IMPORTA>'CE DES DEMONS
démons sont une innombrable tbiile dèlres malfaisants aux formes horribles, aux grimaces ignobles, aux noms étranges : gallou et maskim,âlouQi outoukkou, ils flottent dans lair, s'embusquent au coin des bois, se tapissent derrière les mottes de glèbe, a Le vent du sud-ouest, le plus cruel de tous, se tient à rafTùt dans les solitudes de l'Arabie, mais il en sort soudain aux mois les plus lourds de Tannée : il rallie en passant les vapeurs malsaines que les marais exhalent aux rayons du soleil, et, les répandant sur les campagnes, il frappe à coups redoublés, non seulement les hommes et les animaux, mais les moissons, les herbages, les arbres. Les génies des fièvres et de la folie s'insinuent partout sans bruit, insidieux et traîtres. La Peste tantôt sommeille et tantôt se lance furieuse au plus épais des foules humaines. Des lutins hantent les maisons, des follets errent au bord des eaux, les ghoules attendent les voyageurs dans les lieux inhabités, et les morts quittant leurs tombeaux se glissent la nuit auprès des vivants pour s'abreuver de leur sang...
Là-haut, ils hurlent, ici, ils sont à faffût; ils sont les grands vers que le ciel a lâchés, les puissants dont la clameur va par la cité, qui versent à torrents leau du ciel, les fils sortis du sein de
[la terre !
Us s'enroulent autour des hautes poutres, des larges pou-
[tres comme une couronne ; ils cheminent de maison en maison, car la porte ne les arrête pas, la barre ne les repousse pas ; mais ils se glissent comme un serpent sous la porte.
70 LE> RELIGIONS >EMITIOUES
ils s'insinuent comme laii- i)ar les joints du Ijattant. Ils éloii,^nent l'épouse des embrassements de lépoux, ils arrachent l'enfant dentre les genoux de Ihomnie,... ils forcent le corbeau à s'envoler sur ses ailes.... ils fonl fuir le taureau, ils font fuir l'ag-neau. les démons mauvais (|ui tendent des embûches^ î ».
Une fois même, ils ont ])oussé l'audace jusqu'à s'attaquer aux dieux. « Ils ont escalade le ciel à limproviste, ils se sont précipités sur Sin, le roi Lune, ils ont repoussé Samas, le soleil, et Ramman accourus au secours, chassé Ishtar et Anou de leurs trônes : le firmament entier serait tombé entre leurs mains, si Bel et Xouskou, Ea et Mardouk n'étaient intervenus au dernier moment et n'avaient réussi à les culbuter sur la terre, après une bataille terrible. Ils ne s'étaient jamais relevés de cet échec, et les dieux leur avaient suscité pour rivaux une classe de o-énies bienfaisants, les Igigi'. »
Dès les temps les plus anciens, les Sémites ont adoré les déesses. Et ces déesses, à la longue, deviennent de simples épouses, de pâles doublures du dieu masculin. Mais il n'en est pas ainsi à Torigine : la déesse est seigneur, si j'ose ainsi dire, au même titre qu'un haal quelconque. «L'idéogramme XIX se liten assyrien ^fV/?^, la dame, ou même fjclu,\c maître, et c'est précisément le terme que les Phéniciens emploient pour désigner
' Mnsprro : op laud., 1. 031-034, jtassim. — f^c texte elfe est enipiunté à Uawliiison : Cun. Ins. W. As., t. IV. pi. 1, col. 1, 1. U-43.
ISHTAR 77
les déesses : c'est toujours la dame, Ba'alat, de Byblos ou d autres lieux, ou seulement la ^ifrande dame une telle, ou la maîtresse dame... Comme il y a un maître, il y a une maîtresse. vSon nom propre a moins d'importance encore que celui du dieu ; en Babylonie surtout il est comme interchangeable ; les mêmes personnes ont les relations les plus variées et les plus contradictoires : Bau est lille d'Anou, mais Anounit est fille d'Anou etishtar est Anounit et aussi Xana à Ourouk. On serait tenté de dire que toutes ces déesses ne sont que la personnilication sous des noms différents de l'Océan céleste ; elles sont plutôt toujours la Dame. Cette union des déesses en une seule personne se manifeste surtout en Astarté ' . »
La déesse Astarté se retrouve chez tous les peuples sémitiques, sous un nom parfois différent : c'est, d'après la vocalisation du texte massorétique TAchtoreth des Cananéens, l'Atar des Araméens, lAtargatis de Hiérapolis-; en Chaldée, elle s'appelle Ishtar. Elle est, dabord, le dieu de la planète Vénus ; elle est aussi la déesse des cèdres et la déesse de la guerre; partout et surtout, elle est la divinité de l'amour sensuel. On la représente, à Chypre, sous la forme dune femme nue et qui, souvent, se tient les seins. A Ourouk,
' Lagrange, op laud, 120.
- Atargatis semble être lAtar dAUys, lAdonis phrygien. Adonis, vénéré à Aphaka, à Byblos et à Antioche. n'est quune variante de Tammoiiz. Le mythe d'Adonis est attesté par les correspondances d'El-Amarna. vers Tan 1500. Sur Tammouz. dont le culte est mentionné par Ezéchiel, 8, 14, cf. infra, p. 78.
78 LES RELIGIO'S SEMITIQUES
à Sidon, à Byblos, son culte parait être très antique et très florissant : des prostituées sacrées, des eunuques volontaires sont consacrés à son service. Dans le Gilgamès S poème qui précisément se rattache à Ourouk, elle s'offre vainement au héros; celui-ci refuse et lui reproche violemmentl'inconstance de ses amours : elle a causé la perte de Tamm')uz -, l'amant de sa jeu-
' Poème national chaldéen antérieur au temps de Hammourabi, de beaucoup sans doute. Gilgamès est un héros assimilé au soleil. Roi d'Ourouk, qu'assiègent les Elamites, il reçoit le secours d'une brute vigoureuse. Eabani, que Samas lui envoie et qu'une courtisane sacrée initie à lamour et à la vie sociale. Gilgamès et Eabani chassent les Elamites et forcent l'entrée de leur bois sacré. C'est alors qu'Ishtar s'offre à Gilgamès ; repoussée, elle se venge, bien que le taureau divin suscité par Anou pour la défendre soit tué par les deux héros. Eabani meurt. Gilgamès part en quête de l'immortalité : Ut-Napichtim qui l'a obtenue et qui en jouit aux extrémités du monde lui déclare qu'il n'échappera pas à la mort. Et Eabani, avec lequel il communique, lui confirme que la mort est inéluctable. Grandeur et vanité de la vie humaine, faiblesse de l'honmie qu'est malgré tout le plus brillant héros, il semble que telle soit la moralité du poème [Cf. Lagrange, op. laud., chap. ix].
- Tammouz signifie, en assyrien, le rejeton. Vers 2300. un roi de Larsa l'associe à Samas : « C'est un dieu du soleil printanier qui, chaque année, cède aux forces destructrices ; il est le dieu de la végétation du printemps qui périt au mois de Tammouz. sous les ardeurs consumantes du soleil d'été... Avec lui périt la tlorc du printemps... : le cycle mythique se complète par le retour du dieu sur la terre et le lever du soleil printanier perçant victorieusement les ténèbres... Ishtar est associée à Tammouz, la déesse de l'étoile du soir et de la fertilité au dieu de la végétation printanière... (Dans la Descente d'Ishtar aux Enfers, la déesse) descend dans le monde inférieur pour arracher à la mort son bien-aimé... Elle traverse sept portes ; finalement elle entre nue dans le royaume d'Allatou et devient sujette, suivant « l'antique loi », de celte terre d*où l'on ne revient pas. Allatou est épouvantée par son arrivée... Les dieux tien-