‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 67 sur 113 · HELLÉNISATION DES CULTES ROMAINS · texte numérisé non relu

HELLÉNISATION DES CULTES ROMAINS

avec Cércs, d'Aphrodite avec Vénus ». Les Romains empruntent encore aux Grecs l'usage des lectisternia et des supplicaliones. « Le premier lectisternium fut célébré à l'occasion dune épidémie et sur l'ordre des livres sibyllins^ : on dressa sur le forum trois lits pour Apollon et Latone, Héraclès et Artémis, Hermès et Poséidon. Dans les supplicaliones, la foule partait du temple d'Apollon, etprocessionnellement, avec accompagnement de musique, et parée de couronnes de lauriers, elle allait prier dun sanctuaire à l'autre : ce qui caractérisait la cérémonie, c'est que tout le peuple y participait. (Bientôt),... on se mit à adorer les dieux romains grœco ritu, et à organiser des leclisternia et des supplicaliones pour les dieux du Capitole -. ))

A la tin du iv^ siècle et au début du III^ les deux mouvements polilique et hellénique qui ont exercé parallèlement, sur la religion romaine, une action si vive, divergent tout d'un coup : et cette divergence marque le début d'une période nouvelle. Les influences helléniques et orientales se font désormais sentir avec une force toujours croissante. L'organisation politique du culte, au contraire, est démantelée en même temps que le monopole social du patriciat : les lents progrès de la plèbe au temps des Tarquins sont consacrés par les lois Licinia et Ogulnia ; au même titre que les

* En l'an 399 av. J.-C.

- Cliantepie, 626.

patriciens, les })lébéiens ont maintenant accès aux trois grands collèges sacerdotaux (décemvirs, pontifes, augures) ^

La religion des Piomains s'oppose curieusement, semble-t-il, à la religion des Perses: tandis^ (pie le

' Les lois Licinia ctOciulnia datent de 307 et de 300.

Il semble (pie la religion des Celtes ait été assez aiialo.Q:ue à la religion des Romains. C'était un culte des arbres et des bois, des sources *cl des collines, el des âmes des ancêtres : decette loide de dieux agrestes émergent quelques grands dieux**: le plus fameux est Tentâtes, qui ressemble singulièrement à Mars ; noter toutefois que son évolution s'est faite, à ce qu'il semble, en sens inverse : dieu guerrier à l'origine, il devient dieu i)acifique, protecteur du commerce et des grandes routes. — La diffusion du culte de Tentâtes*** et des autres grands dieux semble être en rapport avec l'action du sacerdoce druidique : le caractère mi-religieux, mi-j)olitique des Druides rappelle fort bien les pontifes el les augures de Rome ****. Ils tenaient régulièrement une grande assendîlée en pays carnute, « propre à toute la Gaule celtique, (el qui) superj)0sait un cadre religieux commun à une organisation politique toute morcelée » [C. Julian ; Recherches sur la

* Les inscriplions latines nous donnent le nom d un i;iand nondjie de ces déesses des sources, (|u'on identifia ou quou associa plus lard aux dieux romains. Les déesses des sources étaient bienveillantes, les dieux des bois redoutables à riiommc.

** Le l'uy de borne eu .\uvergne, le iMonl Mbain dans le l.aliiini durent sans doute ;i leur belle allure la domination ijuils exerçaient sur leurs con;^énères kl'après Julian : Vercini/étorix. 18 S(|.j

*** l)après une hypothèse assez séduisante de S. lleinacli [Cullca, Mi/tlies et Iteligiuns, I, 204. s(|.], Teul ttès est, non pas une divinité panccltiipie, mais un dieu des peuples entre Loire et Seine (de même Ksus et Taranis). — [^S. Heinarh conteste l'existence des prêtresses de l'île de Sein. op. laud., i'J.). qu'admet Julian : R. /Clud. aucirtmcs, 1904, 2o8J.

*'*• V LEduen Diviliacus qui vint à Rome en amjjassadeur et en ami. cl (jue connut Cicéron, élail un druide ; plus lard. Tacite cite plusieurs druides qui poussèrent à la guerre contre Rome >- [Clianlepie, 702\

corps sacerdotal a joué cliez ceux-ci ^ un rôle politique, peut-être considérable, il n'a jamais exercé d'intluence chez ceux-là ; il n'y a pas, chez les Romains, intrusion des prêtres dans la politique, mais confiscation de la religion par lÉtat, adaptation des croyances aux intérêts d'une classe -.

La physionomie de la religion grecque est beaucoup jjlus originale": elle est modifiée profondément par la naissance et les progrès d'une science théorique et dun art moral ; elle est très certainement à la veille d'une radicale métamorphose lorsqu'apparaît Alexandre. L'explication des phénomènes naturels qui est le plus souvent demandée à la croyance au

reliijion rjcndoise, Bordeaux, 1904. — Revue des Etudes anciennes, 1904, 261]. — Les rites des Celtes rappelaient probablement les rites des Romains : peut-être les sacrifices humains et les suicides sacrés ont-ils persisté plus longtemps en Gaule qu'en Italie. [Outre l'ouvrage de Julian, cf. d"Arbois de Jubainville, Cours de liliérature celtique: ReneL Les relirjions de la Gaule avant le Christianisme. Paris, 1907 ; Dottin. La Religion des Celtes. Paris, 1904 et surtout l'ouvrage fondamental de Alfred Holder, Altceltischer iSphrachschatz. Voir aussi la Revue Celtique (depuis 1870,].

D'après Julian, il semble que la religion des peuples qui habitaient la Gaule avant les invasions celtiques [les Ligures?], ait été surtout une religion astrale et solaire. — Le dieu celte Belenus était un dieu celte, sans doute plus important à l'origine que Tentâtes. Ce fait est-il en rapport avec le précédent ?

* Un peu comme chez les Egyptiens au temps d'Amon. Noter pourtant que les Qénies des Romains rappellent les frahvashis.

- Un peu comme chez les Celtes, peut-être.

' Il n'y a pas eu, en Grèce non plus qu'à Rome, de caste sacerdotale ; les Grecs, beaucoup moins que les Romains, croyaient à la vertu propre des mots. — Mais il faut remarquer combien les idées des Romains et des Grecs touchant llladès rappellent les idées des Egyptiens et des Chaldéens.

dieu-fonction V. si elle est acceptée par les Grecs, est aussi complétée par eux : tout en pensant que la nature est divine, ils s'acharnent à vouloir la comprendre, et, pour y parvenir, commencent à classer rationnellement les phénomènes et les êtres qu'ils observent". Leur religion traditionnelle, en cela semblable aux autres, ne leur enseigne pas une, règle de vie : mais, comme elle s'attache au problème de lètre, voici que leur pensée curieuse pose aussi le problème de l'action. Ebranlée par cette double poussée, la religion grecque se dissout et croule ^

' Cf. infra, p. 319.

- Un texte Lllippocrafe : de l'air, des lieux et. des eaux, p. 78. Littré (section 106. l'etersen), cité par Decharme : Criiiq. des trad. reL, p. 114-115] montre très bien comment Tidée de loi naturelle menace l'idée de Dieu.

•'' La crise a commencé, d'après Decharme, au temps de la guerre du Péloponèse [431-404].

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