‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 62 sur 113 · L.\. SCIENCE ORIENTALE I4l · texte numérisé non relu

L.\. SCIENCE ORIENTALE I4l

ajoutait chaque année, au douzième mois, cinq jours épagomèncs ; pour compenser le retard qui subsistait néanmoins ^ on donnait de temps à autre « un coup de pouce à la machine ». Les Chaldéens surent, mieux encore que les Égyptiens, tirer parti de leurs multiples observations : (( ils observèrent qu'une loi immuable réglait le mouvement des corps célestes, et, dans le premier enthousiasme de leur découverte, ils étendirent ses effets à tous les phénomènes- », conçurent l'hypotlièse d'un déterminisme universel, formulèrent lidée de loi naturelle.

Sur les côtes d'Asie Mineure, largement ouvertes aux influences orientales, les philosophes ioniens du vii"" siècle importèrent alors et développèrent, à ce qu'il semble, les idées scientifiques d'Egypte et de Chaldée. Ils retinrent de l'hypothèse animiste et des mythes cosmogoniques qu'elle avait enfantés l'idée que le monde est tout pénétré de divin : « au lieu d'une multiplicité d'êtres invisibles animant chaque partie de l'univers visible, ils crurent plutôt a une Ame motrice unique informant ce Cosmos quePlaton devait appeler un animal divin- ». Mais l'esprit d'observation

* 14 de jour par an.

- Cumont : op. laud., 216.

^ Biès :loco citato, 11. — Thaïes vivait probablement vers 630-548, Anaximandre vers 611-547, Anaximène vers 588-524. — Cf. sur la philosophie grecque en général : Ed. Zeller : Die PUilosopliie der Griechen in ilirer geschic/itlichen Enfwickeliinf/ dar- ^eç/eZZ/ trois parties en 6 volumes: plusieurs fois réédité]: Croiset : op. laud.; Gomperz : Griechische Denker. I et II. 2* éd. Leipzig.

quils avaient SU retenir les inclina « àcherclier le principe du monde en des éléments plus voisins de l'expérience ordinaire. Les mathématiques surtout purent accentuer le désir hàtif de simplification qui leur fit proclamer d'instinct les dogmes ou plutôt les postulats directeurs de la science moderne : la constance quantitative et qualitative, Tindestructibilité et l'immutal)ilité de la matière ». Thaïes, Anaximandre et Anaximène font naître les dieux et les hommes et les choses de Teau, de l'air et du feu.

Heraclite bafoue leur effort : au milieu du flux éternel des phénomènes, la pensée, dit-il, n'a rien où se prendre; sans doute, il y a une raison qui rythme l'universel écoulement des êtres, mais l'homme ne saurait la connaître; pour Dieu, tout est bon, et beau, et juste; l'action de Dieu est aussi capricieuse que le jeu de l'enfant qui jette les dés K Xénophane et son disciple Parménide lui ripostent durement : la multiplicité et le mouvement sont apparences vaines ; le fond des choses est l'unité, l'immobilité ; car cette unité, c'est le divin épars dans le monde ; et « un dieu n'est pas dieu qui naît, qui se meut et qui meurt. Le dieu vraiment dieu doit rendre compte de soi-même et se suffire à soimême - )). Xénophane brise avec la tradition des cos-

1903. (Irad. fr. par Roymond. Paris. 1904). — Cf. ÏArchiv fiir Gesch. der Philosophie. BcM'lin, et Y Année philosophique. Paris.

' Diès, 15. — Sur Heraclite [535-475), cf. Rivaud : op. laud.

* Diès, 172-173. — Sur Xéiiopliane [576-480], cf. Rivaud : op. laud.

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mogonies théologiques, quand, dans son être unique et total, source et tin des choses, il met en lumière, avant tout, laspectDieu et prépare ainsi une métaphysique de la transcendance. Mais Parménide néglige cet aspect divin de l'être ; il en rend libre « l'absolue suffisance pour les philosophies mécanistes de l'avenir ».

La tradition d'Heraclite, en effet, s'épanouit avec vigueur : la pensée grecque s'attache passionnément à l'étude de ces formes changeantes de l'être où elle ne peut se résigner, pourtant, à voir apparence vaine et phénomène pur ! Les disciples mal connus de Pythagore conçoivent les lois d'une mathématique universelle. Ils prouvent le double mouvement de la terre autour de son axe et autour du feu central; ils admettent que les planètes et les comètes se meuvent autour du soleil ; ils expliquent les éclipses de lune par l'interposition de la terre ; ils découvrent les lois mathématiques de l'acoustique ^ Plus émancipé encore à l'égard de la tradition éléate, Leucipe enseigne la réalité du mouvement et de la pluralité, de la naissance et de la mort; il proclame que le non-ètre ou le vide est aussi réel que l'être plein de Parménide ; il brise la sphère unique et compacte de lètre en une infinité d'êtres aussi compacts: ce sont les atomes, dont les mouvements engendrent et

*Sur la science pythagoricienne, cl". Rivaiid : Le problème du devenir et la notion delà matière dans la philosophie grecque... Paris. 1906.

détruisent les mondes*. Démocrite, Empédocle et Anaxagore vulgarisent el développent celle théorie atomiste -.

Mais Empédocle et Anaxagore, Socrale et Platon introduisent dans ce monde, qui semblait devoir sen passer, l'idée morale. Le problème moral, dont nous avons dit rinfluence sur la religion grecque, et qui, dès le temps de Xénophane et dlléraclile, commençait d'occuper les physiciens, fait irruption au milieu de leurs systèmes. Empédocle juxtapose à un mécanisme une religion de la rédemption. Anaxagore anime, vivifie, personnilie lUnité de Parménide et de Xénophane : il pose une Intelligence motrice du monde, distincte du monde, et qui semble devenir capable d'amour. Socrate et Platon négligent les apparences sensibles : Socrate les tient pour aussi impénétrables à la pensée que disait Heraclite; Platon les juge aussi vaines que faisait Xénophane. Mais Socrate, parce qu'il veut fonder la science morale, analyse l'idée de science et par là contribue à l'o:uvre des physiciens : il place dans l'accord de l'esprit humain avec lui-même la condition nécessaire et suffisante de la certitude et pro-

• Sur Lciicippo, qui fleurit vers 450. cf. Dits : loco cilalo, 320, et Rivaud.

- Drmôcrite fleurit vers 420 : il a voyagé en Orient et enseigné à Al)tlére : peut-être esf-il le vérilal»le précurseur d'Aristote [De* charme. IKi]: Kmpédocle[49o-4:i5) son contemporain est originaire (lAgrigente : Anaxagore est né vers 500 à Clazoménc. Sur Anaxagore, cf. Diés, 3i5 et Rivaud. Comparer avec les atomes, les liomœoniévies et les élcmenls.

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