‹ Les religions paiennes et la religion juive comparéesChapitre 79 sur 113 · LES PROPHETES · texte numérisé non relu

LES PROPHETES

Prophètes qui lui prêtent leur voix. Sans bâtir de système philosophique, sans parler une langue abstraite, ils défendent les droits de lahvé, que le populaire assimile à Baal ' ; ils montrent en lui le Dieu de la justice et de la sainteté plutôt que le Dieu de la nature- ; ils exigent que chacun remplisse son devoir religieux dïin cœur humble et pur « et regarde l'accomplissement de ce devoir comme celui dune obligation nationale et personnelle et comme la condition de la prospérité publique et privée » : à les entendre, la désobéissance à sa volonté est la véritable cause de tous les malheurs des hommes •. Ils prolongent la tradition mosaïque

' C'est dire que, aujourdhui. le conflit n'est plus, comme au temps de Moïse, entre lahvé et les autres dieux, mais entre la conception cananéenne [le baal local qui donne au peuple le blé et le vin en échange des offrandes et des sacrifices] et la conception traditionnelle de lahvé [lahvé est un dieu moral : le peuple qu'il s'est choisi en le tirant d'Egypte doit vivre selon la loi morale].

- C'est en considérant l'histoire, et en méditant sur elle, que les Prophètes ont de mieux en mieux compris l'erreur de la conception populaire. Les victoires d'Israël en Canaan, comme la sortie d'Egypte, avaient manifesté aux yeux de tous la puissance de lahvé ; les défaites d'Israël éclairent pour les Prophètes l'être intime de Dieu. Les autres dieux sont néant: ils ne peuvent donc expliquer les défaites nationales. Reste qu'elles soient des punitions infligées par lahvé : mais il faut, alors, qu'il soit un Dieu moral.

^' Telle est la signification profonde du récit de la chute d'Adam, dans la Genèse, 2, 4— 3, 24.

« lahvé Dieu forma l'homme de la poussière du sol et il soulïla dans ses narines un souffle de vie... Puis il planta un jardin en Eden... et il y mit l'homme..., et il fit pousser toute espèce d'arbres agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, cl l'arbre de la connaissance du bien et du

et ilsleiifonceiU plus prof'ondémcnl dans la conscience (le la nation juive : leur (cuvre nesl pas un poinl de départ, c'est une suite.

Sans doute les Rois d'Israël apparaissent comme

mal... « Tu peux iiianiJ:er do lous les arbres tlu jardin, dil laine à riiomnie : mais tu ne mangeras i)as de Tarbre de la connai>sancc du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement. — l-^t lalivé forme la femme de la cùle d'Adam pour lui ùtre une aide. — Mais le serj)ent, le i)lus rusr de tous les animaux des champs, pousse la femme à man,i;i'! du fruit de Tarbre qui est au milieu du jardin : « Vous ne mourrez point...: vos yeux s'ouvriront et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. » La femme écoute le serpent el Adam sa femme « pour acquérir rinlelligence » : ils mangeiil du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : « leuryeux à tous deux s'ouvrirent et ils connurent (lu'ils étaient nu>; et ayant assemblé des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures ». Mais, quand lahvé Dieu passe dans lejardin, ils ont |)eui; ils se cachent; lahvé s'aperçoit de leur désobéissance. 11 ct»ie damne le serpent à marcher sur le ventre et à manger de la poussière, à devenir l'objet de l'inimitié de la femme (jui le meuitrira à la tète et qu'il meurtrira au talon. 11 condamne la femme à enfanter dans la douleur. Il condamne l'homme au travail |)énil)le et à la mort. Et lahvé Dieu dit : Voici que l'homme e>l devenu comme l'un de nous pour la connaissance du bien et du mal. Maintenant il ne faut pas qu'il avance sa main, cpiil j)renne aussi de l'arbre de vie... et vive éternellement. Ei lahvé Dieu le fit sortir du jardin d'Eden... et mit à l'Orient les Chérubins... poui' garder le chemin de l'arbre de vie. »

Voici, d'après Lagrange [Revue Biblique, 1897, 3G1 j, la substaiK c de l'enseignement (jue donne ce récit ; « ce qui est peut-élie plus étonnant encore ((pie son étonnante portée morale), c'e.-l que des vérités d'un ordre aussi élevé sont proposées sous des voiles qui les rendent intelligibles aux enfants ».

« L'homme et la fenmie ont été créés par Dieu comme un couple unique, destinés l'un à l'autre, avec une certaine prééminence de l'homme. L'hotnme était al"rs en pleine i)ossessioii de S(ni intelligence el su])érieur par elle à tous les étn^s crée> sur la terre. 11 est conq)osé d'un élémenl |)érissable et d'un éli ment venu de Dieu, et par conséipient naturellement expose n

PROPHETISME ET ROYAUTE 223

les vicaires, et donc comme les défenseurs de lalivé. Le culte de lahvé bénétîcie d'abord de leur lidélité : l'arche, dont elle est le centre, est solennellement transférée à Jérusalem ; on lui bâtit une

la mort. C'est par faveur que Dieu garantit Timmortalité à Thomme et à la femme et les place dans une situation d'innocence et de bonheur. Ils sont soumis à une épreuve ; s'ils succomi3ent, ils perdront l'immortalité. Ils sont tentés par une puissance mauvaise qui les détourne de Dieu par l'appât d'un bien spirituel. Ils pèchent, leur innocence disparait, ils éprouvent la honte, — marque de la concupiscence — et perdent la faveur amicale de Dieu. Ils sont engagés dans une lutte avec le mal dont ils pourront sortir vainqueurs. Cette lutte se fera dans la souffrance et sera suivie de la mort ; cependant Dieu n'abandonne pas l'homme complètement et dispose le nouvel état de choses. Mais le bonheur de TEden est perdu })Our toujours ; tous les descendants du premier couple porteront la peine de leur faute et naîtront dans l'état inférieur qui a succédé au premier : privation de la familiarité divine, concupiscence, souffrance et mort. La puissance de Dieu y est engagée. » Et voici les idées que semble vouloir souligner l'auteur sacré : i° la mort et les souffrances physiques de l'humanité requièrent une explication : 2° elles s'expliquent ])ar la désobéissance et la révolte d'Adam ; 3'^ et parce que Adam représente l'humanité tout entière ; 4° avant sa désobéissance, Adam participait à la vie divine en tant qu'il avait part à l'immortalité (entretenue en lui par la manducation du fruit de l'arbre de vie) ; o^ il n'avait pas part à l'autre privilège de lahvé, la connaissance du bien et du mal.

Lauteur sacré [Moïse, ou le lahviste] utilisait probablement de vieux textes chaldéens, notamment la légende des arbres sacrés de Lagas et le mythe d'Adapa. L'arbre de science et l'arbre de vie sont les deux arbres sacrés qui se dressent à l'entrée du ciel, à l'orient, et que g;ardent les deux dieux Giszi-da et Dumu-zi ; les deux arbres sacrés du temple de Lagas en sont l'image, sans doute depuis le temps de Goudea [cf. supra, p. 7:2 et 102. note 1.] qui fait de Gis-zi-da son dieu particulier. L'arbre de vie était consacré à La. vénéré à Eridou* : il plongeait ses racim^s dans Vapsa. Le fleuve de l'Eden — qn il faut

' Il uourris;ail le? dieux. Voir p. OS-Ol'. u. 1.

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(lonuMiro inagiiiliqur, cl la véiiéralioii croissaiilc dunt 011 renloure arnÎMic un jour la suppression du culti' sur les hauteurs. Mais Salonion, le premier, élève des autels à Astarté, à Moloeh, à Camos ; beaucoup

])oul-étre voir dans Oen. 2,Q — est sans doute aussi une répliciuc de Videdin (— fleuve de Tedin-nu) clialdéen [Dhorme. Revue Biblique, i^-iO', 271]. — Le mythe d'Adapa [Dhorme. C/io/a- delejcles reliffieuj... 148] nous est parvenu en quatre tronçons, dont le principal vient d'EI-Amarna — ce qui atteste sa dilTusionhors de (ihaldée dès le w sècle avant Jésus-Glirist — : le héros Adapa (peut être le roi Alaparos de Bérose, peut-être le majordome d'un roi est créé par le bienveillant Ea dans la ville maritime d'Eridou; il est sauvé j)ar Ea de la colère dAnou, et, parce quil obéit à son bienfaiteur et refuse d'être déifié par Anou — lecpu^l lui offre l'aliment de vie, — Ea lui confère limmorlalilé et la nature divine I Laf?range. Eludes sur les religions sémitiques, 346-3o0].

L'écrivain sacré n'a guère fait, semblc-t-il, que transposer dans le mode négatif, si je puis ainsi dire, le mythe babylonien ; il convoil le péché comme la transgression d'une volonté de lahvé. « Il est vrai pourtant que l'homme et le péché sont dans ce récit, et (}ue l'homme y est représentant de resi)èce humaine, en sorte (jue tout ce que la spéculation théologique la plus récente y a découvert ne laisse pas d'y avoir un i)oint d'attache et un fondement logique. Il est vrai aussi que de la légende d'Adapa à la Genèse on passe d'un monde à un autre, d'un mythe ingénieux à un récit profondément humain, nonobstant ses incohérences, moral en dépit de ses imperfections. La distance es' d'autant plus sensible que l'on opère, i)Our ainsi dire, ave( les mômes éléments » [Loisy, op. laud., R. IL. L. H.. 1901, 23i|. Cf. ii ce proi)os les observations de Kautzsch. op hiud., 6G7-a-l)|. — Mais il faut préciser la différence essentielle des deux récits ; elle tient : I" à ce que Adam représente toute l'humanité, non Adai)a [les Babyloniens n'ont connu que des créations parlicu lières*], et 2" à ce que, d'après le récit génésiaque lui-même, c'est une fjuasi-divinité que possédait Adam avant la chute [Loisy. Mythes liabyloniens . R. II. L. R., lOUl, 374] [et Kautszch, Dict. Ilastings. E.xlra-Vol. Oriiil. C'est dès sa création quAdam participait à la divinité (ce n'est pas un homme divinisé comme l'I-

• Voir pourlaiil 1<' rôle «ii- Manloik purnir >lr hi rrr.i ii,,„ . (1. p. li"i. nol-c el |.. 17(».

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