LA CONVERSION DU MONDE
dessiller tous les yeux : la preuve est faite que « hors lalivé, il n"est point de Dieu ! »
Assemlilez-vous, venez, approchez ensemble,
survivants des nations !
Ils ne savent rien, ceux qui portent une idole de bois,
et supplient un dieu qui ne sauve pas !
Parlez, exposez, oui. consultez ensemble!
Qui jadis a publié cela '?
Qui autrefois en a parlé ?
N'est-ce pas moi, lahvé,
et nul autre Dieu, si ce n'est moi ?
De Dieu juste et sauveur il nen est point que moi ! Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvées, vous toutes, régions extrêmes de la terre ! [45, 20-22].
La nouvelle Jérusalem apparaît, radieuse, abritant dans son enceinte toutes les nations du monde.
Réjouis-toi, stérile, qui n'as pas enfanté; [mères !
entonne un chant de joie, toi qui ignores les douleurs des Car les fds de la délaissée sont plus nombreux
que les fils de celle qui a un mari, — dit lahvé ! Sur un plus large espace dresse ta tente,
déploie les peaux qui t'abritent!...
Car tu t'étendras à droite et à gauche ;
et ta race possédera les nations
et peuplera les villes désertes !
Ne crains rien, car tu ne seras pas confondue... Car tu oublieras la honte de ta jeunesse... Car ton époux, c'est Celui qui fa faite,
son nom est lahvé des armées.
Et ton rédempteur est le Saint d'Israël ;
312 LA REUGION JUIVE
il s'appelle le Dieu du monde entier ! '54, l-4j. Debout ! sois radieuse! ear ta lumière se lève : de la gloire de lahvc e'est pour toi l'aurore, tandis que les ténèbres s'étendent sur la terre
et l'ombre sur les peuples.
Voici sur toi l'aurore de lalné,
et sa gloire sur toi se manifeste,
et les nations marchent à ta lumière.
les rois aux clartés de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi.
tous ils s'assemblent, et viennent à toi! 60, 1-4] ^
Et maintenant le prophète s'adresse au « Serviteur de lalivé » [Ebecl-Iahvé -\. Tantôt le Serviteur semble être
' Voir aussi les i)saumes 47 et 138.
- Le serviteur de lahvé est nommé dans Isa'ie, 42, 1-4 : 49. 1- G ; 50. 4-9 : 52, 13-53.12. Ces quatre passages ai)i)articiinent à deux ]K)ômes : le i)remier [49. 1 — 51, 16 (-j- 42, 1-0, après 49, 1, d'après Condamin)] chante lœuvre du Serviteur, Libérateur d'Israël et Lumière des nations : le second [52, 13 53. 12; chante ses souffrances et sa mort. On y voit tantôt une personnification d'Israël : tels, les rabbins [targum de Jonathan], Wellhausen, Stade. Marti, Cornill, Budde : — tantôt un individu: pour Ewald et Duhm, c'est un martyr contemporain de Manassc : pour Sellin, Zorobabel ou Jéchonias : pour Berthulet, Lleazar : pour la plupart des catholiques et plusieurs protestants [Volck. Theol. Litteraturblatt, janvier 1902], c"est le Messie Jésus: — tantôt on admet que le prophète avait en vue le jieuple d'Israël ^sens littéral), mais que l'oracle s'est accompli jiarfaitement en Jésus- Christ [Davidson, Driver]. — Les tenants du sens collectif invoquent les habitudes de la pensée Israélite à l'époque exilienne et des passages comme 41, 8-10, 42, 18. Mais tout le monde est d'accord que des textes comme 53 ne comportent que le sens individuel [Loisy. R. H. L. R. 1808, 84]. Le poète répète à satiété que. si le Juste meurt pour les autres, « il n'y avait i)oint d'injustice en ses œuvres » : aurait-il ainsi i)ar]é d'Israël "? Et n'estil pas absurde d'imaginer qu'un Juif voie dans les désastres infligés par les nations à Israël l'expiation ])ar Israël des crimes
LE SERVITEUR DE lAHVÉ 313
la personniticalion de 1 Israël nouveau, apôtre du monde :
...toi, Israël, mon Serviteur,
Jacoh, toi que j'ai élu ; race d'Abraham, mon ami....
toi que j'ai tiré des régions extrêmes de la terre
et appelé de ses plages lointaines :
à qui j'ai dit : tu es mon Serviteur.
je t'ai élu et je ne fai pas rejeté : ne crains rien, car je suis avec toi ; point de regards inquiets, car je suis ton Dieu... ]41. 8-10".
Sourds, entendez !
aveugles, regardez, voyez !
Oui est aveugle, sinon mon Serviteur ?
Qui est sourd comme le messager que j'envoie ? Uni est aveugle comme mon familier, sourd comme le Serviteur de lahvé? [42. 18-19].
Tantôt l'image se nuance de traits si précis, quon croit y voir apparaître une Personne mystérieuse dont
commis i)ar ces nations ? Du reste, 53, S dit expressément : le Serviteur est mort « pour le péché de mon peuple » : c'est donc pour Israël que le Serviteur a expié, non pour les nations: comment donc le Serviteur serait-il identique à Israël? — Quant à la Personne désignée, il semble qu'on v doive reconnaître Jésus. Cf. Luc, 1, 31 ; Apoc. 13. lo : Mt. 23, 37: Jo, 17, o : 10, 16 : Mt, 12, \^--2\. : 3, 17, 16: 28, 19; 26. '2S... D'après Delitzsch : -Ve5-5Janisclie Weissagungen. 1899, 163, le chapitre 53 « semble écrit sous la croix du Golgotha» ; de l'aveu même de Renan [Histoire d'Israël, III, 484], il s'y trouve « des teintes qu'on dirait prises par avance à Jésus ». [d'après Condamin. Op. laiid.. 324-344].
Sur le messianisme à l'époque perse, cf. encore les psaumes 22. 40, 47, 67. 85. 89. 138 [Lagrange, Reiue Biblique, 1905. 50, 53, 55,196, 197. 201 1.
les souffrances expiatoires doivent sauver tous les hommes.
(Le Serviteur) a «rrandi devant (lahvc) comme un rejeton,
comme le jet d'une racine sur un sol aride,
sans grâce, sans éclat pour attirer les regards,
et sans beauté pour plaire ;
Méprisé, rebut de l'humanité,
homme de douleur et familier de la souffrance
devant qui on se voile la face,
méprisé et, à nos yeux, néant !
Mais il a pris sur lui nos souffrances
et de nos douleurs il s'est chargé...
et il paraissait à nos yeux châtiés,
frappé de Dieu et humilié.
11 a été transpercé pour nos péchés,
broyé pour nos iniquités;
le châtiment qui nous sauve a pesé sur lui
et par ses plaies nous sommes guéris..,.
lahvé a fait tomber sur lui
l'iniquité de nous tous!
Il était maltraité et lui se résignait ;
il n'ouvrait pas la bouche,
comme un agneau qu'on porte à la boucherie.
Comme la brebis muette aux mains du tondeur... !
Par un jugement inique il est emporté,
et qui songe à défendre sa cause.
lorsqu'il est arraché de la terre des vivants
et pour le péché de mon peuple mis â mort ?
On lui prépare une tombe avec les impies,
il meurt avec les malfaiteurs ;
pourtant il n'y eut point dinjustice en ses œuvres,
et point de mensonge en sa bouche :
mais il plut à lahvé de le broyer par la souffrance.
LE SERVITEUR DE lAUVE 31o
S'il offre sa vie en sacrifice pour le péché,
il aura une postérité, il multipliera ses jours,
en ses mains l'œuvre de lahvé prospérera!
Délivré des tourments de son âme. il le verra ;
ce quil en connaîtra comblera ses désirs.
Le Juste, mon Serviteur, justifiera des multitudes,
il se chargera de leurs iniquités ; [tudes;
c'est pourquoi je lui donnerai, pour sa part, des multi-
il recevra des foules pour sa part de butin :
parce qu'il s'est livré à la mort,
et qu'il fut compté parmi les pécheurs,
tandis qu'il portait les fautes d'une multitude
et qu'il intercédait pour les pécheurs^ 53, 2-12\
La conquête messianique n'est pas réalisée quand meurt le second Isaïe. ^lalgré cette déception, malgré les péchés d'Israël qui retardent toujours le jour du Jugement, le rêve de la conquête du monde par lahvé ne meurt pas dans lEglise qua bâtie Xéhémie. Il se trouve toujours des prophètes - pour le chanter.
Voici que je crée des cieux nouveaux une terre nouvelle....
' Il semble que. chez certains Juifs au moins, l'idée de souffrance soit demeurée associée à l'idée messianique [cf. S. Justin. Dialog. cura Tryphone, 89].
- Isa'ie, 56-66 n'a certainement pour auteur ni le premier ni lesecond Isaïe. Les poèmes qu'on y trouve sont aussi ternes que sont étincelants ceux des deux grands prophètes de funiversalisme : il^ s'inspirent d'un réalisme apocalyptique très net qui tranche fort sur les idées du second Isaïe : ils réjouiront l'âme de saint Irénée. Il est possible que leur auteur soit un seul et même prophète contemporain de Néhémie ; il est possible qu'ils soient l'œuvre de plusieurs prophètes.
3t6 L\ RELIGION JUIVE
\ dici ijin' je crée Jérusalem pour l'allégresse.
son peuple pour la joie !
Jérusalem sera mon allégresse.
et mon j)euple, ma joie î[65, 18-19].
Il se trouve toujours des prophètes pour évoquer les souvenirs du passe et supplier lahvé d'achever son œuvre :
Tu as été favorahle à ton pays, lahvc.
Tu as ramené les captifs de Jacob... !
Uétablis-nous, Dieu de notre salut...!
Oui, son salut est proche de ceux qui le craignent.
et la gloire habitera dans notre pays.
La bonté et la vérité vont se rencontrer,
la justice et la paix sembrasseront ;
la vérité germera de la terre
et la justice regardera du haut du ciel ' !
' Psamne. 85.