‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 75 sur 113 · L ARCHE · texte numérisé non relu

L ARCHE

tiel : il ne veut pas conduire le peuple d'Egypte en Canaan, «si lalivé ne consent à venir avec lui. Un compromis intervient : lahvé ordonne à Moïse de construire l'arche et dit quil y mettra son nom, c'est-à-dire sa présence personnelle, bien qu'invisible... Lorsqu'on transportaitlarche, on croyait transporter aussi lahvé. On amenait larche dans les combats pour s'assurer la protection immédiate de lahvé ^ ». Moïse institua dans ses parties essentielles le service rehgieux de cette tente sacrée; il y rattacha ces pratiques héritées des ancêtres qu'il cherchait à puritier, et il institua un sacerdoce. Le culte du Dieu Unique, du Dieu d'Israël, du Dieu Juste a désormais un symbole national et des défenseurs attitrés -.

' Loisy : Reliqion d'Israël. 40-41 . — L'arche était un coffre de bois de lm.30 environ, sur 0"',78 en largeur et en hauteur.

Sans doute les Israélites se forgeaient des noms divins environ la même conception que les Egyptiens.

- Yaleton rChantepie, 201] : Ce qui soutenait Moïse « c'était la certitude d'avoir derrière lui le Dieu vivant, et c'est parce qu'il était animé de cette foi qu'il entraîna le peuple ». Il lui fallut, pour y réussir, une âme indomptable et ardente, « et les lumières intérieures toutes spéciales qui l'ont aidé à comprendre les leçons de la nature, ainsi que les circonstances extraordinaires qui ont marqué son séjour sur le Horeb... La révélation de Dieu qui s'est faite à Moïse sur le Horeb, et dont les conditions historiques nous échappent en grande partie, fut un enseignement transcendant, que les rochers et les orages n'auraient pas donné à un autre, qu'ils n'avaient pas donné dans cette perfection aux pasteurs qui fréquentaient avant lui « la montagne de Dieu * >». Cette révé-

* C'est parce que le Sinaï a été le théâtre de ces événements mystérieux que lahvé a souvent été considéré par les Syriens comme un dieu des montagnes './. Roi><. 20. 2S,23].

204 LA HELIGIOX JL'IVE

La tradition mosaïque ne s'est pas toùi^e suite épanouie avec puissance : durant le cours du xii^ et la l)lus grande partie du xi'' siècle, il semblait quelle dut rapidement périra

En deux grandes campagnes, l'une au nord, l'autre au sud, les Israélites coalisés sous le commandement de Josué- écrasent les Cananéens, s'emparent de Jéricho et tle Aï et reçoivent, pour un lem[)s, la soumission des Gabaonites. Une longue série d'opérations met ensuite chacune des tribus qui composent le peuple en possession des terres (|ui lui ont été assignées. Enlin, ils doivent les défendre contre d'autres envahisseurs qui veulent y pénétrer à leur tour. Ruben, («ad et Manassé se pai'tagent, du sud au nord, les marches orientales,

lalion demeure iLiiiciue dans Ihisloire cl défie loute explicalion purement ralionnelle ». Loisy : La relif/ion iVlsracl, 44.

' De 1240 à 1040 environ.

- Le livre de ./o.vmc [Yehosehoua = salai de l'Elevnel : la mÎMne racine, yasc/ia sauver, se retrouve dans les noms de Isaïe, Ilosce, Jésus], est quelquefois attribué à Josué lui-même ou à un de ses contemporains. La plupart des savants y voient une compilation de J et de E. faite i)ar un rédacteur deutéronomiste [il y aurait eu quelques retouches, faites par P, notamment 181. Ils estiment qu'on a rapporté à Josué tous les fajts dune f^çuerre (jui dura sans doute loni^temps après lui. Comme tout chant anonyme devint psaume de David, tout j)roverbe sentence de Salonion. ainsi toute cam|)a^Mie fructueuse devint conquête de Josué. [Gautier, op. cil. 27:2 et Hummelauer : Commenlarius in libru?n Joaue, lUOJ; ilolzini^aw, l'JOl. Uaa Uuch Ioi;ua\.

INFLUENCEE CANANÉENNES 205

la rive gauche du Jourdain du côté du désert. A l'est, entre le Jourdain et la ^léditerranée , c'est dabord, vers le sud, Siméon et Juda, Benjamin et Dan ; plus au nord s'échelonnent Ephraïm et Issachar, Zabulon, Xephtali et Aser.

Israël dispersé dans le nouveau pays abandonne tout à fait ses vieilles habitudes nomades : ses enfants s'allient aux Cananéens par des mariages et adoptent les pratiques de la vie sédentaire; la civilisation des Cananéens est beaucoup plus développée que la leur. Mais ils adoptent en même temps les dieux cju'ils ont vaincus : ils renient lahvé qui les a tirés d'Egypte, ils adorent à lenvi les baalim locaux; on devine sans peine que ceux-ci nont pas les mêmes exigences morales que celui-là. Surtout, le QxiMeàes» baalim contamine le culte de lahvé lui-même : on oublie son idéal de pureté et sa sainte jalousie. LEphraïmite Mikahayou fait fondre de l'argent qu'il a volé pour fabriquer une idole de lahvé ; de sa maison il fait un sanctuaire et de son fds un prêtre; et c'est cette idole, et ce sanctuaire, et ce prêtre que vole à son tour, pour l'adorer et s'en servir, la tribu de Dan^ ! Et c'est un pieux Israélite aussi que ce Jephté qui croit honorer lahvé en lui immolant une victime humaine-! X'est-il pas vrai que lahvé prend

' Juges, 17-18 [Lagrange, 269-295].

* Juges, 10. 6-12, 7 [Lagrango, 189-218]. Et le cas n"cst pas isolé : « nous savons que les Hebreu.x ont offert beaucoup » de sacrifices humains [Lagrange, 217]. 11 n"est guère douteux que cela s'explique par lintluence des religions cananéennes. Voir supra, p. 74. n.

avec Baal ouMoloch (Icsiiigiiliersairsde ressemblance i' On devine de quelle corruption morale s'accompagne cette décadence religieuse : les Benjaminites soutiennent contre tout Israël une guerre atroce pour ne pas désavouer les habitants de Gabaa ; quelle n'est pourtant pas leur bestialité ' !

La foi en lahvé est le ciment qui depuis Moïse unit les tribus d'Israrl ; lorsque cette foi soblitère et disparaît, le peuple d'Israël meurt avec elle. Les nations (pii l'entourent mettent à prolit sa faiblesse croissante : les Araméens au nord, les Edomites, les Moabites et les Ammonites à lest, les Amalécitesau sud, au sud-ouest les Philistins multiplient leurs razzias et amoncellent les ruines. La mort d'Israël semble n'être (pi'une question de jours.

Pourtant Israël ne meurt pas. Des « libérateurs » se lèvent, qui restaurent, çà et là, la justice- et empè-

' Juf/es, 19-21. Les gens do (Jabaa abusent de la loninie d'un lévite d'Epliraïm.

L'action des cultes cananéens sur la religion juive s'ex])li(iue, malgré la victoire des .Juifs, par l'infériorité de leur civilisation. D'après Kautzsch [Religion of Israël. — Dict. de Ilastings : Extra - Vol.], cette action a entraîné trois conséquences principales : lahvé a été localisé en Canaan, dont il est devenu le baal (le Sinai étant abandonné j)ar lui) : nous trouvons des noms Israélites, ou Baal tient la place de lahvé. ainsi Jerubba" al (Gédéon). Eshba'al, Meriba'al... : on a conçu lahvé comme Dieu trônant au ciel, ce qui iniplicpie l'idée de sa supériorité, non seulement sur les forces terrestres, mais encore sur toutes les divinités locales: on a adoré lahvé sur les hauts lieux, bamcMli [1, Rois, 20. :2.3|. Sur les hauts lieux, cf. supra, j). 178 et Vinceid : Canaan.

• Ce sont les Juges. Le texte hébreu les appelle tantôt schophel [cf. les sufféles de Carthage], tardôt nwschia : l'un et l'autre

LE> Jur.ES 207

client les traditions mosaïques de séteindre tout à fait. C'est Gédéon, qui écrase les Madianites au mont Gelboé; c'est Jeplité, qui chasse les Ammonites des villes qu'ils ont conquises; c'est Samson. la terreurdes Philistins.

La prophétesse Débora est la mieux connue de tous ces prophètes qui rendent la liberté à Israël et Israël à lahvé. Une armée des rois d'Esdrelon, forte de ses 900 chars de fer, ravage les pays de Zabulon et de Xephtali et coupe en deux l'Israël du nor<l. Impuissants à lui résister, les Hébreux vont implorer Débora. Celle-ci, au nom de lalivé, envoie l'ordre à Barac de prendre la direction de la résistance; elle se rend elle-même à l'armée, l'entlammc par sa présence, enfonce lennemi et délivre le sol sacré. Un barde inconnu chante ce triomphe dans un cantique célèbre : aucun texte ne donne une idée plus précise et plus exacte de la situation politique et religieuse du peuple de Moïse durant cette époque troublée ^

terme signifient justicier et libérateur plutôt que juge (Gautier. 274;. — Le Livre des Juges utilise deux documents, apparentes, semble-t-il. à J (histoire de Samson; et à E iDéborai, et datant sans doute de la fin du xp siècle : ils sont combinés de bonne heure, puis remaniés dans l'entourage des prophètes: c'est alors qu'on les encadre dans un schème à quatre termes : Israël pèche. Israël est châtié, Israël fait pénitence, Israël est sauvé : on applique à la nation les levons particulières qu'ont reçues les différentes tribus. Cf. Lagrange : y.e Licre des Juges, 1903: Ilummelauer : Commentarïus in libros Jadicum et liut/i., 18S6 : les commentaires de Moore, de Budde, de Nowack.

' Le plus grand nombre des savants reconnaît que le canlique de Débora est contemporain des faits. Je reproduis la traduc-

Ecoulez rois.

Prêtez l'oreillo, grands de la terre!

C'est moi, moi, qui chante lahvé.

Je célèbre lahvé. Dieu dlsraél.

Lorsque dans Israël on voua sa chevelure*.

Lorsque le peuple de L-ihvé se consacra au combat.

lahvé lorsque tu sortis de Séir,

Lorsque tu favanças du champ dEdom

La terre trembla,

Les nuées se fondirent en eau.

Les montagnes branlèrent à l'aspect de lahvé,

A l'aspect de lahvé le Dieu d'Israël.

Aux jours de Chamgar fils d'Anatir-,

Aux jours de... il n'y avait plus de caravanes:

Et ceux ([ui suivaient les sentiers prenai«Mit des détours.

Plus de direction en Israël,

Jusqu'à ce (jue tu te sois levée, Débora, ^Israël !

Jusquà ce que tu te sois levée comme une mère dans

Alors on ne voyait pas un bouclier pour cinq villes

.Ni une lance pour (juarante mille hommes dans Israël.

Mon esprit va aux nobles d'Israël.

A ceux qui se sont dévoués parmi le peuple de lahvé.

tion (lo Lagranjîc : 81-117 [Cf. 65-79. Le récit on prose. Juf/es,4:, est indëpcMulaiit du j)Oëmc, ou du moins a puisé à dautros sources]. La maîtrise du poëte anonyme est telle que je crois volontiers, avec Lagiango. que son école a derrière elle un long passé. — Cf. Rothstein : Zur Krililc des Debovalicdes... [Zeilsclirift lier deul-^chen morr/enlaendischen GeseUscItafL l'J():2-1903 : et Schloegl : Le chapHreb du Livre dvs Jurjes. Revue Bihlique, 1003, 386.]

• Les guerriers font vœu de laisser pousser leur chevelure jusqu'au jour de la victoire.

* Sans doute le nom du roi oppresseur.

CWTIQCE DE DÉBOR.V 209

Montant des ànesses tachetées.

Assis sur des tapis.

Et avançant sur un chemin de verdure.

Aux acchimatiuns de ceux qui se rangent entre les norias.

C'est là quils chantent la justice de lahvé,

La justice de lahvé qui a conduit Israël.

Lève-toi. lève-toi. Débora, avec ta sirvente.

Lcve-toi, fais lever le peuple par milliers!

Debout, Barac, dans ta force. [am !

Mets dans les fers ceux qui font fait captif, fils d"Ahino'

Alors de pauvres échappés ont marché vers les illustres.

Le peuple de lahvé a marché pour sa cause en héros;

IVEphraim les capitaines sont dans la vallée.

Ton frère Benjamin est parmi les tiens.

De Makir ont marché des nobles,

Et de Zabulon ceux qui portent le bâton du tribun.

Les princes d'Issachar sont avec Débora,

Et Barac a lancé ses piétons dans la vallée.

Sur les rives de Ruben,

Grandes sont les anxiétés de l'esprit ;

Pourquoi es-tu demeuré entre les parcs,

Pour entendre jouer de la flûte parmi les troupeaux ?

Galaad est installé au delà du Jourdain,

Et il habite tranquillement sur ses rives découpées.

Zabulon est un peuple qui brave la mort

Avec Nephtali sur les hauteurs qui dominent la plaine.

Alors les rois de Canaan ont engagé le combat.

A Ta'annak sur les eaux de Magiddo.

D-i haut du ciel ont combattu les étoiles,

De leurs orbites elles ont combattu contre Sisara.

Le torrent de Cisun les a l)alayés.

Le torrent de Oi'dés a foulé les cadavres des forts. Alors les sabots des chevaux l)attaieluh^ sol. Au galop, au p-alop de ses coursiers !

-Alaudissez Méroz, a dit lange de lahvé.

Chargez de malédictions ses habitants.

Car ils ne sont pas venus défendre la cause de lahvé.

La cause de lahvé parmi les héros.

Bénie soit la'el entre les femmes', Entre les femmes des nomades qu'elle soit bénie î Il a demandé de l'eau, elle a donné du lait ; Dans la coupe des illustres elle a offert la crème. De la main gauche elle a saisi le piquet, De la main droite le marteau des charpentiers, Kt elle a frappé Sisara, elle a brisé sa tète. Et elle a fracassé et transpercé sa tempe. [ché ;

A ses pieds, il s'est accroupi, il s'est étendu, il sest cou- Là où il s'est accroupi, il est tombé mort.

A la fenêtre, elle se penche et regarde. La mère de Sisara, au grillage du balcon ! Pourquoi son char tardc-t-il à venir.

Pourquoi vont-ils si lentement, ses chariots? l^ft plus sage de ces princesses lui ré|)ond. Elle-même se renvoie ses propres paroles: « Certes, on le trouverait partageant le butin. Une esclave, deux esclaves par tète !

Pour Sisara un habit, deux habits de couleur. Une étole, deux étoles bi'odées à son cou ! »

' Juive (jui 11 lue Sisara par Irahison. Cf. Ju'lil!i. Sisara csl le chef de larméc ennemie.

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