LE LIVRE DES MORTS
Osiris, bien qu'originaire du delta, apparaît de très bonneheure comme le dieudAbydos; Abydos devient de très bonne heure la ville sainte de lOsirisme. C'est
du moyen-empire, de Thèbes, de Sais [Capart : op. laud. 199-200]. 'Le Page Renouf et rsaville : the egyptian book of Ihe dead. London, 1904]. Nos plus anciens textes semblent être, parfois, antérieurs à rOsirisme ; ils ont été certainement retouchés sous l'influence des doctrines osiriennes ; l'ensemble était déjà fixé avant riiégénionie de Thèbes. En voici quelques passages : « 0 cœur, mon cœur qui me vient de ma mère, mon cœur de quand j'étais sur terre, ne te dresse pas comme témoin : ne lutte pas contre moi en chef divin, ne me charge point devant le Dieu Grand '.... » Et l'àme, après s'être ainsi parlé à elle-même, se tourne vers Osiris : « Hommage à vous, Seigneur de Vérité et de Justice ! Hommage à toi, Dieu grand, Seigneur de Vérité et de Justice î Je suis venu vers toi. ô mon maître ; je me présente à toi pour contempler tes perfections ! Car je te connais, je connais ton nom et les noms des quarante-deux divinités qui sont avec toi dans la salle de la Vérité et de la Justice, vivant des débris des pécheurs et se gorgeant de leur sang, le jour où se pèsent les paroles par devant Osiris à la voix juste : Esprit double, seigneur de la Vérité et de la Justice est ton nom. Moi, certes, je vous connais, seigneurs de la Vérité et de la Justice : je vous ai apporté la vérité, j'ai détruit pour vous le mensonge 1 Je n'ai commis aucune fraude contre les hommes ! Je n'ai pas tourmenté la veuve ! Je n'ai pas menti devant le tribunal ! Je ne connais pas la mauvaise foi ! Je n'ai fait aucune chose défendue ! Je n'ai pas fait exécuter à un chef de travailleurs, chaque jour, plus de travail qu'il n'en devait faire !... Je n'ai pas été négligent! Je n'ai pas été oisif! Je n'ai pas failli ! Je n'ai pas défailli ! Je n'ai pas fait ce qui était abominable aux dieux ! Je n'ai pas desservi l'esclave auprès de son maître ! Je n'ai pas affamé ! Je n'ai pas fait pleurer ! Je n'ai point tué ! Je n'ai pas ordonné le meurtre par trahison ! Je n'ai commis de fraude envers personne ! Je n'ai point détourné les pains des temples ! Je n'ai point distrait les gâteaux d'offrande des dieux ! Je n'ai pas enlevé les provisions ou les bandelettes des morts î... Je n'ai point fait de gains frauduleux ! Je n'ai pas altéré les mesures de grains!... Je n'ai pas usurpé dans les champs !... Je n'ai pas faussé l'équilibre de la balance !... Je n'ai pas pris au fdet les oiseaux divins !... Je n'ai pas repoussé l'eau
46 T.ES RELIGIONS KCYPTIENNES
tout près crAbydos, à l'oucsl, dans une fente de la montagne, que s'ouvre l'entrée du royaume des morts. «La barque du Soleil, le soir, arrivée au terme de sa course
en sa saison ! Je n'ai pas coupé un bras d'eau sur son passage !... Je n'ai pas repoussé de dieu dans ma profession !... Je suis pur! Je suis pur! Je suis pur! [chap. 125, traduction Maspéro, 4()].
11 est intéressant de rapproclier de ces textes fameux quelques inscrij)tions datées. Nous citons une inscription de la vi" dynastie, puis deux inscrijjtions de la xii« [celles de Ekhnoum-hotep, et celle d'Entef, gouverneur de Thini et du nome d'Abydos (la stèle est au Louvre)], une enfin de la xvup, celle de Rekhmara, comte nomarque de Thôbes sous Thoutmosis III, premier prophète de la déesse Justice-Vérité, membre du conseil des six : on y trouve tracé le portrait du juge idéal tel qu'on le conçoit alors.
« J'ai fait à mon i)ère une demeure, j'ai honoré ma mère, jai été plein d'amour pour tous mes frères, j'ai donné des pains à celui qui avait faim, des vêtements à celui qui était nu, à boire à celui qui avait soif : aucune chose peccamineuse n'est en moi. 0 vous qui vivez sur cette terre, soit en descendant, soit en remontant le Nil, dites : Milliers de i)ains, milliers de vases de bière soient au possesseur de cette tombe, et puissiez-vous en recevoir autant dans les pays d'outre-tombe « (E. Schiaparelli : Una tomba egiziana nella VI Dinastia (.\ssouan), 18yi\ p. 14-15 ; — citée par Amélineau, p. 84-85].
« Le prince héréditaire, cousin royal aimé de son -dieu, chef des hauts pays de l'Est, Ekhnoum-hôtep, fils de Neheri, juste de voix, né de la fille d'un prince, la dame Boqit, a fait ce monument... rendant son nom fiorissant à toujours, se figurant luimême à jamais dans son tombeau, rendant fiorissant le nom de ses familiers et figurant chacun d'eux selon son emploi, les ouvriers, et les gens de sa maison, ayant réparti selon ses serfs tous les métiers, et ayant montré tous les gens de plaisir tels qu'ils sont» [Amélineau : Evol... idées morales, 12o-il26].
« 0 vous qui vivez sur terre, hommes, prêtres, maîtres des cérémonies, vous qui entrerez dans cette demeuré funèbre..., dites ainsi : Royale offrande à Amon, maître des trônes de la double terre, afin qu'il accorde des milliers de pains, des milliers de licpiides, des milliers de viandes de bœuf, des milliers de mels de chair de volatiles, des milliers de bottes de lin, des milliers de toiles au double du grand chef héréditaire qui marche en