‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 29 sur 113 · LA THÉOCRATIE SOLAIRE · texte numérisé non relu

LA THÉOCRATIE SOLAIRE

Le sacerdoce solaire proiitait des progrès de son dieu : il mettait la main sur létat au temps de la xx'= dynastie. SousRamsès IV. le pre m i er prophè te FxRmsbs Xakiiouitou est aussi puissant que le roi ; lorsque meurt Ramsès XII, dernier prince de cette dynastie, Hrihorou, premier prophète d'Amon, vice-roi d'Ethiopie, général en chef des troupes nationales et étrangères, réclame et usurpe la couronne. Le tanite Smendès est impuissant à la lui ravir ; et, si Sheshonq I parvient à réduire ses successeurs et les exile en Nubie, ceux-ci y organisent un royaume indépendant autour de la ville de Xapata, qui tend toujours à remettre la main surThèbes.Il y parvient au temps dePiankhi-Miamoum ; il restaure même à son profit, sous le règne de Sabacon, l'unité politique de l'Egypte. Et, s'il est détruit à son tour par les Assyriens vainqueurs, surtout par les révoltes féodales ^ il reste que, pendant plus de huit siècles-, le sacerdoce solaire a exercé une action décisive sur la vie nationale de l'Egypte '^

sa mère Nefret-em), ou des animaux sacrés [Erman, 77-82]. Ces cultes populaires font penser au culte des saints de lépoque germanique.

• Au début du vii': siècle.

^ Smendès est le fondateur de la xxi« dynastie, tanite: Sheshonq I, le fondateur de la xxii«, bubastite ion sait qu'il s'allia à Salomon). — C'est vers 730 que Piankhi-Miamoum est appelé par les barons et conquiert l'Egypte. Si le saïte Tafnakhiti refoule au sud son successeur Kashto [-[- 715], le fils de Kashto, Sabacon [-f- 703] bat et tue Bocchoris, fds de Tafnakhiti et restaure l'œuvre de Pionkhi. C'est Shabitkou, le fils de Sabacon,

En manière de conclusion \ on soulignera un trait également apparent aux deux époques de l'histoire religieuse de cette antique contrée.

De mystérieuses formules ont ranimé Osiris ; les

qui laisse démolir 1 œuvre conquérante des rois-prèlres de Napata : il est battu à Altakou par les Assyriens de Sennacherib, il est pris et tué par Taharqou, seigneur du gebel Barkal.'Mais Taharqou, battu par les Assyriens [et le parti assyrien en Egypte dont Nechao est le chefj, fuit à Napata vers 670 ; son beau-fils Tandamaniest vainqueur des Assyriens, grâce aux Ethiopiens, en 6u6. Nechao abandonne alors les Assyriens; son fds Psammetik les chasse, écrase les seigneurs à la bataille de Momemphis et fait reconnaître son autorité à Thébes, sinon à Napata. Sa politique xénophilc lui aliène la classe des guerriers : elle s'exile en Etliiopie vers 620. Cf. Wreszinski : Die Uohenpriesler des Amon. Berlin, 1904 [donne la liste chronologique de 84 grands prêtres]. * La vieille Egypte disparait lorsque se consomme le schisme du nord et du sud, lorsque s'organisent Tune contre l'autre la royauté de Tanis ou de Sais, la royauté de Thébes ou de Napata; et ce, tandis que les Assyriens, les Babyloniens, les Grecs et les Perses menacent, sur les frontières. Il semble que toute la vie égyptienne soit alors dominée par la lutte de deux tendances : chacune domine au nord et au sud ; l'une est novatrice de nature et d'inspiration étrangère : la seconde est conservatrice ot nationale. — Noter pourtant que, au point de vue religieux, l'Egyptien de Sais est aussi conservateur que l'Egyptien de Thébes [Erman, p. J69] : le prestige de Neith. la déesse de Sais est très grand à l'époque saïle. Un peu partout, on remet en honneur les anciens dieux, les vieilles croyances, les vieilles formules des Pyramides ; on compile le Livre des morts, on va même jusqu'à diviniserlout à fait les ancienssages, Imhotep et Amenophis. fds de llapi, par exemi)le [Erman, p. 17i-17o]. Hérodote se montre très frappé de cette fervente piété. Le crédit des prêtres est plus grand que jamais : les Perses, Cambyse même, — qui a commencé par tuer un llapi — cherchent à les ménager : convaincu par le médecin Uzahorresmet, Cambyse va humblement sacrifier à Neith et il chasse de l'enceinte sacrée les étrangers impurs [Erman. p. 183]. Sous Xerxès, l'usurpateur Ghabbasch fait une donation imi)ortante au temple de Bouto [Erman, p. 205].

LEUR CARACTERE MÂCIQUE 61

prêtres magiciens, {Ker-hebou), les premiers^ semblent jouer un rôle; et c'est sous la figure d'un magicien cpie ïhot s'offre à nous, Thot, le dieu dHermopolis. Ces faits dénoncent le caractère magique de la religion de lÉgypte : « les superstitions du temps passé sont embaumées dans le cœur du peuple presque aussi sûrement que les corps des chats et des crocodiles sacrés dans les hypogées ^ . » Le peuple croit que les phénomènes de la nature se produisent dans un ordre régulier, inllexible ; il « est convaincu que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets ; que la célébration de la cérémonie convenable, accompagnée parle charme qu'il faut, amène toujours le résultat désiré... (Le sorcier) ne supplie pas un être pliis puissant que lui; il ne demande la faveur d'aucun être capricieux ou errant: il ne s'abaisse devant aucune divinité terrible- » ; il commande ; il menace même les plus grands dieux de la mort, s'il viennent h lui désobéir.

Les influences magiques ne semblent pas avoir exercé une influence particulière sur les cercles où s'élaborèrent la théoloo'ie de Râ et la théologie

d'Amon : c'était jeux de philosophes et de politiques, qui laissaient indifférent le populaire. Mais

* Frazcr : Le rameau d'or, trad. fr., 1.374. — Cf. Erman,p. 148, le livre de \Vicdemann, et llasting, III, 207. Le secours divin est. tantôt un présent obtenu par la formule magique, tantôt une concession arrachée par la menace.

- Frazer : op. cit.., I. 64.

le culte des animaux, le culte des dieux locaux, le culte des morts, qui ne perdirent jamais leur prise sur lésâmes, ne cessèrent pas d'être imprégnés et dominés par la magie.

On distingue mal l'origine des religions animales de l'Egypte. Mais tout ce que l'on sait du totémisme permet de le rattacher aux croyances magiques issues de l'association des idées par similitude ou de leur association par proximité ^ Non qu'on puisse marquer le rapport logique qui unit entre eux les deux phénomènes ; de fait, on n'a jamais constaté qu'une religion totémique fleurisse sur un autre sol que celui où la magie a poussé SOS folles floraisons.

Le culte des dieux locaux est dominé par la croyance à l'efficacité des rites et des formules sacrés. A titre d'exemple, voici quelques détails relatifs à Thot*^

* La magie imilative s'inspire de cette idée que l'effet ressemble à la cause; la magie sympathique s'appuie sur cette croyance que les choses qui ont été en contact et qui ont cessé de l'être continuent à avoir l'une sur l'autre la même influence que si leur contact avait persisté. « Du premier de ces principes, le (sorcier) déduit qu'il peut produire ce qu'il désire en l'imitant : du second il déduit qu'il peut influencer de loin, à son gré, toute personne et tout objet dont il possède une simple parcelle ». [Frazer ; Le rameau d'Or, trad. fr. I, 4].

-Maspéro : Histoire, I, 213-214. —A vrai dire, la magie n'était pas souveraine contre le destin. Mais elle en pouvait très longtemps reculer l'arrêt. — Ces conceptions supposent que chaque chose a un nom, qu'il n'y a pas de nom sans chose, que le nom est une réalité, qui est une partie indestructible du moi. Connaître, articuler exactement le nom d'un dieu, c'est un sûr moyen de se concilier sa faveur, c'est prendre i)Ouvoir sur lui. Ainsi s'explique que chaque l']gyptien reçoive deux noms, le vrai et le bon, ou le grand et le petit. « Le bon nom ou petit nom était

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