ORIGINE DE LA NATION ISRAELITE
crêtes au delà de :î.800 mètres. Le même Dieu qui a protégé leur fuite protège aujourd'hui leur marche : il leur donne à la fois la nourriture et la victoire. C'est alors que, trois mois après la fuite, lahvé appelle Moïse du haut du Sinaï en disant : « Tu parleras ainsi à la maison de Jacob et tu diras aux enfants d'Israël : Vous avez vu ce que j'ai fait à l'Egypte et comment je vous ai portés sur des ailes d'aigle et amenés vers moi. Maintenant, si vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous serez mon peuple particulier parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi; mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. Telles sont les paroles que tu diras aux enfants d'Israël... Le peuple entier répondit : Nous ferons tout ce qu'a dit lahvé ^ » Puis Israël reprend sa marche vers Canaan, que lahvé a donné autrefois à Abraham. Moïse négocie avec les Edomites qui refusent passage, est battu parles rois d'Arad et de Setat lorsqu'il tente de s'ouvrir une route par la force, erre de longues années dans le désert, meurt même sans en être sorti, sur le mont Nebo : les péchés dlsraël qui abandonne souvent lahvé pour les faux dieux lui ont valu ce châtiment. Mais, grâce à lui, les tribus
' Genèse, 19, 3-8. — Cf. Giesebrecht : Die GeschiclitUchkeit des Sinaibundes, 1901. « Les itinéraires du peuple hébreu à travers le désert ne renferment qu'un très petit nombre de noms fictifs... » [Maspéro, II, 445, note 1]. La principale station des Juifs dans le désert semble avoir été la fertile oasis de Kadesh-Barnéa [Aïn-Gadis], vers les confins de l'Idumée [Maspéro. IL 4i7" [Lagrange : Méthode historique. 178].
(|ui ^r K'clamaieiil d'Abraliam sont unies et confondues en un niLMiie peu})Ie : la nation israélite esl fondée ; elle s'appuie sur le choix que lahvé a l'ail délie pour être son j)euple.
Si le détail de cette histoire esl enveloppé d'incerlilude, les i^randes lignes en paraissent assez assurées. Pareillement, on discerne assez bien les principaux traits de lonivrc législative et sociale du prophète.
Moïse restaure les vieilles coutumes de l'époque patriarcale ; le séjour en Egypte en a énervé la vigueur. Et c est ce droit tout imprégné d'idées l)al)yloniennes (piil formule dans le Code de VAllianceK Le Code de
' Exode. 21-23. Rien n'eni|)èchc, dil Lagraiige [Mélli. hisl., 177] do rapporler ce texte à Moïse : les Israélites nëlaieiit plus à ce moment de purs nomades : à (ladés ils se sont adonnés à la culture: la situation subordonnée de la femme, telle (pielle ressort des textes, nous empêche de croire qu'ils datent du temps d"Achaz, alors (pi'lsaïe reprochait aux élégantes <( les boucles, les médaillons et les croissants, les pendants d'oreilles, les bracelets et les voiles, les diadèmes; les chaînettes des pieds et les ceintures, les boîtes de senteurs... » |3, 18.1
Voici un résumé de ce Code :
L'esclave hébreu sera affranchi la septième année par son maître. — Lhonmie qui s'achète une femme peut, si elle lui déplaît, la revendre au |)ère, ou la destinera son (ils : s'il donne a celui-ci une autre femme, il ne retranchera rien de ce qu'il donnait à la première: sinon, celle-ci retournera librement chez son père, sans rien payer. — On tuera Ihomicide, le voleur, celui qui frappe ou maudit ses |)arents. — Qui blesse un homme, le soignera et le dédommagera de son chùmage; s'il le tue, le mort sera vengé. — Si un homme rraj)pc une femme enceinte et la fait accouclier avant terme, il paiera une amende : « s'il y a accideirt, tu donneras vie pour vie. (i>il pour (cil... » — Qui fait perdre un œil ou une dent à son serviteur doit l'affranchir. — La première fois (pi'un bund attacpie. s'il tue. il est lapidé, son maître est indemnise: le maître l'-i 'm" - >-i.'.>-i dcpuislongtemps
LE CODE DE l'aLT.TAXCE 193
V Alliance rappelle singulièrement le code fameux où, huit cents ans plus tôt, Hammourabi condensait les traditions juridiques de Babylone. Ici et là, on aperçoit
le même effort tenté par la raison pour réaliser la justice; ici et là, certaines dispositions précises sont, sinon identiques, du moins très analogues : telles, les règles du mariage ; telles encore les règles qui fixent.
que lo bœuf frappait de la corne. » — Le maître de la citerne qui ne la couvre pas doit rendre la valeur des bètes qui y tombent. — Qui vole un bceuf rend cinq bœufs, une brebis quatre brebis; le voleur de nuit peut être légitimement tué. — Le propriétaire du bétail qui fait du dégât doit une indemnité: de même l'incendiaire. — Le dépositaire volé déclare devant Dieu qu'il n'est pas le voleur : « celui que Dieu aura condamné restituera le double à son procbain ». Qui emprunte une bête, qui meurt en rabscnce du propriétaire, doit une indemnité : si elle meurt en présence flu propriétaire, il ne doit rien. — Qui séduit une vierge, paie sa dot et i'épouse: si le père la refuse, le séducteur paye l'argent qu'on donne pour la dot des vierges. — La magicienne est proscrite. — Mort à qui a commerce avec une bête. — Anathéme à (jui sacrifie aux dieux. — Tu ne maltraiteras point l'étranger.... ' car vous avez été des étrangers dans le paysd'Egypte. » Vous ne contristerez point la veuve et l'orphelin. Si vous les contristez, ils crieront vers moi et j'entendrai leur cri... Si tu prêtes de l'argent,... tu n'exigeras pas d'intérêt. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du SMleil... — Tu ne blasphémeras pas contre Dieu. — Tu ne différeras point de m'offrir les prémices de ta moisson et de ton pressoir. Tu me donneras le premier né de tes fils. — Ne pas manger de la chair déchirée. — Ne pas semer de faux bruit. — Ne pas faire fléchir la justice dans un procès, ne pas absoudre le coupable. — Laisser la terre en friche tous les sept ans, et en abandonner la récolte aux indigents. — Se reposer, faire reposer bêtes et gens le septième jour. — « Trois fois chaque année tu célébreras une fête en mon honneur », la fête des Azymes, la fête de la moisson, la fête de la récolle. — « Mon ange marchera devant toi au pays des Amorrhéens, et je les exterminerai... Ne fais pas alliance avec eux ni avec leurs dieux. »
Lexte nonreu : « m un Dœiii irappc (cies cornes; un lioninio ou une l'onime, et cjuil in(Mii'(\ le Ixiul scra^^--.^,! lapidé el sa chair ne sera })oinl mangée, el le maître du |
b(eul' n'est i)as couna])le. Ki si le bœuf est coulumier •
194 LA RELIGION JL'IVR
ici la condition d ^ lesdave hébreu en i^énéral, là la condition de hi lemmc ou du hls vendus comme esclaves par le pèrc^ débiteur insolvabhv
Dans certains cas la ressemblance est encore })lus étroite. (Qu'on en juge ])ar le cas suivant.) Voici le texte hébreu : « Si un bœuf frappe (des cornes) un h h
b(euf n'est pas coupi de fraj)})er depuis hier et avant-hier, el cpi'on lait fait savoir à son maître, et s'il ne l'a pas gardé, et s'il a tué un homme ou une femme, le Ijceuf sera lapidé et son maître aussi sera mis à mort ; et si on accepte une composition, il donnera ce qu'on exigera de lui. » Voici mai-ntenant le droit babylonien : « Si un b(euf furieux, dans sa course un homme a poussé (des cornes) et fait mourir, celte cause ne comporte pas de réclamation. Si le bœuf d'un liomme, coup de corne pour coup de corne, son vice lui a révélé, et si ses cornes il n'a pas rognées, ni son bœuf il n'a entravé; si ce bœuf, un homme libre a poussé de la corne et a tué, une demimine d'argent. » Les deux cas sont les mêmes, lespril général est le même, mais combien de nuances délicates ! Chez les Hébreux, tout est plus simple, plus rudimentaire, plus empreint d'une justice stricte, matériellenient stricte. Le bœuf qui a coutume de frapjicr de la corne doit être gardé... ; c'est la coutume pastorale. Le Ijabylonien indique (juil faut rogner les coi-nes, ou iiK^llrc des (^nlraves. L(^ pi-upriélaire négligent csl
MOÏSE ET HAMMOURABI 195
exposé à la peine de mort chez les Hébreux ; c'est bien dur, aussiprévoit-oii une compensation pécuniaire, mais elle reste à discuter entre les parties, et l'on sait ce que durent ces palal^res chez ces Bédouins ! Enfin les Hébreux lapident le bœuf, justice sommaires des peuples moins avancés dans la civilisation , nécessaire sans doute pour imprimer plus fortement lidée de la justice absolue. Et ce que ce seul exemple nous révèle, nous le retrouvons presque à chaque article du Code : la différence entre une société savante, policée, vieillie, et les coutumes des Xomades, plus frustes et d'apparence plus ancienne ^ ».
Mais si le peuple de Moïse est moins civilisé que le peuple de HauHiiourabi, il se distingué de celui-ci d'autre manière encore : le Code de l'Alliance proscrit sévèrement le polythéisme, — l'immoralité, — la magie, que le Code babylonien reconnaît, tolère ou réglemente. L'œuvre sociale de Moïse, comme son œ^uvre politique, suppose son œuvre religieuse.
' Lagrange : Méthode historique. 165-16G. — Noter que le Babylonien vend parfois sa femme : on ne voit pas que l'Hébreu y ait jamais songé. — Il est très vraisemblable que Moïse a connii par Israël même, ou par les Cananéens, le Code de ilammourabi. Cf. Jeremias : Moses und Hammurafji. Leipzig, 1903: Millier : Die Gesetze H. und ihr Verhdllniss zur mosaischen Geselzfjebanf/... Wien, 1903 : Stanley Cook : The lau:s of Moses and the code O/ IL London, 1903. Cook. explique ces rapports par la date tardive des textes et l'exil des Juifs en Babylonie : Muller par l'influence dun commun archétype : daulres par des coïncidences [Revue llist. des relifjions. 51. 99 1.
CelU^ louvrc est une véritable création. La tradition cl" Abraham, toujours combattue par les influences de Chaldée, d'Egypte et de Canaan, n'a jamais pu sépanouir : c'est beaucoup qu'elle n'ait pas péri. Moïse la rccucillCçCt la développe.
Par Moïse se répand la croyance que cliaque phénomène n'est pas l'acte dun dieu particulier, mais quc-^ tous n'ont qu'une cause, qui est Dieu^ Dieu a communique avec les hommes directement , soit en leur apparaissant sous une forme sensible ou derrière un nuage, soit en leur envoyant des songes révélateurs. Les êtres animés subsistent par la participation de son souffle. Il conduit les nuages, il gouverne le vent, la pluie, la neige, la grcle. L'orage surtout est une espèce de théophanie. (11) habite la nuée sombre. Le tonnerre est sa voix. Sa main lance des éclairs. On peut dire en toute vérité qu' « (il) agit à la façon d'un agent universel ». Mais c'est pour cette même raison que les anciens Hébreux étaient monothéistes : il n'y avait plus de place dans leur esprit pour une puissance divine autre que celle dont l'action pénètre et embrasse tout l'univers. (Non, peut-être, que Moïse voie dans les dieux des voisins des fictions vaines ; pour lui, ces dieux ne possèdent ])as la divinité au même tilre que lahvé ; lahvé ne s'allie jamais avec eux ; l'idée encore confuse
' Davidson nionlre bien comment Ihisloiro du développcmenl relip:iinix d'Israël est riiisloire de sa conception de Dieu : chacune des crises politiques du |)euple juif l'enrichit, lépure. Moïse combat la croyance qu'il y ail d'uulres dieux égaux à lahvé.
lAHVÉ DIEU UNIOUE 197
qiiil s'en forme exclut entre lui et eux toute idée de ressemblance ; lahvé et les dieux diffèrent parleur puissance, et donc par leur nature : lahvé est un Dieu jaloux.) L'adoration d'autres dieux ne sera pour les Hébreux que superstition. Il est vrai qu'il n'y a pas, dans leur conception de la divinité, l'ombre de métaphysique. On dirait une simple intuition de Dieu dans la nature et sous les phénomènes naturels, et c'est ce qui démontre à la fois l'antiquité du monothéisme israélite et l'impossibilité de l'expliquer par un travail de la réflexion philosophique. La croyance est là, naïve et grandiose, tranchant sur la vulgarité environnante et semblant défler toute explication tirée de l'histoire générale et delà comparaison avec les religions païennes ^ w.
Mais c'est surtout l'idée de protecteur national qui est préchée par Moïse. Si Israël a brisé ses fers et fui
' LoisY : Ernest Renan historien d'Israël [Revue aiujlu-romnine. \\\ (1896', 308-3091.
11 est difficile de dire avec certitude quelles croyances cosmo logiques se relient à cette foi religieuse. II semble bien que les Juifs de ce temps voient en lahvé le créateur du ciel et de la terre et le maître de TEgyple aussi bien que le leur : il semble qu'ils aient placé le siège de la vie dans le souffle et le sang, nefes et rudti, deux termes à peu près synonymes qui s'opposent à basar, le corps, et désignent ce que nous appelons l'àme ; le ne f'es csi le principe vital qui se trouve dans le sang: le ruâfi est le souftle respiratoire, et le principe de la vie spirituelle. Le nefes-ruâfi survit à la mort. [La distinction des deux idées se retrouve dans Philon. Voir J. Martin : P/iilon, p. ±62.]
La vie vient de Dieu: l'idée qu'on se fait de sa transmission est dominée parla conception traducianiste. Cf. Kautzsch : op. laud., 655, et Lods : op. laad.
rKgvptc abhorrée, c'est au Dieu du Sinaï quil le doit. Tous les plus anciens souvi^nii's eoncordciil sur ce point : il s'est passé sur le Sinaï quelque chose d'extraordinaire. « Dieu a dit à Moïse sur IHoreb : Jai vu la souffrance de mon peuple qui est en Egypte, et j'ai entendu (ses) cris... Je suis descendu pour le délivrer de la main des Kp:yptiens et pour le faire monler.> dans une terre fertile et spacieuse. « Dieu a fait choix dun peuple', comme un homme fait choix dune femme- et se l'unit pour épouse : depuis le Sinaï, Israël appartient à lahvé et lahvé est à Israël. — C'est
' Cf. Amos, 2, 10.
(' El pourtant je vous avais fait monter du pays d'Egypte, Et je vous avais conduits quarante ans dans le désert Pour vous niellre en possession du pays de l'Amorrhéen. »
Cf. Uosée, 2, passim.
« Plaidez contre votre mère, plaidez !
Car elle nesl plus ma femme,
Et moi je ne suis plus son mari,
Qu'elle éloigne de sa face ses prostitutions
Et ses adulU-res du milieu de ses seins
De peur que je ne la déshaliille à nu...
Je n'aurai pas compassion de ses enfants.
Car ce sont des enfants de prostitution...
Je ferai cesser toutes ses réjouissances
Ses fêtes, ses nouvelles lunes, son sabLat
Et toutes ses solennités.
Je dévasterai ses vignes et ses figuiers
Dont elle disait : C'est le salaire
Que m'ont donné mes amants...
Je la punirai pour les jours des Baals
Auxquels ell'' offrait de l'encens;
Elle se parait de son anneau et de son collier,
Et elle allait aiuès ses amants ;
Et moi, elle m'ouldiait, dit lahvé.
Ce tcxlp sans doute est de date récente. Il exprime à merveilh^ la jmre tradition mosaicjne touchant les rapports de lalivé c[ d'Israël. — Voir encore Jérémie, 2, 2.
lAHVE DIEU NATIONAL 199
sur le Sinaï, du reste, que Dieu révèle son nom de lahvc. « Mais si les fils d'Israël, objecte ^loïse, demandent : Quel est le nom de celui qui t'envoie ? que leur répondrai-je .'. . . Dieu lui dit : « Tu diras aux enfants d'Israël : Celui qui est ilahvé), le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraliam. le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob m'envoie vers vous^ » lahvé est le nom du Dieu d'Israël envisagé comme maître et comme patron : il a prouvé, par la sortie d'Egypte, sa puissance et son amour. « C'est là pour Israël non seulement le soutien de sa foi et le fondement de sa confiance, mais encore la garantie de son salut futur-. « Et c'est pourcjlioi,
' Exode. 3, 7-lo. « Ceux même qui contestent la réalité objective de cette théophanie devraient reconnaître le sens de ces textes » [Lagrange : R. B. 1903, 385]. De la théophanie de Moïse sur le Sinaï rapprocher la théophanie do saint Paul sur le chemin de Damas.
- Valeton. [Chantepie, 202]. Le souvenir de la fuite d'Egypte est la source de la vie nationale d'Israël; la conscience nationale du peuple est presque identique, dit Davidson, à Tidée qu"il se forme de lahvé [Juges, 5, 23, 11; et le livre des guerres de lahvé. — Ilastings. 11, 202]. — D"où vient le nom de lahvé ? Estil kénite, comme on le dit le plus souvent, ou Babylonien [Hommel : YayveJi in early Babylonia. — Exposit. Times, mars 1900]? II semble que le nom ait été constaté réellement en Chaldée [Revue Biblique, 1901. 304 : 1903, 127 ; 1906 486]. Comparer avec le dieu-lune minéen Wadd — amour.
Il est certain que le tétragramme fameux doit être lu lahvé, et que ce nom a une autre forme également primitive, luu. prononcer laou ; sous cette double forme, c'est un nom verbal, qui signifie elre. — D'après Lagrange [El et lahvé. R. B. 1903, 362], ce verbe a été accolé au nom divin : comme on disait lacobel, on a dû dire lavé-el ou lau-el [on connaît, en babylonien, un lau-bidi, roi de Hamath, et des noms juifs qui commencent par lahu : cf. d'autre part, p. 180 ce que Jacob dit à El : tu seras avec moi: si tu es...]. lahvé-El a évolué comme El-Chaddaï. El est
ajt^issant au nom de lahoé, Moïse agit tomme législateur d'Israël.
Maître du monde, maître d'un peuple, lahvé apparaît encore, grâce à Moïse, comme Dieu de la justice et de la pureté. Et c'est encore sur le Sinaï qu'il revêt ce caractère ; c'est là qu'il pose les conditions qu'il é^fige de ses serviteurs ; c'est là que commence la transformation morale de la jeune nation. Moïse formule, dans le Décologue, au nom de lahvé, les règles fondamentales de la conscience; et il les grave, comme llammourabi, sur deux tables de pierre.
Voici comment parle lahvé :
Je suis lahvé, ton Uicu, qui lai fait sortir du paysdEgyple. Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. Tu ne prendras pas le nom de lalivé on vain.
tombé, lahvé seul a subsisté comme nom divin, sans doule dans /■yl/'am ; peut-être le nom de lalivé était-il coFinu en Palestine clés avant IGOO. C'est là, ou dans TAram, qu'il se sera inlrodiiil dans quelque tribu juive, sans doute dans celle à laquelle aj)i)arlient Moïse : la mère de Moïse s'appelle leokebed « nom (jui indifiue le culte de lahvé ». Le nom était certainement connu chez les Israélites avant Moïse: mais il était peu répandu. — Quel est le sens exact de la théophanie? Dieu donne à Moïse moins une révélation qu'une explication de son nom. « Je suis celui (jui suis » signifie, d'abord : celui qui est et sera avec son peuple et le protégera fidèlement tscns hislori(iueJ ; ensuite : celui qui est, absolument, et dont la nature n"a i)as d'autre qualité [sens i)hilosophi(]ue|. — [Voir encore W. W. 191)7, 383. La forme 7a« a été la plus imj)ortante : elle est plus araméenne, du reste, qu'hébraïque; mais la forme lahvé, plus indicative que jussive, i)lus hébraïque qu'araméenne, est aussi très bien attestée. Les deux nuances proj)res au deux termes sont justement indiquées dans Exode, 3, 12 : je serai avec toi, et dans Ex., 3, 14 : je suis.]
lAHVÉ DIEU MORAL 201
Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier.
Honore ton père et ta mère.
Tu ne tueras point.
Tu ne commettras point d'adultère.
Tu ne «déroberas point. [ehain.
Tu ne rendras point de faux témoignage contre Ion pro-
Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ^
On voit quel relief donne le Décalogue à une idée qui, sans doute, avait déjà des racines ou des points dattaclie dans une tradition antérieure, mais qui, parmi les Israélites, était encore indécise et llottante : l'idée d"un Dieu juste, moral, représentant un idéal de perfection et limposant à quiconque s'attache à lui. Et c"est par là, surtout, que le lahvéisme mosaïque est
' Ej:ode, 20, 2-17. - Voir encore, abstraction faite du Penfateuque pris comme livre unique, les plus anciens documents qui s'y trouvent, et ceux qu'a conservés le livre des Juges : Us i7iontreni tous que les exirjences morales de lahvé sont considérées comme une tradition remontant aux origines de la nation. Tout le lahvéisme est moral, bien qu'on n'y trouve pas un système de morale. Nulle part n'est développée une doctrine ; beaucoup de problèmes ne sont pas abordés [l'idéal de la vie, la nature de la vertu, les sanctions de la loi morale]. Les idées morales, comme les idées métaphysiques, sont sous-jacentes à des histoires : toutes sont imprégnées par la foi en lahvé, conçu comme la source et la sanction de la loi morale. — Faire la volonté de Dieu. c'est, pour les Juifs, toute la moralité [voir infrà p.:?21. la note sur la Chute] : de là découle le caractèœ de l'évolution morale juive ''rien n'explique le choix d'Israël par lahvé ; cf. le choix frauduleux de Jacob au détriment d'Esaïi].
Mais le Décalogue lui-même nous invite à ne pas trop ai)i)uyer sur ce dernier point. On y a souvent, et justement, montré un résumé de la morale naturelle : les règles qu'il édicté touchant les rapports de l'homme avec Dieu et avec les autres hommes sont les règles mêmes que dicte la conscience naturelle.
202 l-A RFJ.ir.ION JUIVE
vraiment et inlimcmcnl un pur monolhcisme ; c'est par là cpie le lahvéisme dépasse tous les cultes voisins cl son distingue en « nature » ; c'est Là ce qui constitue proprement sa transcendance. Xon seulement lahvé exclut, dune manière absolue, la présence 4^utres dieux ou déesses ; mais on doit dire encore que "ces dieux et déesses manquent de cet idéal de moralité et de justice qui le caractérise et le « spécifie ^ ».
Gomme il a raffermi, en lesagréantau nom de lahvé, les bases de la conscience morale, Moïse raffermit encore, en les sanctifiant au nom de son Dieu, les vieilles pratiques cultuelles : —telle l'Kglise chrétienne sanctifiera plus tard, en les rapportant au Dieu Triple et Un, les ablutions, les fumigations, les processions païennes. Moïse interprète les vieux usages, les anime d'un esprit nouveau, et vraiment les transfigure. La circoncision devient le signe du choix que lahvé a fait d'Israël, et le sabbat est désormais, peut-être, le jour réservé à lahvé, à l'adoration et à la prière.- Moïse, aussi, ajoute probablement au culle un élément essen-
' Non soulcnicnl Camos, Molocli. etc.. ne prennent point |)lace il côté de ialué (point de vue négatif), mais encore ils n'ont aucun caractère commun avec ce qui le caractérise essentiellement ; il ne semblent pas ôtre de même race que lui.
- Le sabbat, en babylonien sapaltu,c[n\l en Babylonie un jour néfaste, où les dieux mauvais étaient particulièrement à craindre : le lo" jour du mois de la i)leine lune était sapalLu. — Mais on n"a pas prouvé que. en Babylonie, les jours sapallu aient été les 7«, 14». :2l% SS". i'eul-ètre le sabbat hebdomadaire est-il propre à Israël [Salomon Reinach : CiiUes, Mythes et lielif/ions, II (lyOCi), 4i2: Schiirer : Zeitschrift fur neulesfament . U7.ssen, 190:J, \-1\\