‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 54 sur 113 · LA DOCTRINE ORPHIQUE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE ORPHIQUE

L'idée morale, chez Homère, est distincte de 1 idée religieuse : « les dieux conduisent les hommes au crime : Até est liUe de Zeus » ; Homère ne s'en émeut pas : son àme n'est pas « inquiète d'aspirations inassouvies et de questions insolubles ^ » ?^lais déjà chez Hésiode il n'en est plus tout à fait ainsi : la sérénité calme des personnages de V Iliade a disparu; la vie est triste, la vertu difficile; Zeus ne s'en désintéresse pas et envoie à ceux qui s'y efforcent, par l'intermédiaire des démons, ses bénédictions divines-. C'est l'indice qu'une révolution se prépare.

On l'appelle d'un nom général l'Orphisme : les hommes qui l'ont conçue et accomplie utilisaient le mythe d'Orphée. Onomacritos est le mieux connu d'entre eux : Hérodote l'appelle /vr,cuoAÔ-'o:, l'interprète des oracles ; il vivait à Athènes -, à la cour d'Hipparque, qui le chassa parce qu il falsifiait les oracles d'Orphée et de Musée. Les livres orphiques par malheur, ne nous sont pas intégralement parvenus : mais Clément d'Alexandrie et Suidas en citent plusieurs ;

de Jules Girard : Lesenlimenl religieux en Grèce d'Homère à Eschyle. 1869. 2« éd. 1879, Paris. Voir aussi Denis : Histoire des théories et des idées morales dans l'antiquité, 2 vol., 1856. 2^ éd., 1879, Paris.

* Noter pourtant son jugement sur la vie : il l'estime misérable. La recherche de la gloire, l'effort vers la vertu lui donnent seuls quelque prix. [11 semble parfois que, dans Homère, la vertu entraine le bonheur, au moins pour les descendants de l'homme vertueux]. D'après J. Girard : op. laud, 367-368.

- Chantepie. Op. laud., 511. 515, 538. — Sur les démons, agents des dieux, cf. Gruppe, 848 et 954, et Hild : Étude sur les démons dans la littérature et la religio7i des Grecs, Paris, 1881.

^ Vers 527-514.

et l'on peut lire, dans Apollonius ci Damasrius, un résumé (le (pialro cosmogonicsoù s'exprimait Icui-ducirine. Enlin,los lames (For trouvées en Italie et en Crète, les fragments des anciens poètes, les grandes œuvres du v*" siècle, permettent sinon d'en décrire les parties, au moins d'en marquer les caractères, d'en apercevoir les origines, den indiquer les conséquences ^

L'Orpliisme appuie sur une philosophie panthéiste une croyance, un culte, une morale qui procurent le salut à ses lidèles. 11 enseigne que « l'homme est un dieu tombé dans la gangue de l'existence ou des existences terrestres ^ ; il faut briser une à une ces enveloppes successives pour (jue réapparaisse la divinité cachée. Deviens ce que tu es, tel est l'effort et le devoir nouveau du mystique '. » Comment peut-il tou-

* Chanlepitv Op. laud., 5G2. — (irupjjc : lOiîS. — Diî'S : Evolalion de la Ihéolof/ie dan^ les philosopkes grecs [Revue d' liisLoive et de l'Uléralure religieuses, 19U()J. — Les lames d'or trouvées prôs Sybaris et à Eleulherna rei)roduisenl six inseriplions dont deux sont bien déchiffrées : on y U-ouve, soit des conseils donnés à lànie pour le voyage d'oulre-loinbe, soit le discours de l'ànie demandant rentrée au royaume des bienheureux [S. Reinach. II. ArchéoL. lOUl, II, i202J.

* IIt7j|j,2 (7ftl-«-2, lelle est la l't)nnule ori)hi(iue. Plalon Craljjle, 400. C [Glotz, 589. 1 1.

^ Diès. loco cilalo, 17. — Cf. Rohde. Kl. Schri/Ï. LUe liel/f/iou der (h-. 331. L'idée (pie la nature de lame est divine et que sa vie sur terre est la conséquence d'une faute collective est développée dans le mythe des Titans et de Dionysos Zagreus .Les vieux ennemis de Zeus, les Titans, saisissent, lacèrent et dévorenl Zagreus (l'enfant (pu' Zeus a cude sa fille l*roserj)ine),au moment où il fuit sous la forme d'un taureau : ils sont |)oussés par la ialouse liera ; Zeus les foudroie et, de leur cendre, fait sortir le genre humain [Reinach : Cultes, II, o8]. Les lionunes sont donc, à

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