mon âmcl » Ey maiehrêhl • ô la pure! » et on se frappait la poitrine, on se prenait la tête entre les mains et on la secouait dans un spasme d’attendrissement. Parmi les assistants, il s’était glissé beaucoup de gens du pays attirés par la réputation deGourret-oul-Ayn, par le désir d’entendre parler de cette foi nouvelle dont il était tant question depuis quelques mois, et, enfin, par cette inextinguible curiosité qui est le grand trait distinctif de la race. Ces musulmans, voyant pleurer les autres et frappés comme eux par l’influence victorieuse de la Consolation-des-Yeux, sentirent leurs cœurs se troubler et se mirent à pleurer aussi. De ce moment ils étaient infidèles, dit avec humeur un annaliste musulman. Il a raison ; ils avaient passé à l’ennemi pour quelques paroles d’une femme.

Gourret-oul-Ayn reprit, au milieu des larmes, son discours pathétique et s’attacha à montrer que le devoir était dur, mais d’obligation rigoureuse pour tous les fidèles. Que personne, par quelque considération que ce fût, ne pouvait songer à s’y soustraire, s’il était dévoué à Dieu, et que, puisque les femmes elles-mêmes étaient appelées au travail, les vieillards et les adolescents, les enfants eux-mêmes ne pouvaient se considérer comme en dehors de l’appel, Dieu ayant besoin de tous les siens.

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II parait que ce discours fut particulièrement efficace. On le cite volontiers parmi ceux de Gourret-oul-Ayn. Et non-seulement il produisit un grand effet sur les auditeurs, mais, répété partout et commenté par ceux qui avaient eu le bonheur de l’entendre, il amena encore beaucoup de partisans au bàbysme.

Dans la nuit, les trois chefs tenant conseil, arrêtèrent que, dans l’état de trouble où était le pays, et les gouverneurs ayant à penser à tout autre chose qu’à leur courir sus, ou même à se mêler de leurs affaires, il n’était plus nécessaire de marcher réunis, qu’il valait donc mieux se séparer, en maintenant toutefois les communications, et se porter chacun sur un point particulier du Mazendérân. Il ne leur semblait pas impossible de se rendre maîtres de cette province. On s’y voyait relativement en force, et si l’on pouvait y établir solidement l’autorité du Bâb, on se trouverait avoir gagné pour l’avenir le point d’appui qui manquait encore à la secte. Ainsi Hadjy Mohammed-Aly partit dans la nuit même pour retourner à Balfouroush avec les siens. Gourret-oul-Ayn, avec ses enthousiastes , resta dans le pays pour y continuer sa propagande, et Moulla Housseïn-Boushrewyèh s’enfonça au cœur même de la contrée, afin de recruter des partisans dans les villages perdus au fond des bois.

Quelques semaines se passèrent et les succès des bâbys auprès du peuple, tant des villes que des campagnes, devenaient de jour en jour manifestes. Ils avalent vaincu l’apathie locale. Non-seulement les paysans et les gens du commun se montraient empressés à courir à eux, mais, ainsi que cela était arrivé partout, à Ispahan, à Kashan, à Téhéran, à Nishapour, des hommes de science, de mérite , de considération , des hommes riches et res-

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pectés pour leurs mœurs, devenaient bâbys et se mettaient à tonner contre les vices, l’ignorance, la platitude et les simonies du clergé. Un tel état de choses n’était pas à tolérer plus longtemps, et, malgré les embarras de la situation , les moullas exaspérés se mettaient partout en défense. Leur indignation et leur terreur furent portées au comble quand on vit, dans la ville de Balfouroush, Moulla Mohammed-Aly, son bâton à la main et le sabre à la ceinture , parcourir les rues à la tète de trois cents hommes bien armés , criant comme des énergumènes et disposés à tout. Le clergé jugea qu’il était grandement temps d’engager la lutte si l’on ne voulait pas courir le risque d’être un peu plus tard anéanti sans combat. On fit trois choses.; on rassembla d’abord les gueux qui vivaient des soupes des mosquées , on les arma , on les transforma en toufenkdjys ou fusiliers, qu’on lança à la poursuite des trois corps principaux des bâbys; puis on alla se plaindre à Khanlèr-Mirza, gouverneur de la province, et enfin on écrivit à Abbas-Kouly-Khan , chef et gouverneur du Laredjân, pour lui faire savoir à quelle triste situation la religion en était réduite.

Khanlèr-Mirza avait bien autre chose à penser en ce moment qu’aux affaires des moullas. 11 attendait les effets de l’avénement dujeune roi Nasreddin-Shah. Celui-ci, reconnu à Tebryz par les légations, était sur le point de se mettre en marche pour Téhéran, 'et Khanlèr-Mirza, qui ne savait pas ce qu’on allait faire de lui sous le nouveau règne, ne prêta qu’une oreille assez distraite aux supplications des musulmans zélés. 11 n’en fut pas ainsi d’Abbas-Kouly-Khan Laredjany, homme du pays et y prenant un intérêt très-direct, et qui de plus, en sa qualité de chef de tribu , était beaucoup plus assuré de son

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