LE GRAND MAGICIEN
« Thot est le maître réel des autres dieux. 11 connaît leurs noms mystiques, leurs faiblesses secrètes, le genre de péril qu'ils redoutent le plus, les cérémonies qui les asservissent à sa volonté, les prières auxquelles ils ne peuvent point désobéir sous peine de malheur ou de mort. Sa science, transmise à ses serviteurs, leur assure la même autorité qu'il exerce sur eux au ciel, sur la terre ou dans les enfers. Les magiciens instruits à son école disposent comme lui des mots et des sons qui, émis au moment favorable avec l^voixjuste, vont évoquer les divinités les plus formidables jusque par delà les confins de l'univers : ils enchaînent Osiris, Sît, Anubis, Thot lui-même, et les déchaînent à leur gré ; ils les lancent, ils les rappellent, ils les contraignent à travailler et à combattre pour eux... Ils brisent à distance la volonté des hommes ; ils affoUent les femmes de désirs
connu de tous, le vrai nom ou grand nom était, semble-t-il, soigneusement caclié ». [Lefebure : La vertu et la magie du -nom en Egypte. Mélus'mQ, YIIl, 1897, 226, sq., — d après Frazer. trad.fr. Rameau d'or. I, 333]. Ainsi s'explique l'origine des litanies : ce sont des prières où le fidèle, énumérant tous les noms du dieu, multiplie ses prises sur lui et le contraint d'obéir. Ainsi s'explique l'origine des dieux personnifications d'idées abstraites : si les Egyptiens adorent le Jour. l'Année, l'Eternité, la Vie, la Joie, c'est qu'ils veulent que les mots aient une forme perceptible qu'on puisse statufier et adorer [d'après Wiedemann, loco citato]. Porphyre : Epist. ad Aneb. 29 : Ps-Janiblique : de Myst. YI, 3-7 [Cumont : Religions orientales, 114 et Erman. 154].
Ces croyances ne sont pas propres aux Egyptiens. On les retrouve chez les Sémites : nous ignorons presque tous les noms des baalim locaux, tant on mettait de soin à les cacher [Lagrange : Rel. Sémit., 90] : — chez les Aryens et sans doute chez tous les peuples [Frazer : Rameau d'or, I, 331-349].
et les forcent à fuir ce qu'elles ont aimé, à aimer ce qu'elles détestaient auparavant. Un peu du sang d'une personne, quelques rognures de ses ongles ou de ses cheveux, un morceau de linge qu'elle a porte et qui s'est comme imbibé d'elle au contact de sa chair, leur suflisent pour composer des charmes irrésistibles. Us en mêlent des parcelles à la cire d'une poupée qu'ils modèlent et qu'ils habillent à la ressemblance de leur victime, et dès lors tous les traitements qu'on inflige à limage, le modèle les ressent.. . — On oppose à ces manœuvres d'autres manœuvres du même genre... Une formule récitée à propos, un bout de prière tracé sur un jjapyrus, une ligurinc qu'on garde sur soi, le moindre amulette béni et consacré (préservent le sorcier habile)... Lorsqu'ils combattent les influences des divinités secondaires, le mauvais œil et les maléfices des hommes, (les arts magiques sont tout-puissants). Thot, qui est le maître des sortilèges, est aussi celui des exorcismes, et les crimes que les uns commettent en son nom, c'est en son nom que d'autres les réparent. » Le culte des morts apporte le même témoignage. «Par la puissance magique des tableaux^ des amu-
* Les murs dos tombeaux sont couverts de fresques représentant la vie opulente et agréable du défunt. Ce n'est pas, comme on l'a cru longtemps, un souvenir de son bonheur; c'est le moyen 1res efficace qui le perpétuera clans l'autre vie. Dans les mastabas de Gem-ni-kai, on voit, i>ar exemi)le, « la chasse au lilet des oiseaux d'eau, la jiéche, et, ce qui tient une très grande place, l'engraissement artificiel de jilusieurs espèces d'animaux, des oies, des bœufs, même ce qui est le plus curieux et ne laisse pas de nous étonner, des hyènes... On les engraissait en leur