CHAPITRE II
Chez tous les peuples sémitiques-, à toutes les époques de leur histoire, on constate l'existence de
' Lagrange : Eludes sur les Relif/ions sémitiques. Paris, 1903, 2° éd., 1904. — Robertson Smith : Religion of the Sémites, 1S88- 89, trad. allemande revue et complétée par Stïibe, J899. Leipzig.
— Maspéro : Histoire... I, 1895. — Baiidissin : Studien zur serai tischen Religionsgeschichte, 1876-78. — Baelhgen : Deitrdge zur semitischen Religionsgeschichte, I, 1888. — Wellhausen : Reste arabischen Heident ums . — Vs"mck\er : Altorientalische Forsc/iungen .
— Hommel : Altisraelitische Ueherlieferung, 1897. — Clermont- Ganneau : Eludes d'archéologie orientale Bibl. Ec. Hautes- Etudes).
Vincent : Canaan d'après les explorations récentes, Paris. 1907.
— lastroNv : Die Religion Rabyloniens und Assyriens, 2« éd., Giessen, 1902. sq. — Jensen : Die Kosniologie der Rabylonicr, 1898.
— King : Rabylonian religion and rnythology, 1899. — Sayce : The Religion of the ancient Rabylonians. — Lenormant : La Magie chez les Chatdéens. Paris, 1875 : La Divination et la science des présages chez les Chaldéens. Paris, 1870. — Fossey : La Magie a.ssyrienne. 1902. — Martin (Fr.i : Textes religieux assyriens et babyloniens, transcr., trad.. comment. Paris, 1900-1903, 2 vol. — Dhorme : Choix de textes religieux assyro-babyloniens. Paris. 1907-
— Zimmern : Beitrdge zur Kennlniss der babylonischen Religion. 1896-1901. — Cf. aussi la ZeHschrift fur Assyriologie, la Revue Biblique, YArchiv fi'ir Religionsivissenschaft [Berichfe parSchwalIy].
- Assyro-Babyloniens. Cananéens, Araméens, Arabes [Lagrange : op. laud., lf« éd., 40. sq].
68 I^ES RELIGIONS SEMITIQUES
trois courants religieux ; les cultes trahissent l'inégalité (le lear valeur ; on aperçoit parfois les princi])aux stades de leur évolution.
Les Sémites croient, d'abord, ({ue les dieux sont des êtres très puissants dont les actes constituent la vie de la nature. Chaque dieu enferme « en soi l'un des éléments principaux dont notre univers se compose, la terre, les eaux, le ciel, la lune, le soleil, les astres qui tournent autour de la montagne terrestre. Chacune des parties du grand tout est un dieu, et ce dieu est un homme, un Chaldéen, dune essence plus durable et plus Une que les autres Chaldécns, mais pourvu de leurs instincts et agité de leurs passions. Il a les larges épaules, le buste trapu, les muscles saillants des peuples sur lesquels il règne, leur es])rit emporté et violent, leur sensualité brutale, leur tempérament cruel et belliqueux, leur hardiesse dans la conception des projets et leur ténacité impitoyable dans l'exécution. Les déesses se modèlent de même à limage des dames et surtout des reines chaldéennes. La plupart d'entre elles ne sortent point du harem et ne témoignent d'autre ambition que de devenir mères le plus j)ossible et le j)lus vite ^ ». Le lirmament (Anou), hi terre (Iidil), le
' Mas])iM(). I. G3*J. Les dieux habitiMit an ciol « des palais bien clos où veillent des gardiens. C'est au ciel d'Anouque se trouvent
DIEUX DES ÉLÉMENTS ET DES dTÉ< 69
soleil (Babbar, Samas;, la lunc(Sin, Inzou; ', la pluie et l'orage (Hadad), le feu (Gibilj, l'étoile du soir et du matin (Inanna-Anounit), les agents de la culture et les prolecteurs de la glèbe (Nergal, Mnil);, le sol printannier (Uoumouzi, Tammouz), l'humus imbibé de l'eau fécondante (Damkina), le champ où lèvent les moissons (Esharra), la motte qui reverdit après les rigueurs de l'hiver (Ishtar), voilà autant de dieux distincts que les Chaldéens adorent.
Et ces dieux des éléments sont aussi des dieux locaux. Samas est le dieu de Sippar et de Larsa, Anounit la déesse d'Agané; Xippour appartient à Bel, Babylone à Mardouk-, Borsippa à Xebo, Kouta àXergal, Our à Sin, Sirpoula (Tello) à Xinib (Xin-gir-sou)^ Ourouk à Anou, Eridou cà Ea. Chez les Araméens, surtout chez
la nourriture et les eaux de vie. L'homme ne peut en manger. Ce serait, pourlui. quitter sa condition. » Dhorme, p. XXXIII.
* Chez les Babyloniens cultivateurs, le soleil prendra le principal rôle : il réglera le computdes temps sacrés {voir in fra) : chez les Arab?s nomades, qui voyagent de nuit, la lune tient la place du soleil [Nielsen : Die allarabische Mondrelirjion und die mosaische Ueberlieferiuif/. Strasbourg, 19o4] : chez les peuples marins d'Eridou, c'est l'eau qui est le principe des choses lApsou et ïiamat : Ea).
- La légende locale de Babylone racontait peut-être que le pays avait été purgé d'un monstre afïreux par Mardouk [cf. le mythe de Bel et du lion-dragon. Lagrange. op. laud., 335J.
'■"■ « Ninib est le dieu de la chasse et des combats. On l'appelle encore le messager des dieux. Selon Jcnsen, il représentait spécialement le soleil qui apparaît à l'orient. Son rôle, au moment du déluge, est d'exciter l'attaque des dieux contre le monde... Sa compagne est Goula », qui est identique à Bau, fdle d'Anou et à Za-ma-ma [Dhorme, op. laud.. p. XXVlI-XXVIir.
70 LES RELIGIONS SÉMIïKjUES
les Arabes el les Cananéens, le culte du dieu local, maître et seigneur de l'endroit qu'il habite, a peutêtre une importance plus grande encore que chez les Ghàldéens. C'est parce qu'ils ont, de ce point de vue, envisagé leurs dieux, qu'ils les ont appelés haalim : baal est un nom commun qui exprime la domination réelle d'un seigneur sur sa terre, et partant sur ses vassaux et ses vilains. Chaque cité a son baal, qu'on désigne ou par le nom de la cité, ou par le nom particulier du baal : mais, le plus souvent, ce dernier est inconnu *.
Le dieu sémitique apparaît donc, à la fois, comme un patron local et comme un dieu des éléments. Comment concevoir le rapport de ces deux traits qui caractérisent sa physionomie? Chaque cité, sans doute, adorait divers dieux, fonctions des divers phénomènes qui intéressaient directement sa vie. Cette multitude de dieux-, multipliée encore par la diversité des noms qu'ils recevaient çà et là, s'organisa de deux différentes manières, sous l'influence de faits quon ignore : à l'intérieur de chaque cité, un dieu monta au premier rang et s'encadra, assez généralement, de deux autres, en sorte que les triades divines paraissent avoir
• Lagrangc, 83, sq. Voir supra p. 31 ; 40 ; 45 ;...
* Vers le ix« siècle avant notre ère, on comptait soixanto-cinq mille grands dieux du ciel et de la terre [Maspéro, I, 636]. Les Iglgi sont l'ensemble des esprits bienfaisants, les Anounnakis sont les dieux qui, aux enfers, jugent les morts et fixent les destinées, sur terre punissent les hommes. Il va toute une classe de dieux messagers, Gaga, Ihnbral, Pap soukal, Namtarou,... [Dhorme, XXX].