‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 66 sur 113 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

on interroge les oiseaux principalement les jours de fêtes, feriœ, — que ces fêtes soient propres à une gens^ à une famille ou à toute la cité.

Ces dernières, feriœ piiblicœ, montrent quels dieux ont émergé de la foule et se sont placés en tète de leurs rivaux. Mars est le plus ancien de ceux quadoraient les communautés italiennes ; il porte aussi le nom de Quirinus.Deux grands prêtres sacrificateurs sont attachés à son culte, le flamen Martialis et le flamen Quirinalis. Le mois de mars lui est consacré. Plusieurs noms propres sont dérivés de son nom ^. C'est (( un dieu du printemps et de la fécondation, comme le prouvent ses fêtes en mars et en octobre; par exemple l'élévation des boucliers, les danses des Saliens et le sacritice du cheval d'octobre, ob frugum eventum. On sait que de temps en temps la jeunesse guerrière d'un printemps lui i est , consacrée ' ver sacrum) et s'exil(e) sous sa protection. Ainsi Mars (est; en rapport à la fois avecTagriculture, le bétail, l'état, la colonisation et la aruerre. Son caractère de dieu de la

et de courses rituelles, auxquelles prennent part les prêtres, les magistrats, le peuple. C'est Toccasion de fêtes populaires. Nombreuses purifications: nombreuses et minutieuses formules [carmina] rythmées, tels les verha poniificalia. On ne peut pas dire au juste quelle n"est pas, dans ce rituel, la part de l'état romain organisateur.

* Marins, Mamercus. Mamurius, — Au mois de mars, on célèbre on son honneur les Equiria. fêtes de chevaux : Mami/ralia, fête des boucliers ; Qmnf{uatvus, danse des armes ; Tuhilustrium, consécration des trompettes ; en octobre, VArmiluslriiim [Chantepie, 600, 614].

guerre pass(e) peu à peu au premier plan à mesure que la guerre pre(nd)plus dimportancc dans la vie des Romains ». Jupiter paraît aussi avoir tenu une grande place : on lui consacre les ides, on célèbre en son honneur la fête des vendanges ^ Mais son caractère primitif s'est altéré de bonne heure : en même temps que dieu agricole, c'est aussi un dieu de l'orage, du ciel et de la lumière. Janus, Faunus et surtout Vesta s'associent à Jupiter et à Mars pour former le plus ancien groupe des grands dieux romains : Faunus est fcté le 21 février, Vesta le 9 juin, Janus le 9 janvier - ; si le feu de Vesta qu'entretiennent les « Vestales » vient à s'éteindre, c'est un fâcheux présage pour l'état. Gomme des dieux supérieurs, cette religion animiste semble connaître des dieux de second ordre, dieux familiers, élevés au-dessus de la plèbe divine : les Mânes, les Génies, les Lares et les Pénates. Les Mânes sont les àmcs mortes, les Ames des ancêtres dont on entretient la vie par des offrandes, et dont on escompte la protection ; celles qui ont été oubliées, et dont on se délie, sont appelées Lémures ou Larves. Les génies sont les esprits protecteur» des vivants, c'est-à-dire de tous les êtres, hommes et choses et peuples : on les désigne parfois sous le nom de Semones; ils repré-

' Comme dieu des vendanges il s'apj^elle Liber ; on le fêle le 23 avril {Vinalia : on ouvre les tonneaux de l'année écoulée) [Ghantepie, 615].

- La fêle de Fatums s'appelle les Lupercalia. relie de Janus Agonia, celle de Vesta Veslalia [eodem loco]. Le caractère politique du culte de Vesta n'est sans doute pas primitif.

cultes; >rcond aires romains 161

sentent primitivement le pouvoir procréateur de l'homme. Les Lares sont les dieux des divers endroits S cachés dans les terres dexploitation qu'ils protègent ; on appelle lar fainiliaris le dieu du champ sur lequel est bâtie la maison, et qui l'entoure : on lui offre des sacritîccs aux kalendes, aux nones, aux ides, et lors des principaux événements qui marquent dans la vie familiale. Il n'en est pas de même des di pénates : on doit y voir, non pas des dieux individuels, mais le nom commun donné à des dieux divers Testa, Jupiter, Vénus, Vulcain...], qu'on adopte en quelque manière à titre de protecteurs domestiques.

Cette religion champêtre, antérieure, sans aucun doute, à la fondation de Rome-, subit à ce moment une modification notable : elle est organisée par les familles qui établissent sur le Latium leur hégémonie sociale. C'est dire quelle concourt à affermir ou à étendre cette hésTémonie.

La ville qui se construit sur le Palatin est une enceinte sacrée, un temple : là seulement on peut sonder les volontés divines. De ce chef, tous ceux qui ne sont pas les citoyens de la ville nouvelle sont

* « Dans la campagne et sur les chemins, les Lares compitales ou viales protégeaient les allés et venues ; on leur apportait des olTrandes champêtres» [Ghantepie, 598 1. L'antique cJuinl des frères Arvales, trouvé à Rome en 1777, commence par l'invocation des dieux Lares.

tril)utaires de ceux qui se sont assuré cet lionneur. Dautre part, la cité surveille le culte des morts, la formation des mariages, les rapports des familles avec les gentes^ ', elle organise des cérémonies (sacra publica) oii la présence des citoyens est tantôt facultative, tantôt nécessaire -. Cette action religieuse et sociale s'exerce par l'intermédiaire de deux collèges sacerdotaux, \cs pontifes et les augures. Les prêtres de l'époque ancienne, Saliens, Arvales et Luperqucs perdent peu à peu leur autorité devant ces nouveaux venus. Le collège des pontifes a pour chef le pontife suprême, pontifex maximus ; à lui seul revient le droit de décider tous les cas litigieux. Ses collègues veillent sur le culte, offrent les sacrifices ^ consacrent les mariages, interviennent dans la rédaction des testaments et fixent le droit. De concert avec les magistrats, ils réparent les fautes publiques qui ont offensé les dieux et leur offrent à cette fin un piaculum ; ou bien ils tâchent à se procurer leur appui en leur vouant ou en leur con-

^ La r/ens est « renscmble des personnes du même nom qui, sans pouvoir prouver leur parenté, se regardent comme descendant toutes d'un auteur commun »[Ae.rîVy//c Cagnat-Goyau, 435 1, Les (jenliles portent le même nomen r/eutilicinm : ils ont un culte commun.

* A ces sacra popularia q use o mues cives faciunt se rattachent deux fêtes dont le sens est assez obscur : « le septimontium et la double procession des Argei qui se célébrait le 46-17 mars autour de leurs 24 sacelia, et celle du 14 mai où on les jetait dans le Tibre » [Ghantepic, 60.^].

■'' On appelait /lamines les prêtres sacrificateurs en général. — A l'origine, \q ponlifex ma.rimus était subordonné à trois <y?-a;uZ flamines [deu.x étaient les grands-prêtres de Mars].

ORGAXISATION POLITIOUE DE> r,ULTE> ROMAINS 163

sacrant une personne ou une chose. Les augures consultent les (lieux au nom de la cité ; si les présages qu'ils observent sont défavorables, toutes les décisions quelle a pu prendre sont annulées, toutes les entreprises commencées sont abandonnées : ils interprètent, soit le vol ou le chant des oiseaux, soit le tonnerre et la foudre, soit la manière dont mangent les poules, soit les bruits accidentels ^

Cette organisation politique de la religion romaine se couronne et sachève par l'établissement d'un culte éminemment national. Jupiter, associé à deux divinités obscures, Junon et Minerve, était primitivement adoré sur le Quirinal, tout près de Rome. Il semble que la triade fut peu à peu entraînée dans les progrès de son chef : ce qui est sûr, c'est que, dès le vi^ siècle, elle apparaît comme le triple génie protecteur de la puissance romaine. Tarquin l'Ancien lui construit un temple magnifique sur le Capitole ; on célèbre en son honneur de grands jeux [ludi romani], à l'automne, au moment oï^i revient de la guerre l'armée victorieuse ; on y admire « le cortège solennel de la jeunesse romaine suivie de ceux qui prenn(ent) part aux jeux fia procession) des objets consacrés, des images des dieux portées sur des civières et de leurs attributs (exuviœ) portés sur des chars- ».

' Dos augures il faut bien distinguer les aruspices, étrusques ou étrangers : ils interprètent les éclairs et les entrailles des victimes.

- Chantepie, 616. — Tarquin l'Ancien règne de 616 à oTS.

Environ la même époque, la religion primitive subit une seconde modification : parce qu'elle entre en contact avec la religion grecque, elle en éprouve l'influence. Les Romains acquièrent, au cours du vi"^ siècle semble-t-il, des livres mystérieux qui permettent de connaître la volonté divine : on les conserve dans le temple du Ca})itole, un nouveau collège de prêtres est créé, qui les interprète ^ En même temps que les livres, s'introduisent à Rome les dieux et les rites de l'Orient. Apollon arrive le premier : il est particulièrement adoré à Gumes, dont les prêtresses ont fait connaître les livres sibyllins ; on lui élève un temple-, on envoie mie ambassade à Delphes consulter son oracle. Artémis, Latone, les Dioscures font invasion à leur tour; les autres dieux suivent peu à peu, et c'est Esculape qui clôt la marche : on va en pompe « le cherclier à Épidaure pour guérir une peste grave en 291. Pour certains de ces dieux, tels qu'Apollon et Esculape, il ne se trouvait pas de correspondant parmi les divinités romaines. Dans les autres on reconnut des divinités nationales, quelquefois pour des raisons qui nous échappent : telles sont les identifications d'Artémis"^ avec Diane, de Démèter

L'œuvre d'organisation religieuse était attribuée par les Romains à Numa. — Sur le sanctuaire capitolin, cf. Wissowa, p. 33-38.

' Daborcl deux, puis dix, puis quinze [duumviri, puis decemviri, puis quindecim virisacris faciinidis]. Sur les dieux nouveaux, cf. Wissowa, p. 42-40.

- En 431.

° Chantepie, 62o.

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