LE PROBLÈME THÉORIQUE
C "était bien le Zeus d'Eschyle qu'il faisait voir. Dieu unique et maître du monde '.
Comme le problème pratique, le problème spéculatif se transformait peu à peu en Grèce et modiiiait indirectement les conditions de la vie relis:ieuse. Qu'est-ce que la vie et que vaut-elle : comment la traverser sans encombre? Qu'est-ce que le monde et d'où vient-il : comment l'expliquer sans erreur ? La seconde question commence d'occuper les esprits, autant que la première d'inquiéter les consciences, plus fortement qu'autrefois et surtout d'autre manière.
Les Grecs, comme les Sémites, comme les Égyptiens, pratiquaient jusqu'ici une double méthode lorsqu'ils voulaient rendre raison des phénomènes. Suivant la méthode animiste, ils les concevaient par rapport à ceux qu'ils produisaient à volonté, ils les assimilaient à leurs actes, ils y voyaient les actes d'êtres analogues à eux et qu'ils nommaient les dieux. La vie de la nature leur apparaissait dès lors comme l'histoire des person-
s. d., p. 82-83. Le Zeus d'Olympie a été exécuté de 437 ou 436 à 432, date de la mort de Phidias (né peut-être vers 480). Il se dressait dans le grand temple d'Olympie. L'inspiration de Polygnotc semble avoir été assez analogue à celle de Phidias [J. Girard : Sentiment religieux en Grèce}.
' Agamemnon. Vers 160 [Weil]. Voir Decharme : Criliq. Irad. rel., i02.
naliiés divines : les mythes qu'ils élaboraient leur apportaient Texplicaiion qu'ils cherchaient. La mythologie, c'était leur science : ôç'ao'j.jOoco'.aô'jooô^-w; irs-j.v^. De très bonne heure aussi. Égyptiens et Chaldéens ont pratiqué la méthode dobscrvation : ils savaient explorer le ciel et noter « les lentes révolutions du soleil, les phases rapides de la lune, leè mouvements entre-croisés des cinq planètes, la figure et les limites des constellations qui s'allumaient chaque soir dans les hauteurs du monde - ». Les nuits sont si claires et l'atmosphère si limpide en Orient que l'on y perçoit à l'œil nu les étoiles de quatrième grandeur. Les collèges sacerdotaux entretenaientdes écoles d'astronomes. On distinguait couramment les étoiles des cinq grandes planètes (Jupiter, Saturne, Mars, Mercure, Vénus) ; le lever héliaque de Sirius ouvrait en Egypte l'année civile : elle se divisait en douze mois de trente jours et chaque mois en trois décades; dès avant Menés on
' Aristote : Mêla., A, 2 ; 928 b, 18 [R. II. L. R., 1906, 4].
- Maspéro : Histoire. I, 205, sq. >'oiis avons les débris d'une carte du ciel dressée en Egypte vers les années 1800-1200. — Les Egyptiens pratiquaient le système décimal;» les Chaldéens combinaient les données du système duodécimal avec celles du décimal » [Maspéro, I, 772]. « Gallisthène... avait envoyé à son oncle (des observations astronomiques) dont les plus vieilles avaient été faites il y avait alors mil neuf cent trois ans, vers le milieu du xxiii« siècle avant notre ère : il aurait pu en transcrire de beaucoup plus antiques, si les archives des temples lui eussent été ouvertes sans réserve » [Maspéro, I, 775]. Les Chaldéens savaient que la lune accomplit 223 révolutions de vingt-neuf jours etdemi; que les éclipses solaires sont précédées ou suivies à quatorze jours et demi d'intervalle par une éclipse lunaire. Cf. Schiaparelli : /.'as/z-onoMift 7ielL' Anlico Teslamento.W\\?^r\o, 1904.