HOSÉE
grès. Originaire du royaume dont il voudrait conjurer la ruine, Hosée nous apparaît d'abord comme un politique patriote. L'Assyrie grandit à l'horizon ; malheur à qui ne prévoit pas le châtiment prochain î II n'est que temps, pour le roi et ses grands, de se repentir et de faire pénitence ; il n'est que temps de refouler l'idolâtrie : ses autels s'étalent, non plus seulement à Dan, à Béthel et à Galgala, comme au temps d'Amos, mais encore à Sichem, à Thabor, à Samarie et sur les monts, de Galaad ! L'alliance égyptienne vaut l'alliance assyrienne, — qui ne vaut rien : l'essentiel est d'apaiser lahvé en changeant de vie.
Carlahvé estboncomme lahvé est saint : il oublie les fautes de ceux qui l'aiment. S'il est le Dieu de la droiture,, il est aussi le Dieu du pardon : aussi sévères sont ses exigences, aussi prompte sa miséricorde ; il est prêt, même à prendre les devants (2, 14); mieux encore que la justice, c'est l'amour qui définit Dieu.
Mon cœur se retourne en moi, et toutes mes compassions s'émeuvent...
Je ne donnerai pas cours à mon ardente colère, je ne détruirai pas de nouveau Ephraïm : car je suis Dieu et non pas homme ! '11, 8-9.]
Comme lelahvéisme s'est enrichi dans l'àme du prophète ; comme il pousse au fond de l'àme humaine ses
Sur Ilosée et Amos, cf. les commentaires des « petits proph.'-tes [Nowack : Die Kleinen Propheten. QtùiWngen, 1897, etc.]: Ilartmig. Der Prop/iet Amof:. Friboiirg, 189S: Lagrango. Piea/e Bihliqne, 1S92, 203.
-23S l'A nKi>n.i<'N nivi^
plus Iriidirs, SCS plus loinlaiiK's raciiirs î IIuslm' moiilrc
(Ml lahvé le Dieu de la miséricorde cl de raniour.
On sait comment le prophète s'achemina vers celte croyance. Trompé par sa femme, il puise dans son amour la volonté du pardon; il l'appelle, il la presse ; ijuelle veuille seulement lui revenir^ el le ])assé est oublié, le crime aboli. Dans son àme ravagée, son esprit se retourne alors vers cette autre i)rostituée qu'est Israël ; à la lueur de l'amour qui Fétreint, il croit entrevoir un autre Amour, qui est Dieu. VA sa j)ensée trem[)ée de larmes s'iwhale dans ces chants où tressaille déjà la douceur de IKvaîigile. Deus caritasest, dit saint Paul, et saint Jean répète à ses « petits enfants » : « Aimezvous les uns les autres. » Par son accent, la prophélie dllosée annonce, mieux quauc une autre, la prédication «le Jésus.
ICcoulez les paroles de lahvé, enfants d'Israël,
Car lahvé a un procès avec les habitants du pays.
Parce qu'il n'y a dans le pays ni vérité ni compassion.
Ni connaissance de Dieu.
Un se parjure, on ment, on tue,
on v «le, on commet Tadultcrc ;
ils fttiil violence, et le sang versé touche le sang versé !
c'est pourquoi le pays sera dans le deuil.... 4, 1-3.'
Picpentez-vous, et vous serez sauvés!
Faites vos semences selon la justice.
moissonnez selon la miséricorde î ^10, 12,]
Je prends plaisir à la piété et non au sacrifice, G
à la connaissance de Dieu, plus qu'aux holocaustes. [6.
nOSKE 23!
Et je n'oublie pas que j"ai appelé mon fils dr \\]'^yp[r
<M)ninieiil le délaisserais-je, Ephraïni ; 11. I.
te livrerais-je, Israël ?...
^lon cœur se retourne en moi
et toutes mes compassions s"émeuvent.
Je ne donnerai pas cours à mon ardente c«»lrre
je ne détniiiai pas de nouveau Ephraim,
car je suis Uieu, et non pas liommc !
Au milieu de toi est le Saint
et je ne viendrai pas dans ma furevii- ! 11. 1-8-10.
.le serai la rosée pour Israél :
il fleurira comme le lys,
il poussera ses racines comme le Lil)an.
Ses rejetons s'étendront.
sa gloire sera comme celle de l'olivier,
et son parfum comme relui du Liban. 14. G-T.^
Un contemporain de llosée, et son émule, occupait alors la première place dans le royaume de Juda. En lui s'incarne le génie hébreu. En lui semble revivre Moïse. Tout ensemble conducteur de peuple etapùtre. Isa'ie fait prévaloir dans le peuple élu la foi en lalivé : le plus illustre des Prophètes semble en avoir été aussi le plus heureux -.
^ Cf. Kautzsch, loco citato, 68!)". La prédication dïjosée n'obtint aucun succès.
- L'activité d'Isaie s'encadre assez exacteiiient dans la seconde moitié du vni« siécl'? : il a certainement assisté aux deux crises <le 7.15 et {\e Tûi : il iiuii> dit liii-inéme qu'il a été ap[)elé par Dieu
Isaïc, fils dAniots, appartenait à lune des grandes familles de Juda. Un jour — c'est lui-même qui le raconte, — il eut une vision.
« Dans lannée de la mort du roi Ozias, jai vu le Seigneur assis sur un trône élevé, sublime ; et les pans de son manteau remplissaient le temple. Dos séraphins se
lors de la dernière année d'Azarias (Ozias). c est-à-dire, sans doute vers 749. [Une légende juive, que nous atteignons à une époque très tardive dans VAscension d'haie, assure qui! mourut martyr 1
Lg Livre d'haie est une collection de pommes qui résument et condensent l'enseignement du prophète. On peut le diviser en trois parties : la première [1-12] sadresse exclusivement à la nation israélite : 1 parait dater dEzéchias: 2-5 de Joatham: 6 dOzias : 8-9. 6 dWchaz: 9, 7-10, 4 de Joatham : 10. 5-11 d'I^zéchias: la plupart des poèmes de la seconde partie [13-27] sont intitulés massa de lalivé [massa = parole solennelle, oracloj et concernent les nations étrangères : cette seconde partie na pas l'homogénéité relative de la première: il en est de même de la troisième [27-39] : les poèmes quelle contient et Tépilogue en prose qui la termine [36-39] se rapportent, semble-t-il, à la crise de 701 et à la lin du règne d'Kzéchias : 28. l-o est antérieur à 7^1. — La plupart des savants s'accordent à penser que la fin du livre '40-66] n'a pas notre Isaie pour auteur. Plusieurs, depuis quelques années surtout, lui disputent certaines pièces des chapitres 1-39 : autant qu'on en peut juger, les passages 13. 1-14, 23: 15. 1-16, 1^ : 19, 16-2.J; 23, 15-18; 21. 1-10 et 24-26 seraient en effet inauthentiques. Les chapitres 6-8, 1-5, 20 et 28-30 formaient peut-être le livre primitif, composé par un des amis du prophète et de son vivant. Solre livre daterait d'après l'exil.
Isaie doime sa forme parfaite au discours prophétique : « accuser le peuple coupable, le menacer d'un châtiment, l'inviter au repentir, lui annoncer le jour du jugement, promettre aux justes les biens messianiques ». [Condamin : haie, p. 8]. tel est le schème sur lequel il modèle le plus souvent sa pensée. — Elle s'exprime sous la forme poétique que donne à la phrase le p^mZlélisme des membres : c'est un rythme qui résulte et dune cerlàino svmétrie des idées, et de lu svméfrie des mots: tantôt ]o>
K-Aïe 241
tenaient devant lui. Ils avaient chaeun six ailes : de deux ils se couvraient la face, de deux se recouvraient les pieds, des autres ils volaient. Leurs voix se répondaient; ils s'écrièrent :
« Saint, saint, saint est le Dieu des armées: toute la terre est pleine do sa gloire ! »
A ce cri les portes tremblèrent sur leurs gonds, et la maistjn fut remplie de fumée. Et je dis : « Malheur à moi !
mêmes mots se répètont [parallélisme synonymique], tantôt la même pensée revient [p. synthétique], tantôt elle se nuance dune opposition [p. antithétique], et tantôt elle se développe, séclaircit ou se démontre [p. analytique]. Le parallélisme est exceptionnellement associé à ia rime, a l'assonance, à lallitération et au jeu de mots. — La forme poétique d'un texte est encore en rapport avec des syllabes accentuées et des divisions slrophiques. Selon M. Bickcll, *< le vers hébreu est composé d'un noudjre déterminé de syllabes disposé de telle sorte quune syllabe accentuée alterne régulièrement avec une syllabe non accentuée. Le vers le plus souvent employé est le vers de sept syllabes. La syllabe accentuée est tantôt la |)remiére, tantôt la seconde ». [l'elt. II', 6:2]. Selon le P. J.-K. Zenner, « les strophes d'un poème se succèdent dans cet ordre : la stroj)he il), dont la dimension varie de 3 ou 4 vers, à 7. 8. 40 vers et au delà, est suivie dune antistrophe symétrique (II). A[)rés la strophe et lantistrophe vient une stroi)he intermédiaire dll. appelée alternante |)ar Zenner). composée de parties symétriques entrr elles... l'ui.s de nouveau, strophe et antistrophe. Si le poème est plus long, la série se contiiuie dans le même ordre [Cr»ndamin : Le Livre d'haie, lOOo. p. vnc-ix. — Condamin a applicpié ce système de Zenner dans sa traduction : c'est d'elle que je me suis servi]. Il faut ajouter que ces théories sont encore très contestées. Quant à son style. Isaie « mérite d'être |)lacé au tout premier rang. D'autres oiTt pu l'égaler par moments : aucun ne l'a dépassé, aucun même ne s'est maintenu constamment à .sa hauteur. 11 est le maître et le modèle incontesté... Le style, dans sa simplicité, est riche et coloré : les images stn-gissent et se succèdent avec une variété et une justesse admirables, l'eut-être pnurrait-on relever
•2i2 l'V nELK.lUN JUIVE
je suis perdu : car je suis un lionime aux lèvres impures; j'hal)ite au milieu d'un peuple aux lèvres impures; et cest le Koi lahvé des armées quont vu mes yeux! Et l'un des séraphins vola vers moi. de sa main il prit sur lautel avec des pinces une pierre brûlante : il en toucha ma bouche et dit :
(( Vois, ceci a touché tes lèvres :
ton péché est ôté et ta faute effacée. » Et j'entendis la vuix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je et qui ira pour nous ? »
Et je dis : « Me voici, envoie-moi ! » Et il dit : « Va. et tu diras à ce peuple... » [6, 1-9].
le caraclère un peiibriis(iue des transitions; mais il convient ace propos de ne pas oublier (pie nous avons affaire à des extraits ou à des résumés plutôt (pià des ouvrages écrits d'une fa<;on continue... La langue dans laquelle est écrit le livre d'Isaïe peut il bon droit, grâce à sa pureté, être présentée comme Thébreu classique entre tous » [Gautier. I,42oJ.
Un fait précis accroît la difficulté de l'étude qu'on en doit faire. « Comme les exemplaires hébreux étaient autrefois écrits sur de petits rouleaux ou feuilles qu'on mettait les unes sur les autres, et dont chacune faisait un volume, il est arrivé que l'ordre de ces rouleaux étant changé par hasard, l'ordre des choses a été ainsi transposé » [Richard Simon : Hist. crit. du Vieux Tesl. I, ch. iv, cité par Condamin, xi]. On a souvent essayé, à propos d'Isaïe, de Jérémie, d'Esdras,... de discerner ces transpositions accidentelles.
La bibliographie d'Isaïe est immense. Indépendamment des ouvrages généraux cités swpra p. 215. n., consulter Condamin : op. laud.: Cheyne : Introduction lo Ihe book of Isaiak. London, 1895 ; The Book of Ihe propliet \. 1898 ; The book of the prophet 1. : critical édition of the hébreu: text. Leipzig, 1899 ; Driver : Isaiah, his life and fimes, 2' éd., 1893. London: Duhm : Das Buch lesaia, 2« éd. Gottingen, 1002 : Le llir : Les trois r/rands prophètes, haie, Jérémie^ Ezéchiel, 1877. Paris: Marti : Das Buch lesaja. ïubingen, 1900.
LE DEVOin PRESENT 243
Ainsi lahvc tirait aujourd'Jiiiilsaïe delà cour, comme naguère Amos de derrière son troupeau ; et, comme Amos, Isaïe prêchait le peuple et le roi, leur dictant leurs devoirs présents, leur dévoilant leurs espérances dernières.
Aujourdliui, c'est le péril assyrien qu'il faut conjurer. 11 menace, bientôt il emporte le royaume d Israél. Que fera Juda pour échapper à la mort? Se confier en lahvé, répond Isaïe, et mériter sa protection ; se délier à la fois de l'Assyrie et de l'Kg-ypte, les deux colosses prêts à s'entre-dévorer. L'ne alliance nationale avec l'élrangcr implique une alliance religieuse, donc une apostasie.
Avant tout, il faut obéir à lahvé. Au début du règne dAchaz^ Samarie et Damas entendent contraindre Juda à combattre avec eux lAssyrie : Isaïe commande la prudence ; que Juda senferme tout dans les murs de Jérusalem, et la victoire est assurée. Mais Achaz croit plus habile de recourir à 1 Assyrie. Alors, heureux du prétexte qu'on lui donne, Tiglath-phalasar III accourt, écrase Damas, réduit Israël à la condition de vassal, et Juda à la condition d Israël : Achaz doit aller à Damas rendre hommage au vainqueur! Achaz croyait s'être fait un ami; il s'était donné un maître.
Ezéchias succède à Achaz; il est aussi pieux qu Achaz était impie ; il témoigne à Isaïe la plus grande déférence, sans toutefois le suivre toujours. Voici que
VlT:
-244 I A HLLIi.l'iA ,)L1M>
SLMiiiachcriblaïK'L'Scs durs suidais contre Jériisalciii ' : Ezéchias a trempe dans la coalition de TEgyptc et de ]3al)ylone contre Mnive malgré l'avis d Eliakim, lami dlsaïe ; c est le ministre Sebna qui Ta, cette fois, emjjorté. Les Assyriens ravagent Juda, emportent ses forteresses, campent sous les murs de la capitale. Tout semble perdu. Mais Isaïe relève les cœurs, annonce la victoire : lahvé est plus fort quAssour: Kt lalivé ratitie la promesse de son prophète: Sennachérib doit « se retirer après avoir vu son armée en grande ])artie détruite })ar un lléau mystérieux - ».
Entendez donc la parole de lahvé. railleurs.
niait res de ce peuple qui est à Jérusalem ! Vous dites: nous avons fait un pacte avec la niorl.
une convention avec le Chéol ; le lléau déchaîné passera sans nous atteindre : nous nous sommes fait du mensonge un abii.
et de la perfidie un refuge !
r."esl pourquoi le Seigneur lahvé dit ceci : j'ai mis pour fondement en Sion une pierre..
une pierre éprouvée, pierre angulaire, d'un grand prix, solidement foiulée ; qui s'y fiera n'y chancellera pas ! '28. 14-16].
Et la foule de tes^ennemis sera comme une fine poussière.
la foule des tyrans comme la paille qui vole Et il arrivera que soudain, tout dun coup.
par lahvé des armées tu seras secourue
' Vers 701.
^ (loniit'i- : op. laiul., I. 389. Smith, dans Ilaslings. i[, 4'JO.
pi'is<vxi:k Dr saint disiiai:i. 245
avec lonntMTc, fracas, ])riiil leriiblc,
avec oiirag-an, teiiii)èf(' cl llaiiimo diiii Icu (h'voianl !
II eu sera comme d'un rêve, visiun de la nuit,
de la foule des nations qui combattent Ariel (.férusalem^
(|ui l'attaquent, elle et sa forteresse, et la serrent de près.
«lomme celui qui a faim rêve qu'il manire
et puis se réveille, l'estomac vide;
et comme celui qui a soif rêve qu'il boit et puis se réveille, épuisé, languissant : il en sera de même de la foule des nations qui attaquent la montagne de Sion. [29. 5-8.]
Comme le lion qui rugit,
ou le lionceau, sur sa proie, et contre lequel se rassemble
toute la troupe des bergers.
ne se laisse point effrayer par leurs cris
ni troubler par leur nombre...
Tel, lahvé des armées protégera Jérusalem.
il protégera, sauvera, épargnera, délivrera ! Revenez à celui dont m\ abime vous sépare.
enfants d'Israël ! ;31, 4-0.:
Le salut qu'apporte lahvé à son peuple n'est pas un salut sans conditions. Isa'ie rappelle à ses frères et leur développe l'enseignement dAmos : Saint cVIsracl, tel est le nom nouveau dont il aime à appeler son Dieu ^ Il faut qu'Israël fasse pénitence ; sinon la colère divine
* Noter que lahvé retient toujours quelques trails de sou caraclère luimilif de dieu de la nature [Cf. sitpm p. 106 et 173J.
•2i6 lA r.KLn.KiN jtive
le frappera sans merci. Il faut qu'Israël efîace son ingratitude et rejette riclolàlrie. Il faut quil renonce au luxe, à la cupidité, à lorgueil, aux vaines offrandes, pour pratiquer la justice et respecter le droit.
Cioux, écoulez ! terre, prèle roreille î
ces! lahvé cpii parle :
j"ai nourri des fds et je les ai élevés ;
et eux, se sont révollés contre moi !
Le bœuf coiinaîl son possesseur:
et làne. Tétable de son maître.
Israël ne me connaît jjas ;
mon |jeu|)le ne me discerne pas !
Oh ! nation coupable.
peuple chargé diniquité !
Race de méchants,
fds dénaturés !
Ils ont abandonné lahvé.
ils ont renié le Saint disraël, ils lui ont tourné le dos. [1, 1-4.]
(La maison de .lacob) est pleine de devins et de sorciers, comme les Philistins :
elle pactise avec les étrangers !
Sa terre s'est remplie d'argent et dor. ses trésors sont sans nombre ;
sa terre est remplie de chevaux, et ses chars sont sans nombre;
sa terre s'est remplie d'idoles :
devant les œuvres de leurs mains ils se prosternent, devant le travail de leurs doigts î [2. G-8.J