LES DIEUX ANIMAUX
même, le symbole du dieu. Le bouc de Mendès est regardé comme « lame d'Osiris », le bœuf Mnévis comme « lame de Ra )> ; le taureau Hapi est « la seconde vie de Phtah )> ou dOsiris, le phénix l'incarnation d'Osiris, l'ibis lincarnation de Tliot, le faucon l'incarnation d'Horus. Ces théories théologiques sont nées à un âge postérieur. A l'origine, selon toutes les vraisemblances, les animaux sacrés étaient adorés comme de vrais dieux : l'espèce à laquelle appartenait chacun était conçue comme le totem tutélaire de la tribu qui lui demandait protection ; entre lune et l'autre il y avait un pacte ^ ; la protection des hommes était la fonction des dieux.
' Sur le totémisme en général, cf. les travaux de Robert. Smilh et de Frazer, de Lubbock et de Tylor, de Lang et de Jevons.
Le totémisme est une sorte du pacte perpétuel « mal défini, mais de nature religieuse, entre certains clans d"hommes et certains clans d'animaux ». En voici le code : « 1. Certains animaux ne sont ni tués, ni mangés ; on en élève des spécimens : 2. On porte le deuil d'un animal comme s'il s'agissait d'un parent : 3. Quelquefois, l'interdiction alimentaire ne porte que sur une partie du corps de l'animal: 4. Quand on tue un de ces animaux sous l'empire de nécessités urgentes, on lui adresse des excuses: 5. On pleure l'animal après l'avoir sacrifié rituellement ; 6. On revêt sa peau dans des cérémonies religieuses: 7. Les clans prennent le nom de son espèce; 8. On en fait figurer l'image sur les armes, les enseignes ou même le corps des membres du clan : 9. L'animal ainsi traité, même s'il est dangereux, passe pour guérir ces membres : 10. Il est censé les secourir et les protéger : 11. Il leur prédit l'avenir et leur sert de guide; 12. Il passe fréquemment pour leur être apparenté par le lien d'une descendance commune » [Goblet d'Alviella. d'après S. Reinach. Revue de Vhistoiredes religions. 51 (190.5), 267]. Pour M. Reinach. Cultes, Mythes et Religions, Paris, 1905-1906. 2 vol.. le totémisme est la religion primitive de l'humanité au moment où elle se
Les dieux d'un second groupe étaient conçus comme des hommes très puissants ou des rois très heureux. Leur nombre était infini. Les uns présidaient à tous les actes de la vie luunaine; les actes des autres constituaient la vie de la nature ^ « Xaprît sidentifiait à l'épi mûr ou au grain de blé, Maskhonit apparaissait auprès du berceau de l'enfant à l'heure précise où il naissait, Uaninit présidait au choix d'un nom et à la nourriture des nouveau-nés... Certains génies recevaient pour consigne douvrir une des portes de l'Hadès
cU'gage de ranimalilé. Contra, cf. Goblct d'Alviolla, loco cUa/o.
Je dois ajouter que M. Maspéro se rsfuse à expliquer par le totémisme les cultes animaux égyptiens. « On conçoit aisément que le voisinage d'un marais ou d'un rapide encombré de rochers ait suggéré aux habitants du Fayoum ou d'Ombos la pensée que le crocodile était le dieu suprême. Les crocodiles se multipliaient si fort en ces parages qu'ils y constituaient un danger sérieux : ils s'y montraient les maîtres qu'on apaisait seulement à force de sacrifices et de prières. Quand la réflexion succéda à la terreur instinctive et qu'on prétendit indiquer l'origine des cultes, la nature même de l'animal sembla expliquer la vénération dont on l'entourait. Le crocodile est amphibie. Si Sobkou est un crocodile, c'est qu'avant la création le dieu souverain plongeait inconscient dans l'eau ténébreuse; il en sortit pour ordonner le monde comme le crocodile sort du fleuve afin de déposer des œufs sur la rive » [Uisloive, I, 103-104]. D'après Amélineau, les serpents étaient considérés comme le domicile des dieux morts, et donc comme des protecteurs.
Sur le culte des sources [le Bir-el-Aïn, source de l'ouadi Saboun, prés AkminJ et des arbres [le palmier Ilypliaene Arr/un. et surtout les sycomores] en Egyi)te, voir Maspéro : Eludes de Myfholo-
yieet d'Archéolorjie,ï, iiO: II, 2iH, 104, et Histoire. L 121 (Le
culte de ces sources et de ces arbres semble s'être per|)étué parmi les Chrétiens et les Musulmans.)
' Sur l'animisme sous-jacent t'i tous ces cultes, cf. Guyau, l'Irréligion de l'avenir, p. 29-57 ; et Lagrange. Etudes sur les relirjions sémitiques, 1" édition, Paris, 1903, p. 1-40.