LA DEFAITE D AMON
il se donne à soi-même le nom de son dieu, Atonou. Khouïtatonou supplante Thèbes ; Kliouniatonou ^ fait oublier Aménothès. Le roi exalte son patron dans des hymnes dune belle allure. Et l'Egypte se courbe, silencieuse, sous le caprice du maître-.
Elle se relève bientôt. Un des gendres de Kliouniatonou et son deuxième successeur, Toutankhamon, renverse le dieu parvenu et réinstalle au rang suprême le patron glorieux des Thébains. Dès lors, la grandeur de celui-ci ne connaît plus linfortune, du moins tant que dure la grandeur égyptienne. Harmhabi et les Ramsès et les pharaons de la xix^ dynastie sont plus dévots envers lui, et plus prodigues envers ses temples, que ne Font jamais été les Thoutmosis et les Amenhemait. La théologie est refondue afin qu'il puisse occuper une place d'honneur : on montre en lui le Dieu unique organisant les éléments, et tirant de son être sa triple et une personne, père, mère et fils de Dieu en môme temps que Dieu un. Des libéralités sans mesure accrois-
* Aménothès = celui à qui Amon s'unit : Kliouniatonou = la gloire du disque.
- Cf. Breasted : -1 city of Ikhenaton in Subia [Zft. fiir âriijpt. Sprach und Alterlinnskunde, 1903, 106]: Davies : The Rock Tomhs of El A marna, l, The tomb of Meryra, London, 1903 [Meryra est, jusqu'à ce jour, le seul grand-prêtre connu d'Atonou]. Pour Davies, « la nouvelle religion ne chercha ni n'atteignit jamais aucune subtilité intellectuelle, ni aucune conception sublime » 'd'après Capart, loco citato] : Maspéro pense de même. — Aménothès IV régnait vers ii'60. Son Atonou n'était qu'une dérivation des formes secondaires de Rà ; mais l'exaltation d'Atonou devait nécessairement modifier la religion traditionnelle.
sent sa richesse ^ Des hymnes sans nombre disent sa grandeur- : elles sont moins formalistes, plus émouvantes, plus vivantes que les chants des temps anciens.
(( Tu t éveilles bienfaisant, Amon-Rà-Harmakhis ! lu t'éveilles juste de voix, Amon-Rà, seigneur des deux horizons ! 0 bienfaisant, resplendissant, flamboyant ! Ils rament tes nautonniers...! ils te font avancer tes nautonniers...! tu sors, tu montes, tu culmines en bienfaiteur...! Tu parcours le ciel den haut, et tes ennemis sont abattus ! Tu tournes ta face vers le couchant de la terre et du ciel : éprouvés sont tes os, souples tes membres, vivantes tes chairs, gonflées de sève tes veines ! ton àme s'épanouit ! On adore ta forme sainte, on te guide sur le chemin des ténèbres, et tu entends l'appel de ceux qui t'accompagnent derrière la cabine
* Maspéro : Petite Histoire, 326, sq. A lui revient la plus grande part du butin fait en Syrie. ïhoulmosis lll donne sept villes de Syrie àAmon ;en trenteans, Ranist^s III donne auxtemples 113 433 esclaves [Maspéro, 11,271]. Sous Ramsès III, les temples dAmon de Thèbes possèdent :2 393 kq.. 8l3i>2 serfs. 421 362 tètes de bétail ; ceux d'Hélioj)olis 4U kq, 12 963 serfs, 45 544 létes de bétail; ceux de Meniphis 28 kq., 3 079 serfs, 10 047 tètes. — Un obélisque de Munich nous retrace la carrière du grand prêtre Bekenchon, sous Ramsès III : il reçoit d'abord une éducation militaire, puis devient web, troisième, puis second, \)n\s premier 7)re7?'ed'Amon à cinquante-neufans, titre qu'il garda vingt-six ans; il est surintendant des travaux royaux à Thèbes [Erman, 73].
* Cf. Gardiner: Hymns lo Amonfrom a Leiden papyrus \M(j- lift. XL, II, 12] [Erman, 84-85]. — Au temps du nouvel emj)ire. ce n'était pas des prêtresses, c'était des Egyptiennes (laïques) qui chantaient et dansaient devant « le beau visage » du dieu [Erman, 74].