‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 24 sur 113 · LES IDEES MORALES · texte numérisé non relu

LES IDEES MORALES

divine, se glissait avec son cortège de dieux par la bouche de la fente et pénétrait dans la nuit. Les âmes s'y insinuaient avec elle sous la protection dOsiris. Il

avant, décoré du collier de vie, qui... — lia énoncé toutes les affaires dans la double Egypte... il châtiait le rebelle..., il repoussait le bras du malfaiteur..., il abaissait ré|)aule de Torgueilleux..., le scribe parfait, versé dans les lettres, Entef, juste de voix ! — C'ét^ait un sage muni de connaissance, jugeant exactement ce qui est vrai... appliquant son cœur à pacifier, il ne faisait aucune distinction entre les inconnus et ses familiers: recherchant le droit, il appliquait son cœur à écouter les requêtes. Il rendait justice aux plaintes du pauvre, il était sévère pour le compteur..., il vérifiait la parole du véridique, il faisait retomber le mal sur celui qui faisait tort à l'homme malheureux. C'était le père du faible, le soutien de celui qui n'avait plus de mère ; redouté dans la maison du malfaiteur, il protégeait le pauvre, il était le sauveur de celui qu'un plus fort avait dépouillé..., c'était le mari de la veuve, l'asile de l'orphelin..., les affligés devenaient joyeux quand ils étaient connus de lui... Tous les hommes lui confiaient leur salut et leur vie..., à lui..., le scribe parfait, Entef, juste de voix ! » [Amélineau, 141-148].

« Préfet favorisé par la Fille du Soleil (la déesse Vérité-Justice), elle t'aime, te protège chaque jour, elle embrasse tes chairs et ton épaule.... afin que tu fasses une journée bien remplie sur terre, associé au Pharaon...». — « Dès la pointe du jour, (Rekhmara) se levait pour entendre les requêtes des provinces du midi et des provinces du nord. Il ne rebutait personne, ni petit, ni grand, et le mal fait au pauvre, au vieillard, à l'affligé, Horus (le pharaon ?) le retournait à son auteur. Il siégeait pour mettre la paix dans le pays entier, dispensant la justice, sans faire attention aux dons, aux démarches, aux offrandes, jugeant avec équité le pauvre et le riche sans que pleurât celui qui lui avait adressé une requête..., le prophète de la Vérité, le préfet comte Rekhmara. Point d'inattention chez lui au sujet des faits pour lesquels lenquéte a été faite : il pèse également le pauvre comme le riche et se montre en pacificateur » [Virey : Le tombeau de R., p. 13, dans les Mém. de la Mission du Caire: cité par Amélineau : Essai sur l'évol. liistor. et philos, des idées morales dans l'Ef/jjpte ancienne. Paris, ISO'J, 2G9-:27o].

Certains savants, tels qu'Amélineau [op. laud.), rappellent

fallait donc qu'elles se rendissent à Abydos de tous les points de l'Egypte, et Ion supposait qu'elles faisaient le voyage par eau. Cette expédition est fréquemment représentée sur les peintures des tombeaux. Dordi-

encore la belle situation de la femme en Egypte ; ils en concluent que l'Egypte a été rinitialeur de notre civilisation dans les voies du progrés moral ; si elle n'en a pas la gloire, c'est que ses enfants n'ont jamais eu l'esprit généralisaleur ; mais c'est de leurs maximes que les Grecs ont extrait leur philosophie morale; et ce sont ses gouverneurs, tel Entef, qui, avant la Bible et l'Evangile, ont parlé un langage bibli(iue et évangélique.

La plupart des égyptologues — M. Maspéro notamment — inclinent à penser que ces nobles sentiments de fraternelle bonié étaient extrêmement rares dans TEgypte ancienne. Malgré l'Osirismc, ils croient que, en général, l'Egyptien n'associe pas l'idée inorale à l'idée religieuse. Sa morale est toute positive, et pratique [Erman, 102] ; « elle n'a jamais été choquée de toutes les cruautés et les obscénités qui encombrent la mythologie et le rituel » [Cumont, 110]. Les mots devoir et vertu n'existent pas en égyptien. Et, si nous savons que l'idéal égyptien du bon juge était très noble, reste à savoir si cet idéal était réalisé souvent : nos nombreux documents contemporains de la xw et de la xvin* dynasties ne paraissent pas précisément l'indiquer. Il semble que le pauvre ait été aussi enclin au vol, que le riche prodigue de coups de bâton.

Un papyrus donné par Prisse d'Avenues à la Bibliothèque nationale de Paris reproduit la fin d'un traité de morale attribué àQaqimni[vio dynastie, vers 3800] qui prêche la modération dans le manger et la bienveillance envers les timides, — et le texte complet des Instructions de Phtahhotpou : ce dernier est un contemporain de Menkahouhorou ; nous avons retrouvé son tombeau. « Les analyses savantes, les discussions raffinées n'étaient pas de mode à l'époque de Phtahhotpou. On négligeait les études spéculatives pour les faits positifs : on observait l'homme, ses passions, ses habitudes, ses tentations, ses défaillances,... dans l'espoir de réformer ce que sa nature a d'imparfait et de lui montrer le cliemin de la fortune... La science est utile pour arriver à une bonne place ; il recommande la science. La douceur envers les subalternes est bien vue et de bonne éducation : il fait l'éloge de la douceur... « Si tu es sage, tu monteras ta maison et tu aimeras

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naire, le mort, habille de ses vêtements civils^ commande la manœuvre comme s'il eût été encore en vie. D'autres fois, il est enfermé dans un catafalque entouré de pleureuses et de prêtres. Des canots et des c hâta femme chez elle, tu empliras son ventre de nourriture, tu habilleras son dos ; tout ce qui enveloppe ses membres, ses parfums, est la joie de sa vie : tant que tu seras là, elle est un champ qui profite à son maître». Le bon Phtahhotpou cherche à rajeunir par rimprévu de son style l'antiquité des sages préceptes qu'il énonce [Maspéro : op. laud. I, 399-400]. Parfois on rencontre « quelques morceaux pleins de mouvement et d'énergie sauvage, où l'inspiration poétique et l'émotion religieuse se devinent encore à travers les exj)ressions mythologiques » : quelquefois se rencontre quelque maxime qui annonce effectivement la Bible [devenu riche, « tu es devenu l'intendant des biens de Dieu », Amélineau. p. 99 : — Dieu punit les méchants, p. 95-96: — il faut conduire les hommes non par la terreur, mais par la bonté, p. 101-102]. Mais la notion des devoirs envers Dieu n'apparaît pas : surtout la préoccupation dominante de l'auteur semble être celle-ci : comment réussir dans les fonctions confiées parle roi t On insiste sur l'obéissance, non pas en tant que devoir, mais parce que moyen de parvenir: on détaille la manière de se bien conduire à table chez un supérieur : et l'on rappelle de la même manière qu'il faut se courber très bas devant lui, et l'aimer [Amélineau : 99-106J.

Plus tard, au temps de la xvni», de la xix-^ et de la xx^ dynastie» on rédige des traités de morale dont l'inspiration ne semble pas différente . Dans le Dialogue d'Ani avec son fils Khonshofpou,a défile le chapelet ordinaire des lieux communs sur la vertu, sur la tempérance, sur la piété, sur le respect dû par les enfants à leurs parents ou par les humbles aux puissants de ce monde. Le langage en est ingénieux, pittoresque, parfois éloquent... « Gardetoi de la femme qui sort sans qu'on le sache... ; ne la suis pas... : la femme qui a son mari au loin l'envoie des billets et t'appelle à elle chaque jour sitôt qu'elle n'a pas de témoins : (n'y réponds pas, car) si elle vient à fempètrer dans son filet, c'est un crime qui entraîne la peine de mort, dès qu'on l'apprend... Ne te montre point querelleur dans les brasseries... (Rappolle-toi tout ceque tu dois à ta mère), afin qu'elle ne s'indigne point contre toi et qu'elle ne lève pas ses mains vers le dieu, car il écouterait sa plainte !...

lands chargés d'offrandes escortent les barques principales. Les grns de l'équipage poussent des cris de bon augure : « En paix, en paix, auprès d'Osiris! » ou causent et se disputent entre eux ^ »

Qui hait la paresse vient sans qu'on l'appelle... Sans se presser pour arriver, le bon marcheur arrive » [Maspéro : op. laud., II, 502-503]. Déjà Phtahtotpou enseignait : « Sois actif... ; ractivité produit la richesse » : « ne fais pas la cour à la femme d'un autre... pour jouir d'un moment court comme un rêve » [Âmélineau p. 106-11 IJ."

Il n'est pas impossible que cette littérature gnomique ait exercé une action positive sur la littérature Israélite des Proverbes : on en connaît le caractère pratique. Voir infra p. 292.

^ Maspéro : Eludes E(jypliennes. I, 121-128 et IHsloire, II, 506. — Au jugement de certains savants, Osiris est originaire d'Âbydos. C'est à Abydos qu'on montre son tombeau et qu'on garde ses reliques. — Son ennemi Sit fut adopté, peut-être, par les Pasteurs sous le nom de Soutckh : la haine qu'il inspirait aux Egyptiens s'en trouva encore accrue. — La stèle de I-cher-nofret [Musée de Berlin ; Schacfer : Die Myslerien des Osiris... 1904] atteste qu'on célébrait à Abydos, au temps de la xïi" dynastie, des représentations religieuses analogues aux mystères chrétiens des temps féodaux : « 1° le dieu chacal Wep-wawet (Anubis) sort comme avant-coureur d'Osiris ; 2« Osiris passe en roi victorieux ; 3° Osiris sort et trouve la mort. Découverte du corps, grande plainte ; 4° le dieu Thot sort sur smi bateau et vient chercher le corps ; 5° on préparc le cori)s pour rensevclissement ; 6° Osiris est enseveli dans sa tombe à Peker ; 7» les ennemis d'Osiris, Sit et ses compagnons, sont vaincus par Ilorus dans une grande bataille sur l'eau, à Nedit ; 8» Osiris, ranimé d'une nouvelle vie, rentre triomphant dans le temple d'Abydos. Cf. Wiedemann : Die An fange dramalisclier Poésie irn Allen /Egyplen [Mélanges Nicole; Genève, 1905]. — Le déblaiement de l'Osireion d'Abydos a été entrepris en 1902-1903 par Pétrie et miss iNlurray. C'est un vaste hypogée, qui se présente comme la tombe royale de MertMipfah; mais nous connaissons la tombe de celui-ci dans la vallée des Rois ; il faut donc croire que l'Osireion est un temple. Du reste, les sculptures de la grande salle rej)résentent la résurrection d'Osiris par Horus, et les murs reproduisent le chapitre 142 du livre des jnorls [les noms d'Osiris], le chajiitre 43 [identification

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