C. — VÉoli^ecV Israël
L'i']glisc (Vlsrai'l survit à la mort de la nation juive. Le Dieu de Jérémie et d'Isaïe, deHoséect d'Anios, d'Klie et de Moïse contracte une nouvelle alliance, non pas avec la nation déchue, mais avec ceux de ses enfants qui ont foi dans la doctrine des Prophètes. La nation ne se relève pas, malgré les frissons d'espérance qui l'agitent souvent encore : lorsque Babylone s'effondre, les Israélites changent seulement de maîtres ; ils obéissent aujourd'hui aux rois de Perse, comme hier aux maîtres de la Chaldée. Mais une communauté religieuse apparaît \ qui reconnaît lahvé, qui veut se préserver soigneusement des impuretés de l'idolâtrie et qui escompte, avec une espérance incroyable, la conquête du monde.
* Il est clair que cette communauté religieuse est profondément imprégnée de patriotisme nationaliste. Pareillement, aujourdlnii. rhgliso russe ortliodoxe.
L Er.LI,>E D ISRAËL
A trois reprises', le peuple juif a été saigné à blanc, et son élite déportée en Babylonie. Ces vaincus, pourtant, n'acceptent pas la ruine. Ils attendent le miracle que leur passé semble promettre ; ils attendent que la main de ïalivé s'abatte sur les nations, les disperse, et venge de son humiliation Jérusalem, la cité sainte ! Une espérance sacrée les anime. Et beaucoup de « prophètes » l'entretiennent. Jérémie les appelle de faux prophètes, et les combat sans repos -. Sil reste lui-même en Palestine, voici qu'en Chaldée, au milieu des captifs, lahvé lui suscite un émule : Ezéchiel prophétise sur les bords du Kébar la ruine définitive du peuple élu, soit qu'il lui résume l'histoire de ses infidélités', soit que, comme il arrive le plus souvent, il enveloppe de comparaisons, d'allégories ou de symboles, les malédictions et les promesses divines''.
' En COo, en 596 en oSG.
- Ce sont les traditionnels en retard qui, dupes de la lettre, répètent les anciennes promesses de lahvé à son peuple. Cf. supra p. 229. n. [Ez. 13.]
^ Ezéchiel, 20, 5 : Ainsi parle le seigneur lahvé : le jour où j'ai chuisi Israël...
* 12, 1-lG: 16; 21, 1-4; 24, 15-27. Ces symboles sont-ils tous fictifs ; étaient-ils parfois des actions réelles ? Cf. 4, 2-17, 5. [Cf. l'histoire de lafemmcd'Hosée.^Il semble que la seconde hypothèse soit la vraie.
On est d'accord pour penser qu'Ezéchiel [Yekhezqel = D est fortl, filsde Bouzi, naquit vers 621 !??i,fut déporté de J'"-
leu érusa-
•2/b l,A IlKLir.KiN JCMVK
« l'ils (1 iiomine (Idi dil lahvr), je vais fcnicvcr par un coiip soudain les délices de les yeux; lu ne te lamenlcras poinl, lu ne pleurci-as point, et tes larmes ne couleront ])as. Soupire en silence: ne fais pas le deuil des niorls ; ( eins la tête de ton turban cl mets ta chaussure à les pieds... Je parlai au peuple le jiiatin : et ma femme mourut le soir. Le lendemain malin, je fis ce qui m'avait été
lom en Babylonie on 597, commença de prêcher en 59:2, et cessa son ministère en 570. il était marié ; peut-être était-il prêtre. Toute son activité s'est dépensée en Babylonie. Klostermann croit quil était sujet à des troubles nerveux particuliers.
Son livre se présente à nous dans des conditions d'authenticité et dintégrité assez rares : son homogénéité est évidente. Il se divise naturellement en trois parties: 1. Iniquités et châtiment disraél, 3, 2^-24: — 2. Oracles contre les nations, 25-32: — 3. Le nouvel Israël, 33-48. La forme, allégorique ou symbolique, qu'Lzéchiel donne à sa pensée est très originale et surjirend le lecteur qui sort de la lecture d'isaïe et des anciens Prolihèfes. Son originalité se complique de lintroduction daniniaux mystiques, qu'on retrouvera dans toutes les apocalypses, et qui sont en rapport avec les taureaux et autres génies gigantesques de l'Assyrie et de la Perse. Voici un passage de l'introduction : Ezéchiel raconte sa vocation (cf. supra, p. 240, la vocation d'isaïe). «Je vis : et voici qu'un vent de tempête venait du septentrion, et une grande nuée, et unemasse de feu qui resplendissait alentour, et au milieu d'elle, on voyait comme un métal plongé dans le feu. Et au milieu (je vis) quelque chose qui ressemblait à' quatre êtres vivants, et voici quel était leur aspect : ils avaient une ress(Mnblance humaine: chacun avait quatre figures et chacun avait quatre ailes. Leurs pieds étaient droits, et la plante avait la forme du pied d'un veau: ils étincelaient comme de l'airain poli... Voici quelle était la ressemblance de leur forme : une forme d'homme ipar devant), une forme de lion à droite à tous les quatre, une forme de taureau à gauche à tous les quatre, et une forme d'aigle à tous les quatre... Leurs ailes se déployaient au-dessus d'eux; chacun avait deux ailes qui rejoignaient'celles de l'autre et deux ailes qui couvraient son corps... L'aspect de ces êtres vivants ressemblait à des charbons ardents... J'aperçus une roue à terre auprès d'eux, devant leurs quatre faces...; leurs jantes... étaient remphes d'yeux... Au-dessus, était la res-
EZECHIETL 277
ordi^iiiic. Et les gens nie dirent : Ne nous expliqiicras-tu pas ce que signifie pour nous ce que tu fais ? — Je leur répondis : ainsi parle le Seigneur lahvé : Je vais profaner mon sanctuaire, l'orgueil de votre force, les délices de vos yeux et Tamour de vos âmes ; et vos fils et vos filles que vous avez quittés tomberont par Tépée. Vous ferez alors ce que jai fait... : vos turbans resteront sur vos tètes et vos chaussures à vos pieds: vous ne vous lamenterez pas et vous ne pleurerez pas ; mais vous vous consumerez dans vos iniquités et vous gémirez lun après de l'autre. Ezécliiel sera pour vous un emblème. Et vous saurez ([ue je suis le Seigneur lalivé » '24. 10-24.
Mais lorsquarrive le désastre de o8G, lorsque s elï'acc le rèvc de la revanche, c'est le désespoir qui fond sur les âmes, et les brise. Ezécliiel se lève encore: et cette
scniblance d'un Jirmanient pareil à un cfislal cblouisr^ant... : audessus du firmament on voyait lomme une i)ierro de saphir, en forme de Irôiie.... (sur laquelle) il semblait y avoir comme une figure d'homme. Au dedans et à lentour. je vi.s comme du métal semblahle à du feu... : c'était une image de la gloire de lahvé... Et j'entendis la voix de quelqu'un qui parlait. Il me dit : « Fils dhomme, tiens-toi debout, et je te parlerai », 1. — « fczéchiel na ni la puissance, ni l'envergure d'isaïe, ni la sensibilité et la profondeur de Jérémie. Il est moins varié et plus compliqué, moins émouvant et plus sensationnel... Ce nesl pas une nature sentimentale... : il n éprouve pas de sympathie et il n'en inspire pas. Mais combien il est sérieux, consciencieux, respectueux de son devoir! Combien il s'identifie avec sa tâche, quelle fidélité il y appo'rte!... Il a pour loi suprême la volonté de son Dieu, il se met en contradiction ouverte avec tous les siens » [Gautier, I,
Outre les ouvrages généraux cités ci-dessus p. :215. n. cf. Bertholet : Das Bucli llesekiel. Fribourir. 1897 : Toy : The hook of E. Stuttgart, 1899. Kraetzschmar : Das Ducli E. Gôttingen, 1900; Schmalzl : Das Tiuck E. erkldrt. Wien., 1901 : Knabenbauer : Commentarius in Ezeckielem. Paris, 1890.
fois, c'est l'espérance que lalivé envoie par lui aux captifs.
La main de lalivé fut sur moi, et lahvc me fit sortir en esprit, et me plaça au milieu de la plaine qui était couverte dossements. Il me fit passer près deux, tout autour; ils étaient en très grand nombre sur la face de la plaine et tout à fait desséchés. Et il me dit : Fils dhomme, ces ossements reviendront-ils à la vie ? — Je répondis : Seigneur, lahvé, vous le savez. — H me dit : Prophétise sur ces ossements, et dis-leur : Ossements desséchés, entendez la parole de lahvé !... Je vais faire entrer en vous l'esprit et vous vivrez. Je mettrai sur vous des muscles, et je ferai croître sur vous de la chair et je vous couvrirai de peau; je meUrai en vous l'esprit, et vous vivrez: et vous saurez que je suis lahvé [37, 1-7J.
l'.l laiivé leur redit les conditions anciennes de cette alliance nouvelle qu'il offre ; ce n'est plus au peuple, c'est aux consciences individuelles qu'il s'adresse: mais ce sont les mêmes lois qu'il impose.
La parole de lahvé me fut adressée en ces termes : Pourquoi donc répétez-vous ce proverbe et l'appliquezvous au pays d'Isracl : « les pères mangent du verjus et les dents des fils en sont agacées? » Je suis vivant, dit le Seigneur lahvé : vous n'aurez plus lieu de répéter ce proverbe en Israël. Toutes les âmes sont à moi : l'àme du fils comme l'àme du père est à moi; l'âme qui pèche sera celle qui mourra.
Si un homme est juste, et praticpie le droit et la justice; s'il ne mange pas sur les montagnes et n'élève pas les yeux sur les idoles infâmes de la maison d'Israël^;
* Il semble qu'Ezéchiel ne rejette pas seulement, au nom de
IXDIVIDl ALI-ME MORAL 279
S il ne déshonore pas la femme de son prochain et ne s'approche pas d'une femme pendant sa souillure ; s'il n'opprime personne, s'il rend au dé])iteur son gage, s'il ne commet pas de rapines: s'il donne son pain à celui qui a faim et couvre d'un vêtement celui qui est nu ; s'il ne prête pas à usure et ne prend pas d'intérêt; s'il détourne sa main de l'iniquité et juge selon la vérité entre un homme et un autre: s'il suit mes préceptes et observe mes lois, — celui-là est juste; il vivra, dit le Seigneur, lahvé.
-Mais cet homme engendre un fils violent, qui verse le sang et qui fait à son frère quelqu'une de ces choses... Il ne vivra pas; il a commis toutes ces abominations, il doit mourir: son sang sera pour lui... L'àme qui pèche, c'est elle qui mourra : le fils ne portera rien de Tiniquité du père, et le père ne portera rien de l'iniquité du fils; la justice dujustesera .surlui, et la méchanceté du méchant sera pour lui.
Si le méchant, se détourne de tous les péchés qu'il a commis, et agit selon le .droit et la justice, il vivra, il ne mourra pas. Toutes les transgressions qu'il a commises, on ne s'en souviendra plus... Jejugerai chacun selon se* voies, maison d'Israël... Détournez-vous et convertissezvous de tous vos péchés;... faites- vous un cœur nouveau et un esprit nouveau... Je ne prends point plaisir à la mort...: convertissez-vous donc et vivez! [18, 1-22.]
Ainsi, chaque Israélite peut vivre. îl est maître de son sort. Seulement, cet individualisme moral qu'avait déjà prêché Jérémie s'accompagne d'un sacerdota-
lahvé, le culte des idoles [2. 3, a: 5, 5], mais encore certaines formes idolàtriques du culte de lahvé [8. ^- Cf. l'ancieR culte du veau d'or]; et même tout rapport avec les païens [16. :26]. D'après Kautzsch : op. laud., 70:2.
280 LA RELIGKiN JUIVE
lismo rilaalislc. Indivitlualisnic cl Siiccrdulalisnic : ce sont les deux aspects du programme dEzécliiel ; ce sont les deux assises sur lesquelles se dresse l'Eglise d'Israël. Si la pensée du prophète, ici comme tout à riieure, s'enveloppe de visions, le sens nen est pas moins très clair.
Je mettrai jnon esprit en vous, et je ferai que vous suiviez mes ordonnances, que vous observiez mes lois et ({uc vous les mettiez en praticjue... [36, 37. j lis suivront mes lois, ils observeront mes ordonnances, et les mettront en pratique; ils habiteront dans le pays que jai donne a mon serviteur Jacob, dans lequel ont habité vos pères... et mon serviteur David sera leur prince pour toujours..., et je placerai mon sanctuaire au milieu deux pour toujours, et ma demeure sera parmi eux ; je serai leur iJieu et ils seront mon peuple ]37, 24-27^.
Ces quelques lignes annoncent et résument l'esprit ecclésiastique des visions qui suivent.
La main de lahvé fut sur moi...; dans des visions divines, il memmena au pays d'Israël et il me plaça sur une montagne très élevée, et sur cette montagne il y avait comme une construction de ville... L'n liomme dont laspect était celui de Tairai n, ^et qui) avait dans la main un cordeau de lin et une canne à mesurer... me dit : Fils dhomme. regarde de tes yeux, et écoute de tes oreilles, et fais bien attention aux choses que je vais te montrer: fais connaître à la maison d'Israël tout ce que tu vas voir ;40, 1-4].
Et Ezécliiel voit reconstruire le Temple avec ses murs,
SACERDOTALISME 281
ses portiques, ses cours, son parvis, son vestibule, cl le Saint des Saints, et l'autel des holocaustes! Et larcliitecte mystérieux lui dit alors :
Fils dhomnie, sois attentif, regarde de tes yeux et écoute de tes oreilles tout ce que je vais te dire au sujet de toutes les ordonnances de la maison de lalivé et de toutes SCS lois... Aucun fils d'étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, n'entrera dans mon sanctuaire... Les lévites qui se sont éloignés de moi au temps de l'éloignemcnt d'Israël... porteront leur iniquité... : ils n'approcheront pas de moi... (ni) de toutes mes choses saintes. Mais les lévites, lils de Sadoc, qui ont gardé les observances de mon sanctuaire ([uand les cnfanls disracl s'égaraient loin de moi, ce sont eux qui s'approcheront de moi pour faire mon service, et ([ui se tiendront devant moi pour moflrir la graisse et le sang, dit le Seigneur lalivé. Ce sont eux qui entreront dans mon sanctuaire, eux qui s'approcheront de ma table... Lorsqu'ils franchiront les portes du parvis intérieur, ils se vêtiront d'habits de lin ; il n'y aura point de laine sur eux...; ils auront des mitres de lin sur la tête et des caleçons de lin sur les reins... Ils ne se raseront pas la tète, il ne se laisseront pas croître les cheveux, ils se tondront la tète. Aucun prêtre ne boira du vin lorsqu'il entrera dans le parvis intérieur. Ils ne prendront pour femme... (que) des vierges... Ils instruiront mon peuple... Aucun deuxn'ira auprès du cadavre d'un homme... Quand vous partagerez au sort le pays, vous prélèverez comme offrande à lahvé une portion sainte du pays de 2o. 000 coudées en longueur et de 10.000 en largeur... ; pour le prince, vous préserverez un espace de 5.000 coudées de largeur..., il sera chargé des holocaustes, des oblations et des libations, aux fêtes, aux nouvelles lunes et aux sabbats, dans toutes
282 I A l'.ELir.KiN JL'IVE
les soleil ni lés de la maison d'Israël... Le pieniier mois, le premier du mois, lu preiidias un jeune taureau sans défauts, el lu feras l'cxpialion du saneluairc... J..e premier mois, le quatorzième jour du mois, vous aurez la l'àquc, fête d'une semaine de jours. On mangera des pains sans levain... Tu offriras un ajj^neau d'un an sans défauts eomme liolocausle (juolidien à lahvé : tu l'offriras chaque malin... 44-46. 47.
La coiiimunaulé de l'avenir, que lahvé fait apercevoir à Kzéchiel, sera propriétaire, sacerdotale, ritualiste : les tendances ecclésiastiques ' de Tl-lglise future sont aussi patentes que son individualisme moral.
' Llk's .se niaiiife.slent elaircmeiil dans notre rccension actuelle du Lécilifjue : (juel qu'en soit le rapport exact avec les écrits iiKtsaHpiesJcf. *<//j/-ft,p. 188. n.|, cette recension, trèsprohablement, date du tenïi)s d'Kzéchiel, et lui est quelque peu postérieure. La luemiére partie dn Léi'Ui(jue, 1-16. édicté \cs lois de purificatioti, et rè^de : a) les offrandes [liolocausles, oblations ; sacriticcs paciiKlues ; sacrifices pour le péché: sacrifices de réparation [1-6.7], /A l'organisation du sacerdoce [fonctions, consécration, intronisation, punition des prêtres. 6. 8-10]. c) les impuretés [animaux : femmes, hommes, lépreux: grand jour des expiations. 10-15|. La seconde i)artie édicté \e<, lois de sanclificaf ion, 17-27 : a) sociales [17-20: nourriture, mariage, relations de la viequotidienne. chasteté] et Ij religieuses [21-27: i)rétres. fêtes, lanq)es, i)ainsde proposition, année sabbatique, jubilé, bénédictions, malédictions, vœux, dîmes]. — On s'accorde à reconnaître que la plupart des coutumes ici codifiées sont très antiques. C'est pourquoi on n'y insiste pas davantage. Sur les impôts sacrés, dont vit le prêtre, cf. Buhl-de Cintré, 137, 104.
Dans le programme d'Ezéchiel. il faut distinguer des rêves irréalisables, certaines réformes pratiques qui ont été accomphes, précisément par les rédacteurs du Code sacerdotal [Cf. notamment Ezéchiel. 44, 17] : c'est lui qui a tracé le plan dont se sont inspirés ceux-ci. (Beaucoup d'autres projets analogues avaient, sans doute, été élaborés par les prêtres durant l'exil.) Noter, du reste, que la Shemitia ou loi sabbatique, établie par le