J4- i.A l'.KLi'iiuN jiim
son cxjH'cssioii fainilic're: la minlelé de lahvc; à celle idée se rattaclie ce qii il dit de l'horreur de lalivé pour le péché, et de la justice et de la rigueur du châtiment qui frappera Juda. Et c'est ensuite sur l'omniprésence et lomnipotence de Dieu que le prophète arrête ses regards; l'expression : \i\ gloire de /«/iué, répond habituellement à cette pensée. Pahvé se joue sans eiïorls en toutes choses, dans la nature et surtout dans l'histoire. Assour et l'Egypte peuvent le méconnailre; Assour et l'Egypte, sans le vouloir, sans le savoir, lui obéissent et le servent. Et ce ne sera pour lui qu un jeu de restaurer Juda et de lui asservir l'Assyrie, cl l'Égyple et Damas. Le Dieu d'Isaïe est un grand roi caché au fond des cieux^ et qui, sans qu'il y paraisse, gouverne toutes choses de sa i)rovidence omni{)olentc et juste ^
Et l'on croit apercevoir la genèse de cette doctrine au fond de l'àme du prophèle. Il rapproche deux • faits que sa longue carrière lui fait souvent comme \
' i'. sa a me, 95, 3,
- J'ajoiile deux traits iiitèi-essanîs, mais dimporlancc moindre. Le Dieu d'Isaïe est doué de raison. Rien en lui d'arbitraire; c'est, pour son peuple, un père et un pédagogue; il « est admirable en ses conseils et riche en ses moyens » [28,29]; il enseigne «la sagesse » et distribue « l'instruction » [29, 24] ; les révolutions les ])lus imprévues en apparence sont réglées sur de profonds desseins [28, 23-29J; les politiques sont des fous, qui «ne regardent pas vers le Saint d'Israël et ne recherchent pas lahvé, lui qui, cependant, est sage... [31, 1.] » — Le Dieu d'Isaïe, enfin, retient les attributs de justice et d'amour [30. 18) (pie lui ont donnés Amos et Ilosée.
LA THEULO(.IE D ISAlE
loucher du doigt : je veux dire la perversion de Juda, formaliste, débauché, dur et avide, sans inteUigence comme sans foi ; et le péril assyrien qui grandit à toute Jieure, qui vient d'emporterDamas, puis Ephraïm : c'est peut-être au même instant qu'ont paru sur la scène Isaïe et ïiglath-phalasarlll. Dans l'ascension d'Assour, la foi disaïe discerne sans hésiter l'effet dune volonté de lahvé ; et, comme Assour est le plus puissant royaume du monde, c'est donc que lahvé — comme Amos, déjà, l'avait montré — est le roi du mondée Mais voici la nouvelle conséquence que déduit de ce fait la foi du prophète : puisque toute les forces du monde sont soumises à lahvé, Assour peut fouler Juda, il ne peut pas, il ne pourra pas mettre la main sur Jérusalem : Jérusalem est inviolable, car là seulement lahvé est adoré, là seulement il a ses autels, ses tidèles, son Eglise. Et l'on ne peut pas dire que par là se détériore la spiritualité de la théologie d'Isaïe : ce n'est pas sur des moyens humains que complète prophète pour sauver la ville sacrée ; au contraire, il les proscrit tous. Seul, de ses seules forces, lahvé sauvera le peuple qu'il a élu. Le miracle de 701 certihe cette foi et pare d'une auréole mystérieuse la doctrine du nouveau Moïse -,
' Smend aeciit quelque parl[AltleslamenlL Rellgionsgech. 206] que ridée de Ihistoire universelle date disaïe.
- Pour plus de détails, voir G. -A. Smitli, dans Ilaslings, If. 4S9-49i\
•2d0 LA RELIGION JUIVE
Isaïc est mort à temps. Les soixante premières années du vii^ siècle voient s accomplir une surprenante apostasie. Manassé ^ et son fils Amon - font de 1 idolâtrie la religion nationale, érigent des autels aux faux dieux dans le Temple même de lahvé, sacriiienl leurs i)ropres enfants à Moloch et font ruisseler le sang innocent i< jusqu'à en remplir Jérusalem d'un bout à l'autre ' » : une furieuse réaction païenne se déchaîne. Dans le peuple qu'a sauvé Moïse, la tradition religieuse de Moïse semble morte à jamais.
l'dle sobstine, pourtant, à survivre en quel(|ue.^ iunes : à l'apostasie nationale répond et s'oppose la conslitulion dune Eglise. Dans une page curieuse, Isaïe nous avoue le découragement qui létreint : sa l)rédication est vaine, et vaines sont ses prières.
« .le vai.s enfermer (mon; témoignage, sceller (mon) instruction pour mes disciples. Et j'attendrai le Seigneur qui cache sa face à la maison de Jacob ; j'espérerai en lui*. >;
Lorsqu Isaïe est mort, les « lils que lahvé lui a donnés » « enferment son témoignage « et (^ scellent son instruction » : « le Seigneur cache sa face à la
' 098-0 ii.
-Gi:j-04i.
• IV. rwls, 23. -'0.
' Isaïe, 3. 10-18.
riETE DE JUcIAS 25 7
maison do Jacob »; « ils ospèreiil en lui >) ; ils se recueillent dans le silence, et la prière, et le travail. Us retouchent les vieux écrits qui racontaient Thistoirc de Moïse et d'Abraham : peut-être parviendront-ils à rafrax'hir la mémoire, à réveiller la reconnaissance de Juda ; en montrant quelle large {)lace la religion de Moïse a tenue dans Ihistoire nationale, peut-être parviendront-ils à empêcher le divorce de la religion et de la nation, d'Israël et de lahvé.
Justement, voici que lahvé semble exaucer leurs cfforls ! Le tils dAmon, Josias, se révèle peu à peu^ comme un champion déclaré de l'ancienne tradition. Devenu roi à huit ans, il lutte plus énergiquement chaque jour contre les faux dieux. « 11 détruit partout les autels idolàtriques, il fait brûler toutes les statues des divinités et répandre leurs cendres, ainsi que des ossements, dans la vallée de Hinnom où se pratique le culte de Moloch... 11 étend même ses réformes au delà des limites de son royaume, jusqu'à Bethel et Samarie . La dix-huitième année de son règne, il entreprend la restauration du Temple et, pendant les reconstructions, voici que le grand prêtre Helcias retrouve dans une chambre du trésor un très vieil exemplaire de la Loi : c'est noire rccension du Deuléronoine.
La découverte du vieux livre couronne l'efTort royal et porte le coup de grâce aux tenants de lidolàtrie :
* 6tl-Gu8.
238 LA RELIGIUN JUIVE
les défenseurs de la tradition sont magnitiqucment justilics ; le ])restii>e de Moïse s'affermit. Le Deuléronome i)roniulguc la loi de Funitc du sanctuaire :
(( V(jus (Iclruircz entièrement, ordonne lahvé, tous les lieux où les nations (|ue vous allez déposséder servaient leurs dieux, sur les hautes montagnes, sur les collines, et sous tout arbre vert. Vous renverserez leurs autels, vous briserez leurs statues... Vous ne ferez pas ainsi à regard de lahvé, votre Dieu. Mais vous le chercherez iiii lieu (jue lahvé, votre Dieu, choisira parmi toutes vos tribus pour y mettre son uom et en faire sa demeure; et c'est là que vous irez. Cest la que vous présenterez vos holocaustes et vos sacrifices, vos dîmes,... vos vœux et Vus offrandes volontaires... C'est là que vous ferez des repas devant lahvé.. . Dans ce lieu que lahvé, votre Dieu, choisira pour y faire habiter son nom, c'est là que vous présenterez tout ce que je vous commande, vos holocaustes et vos sacrifices... Garde-toi d'offrir les holocaustes dans tous les lieux que tu verras; mais tu les offriras au lieu que lahvé aura choisi ^.. »
Surtout, le Deuléronome raffermit l'antique union d'Israël et de son Dieu, et, rappelant Hosée, de lamour fait le commandement suprême. lahvé aime Israël comme un père son enfant-. Quelles preuves d'amour ne lui a-t-il pas données '.'
« Quel peuple a entendu, comme tu l'as fait, la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et est demeuré vivant ? Jamais un dieu ossaya-t-il de venir prendre pour lui une
' 1. 31: 32. 0. — Tourikv^ Juifs sont frèivs, 23, 10: 22,2: de. ,
LA RESTAUR.VTIOX lAHVEI-TE 259
nation du milieu d une autre naliun.. par des épreuves, des signes, des miracles..., comme lahvc votre Dieu l'a fait pour vous sous vos yeux en Egypte... Parce qu'il a aime tes pères, il a choisi leur postérité après eux, il ta fait sortir d'Egypte par sa présence... pour chasser devant toi des nations plus nombreuses... et te donner leur pay.s) en héritage ^ >)
Et quelles preuves d amour lahvé n "est-il pas prêt à donner encore .* Lorsque Israël l abandonnera et servira
« des dieux ouvrages de mains d'hommes- •■). « au milieu de ta détresse..... dans les derniers jours, tu retourneras a lahvé ton Dieu... ; car c'est un Dieu compatissant que lahvé ton Dieu :il ne t'abandonnera pasetnetedétrui-
' 4, 33-o8. C'esl dans le Deutéronome que se formule le \>\n^ iicttement lidte qu'il y a une alliance, un pacte [berith. oiaOr//.-/;] entre lahvé et Israël. Il mentionne trois pactes : 1° celui que lahvé a conclu avec les pères (d'Israël), 4, 31 : 7, 12, c'est-à-dire avec Abraham, Isaac et Jacob. 1, 8 ; 6, 10, lorsqu'il leur a promis une nombreuse postérité et la possession de Canaan : ^'> relui que r. a conclu avec Moïse sur le Sinaï (Horehi et qui est fondé sur le Décalogue ; S*» celui que I. a conclu avec Moïse dans les plaines de Moab, et dont le Deutéronome même donne les conditions [12-26. 28. — Voir II. Rois, 23, 2-21] et qui insiste particulièrement sur le devoir d'amour [6. 5; 10. 12] — L'idée de pacte entre Dieu et l'homme est tirée de l'idée de pacte entre hommes [types : Gen.^ 26, 28... et 31, 44.,.]. Elle s'épanouit, semble-t-il, au moment où la ruine nationale donne à. Israël la conscience qu'une modification survient dans ses rapports avec lahvé : les idées (.Valliance et de nouvelle alliance semhient à peu près comtemporaines. L'idée de nouvelle alliance, entrevue par Hosée, 2. 19 : 3, I, est formulée par Jérémie, 31, 32 [ce dernier texte atteste la survie de l'ancienne conception du mariage d'Israël avec lahvé dérivant du choix de celui-là par celui-ci: elle est commune à Moïse et aux Prophètes. Yo\r supra, p. 198;.
ra pas... : il aura compassion de toi, il te rassemblera de nouveau du milieu de tous les peuples chez lesquels lahvé ton Dieu faura dispersé. Quand tes exilés seraient a l'extrémité du ciel, lahvé ton Dieu te rassemblera de là, il ira jiis{iue-là te prendre ^ ».
Et ce souffle d amour commence aussi de pénétrer les vieux commandements que lalivé a donnés par Moïse et quil veut ({u'on mette en pratique-. 11 ne suffit plus de fuir l'idolâtrie, et de détester Molocli et xVstarté et les hauts lieux! lahvé aime létrangcr; Israël a été étranger en Egypte ; Israël aimera l'étranger^ 1 Israël a été pauvre en Egypte; Israël aimera les pauvres* ! Israël a été esclave en Egypte ; Israël aimera les esclaves î
<' Si l'un de les frères hébreux... se vend à toi, il te servira six ans, et, la septième année, tu le renverras
.- 4, 0-6; 6, 1; 26. 16: 29, 29. Qui les met en pratique et suit lahvé obtient la vie; qui les rejette meurt ; 4, 3-4; 5, 33 ; 8, 19. Vie et mort doivent s'entendre, semble-t-il, au sens matériel : les bénédictions assurent la prospérité matérielle, 11, 13, sq. ; 8, 7; 29, 9, et surtout 28, passim. Voir Buhl (trad. de Cintré) : La Société IsraélUe d'après l Ancien Testament. Paris, 1904, p. 164.
"^ 23, 6-8. — Cf., il est vrai, 23, 3. Sur les fjerim.. cf. Cuhl-Cintré, p. 75 et surtout 78 : la naturalisation devient désormais une question religieuse plutôt que politique.
' 15, 1-11 et 23, 19-:2û. Remettre les dettes tous les sept ans : ne pas exiger d'intérêt, 24, 6 : ne pas prendre les meules en gage. Tous les trois ans on recueillera la dîme pour entretenir les pauvres, 14, 28. — Les mêmes idées sont défendues dès lors par Ezéchiel, 18, 7, 16: le Lévi tique, 19. 9 : 23, 22, 19, 10 : 23. 22 [cf. Dent.. 24, 19: Ruth.. 2, 1.5; Palestine Explor. Fourni. 4894, 199], les Proverbes, 3, 27, 14, 21 : 22, 9 et Jofj. 29, 12; 31, 16. — Voir Buhl-Cintré. p. l.ji. 105, 171.
IILINE DE JO^IAS -261
liljre de chez toi.... 'mai.s tu ne le renverras) pas à vide ; tu ne manqueras pas de lui donner quelque chose de ton menu bétail, de ton aire et de ton pressoir ^ » « lahvé ton Dieu t'aime - », c'est pourquoi « tu aimeras lahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ^ ».
Mais les crimes de Manassè posent plus lourd que la sainteté de Josias dans les balances du Seigneur. Lorsque larmée égyptienne de Nechao traverse la Palestine pour aller attaquer Assour, Josias s"élance hardiment à sa rencontre et prétend lui barrer le passage : n"est-il pas en droit de compter sur l'aide de son Dieu ? « Avant lui, il n'y eut aucun roi qui comme lui revint à lahvé de tout son cœur, de toute son àme et de toute sa force, selon toute la loi de Moïse; et, après lui, il n'en a pas paru de semblable *. »
Si lahvé est juste, si lahvé est tout-puissant, la victoire doit couronner le courage, récompenser la foi, achever lieuvre rénovatrice de Josias... Ces calculs de la foi juive sont brutalement déçus : à Mégiddo "\ l'armée de Juda est écrasée, Josias est tué. Dans cet irrémédiable désastre sombre la nation.
' 15. 12-18. Voir Exode, 21, 1-3. Israël semble s'inspirer ici d<^ laiticlo 117 du Code de Ilammoiirabi : si quelqu'un avant contracté une dette vend sa femme, fils ou fille..., l'acheteur les emploiera trois années et la quatrième les affranchira [trad. Schcil : Délér/afion en Perse. lY. 2. 1902, p. 1431.
* IV. /îo/.y, 23. 25.
202 i.A Hi:iJ(.i(L\ iriVK
El lU" s('nil>lt'-l-il pas qu'avin- cllo la loi doive faire naulrao-o à son loiir? laiivé n'osi pas juste, ou lalivé nest pas puissant : quoi de plus clair. Sur Israël frappé à mort, voici que l'ombre do Molocli s'étend de nouveau.
Mais, tandis (pie le |)u])ulairc se rue dans laposlasie et redresse les autels des dieux, les amis de Josias et dllelcias se replicnl douloureusement sur eu.x-mèmes : le terrible problème s'impose aussi à leur conscience. Jamais plus béroïque effort n'a été plus loyalement tenté ; jamais plus brutale déception n'y a plus durement répondu. Que deviennent, en tout cela, la justice de lalivé et sa puissance ?
Pour beaucoup, la ruine de Juda n'est ({ue passagère ; et déjà blanchit à leurs yeux lauljc de la délivrance. J.e miracle de 701 soutient leur courage; ils confondent patriotisme et religion ; ils se sentent forts de la sainteté de Jérusalem. Naluim^ appartient à leur groupe : son àme enfiévrée d'espérance chante déjà la ruine de Xinive, l'écrasement d'Assour.
-Alalheur à la ville de sang !...
On entend le bruit du fouet, .
le fracas des roues, le galop des dievaux.
' Xahuin. originaire d"i-^lkosli, est unaninicmcnt rapporté au temps do Jérémie, alors quciSinive penche versla ruine [G:2o-60G]- Le petit livre qui nous est parvenu sous son nom comprend qnekpies parties [2, 2, 4-14, 3]. qui sont certainement authentiques. Après Bickel, Happel a montré [DevPsalm Xahuiû., 1900) que le premier clia])ifre, au moins, est un poème acrostiche alphabétique.