‹ Les reliques et les images légendairesChapitre 7 sur 10 · JUS · texte numérisé non relu

JUS

se voient dans le temple de Junon Prosymnée (1). Ces pierres conservées dans le temple de Junon ne seraient-elles pas des céraunies , comme celles qui, d’après Martianus Capella, garnissaient un diadème de cette déesse (2) ? Je serais fort tenté de le croire quand je lis dans Plutarque qu’Inachus fut, à cause de son astuce, foudroyé par Jupiter et le lit du fleuve qui porte son nom presque desséché (3).

Les Syriens considéraient certaines gemmes comme les reins, les yeux, les doigts du dieu Hadad (4). Sans doute étaient-elles baptisées du nom des diverses parties du corps divin, d’après certaines analogies de forme.

On a continué dans le christianisme d’attribuer, au moins en certains cas particuliers, une origine céleste aux pierres précieuses.

La Vierge apparut à la bienheureuse Agnès du mont Politian et lui donna trois gemmes avec ordre de les utiliser à l’ornement d’un temple qu’on devait bientôt lui construire (5).

A l’époque du long siège que Bazas soutint contre les Huns, le prêtre qui en gouvernait 1 église obtint de Dieu que le roi Causerie aban-

(1) Plutarque, Sur la Dénomination des Fleuves, chap. XVII, 3.

(2) I, 67 et 75.

(B) Plutaroue, ibid.

(4) Pline, //. N., XXXVII, 71.

(5) F. Astulpiius, llist. Imag. D. Virg., lib. 9.

donnât son entreprise. « Ayant convoqué tous les citoyens, ce prêtre célébra les vigiles et les mystères de la messe, en actions de grâce pour la délivrance de son peuple. Pendant qu’il les célébrait, comme il levait les yeux en haut, il vit tomber, comme de la voûte du temple, trois gouttes d’une même grandeur, d’un même éclat et plus transparentes que le cristal. Comme tous les fidèles étaient plongés dans l’admiration et la stupeur et qu’aucun d’eux n’osait toucher à ces gouttes, un prêtre nommé Pierre et qui, l’événement le démontre, était doué il un grand mérite, chercha à les recevoir sur une patène d’argent. Les gouttes qui roulaient çà et là sur l’autel tombèrent dans la patène et. en se réunissant, formèrent comme une magnifique gemme. 11 parut évidemment que ce fait s'était produit contre l’hérésie arienne, hérésie impie et haïe de Dieu, qui pullulait dans ce temps-là, et il prouvait que la Sainte-Trinité, unie dans une seule etégale omnipotence, ne pouvait être séparée par aucun des vains arguments employés contre elle. — Aussi le peuple, joyeux et sentant que c’était là un présent divin, s'empressa d’apporter de l’or et des pierreries dont on fit une croix dans laquelle on plaça cette gemme. — Mais à peine y fut-elle encastrée, que toutes les autres pierres tombèrent. Alors

TALISMANS ET RELIQUES TOMBÉS DU CIEL

le pontife, comprenant qu’il ne pouvait y avoir de mélange entre les choses célestes et les choses terrestres, fit faire une croix de l’or le plus pur ; au croisement des bras il plaça la gemme et la fit adorer au peuple. Depuis ce moment un grand nombre de malades, après avoir bu de l’eau ou du vin où cette gemme a été plongée, sont aussitôt rendus à la santé. Enfin, lorsqu on l’adore, si celui qui s’en approche est sans péché, elle paraît limpide; si au contraire, ce qui arrive souvent, il s’est laissé aller en quelque chose à la fragilité humaine, elle lui apparaît comme toute opaque, établissant ainsi une différence merveilleuse entre l’innocent et le coupable, puisqu’elle s’obscurcit pour celuici et pour celui-là brille resplendissante (1). » La foi qu’avaient les Anciens en la vertu des pierres précieuses s’étendait également aux pierres gravées. Les sujets des entailles avaient précisément pour but le plus ordinaire d’accroître la valeur talismanique de ces pierres. Pline parle d’une émeraude sur laquelle était gravée Amymoe, l’une des Danaïdes, et il rapporte la gravure de ces pierres chez les Grecs à une époque qui répond au règne de Tarquin. Selon Clément d’Alexandrie, le fameux cachet

(1) Grégoire de Tours, le Livre des Miracles, éd. Bordier, P., Renouard, 1367, in-8, I, 42-43.

de Polycrate était une émeraude gravée par Théodore de Samos (1).

Le saphir de la légende de sainte Galle est évidemment une pierre gravée. Est-il moderne, est-il antique ? Je ne saurais le dire: mais il représente une déesse tenant un enfant dans ses bras. Sainte Galle, riche Romaine, un jour de l’année 524, dînait avec son mari Symmaque qui lui avait amené pieuse compagnie. Les anges furent tellement édifiés de ce repas chrétien qu'ils vinrent au dessert chanter les litanies ; et deux chérubins apportèrent sur le buffet de Galle un saphir (2) d'un éclat surprenant, sur lequel était gravée l'image de la sainte Vierge tenant son fils dans ses bras.

Sainte Galle et sa compagnie se mirent à genoux et incontinent toutes les cloches de Rome sonnèrent sans que personne les ébranlât. Le pape Jean Ier apprit le miracle; Galle et son mari vinrent à ses pieds et lui remirent la miraculeuse N.-D. du saphir qui fut visiblement accompagnée de deux anges, jusqu'à ce

p) Hœfer, Histoire de la Botanique, de la Miner., et de la GèoL, P., Itachclle. 1872. in-12, p. 298.

(2) « Ce mot qui dérive de l’hébreu ou du chaldéen Saphar. graver, se retrouve avec de très légères modifications dans toutes les langues ; il paraît avoir été appliqué primitivement é toutes les pierres cristallisées propres à la gravure. » IIœfer, loc. cil., p. 295.

TALISMANS ET RELIQUES TOMBÉS DU CIEL

qu’on l’eût solennellement déposée dans l’église de Sainte-Marie in portico (1).

Dieu voulant montrer la sainteté de saint Nicolas de Tolentino, envoya une étoile qui descendit dans 1 église et s’arrêta sur l’autel où Nicolas disait la messe pour prouver que le saint était la lumière des Chrétiens. On garda cette étoile sous 1 autel de Tolentino, et. on la montrait tous les ans, le 10 septembre, jour de la fête de saint Nicolas (2). Cette étoile n était sans doute qu’une pierre précieuse, émeraude, corindon, béril ou saphir.

Loi îgine céleste attribuée à certaines gemmes les a toujours fait considérer comme des amulettes tout spécialement propres à préserver de la foudre ou des talismans capables de produire un sommeil paisible et des songes heureux (3).

0; Collin de Plancy, Dicl. critique des Reliques et des Images miraculeuses , p. 1821, in-8, H, 319-320.

(21 Ribadeneira, Fleurs de la Vie des Saints au 10 septembre. 1

(3) Four les vertus talismaniques des pierres précieuses c ez les Grecs, cf. F. de Mely, les Lapidaires grecs, P., 1902 " in-4 .

Oiez les Romains cf. : Pline, llisl. Naturelle, ch. XXXVII et XXXVIII.

Chez les Chrétiens cf. : L. Pannier, les Lapidaires français du Moyen Age, des douzième, treizième et quatorzième siècles, reunis, classés et publiés. P., 1882, gd in-8; Boèce de ooot, Gemmarum et lapidum historia , Leyde, 1636 Chez les Arabes cf. : Teïfatciii, le IJure des fleurs des pen-

Dans l’Inde la perle est un talisman précieux; on la considère tantôt comme une goutte de pluie brillante recueillie dans une coquille où elle s’est figée, elle est alors née de la nuée ; tantôt comme une condensation de 1 étoile qui traverse les cieux et volontiers l'assimile-t-on à l’étoile filante ; elle est alors née de l’éclair et du météore.

Cette double origine se trouve affirmée dans l’hymne gracieuse qu’on chante après 1 initiation du jeune brahmane au moment où 1 on suspend à son cou la perle ou la coquille perlière :

« Née du vent , de l'espace , de l'éclair , du météore, puisse la coquille née de 1 or. la perle , nous défendre de l’angoisse !

« De par la coquille , reine des gemmes, needu sein de l’Océan, nous tuons les démons, nous maîtrisons les êtres dévorants !

« De par la coquille, la maladie et la détresse; de par la coquille les femelles malignes. Puisse la coquille panacée, la perle nous défendre de l'angoisse !

nées sur les pierres précieuses , avec les notes de Raineri Florence, 1818. Il a d'ailleurs été très bien résume pai M. Reinaud, Monuments Arabes, Persans el Turcs du Cabine du duc de Blacas, P., tmp. Royale, 1828. in A 1, 10-20. . .

Chez les Chinois cf. : F. de Mely, les Lapidaires Chmoi^ P., 1890, in-1.

TALISMANS ET RELIQUES TOMBÉS DU CIEL

« Née au ciel , née dans la mer , amenée de Sindhu, la voici, la coquille née de l’or, le joyau qui sauve la vie !

« Joyau né de la mer , soleil né de la nuée, qu’elle nous protège en tous sens des traits des dieux et des démons!

« Ton nom est un des noms de l’or, tu es fille de Sôma, tu ornes le char, tu resplendis sur le carquois. Qu’elle prolonge notre vie !

« Los des dieux s'est fait perle , il prend vie et se meut au sein des eaux. Je te l’attache pour la vie, et la vigueur et la force, pour la longue vie, la vie de cent automnes. Que la perle te protège (1). »

•T Les fossiles. — Les fossiles de forme lancéolée ou étoilée furent également classés parmi les pierres de foudre. Notons cependant qu’ils furent parfois considérés comme tombés du ciel par des nuits sans orage et sans lune (2).

Les bèlemniles, de (kXegvov, trait, dard, sont des pierres de foudre pour les paysans allemands qui les nomment Donnerkiel ou Donnerstein (3), ainsi que pour les paysans de la Flandre qui

(1) V. Henrv, la Mag ie dans l'Incle antique , P., Nourry 1909, in-12, p. 90.

(2) Pline, Hist. Nalur ., XXXVII, 110, 59.

(3) A. Tkany, Mylholog. der ail Deulsch und Slau., au mot Belemniten ; cf. : J. -J. Clément-Mullet, Sur les Bèlemniles, les pierres de foudre et les aérolilhes, Troyes, 1840, in-8.

les appellent Dondersteenen 1). Aux environs de Marche (Luxembourg) ces fuseaux de pierre reçoivent le nom de « Moha di Steule », pierres d’étoiles; les Marchois pensent qu ils tombent avec les étoiles filantes (2). Les paysans français les tiennent pour des pierres de foudre (3 . Vers Bayeux, d’après Pluquet, les beleranites s’appellent clous de tonnerre (4). Dans le comté de Suffolk, elles sont appelées thunder-pipe, thunder-bolt, thunder-pic , tous termes en relation avec le tonnerre (5).

A Canne (Limbourg belge; on les nomme pierres de tonnerre. « Les paysans prétendent quon en trouve à /’ intérieur des arbres et quelles sont lancées par la foudre. Comme la découverte de ces bélemnites à l'intérieur des arbres n’a été faite que dans de vieux saules, taillés en têtard, qui bordent ou bordaient le Geer (rivière), on peut, sans craindre de se tromper, affirmer qu’elles y ont été apportées par les enfants qui, dans leurs jeux, remplissent fréquemment les cavités de ces arbres avec des pierres. Ces vieux arbres, moisis et creux pour

(1) Revue des Trad. Popul., t. XIX, p. 42.

(2) Revue des Trad. Popul., t. XIX, p. 42.

(3) Hoefer, Ilisl. de la Botanique, de la Miner., de la Gcol., P., Hachette, 1872. in-12, p. 300.

(4) Revue des Trad. Popul., I. VIII, p. ;W4.

(5) Lauy E. G. Gurdon, Counly Folk-lorc, Suffolk, p. 5.

la plupart, auront laissé facilement pénétrer des pierres à l’intérieur de leur tronc et donné ainsi une certaine vraisemblance à la croyance des paysans (1). »

« Dans le district de Rai-shu, en Chine, où il y a beaucoup d’orages accompagnés de tonnerre, on voit de temps en temps tomber, après ces orages, une pluie de pierres noires, brillantes, sonores, lourdes et fort dures, de la longueur d’environ un doigt. Ce sont ces pierres que l’on appelle rai boku ou encre de tonnerre. Telle est l’opinion du lion zô ko moku.

Selon d’autres écrivains, le rai boku serait une substance qui n’est ni pierre ni terre, mais une espèce d’encre dure produite parla foudre.

Enfin le célèbre naturaliste japonais Ono Ranzan dit: « L e rai boku estproduit par un animal (mythologique), rai ju, qui vit dans les hautes montagnes, à Kisoyama. Cet animal a quelque ressemblance avec le cochon. Il va au-devant de la foudre, qu’il aime, et, enlevé par elle dans les airs, il retombe à terre brisé en morceaux. Ce sont ces fragments qui forment le rai boku ou encre de tonnerre (2). »

fl) A. Habou, le Monde minéral, dans Revue des Trad. pop., XVII, 1902, 416.

(2) F. de Mély, les Pierres de foudre chez les Chinois el chez les Japonais, P., 1895, grand in-8, pp. 3-4.

La description du IJ on zô ko moka nous incite fort à croire qu’il s’agit tout simplement de bélemnites.

Les Oursins. — Les Spartiates étant en guerre avec les Athéniens attendaient la pleine lune pour combattre. Eurotas, leur général, qui n’était retenu par aucune crainte superstitieuse, rangea les troupes en bataille malgré les éclairs et les foudres qui semblaient devoir l’en détourner. Mais son armée fut taillée en pièce;-, et dans la douleur que cette défaite lui causa, il se jeta dans le fleuve Himérus qui fut depuis appelé Eurotas.

« On y trouve une pierre nommée « thrasydile », qui ressemble à un casque. Dès qu'elle entend le son d’une trompette, elle s’élance sur le rivage : mais si on prononce le nom des Athéniens, elle se plonge incontinent sous les eaux. H y a plusieurs de ces pierres dans le temple de Minerve Chalcique où elles ont été consacrées (1). »

Il semble bien que Pseudo-Plutarque veuille indiquer ainsi quelque pierre de foudre. Falconnet, se fondant sur leur forme en casque, veut qu'il s’agisse d’oursins fossiles et précisément de Y Echinites galealus , qui rappelle en efifet le

(1) Pseudo-Plutarque, Sur la Dénomination des fleuves, XVII, 1-2.

TALISMANS ET RELIQUES TOMBÉS DU CIEL

casque antique (i). Son opinion est fort plausible.

Pline appelait Bronlia (pierre de tonnerre) des corps qui ressemblaient à des têtes de tortues et Agricola a appliqué la description de Pline aux Annachytes et aux Spatangues, deux oursins fossiles des terrains crétacés. « Ils ressemblent, écrit-il, à des têtes de tortues; ils ont une forme semi-globulaire et de la partie supérieure partent cinq lignes saillantes qui descendent jusqu’à la base (2). » Boétius de Boot réunit dans un même chapitre les fossiles appelés Chélonites, Brontia et Ombria (3). Ce sont tous de véritables oursins qui, en raison de leur forme, reçoivent le nom de têtes de tortues (4). Mahudel y reconnaît avec Balconnet des « hérissons de mer (5) ».

L ’Ouum anguinum des sépultures préhisto-

(1) Falconnet, Dissertation sur les Bcelples, dans Mémoires de F Acad. des I. et B.-L., P., 1729, VI, 527. Il prétend également que le bœtyle de Damascius était un oursin (idem, p. 515), mais cette identification semble beaucoup plus aventureuse.

(2) Agricola, De Natura foss., I. V, c. 13.

(3) Mercatus appelle ainsi un C.idaris fossile (famille des oursins) qu'il croyait tombé avec la pluie et que pour ce motif il appelait ombria, cf. : Metallolheca Vaticana p. 290.

(4) Boetius de Boot, Gemmarum et lapidum historia, Leyde, 1630, L. II, 261.

(5) Maiiudel, Sur les prétendues pierres de foudre, dans Mém. Acad, des Inscript., t. XII, p. 163.

riques est un oursin fossile fort commun et qui a donné lieu à d’innombrables superstitions 1 . Voici ce qu’en écrivait Boucher de Perthes, vers 1860 : « Le laboureur ou le terrassier, quand la charrue ou la pioche met à découvert un oursin, ne manque guère de le ramasser et de l’emporter. 11 le montre à sa femme, à ses enfants, en le qualifiant du nom d'étoile : il croit qu’il est tombé du ciel et le conserve sur sa cheminée (2). »

A Clermont-Ferrand M. Perot vit, en 1880. une femme qui portait suspendu sur la poitrine un oursin perforé qu’elle tenait de sa famille, et qu’elle considérait comme le porte-bonheur de sa maison (3). On trouvera d'autres exemples analogues dans l’étude de M. Raymond sur l’oursin fossile. Le plus souvent nos paysans y voient des étoiles filantes qui en tombant vont se fixer sur le silex. Ils expliquent ainsi les impressions des ambulacres des spa-

(1) G. Chauvet, Ovum Anguinum, dans Revue Archèol., P., 1900, I, 281-285. — G. Rf.llucci. Eehini mesozoici utilizzali dairuomo dcliela délia piclra, dans Boit. di paletnol ilai., M, 1900. pp. 193-196. — L. Bonnemère cl M. Baudouin, les Broniia dans i Histoire, dans Bull, et Mém. Soe . d'Anlhrop. de Paris, 1905, pp. 605-506. — Docteur P. Raymond, l'Oursin fossile et les idées religieuses à l'époque préhistorique, dans Revue Préhistorique, avril 1907.

(2) Boucher de Perthes, Antiquités Celtiques, II, 37S.

(3) Rev. des Trad. Popul., 1907, XXII, 1<5.

TALISMANS ET RELIQUES TOMBÉS DU CIEL

tangues qui, comme on le sait, sont disposées en étoiles (1).

En Italie, les pierres étoilées (madrépores fossiles) dites Pietra Stellaria ou simplement stellaria , forment une série d’amulettes très répandues : elles sont en général montées en argent, et on leur attribue la vertu d’éloigner le mauvais œil et la fascination ; parfois on y joint des emblèmes chrétiens. A Dignes (Basses-Alpes) une industrie locale consiste à monter en argent ou en or des madrépores fossiles (2).

Huîtres fossiles. Osirites ou hystérolithes. — « On lit dans la Chronique de Paros (3) qu’une pierre tombée du ciel fut trouvée sur la montagne de Cybèle, en Phrygie. Cette pierre nommée Pessinus fut consacrée à la Mère des dieux et, devenue l’objet d’un culte célèbre, donna son nom à la ville de Pessinunte. Le fait est confirmé par Appien d’Alexandrie (4), répété

(1) J. -J. Clément-Mullet, loc. cil., p. 16. Même de nos jours certains esprits excentriques ont continué de considérer les fossiles comme provenant des cieux ; mais ils les attribuent à une faune stellaire. Baron d’Espiard de Colonge, la Chute du Ciel ou les antiques météores planétaires, P., Dentu, 1865, gd in-8.

(2) Rev. des Tiad. Pop., 1890, V, 220.

(3) Liv. 18, 19.

(4) Appien, VII, 56.

par Hérodien (1) et Ammien Marcellin 2-3). « Cette pierre fameuse était noire, de forme irrégulière, avec des angles saillants, assez petite pour qu'à Rome, où elle fut transportée par la suite, on ait pu la placer dans la bouche de la statue de Cybèle qu elle défigurait (4).

Falconet pense qu'il s'agissait d'une hystérolithe, c’est-à-dire d'un fossile du genre concha, probablement analogue à la Concha T eneris 5 . Le sillon de ce bivalve fossile peut évoquer une bouche et justifier ainsi le dire d'Arnobe; il peut aussi éveiller l’idée du ctéis, d où le nom d’hystérolithe et de Concha Yeneris.

Cette identification permet seule d'expliquer ce passage obscur de Pseudo-Plutarque : « Dans le fleuve phrygien nommé Sagaris on rencontre une pierre nommée « autoglyphe » sur laquelle on trouve empreinte une image de la mère des dieux. Si un des prêtres de Cybèle ramasse une

(1) Hérodien, I, 11.

(2) Ammien Marcellin, XXII, 22.

(3) Cii. Lenormant, Etude sur la religion phrygienne de Cybèle, P., Bourgogne, s. d., in-8, p. 23.

(4) Arnore, Adv. Genles, VII, 4fi. Sur la translation de la Cybèle de Pessinunte à Rome, cf. : Remaraucs sur les Bœtyles et sur les statues de Cybèle. dans Hisl. de l'Acad. des Insc et B.-L., Paris, 1729, in-4,'p. 242.

(5) Falconet, Dissertation sur la pierre de la Mère des Dieux, dans Hisl. de l'Acad. des Ins. et B-L , P., 1758, t. XX III (p. 221-241).

TALISMANS ET RELIQUES TOMBÉS DU CIEL

de ces pierres, ce qui arrive rarement, il ne s’étonne plus de la castration et soutient avec intrépidité la vue de cette opération contraire à la nature (1). » 11 paraît fort probable que ces prêtres puisaient la force de supporter la castration dans la vue du ctéis divin, figuré tant bien que mal par le sillon des ostrea fossiles.

La Pierre adorée sur l’Ida était sans doute une pierre analogue (2), à laquelle on donna une origine aérolithique. Quand le culte de la déesse de Phrygie eut été porté en Grèce, l’idée que l’aérolithe appartenait à Cybèle et était sa manifestation s’y introduisit en même temps, de telle façon que Pindare, ayant vu une pierre tomber du ciel au milieu des flammes et du bruit, la consacra à la mère des dieux (3). Dans les Lithika, les ostrea fossiles sont recommandés contre les morsures de vipères sous le nom d’ostrite, et Pline faisant allusion au même fossile déclare qu’il a le nom et l’apparence de l’huître (4). Des croyances et des pratiques analogues subsistent encore de nos jours. « A Hamoir les paysans nomment Pierres du Sainl-

(1) Pseudo-Plutarque, Sur la Dénomination des fleuves ,

Page 1