XII
(2) Claudien, De Raplu Proserp., I, V, 201.
(3) Aristodem, Schol. de Pind., III, V, 137. Voy. Beulé, Monnaies d’Athènes , p. 317.
(4) Ilisl. Nat., XXXVII, 65.
Esprit des petites pierres qu’ils trouvent, soit dans les schistes, soit dans le granit. Ces pierres affectent tantôt la forme d’un escargot et tantôt celle d’une moule { 1). » Les quelques ouvriers que AI. Harou a interrogés à leur sujet prétendent qu’elles sont bénies naturellement et qu'elles portent bonheur .On les porte sur soi en guise d’amulettes (2).
Dents fossiles. — La Revue scientifique du 30 novembre 1889 signalant la découverte d'une défense d’éléphant fossile dans les sables pliocènes marins de Gamartina, en Italie, ajoute : « Malheureusement, les pa}*sans l’avaient brisée pour s’en partager les fragments qu'ils considèrent comme des remèdes contre le mal de dents et contre les coliques des bestiaux (3). »
Les dents fossiles sont fréquemment employées comme amulettes en Italie et en Provence^). Dans les environs de Dax et plus spécialement du côté de Chalosse, on nomme les
(1) A. Harou, le Monde minéral, dans Rev. des Trad. Pop., XVII (1902), 416.
(2) Pour d’autres cas, cf. : Docteur A. Gcébhard, Sar ianliquilé des superstitions atlachéesaux coquilles fossiles, dans Bull. Soc. Préhisl. de France, t. IV, pp. 258-260 ; 344 ; 437-
(3) Girard de Rialle, dans Rev. des Trad. Pop., V, 255.
(4) Revue des Traditions Populaires, V. 220.
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dents de squale « dents de prigle, dents de tonnerre », et on croit qu’elles sont le produit de la foudre figée en terre (1).
4° Des jeux de la nature. — Les pierres qui ont une forme singulière furent assez facilement déclarées d’origine céleste.
Au dire de Plutarque, on trouve sur le mont Cronius une pierre qui, pour la raison que je vais dire, est nommée Cylindre. Toutes les fois que Jupiter éclaire ou tonne, cette pierre roule du haut de la montagne en bas (2). On peut, je crois, sans inconvénient, renverser l’explication du savant grec et soutenir qu’on attribue à cette pierre une origine sidérale en raison de sa forme. Au musée du ministère de l’Intérieur à Yedo (Japon) on peut voir des géodes ou masses de silice concrétionnées creuses baptisées du nom de flûtes de tonnerre (3).
Je n’ai pas cru devoir m’étendre sur cette catégorie de pierres célestes; toutefois, bien qu’il ne s’agisse pas précisément de pierres de foudre, j’ai noté en passant une relique des plus singulières.
Manne. — On montre dans plusieurs églises
(1) Revue des Traditions Populaires, V, 246.
(2) Sur la dénomination des fleuves , XIX, 4.
(3) F. de Mély, les Pierres de foudre chez les Chinois el les Japonais, P., Lemerre, 1876, in-8, p. 4.
une petite provision de la manne que Dieu fit tomber du Ciel pour la nourriture des Israélites dans le désert. Nous pouvons citer Roc-Amadour (1), Arras (2), Saint-Étienne de Bologne. Dans ce dernier sanctuaire, la manne ressemble à des petites pierres blanches en forme de dragées (3). A Arras, un évêque, ayant eu l'audace de vouloir faire ouvrir le vaisseau qui contenait cette manne sacrée, fut frappé de cécité (4).
Il ne parait pas douteux que, dans tous les cas, il s’agisse de cailloux à formes globulaires ou ovoïdes dont la forme même aura suggéré à des amateurs de reliques l'idée de les présenter comme des restes de la manne biblique.
La Grau est encore remplie des pierres que le ciel fit tomber pour assurer la victoire d’Hercule lors de son passage en Provence (5).
5° Les armes et les outils de pierre de l'époque préhistorique : haches, flèches et couteaux. —
(1) E. Rupin, lioc-A/nadour , Paris, 1 i*04 . p. 110.
(2) La Sainte Manne d’Arras aurait été apportée en cette ville du temps de Julien l’Apostat.
(3) Collin de Plancy, Dicl.des Reliques , II, 146-147.
(4) Leur un (R. P.), Recueil de pièces pour servir de supplémenl à l'Histoire des pratiques superstitieuses, Paris, 1751, in-12, p. 323.
(6) Diod. de Sicile, V, 2 et VI, 9. — Poniponius Meta, II, 6. — G. Keysleh, Antiq. salectæ septentr. et celticæ, p. 38.
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Chacun sait aujourd’hui quelle est l’origine et quelle fut l'utilité de ces outils de pierre taillée ou polie, que l’on rencontre dans toutes les parties de l’univers qui furent habitées par l’homme aux temps préhistoriques. C’étaient pour les anciens, et pour les paysans ignorants de nos jours ce sont encore des pierres de foudre. Leur forme si caractéristique n’estelle pas admirablement appropriée à certaines œuvres du tonnerre ? Et d’ailleurs n’est-il pas ordinairement évident qu’elles se diiïérencient profondément par leur nature des terrains dans lesquels on les trouve ?
On conserve, au musée Britannique, une hache de l’époque de la pierre polie, découverte dans l’Archipel, sur laquelle furent gravées des inscriptions et des symboles cabalistiques vers le treizième ou le quatorzième siècle de notre ère, quand on en fit une amulette (1). Ce sont ces sortes d’instruments que les Anciens Grecs appelaient xeoauvoc; ou xepauviov. Les paysans de la Grèce contemporaine attachent des idées talismaniques aux haches de pierre qu’ils appellent darpoTceXéxia, c’est-à-dire foudre (2).
On possède des colliers d’or étrusques aux-
(1) Archæol. Journal, t. XXV, p. 103. Phologr. fr., The Brilish Muséum, Prehist. sériés, pl. XXVI.
(2) A. Dumont, Rev. Archéol., 18G7, N. S., t. XVII, p. 358.
quels sont appendues en guise d’amulettes des pointes de flèches en silex (1).
« Dans les rites si antiques des Fétiales que les Romains avaient empruntés aux Aquicoles. les instruments de pierre jouaient un rôle tout particulier. Non seulement la victime immolée par eux pour la conclusion d'un traité. 1 était avec une pierre de silex (saxo silice I, d’après une coutume rituelle conservée religieusement par tradition depuis les temps ou les indigènes de l’Italie ne connaissaient pas encore les métaux, mais aussi leur serment solennel se prêtait sur une hache de silex conservée dans le temple de Jupiter Férétrius, avec le sceptre du dieu. Cette pierre à laquelle on attribuait une origine surnaturelle n’était pas seulement le trait de la foudre que Jupiter lance pour sanctionner les serments, c'était le dieu en personne, .Jupiter Lapis , comme on l'appelait (2). »
Il n’y avait rien de plus sacré que le serment par Jupiter Lapis (3). Ceux qui le prêtaient
(1) F. Lenormant, les Premières Civilisations, P., Maisonneuve, 1874, in-12, p. 171.
(2) F. Lenormant, art. Bœlyles, p. 647.
(3) Cicéron fait des reproches à Trebatius d'avoir adopté les principes d'Épicure et il lui dit : « Quomodo autem tibi placebit Jovem-Lapidemjurarc, cum scias Joveni iratum esse nemini posse. » Epislol. famil., lib. VIL lit. XII ; ci. également Aul. Geli.., A roct. Altic., lib. I. cap. XXI : Polyu., Ilist., lib. III. Plut., Vila Sylla. Cf. Acad, des Inscriptions , IV. pp. 7 et 8.
TALISMANS ET RELIQUES TOMBÉS DU CIEL
hors de Rome tenaient ordinairement une hache de pierre à la main... quelquefois, selon Tite- Live, ils en frappaient une victime au milieu du fi ont, et la formule dont ils se servaient était conçue en ces termes : « Si je viole ma foi, que Jupiter me frappe comme je vais frapper cette victime ; et qu’il me frappe avec d autant plus de force que son pouvoir est audessus de celui des hommes (1). » L’Empereur Auguste n’eût pas recueilli dans son Musée de Capri des fragments de pierre polie, s’il ne les eût considérés comme des talismans ou des pierres d’origine divine (2).
Cette croyance a été véritablement universelle chez les peuples modernes. Dans un grand nombre de langues, les haches, ces autres instruments de pierre, « sont désignées par des expressions synonymes du français populaire pierres de foudre , pierres de tonnerre : anglais thunderslone ; allemand Donnerkeil (3) ; hollan-
(1) Tite-Live, lib. I, dec. III.
(2) S. Reinacii, le Musée de l'Empereur Auyusle, dans Comp-
tes Rendus de l'Acad. des Inscripl. et Belles-Lellres H décembre 1888. ’
(3) Tout récemment encore, dans le toit d’un couvent de , nn en Prusse Rhénane, il y avait une hache polie servant
«de paratonnerre : cl. Bonner Jahrb., t. LXXVIII, p. 225. A •Cracovie pour adoucir les douleurs de l'enfantement on met «sur les genoux de la patiente la vraie poinle de /lèche du
onnerre, c’est-à-dire un silex taillé. Revue des Trad non M»l, t. II, p. 36. "ou- pop.,
dais Donclerbeilels ; danois iordensteen ; norvégien tonderkile ; suédois thorsvigyar : portugais coriso ; roussillonais perdus de lamp ; espagnol piedras de rayo. On trouve des expressions analogues en Hongrie foudre plate, foudre enchaînée, flèche de Dieu) 1 , en Russie (flèche de tonnerre) (2), en Finlande et en Sibérie (3); en Turquie (. ilderim-tachi , pierre de foudre) (4) ; au Japon (5), en Chine (6); au Tonkin (7) ; à Java (dents de la foudre i -s ; en Birmanie, dans l’Assam, à Malacca. aux Célèbes (9) ; dans l’Afrique occidentale 10 , au Congo (pierre de l’éclair) (H), a Madagascar (12-13). »
(1) Cf. : Congrès de Paris , p.327 ; Çongrès de Peslh , p. 9.
(2) Rev. Arch., 1878, II, P- 267 •
(3) Cartailhac, op. infr. laud.. p. 1'*
(4) Rev. Arch., 1877, II. p. 163.
(5 Matériaux, t. VI, p. 542. . ,
(6Ms«oc. Française, 1878, p. 835; Congrès de *orwich.
(7) Journal des Débats, 6 janvier 18s9.
(8) Congrès de Bruxelles, p. 358. ...nn/ir <nr
9 Matériaux, t. XXII, p. 35 ; Proceedings Elhnogr. ^c.,
1870, p. 02 ; Evans, Ages de la pierre, trad. fr.. p. 61 , I erh.,
Derl. Ges., 1870, p. 116.
(10) Congrès de Norwich, p. 14.
(11) Zeitschrift fiir Elhnol., 18<0, p. 816. ....
(12-13) Carta.lhac, op. laud.. p. 15. Sur les superstitions
attachées aux haches polies, ef. Cartailhac, - g pÏÏJe dans les souvenirs e, les superstitions populcur^ Pans, 1877- Evans, Age de la pierre, trad. fr.. PP- 58 et .ui - , Lûngpérier. le Culte de la Hache, mémoire présenté au ton-
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Les Italiens font encore des talismans de ces anciennes hachettes à serments et les nomment des flèches de foudre (saelte o fulmini) ou des pierres de foudre (pietre del fulmini). Le professeur G. Belluci en a réuni un certain nombre dans sa collection d'amulettes (1). On en connaît quelques-unes qui ont été gravées pour accroître leur puissance talismanique (2).
Les silex éclatés ou taillés passent encore en Italie pour être produits par la foudre et sont constamment employés comme amulettes ou talismans; on les porte sur soi et on en a souvent trouvé qui avaient été intentionnellement placés dans les fondations. Les tètes de flèches préservent, dit-on, des coups de foudre : une vieille campagnarde de POmbrie (à Sant’Apollinare, près Marsciano) avait suspendu à la
grès de Paris , pp. 37 et suiv. ; Bastian, Der Steinkultus in der Ethnographie, dans Archiv. fur Anthropol., III, I (Matériaux, t. V, p. 407 ; t. VI, p. 153).
S. Reinach, Antiquités nationales. Description raisonnée du musée de Saint-Germain-en-Laye, Paris, Firmin-Didot, s. d. in-8, t. I, p. 79.
(1) G. Bellucci, Un capitolo di Psichologia Popolare : Gli Amuleli, Perugia, 1908, in-12, p. 14, fig. 5 et 6, et G. Bellucci, Il Felicismo primilivo in Italia, Perugia, 1907, in-12, p. 30, fig. 8; pp. 72-76, fig. 39-40 et 41. Les Italiens appellent encore parfois les haches préhistoriques des pierres de grêle. G. Bellucci, Gli Amulelli, p. 15, fig. 7.
(2) Note overo memorie del museo di Lodovico Noscardo in Padoa, 1456, p. 144.
tête de son lit, parmi les images des saints, une tête de flèche enfermée dans une sorte de vœu en forme de cœur; pendant les orages, on allumait des chandelles et on priait devant cet objet (1); én Toscane, un grand racloir était aussi suspendu à la tête d’un lit, parmi des images de saints (2). A Aquila, une tète de flèche enchâssée dans une élégante monture en argent était attachée au bout d’un chapelet (3). M. Bellucci en a recueilli beaucoup d’autres (4). Le silex taillé passait assez logiquement pour le produit du tonnerre; ne renferme-t-il pas du feu et ne suffit-il pas de le frapper avec un corps dur pour l’en faire jaillir ?
Une hachette en néphrite, autrefois conservée à la bibliothèque de Nancy, mais aujourd'hui déposée au musée, était accompagnée de l'inscription suivante :
Pierre néphrétique qui a esté donnée avec une pareille à Monseigneur le Prince François de Lorraine évesque de Verdun, par Monsieur de Marcheville , ambassadeur pour le Roy de France à Constantinople auprès du grand Sei-
(1) G. Bellucci, La Grandinc nelV Umbria , Perugia, 1908, in-12. p. 35, fig. 2.
(2) G. Bellucci. Il Felicismo, p. 20, fig. 4.
(3) G. Bellucci, Il Felicismo, p. 18. fig. 2.
(4) G. Bellucci, Il Felicismo. p. 16-22, fig. 1 cl 5; p. 14-45, fig. 24-25; pp. 79-87, fig. 42, 43, 44, 45 et 47.
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■ gneur , à son retour de Constantinople ; laquelle, l portée au bras ou sur les reins , a une vertu merveilleuse pour jeter et préserver de la gravelle comme l’expérience le fait voir journellement (1).
Il y a quelque trente ans, clans la Haute-Bretagne on récitait encore la formule suivante pendant l’orage :
Pierre, Pierre,
Garde-moi du tonnerre.
ou cette autre :
Sainte Barbe, Sainte Fleur A la Croix de mon Sauveur Partout où l’honneur ira Sainte Barbe vous gardera.
Par la vertu de celle pierre Que je sois préservé du tonnerre.
Ces invocations devaient être prononcées en tenant à la main un fragment de pierre préhistorique : hache, flèche ou couteau (2).
Au pays guérandais, M. Blanchard a recueilli plusieurs haches provenant de la démolition de vieilles maisons ou elles avaient été
(1) P. Sébillot, Traditions el Superstitions de la Haute- Bretagne, II, p . 350.
(2) P. Sébillot, Traditions el Superstitions de la Haute- Bretagne, II, p. 350.
placées, déposées avec intention 1 . En juillet 1911 on découvrit une superbe glace polie gravée sur les deux faces dans la maçonnerie du vieux château du Laz, en Carnac Morbihan 2 . M. Z. Le Rouzic, conservateur du musée Miln au même Carnac, possède une hache polie qui a servi pendant longtemps à guérir les jeunes vaches de la fièvre vitulaire erfelor. en breton . Il suffisait, pour les guérir, de faire chauffer la hache et d’en frictionner le pis et les trayons des vaches malades. M. Z. Le Rouzic possède deux autres haches polies non moins curieuses, l’une mise dans l’eau en ébullition la rendait capable de faire revenir la crème aux vaches qui l’avaient perdue, l'autre placée dans un charnier empêchait le lard de tourner 3 . On dit encore dans le Morbihan que les soldats qui portent des pierres de tonnerre ne courent pas le risque d’être tués ni blesses à la guerre (4). On retrouve des usages semblables en Auvergne (5).
Les paysans des Landes, de la Gironde pla-
(1) G. Blanchard, De quelques usages conservés au pays guérandais, Nantes, 1879, gd. in-8. p. 19.
(2) L. Giraux, Hache polie avec gravures sur les deux faces , dans Bulletin de la Soc. prèhisl. franc.. 1911, N III. pp. 688-692.
(3) L. Giraux, loc. cil., p. 690.
(!) Revue des Trad. popul., 1910, XXVI, p. 231.
(5) Bielawski, le Plateau de l' Auvergne, p. 206.
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cent des haches en pierre polie sous le seuil de leurs bergeries, surtout quand elles sont couvertes en chaume (1) ; dans le Lauraguais on les met dans quelques trous de la muraille... dans le Tarn les haches suspendues à l’intérieur des étables garantissent les moutons des maladies ; ailleurs on les mettra dans la crèche, au-dessous ou à proximité du bétail... Dans le Dauphiné et le Vivarais on appelle les hachettes celtiques pierres du tonnerre, ou pierres de la brebis, ou encore pierre de la pigote (en patois lo pigoto , désignant la clavelée ou le claveau que ces pierres sont censées guérir). On les suspend dans la toison ou dans la sonnette des brebis (2). Il y a une cinquantaine d’années, des fermières des environs de Dinan plaçaient dans le nid des poules couveuses des haches de pierre, vraisemblablement destinées à préserver les œufs des elîets de l’orage (3). A Roye, dans la Somme, en abattant de vieux pommiers on a trouvé des haches de pierre que les gens devaient avoir
(1) A Dax on appelle les haches polies « Peyres de prigle, pierre du tonnerre » et la flèche en silex « Peyres de toune, pierre du tonnerre ■>. Rev. des Trad. popul., V, 245.
(2) II. Vaschalde, Recherches sur les pierres mystérieuses talismaniques et merveilleuses du Vivarais et du Dauphiné, P. Aubry, 1874, in-8, pp. 33-30.
(3) P. Sébillot, le Paganisme contemporain chez les peuples Celto-latins, P., 1908, in-12, pp. 222-224.
mises dessous pour les préserver du tonnerre 1 j- A Feluy-Arquennes (Ardennes), les paysans nomment les haches préhistoriques pierres de tonnerre (2). Elles reçoivent la même dénomination à Semur, dans la Côte-d Ur ■->(, et dans le Bourbonnais (piarre de tounarre) (4).
En Bresse, les indigènes autant que possible enterraient une pierre de tonnerre hache en pierre polie) dans les fondations d une maison nouvelle (5).
Mercati (f 1593) est le premier à déclarer que les haches polies ne sont point des céraunies ou des pierres de foudre (6). Sir W. Dugdale (7)
(1) P. SÉniLLOT, le Paganisme contemporain chez les peuples
Cello-latins, p. 250.
(2) Revue des Trad. Pop., \ III. 249.
3 Revue des Trad. Pop ., IX. 394. A. Bertrand signale cette superstition de la hache talismanique surtout en Armorique, dans le Morvan, dans l'Ardèche, 1 ÀYeywm et es Cévennes. A. Bertrand, la Religion des Gaulois. P., Leroux,
l&9(l) fVérot,1 ^Folklore Bourbonnais. P. 190S, în-lS, p. 107 .
6 Jarin, Mythologie de la Bresse , dans Société de Geog. de l'Ain., t. I fasc. III, 1885, p. 460. Voir un exemple topique dans" II. Corot, Notice sur l'emploi des hadiettes comme amulettes cl talismans. Dijon. Darantière, 1nn9, «n- -, et un cas dans SErillot, le Folklore de France, I buillemoto, 1904. I. 70 et 90. Pour d’autres exemples encore . L. Bonnemkre et M. Beaudoin, les Haches polies dans l histoire jusqu'au dix-neuvième siècle , dans Bull, et Mcm. - oc .
d'Anlh. de Paris , 1905. p. 496-54S. . ..
(6) Mercati, Metallolheca, Borne. 1.1 «.passage reproduit dans les Matériaux, t. X. p. 49 et suiv. surtout p. 54
(7) Si r AV. Dugdale. The anliquities of B arwickshire, 16a6.
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Plolt, (li Tenzelius (2) au dix-septième siècle suivent son opinion. Au dix-huitième, nombre de savants abondent dans le même sens. Helwing publie une bonne dissertation sur l’usage des armes de pierre (3). De Jussieu donne une note importante à ce sujet dans les Mémoires de l Académie des Sciences (4). Mahudel rédige tout un long mémoire, en 1734, pour réfuter la vieille opinion qui voyait dans les celtes des pierres tombées avec la foudre (5). Lyttleton donne à son tour une note au recueil Archeologia en 1766(6).
La croyance à l’origine céleste des outils préhistoriques ne se limite pas aux pays de de l'antiquité classique et à l’Europe moderne. Elle est fort répandue au Japon. Les haches de
(1) Plott, Ilistory of Staffordshire, 1686.
(2) Tenzelius, Monatliche Unterredungen , année 1690, p. 894-899; année 1695, p. 955; année 1696, p. 655; cf. Matériaux, t. X. p. 299.
(3) Helwing, Lithographia Angerburgicci, Regiomonli, 1717. Cf. : Matériaux, t. X, p. 297 et S. Reinach, Antiquités nationales, Paris, Didot, in-8, I, p. 79.
(4) De Jussieu, De l'Origine et des Usages de la pierre de foudre, dans Hisl. de l'Acad. des Sciences, année 1723, P., 1725, in-4, 2* part., pp. 6-9.
(5) Mahudel, Sur les prétendues pierres de Foudre, dans Hisl. de l'Acad. des Inscrip., 1740, t. XII, p. 163-168. Les six planches qui accompagnent ce résumé représentent toute une série de haches, massues, fers de lance, considérés comme des pierres de foudre.
(6) Lyttleton, Archeologia, t. I (1766), p. 118 et pl. VIII.
pierre y sont appelées Rai fa haches de tonnerre), T en gu no masakari ^grande hache du Tengu), kitsune no masakari grande hache dite du renard); on en trouve de nombreux spécimens dans les collections japonaises et notamment aux musées de Yeddo et de Kiyoto. Ces haches de pierre appartiennent toutes à l’époque de la pierre polie. Elles sont fabriquées en diorite, en mélaphyre, en porphyre brun, en porphyre vert ou ophite, en pétrosilex et quelquefois en phtanite ou kieselschiefer.
Le Rai fu kijo (scie de tonnerre'; est une pierre taillée en forme de scie. Le musée de Yeddo en possède un échantillon en diorite.
Le Rai jo (bâton de tonnerre) appelé aussi heki reki chin (pilus étincelant est un instrument de pierre qui tient le milieu entre la hache et le marteau (l ).
Mêmes croyances au Brésil. Un vieux chasseur ayant montré à un Indien deux celtes de pierre, celui-ci lui dit : « Ce sont des pierres enchantées qui naissent de l'éclair, pcdras de corniseo, et s’enfoncent profondément dans le sol lorsque tombe la foudre. Mais comme elles sont animées, elles remontent tous les ans d’une brasse et c’est grâce à ce mouvement du
(1) F. de Mély, les Pierres de foudre chez les Chinois el les Japonais , P., 1895, in-8, pp. 2, fi, 4.
TALISMANS ET RELIQUES TOMBÉS DU CIEL
fond vers la surface qu’on les trouve h fleur de terre, après six années révolues. Ce n’est qu’en arrivant ainsi à la lumière qu'elles perdent à la fois leur vie et leur malignité. » Et le vieil Indien se défiait de ces deux pierres encore engagées dans la terre du fossé d’où on les avait fait ressortir. M. Wagner qui les accompagnait s’exposa en s’en emparant à de graves dangers. On a vu de ces pierres qui n’étaient pas tout à fait mortes s’animer tout d’un coup, par un de ces violents orages des Tropiques, et se lancer à travers les maisons, perforant planchers et cloisons et ne respectant ni les animaux ni les hommes (1). »
Une tradition de la Nouvelle-Zélande rapportait qu’une hache de pierre avait été ensevelie quelque part par l’un des ancêtres des Mahoris ; mais personne ne l’avait jamais vue. « Or il arriva que vingt indigènes (appartenant à la tribu des Ngarauru) allèrent un jour dans la forêt (de Wactotara) cueillir des champignons pour les vendre... Une jeune mariée faisait partie de cette compagnie, elle se nommait Tomairangi (la rosée du Ciel), mais n’appartenant pas à ce district, elle ne connaissait pas les
(1) E.-T. Hamy, Deux pierres (l’Eclair ( Pedras de Corisco de r Etal de Minas Geraes, Brésil , dans Beu. des Trad. Popul., t. XX, 1905, pp. 138-140.
endroits sacrés (tapu), parce qu'elle était des Ngaitahu (une tribu de bile méridionale . toutefois son père était de la tribu des Ngarauru.
« Cette jeune femme s’écarta de la compagnie, cherchant çà et là des champignons; et tout à coup elle trouva un arbre sous lequel il y en avait, elle plaça la main dessus et immédiatement elle vit un éclat de lumière ; le suivant des yeux, elle aperçut la hache au pied d'un arbre (le Pulcatea) ; elle poussa un cri d’effroi et s’enfuit; son mari entendit les cris quelle poussait en se sauvant ; à l’instant même, la foudre gronda, l’éclair était terriblement vif et la grêle éclatait, ce qui la mit presque hors d'elle.
« Un vieux prêtre, nommé Ti Rangi, Whakairiona, sachant la cause de sa terreur, se mit à chanter une incantation et de suite la violence de l’orage diminua. Alors toute la compagnie s’en alla dans un lieu plus découvert et le vieux prêtre demanda lequel d’entre eux avait été à Tieké ; sur quoi la jeune femme demanda : « Ou estTieké ? » Le vieux lui répliqua qu'il était situé au delà de Waione, où la roule bifurque. Tomairangi répondit : «. J’y ai été, mais je ne savais pas que c’était un endroit sacré; je voyais quelque chose qui me paraissait une ombre et j’avais grand’peur. »
TALISMANS ET RELIQUES TOMBÉS DU CIEL
« Puis toute la compagnie alla s’assurer de ce que c’était, et on constata que c'était véritablement le Ti Anhioranzi, la hache sacrée perdue depuis si longtemps.
« Après que Ti Rangi eut chanté encore une fois des incantations devant la hache, chaque personne la toucha, en poussant des gémissements, et puis tout le monde se dirigea vers le camp, emportant la hache avec eux. Toute la tribu savait fort bien que la hache devait être dans ces parages, car notre ancêtre Raugitaupea avait confié ce secret à ses enfants, en leur disant ces paroles : « Ti Anhiorangi est à Tieké sur la plaine, tout près de la grotte des morts. » Jusqu’à présent cet endroit n’a pas été visité, étant resté entièrement sacré jusqu’à ce jourci (le 10 décembre 1887).
« Alors s’assemblèrent tous les Ngarauru et quelques-uns des Whanganai et des Ngatiapa, au nombre de cent personnes, et le jour suivant, à l’aube, on attacha la hache sacrée à un arbre afin que tout le monde put la voir.
« Les prêtres — Kapua Tantaki et Verahiko Taipahi, — en tète de la procession , récitèrent des charmes et des incantations. Chaque personne avait une branche de feuillage à la main comme offrande à Ti Anhiorangi. A peine arrivés à l’endroit, ils entendirent des coups successifs de
tonnerre et, de temps en temps, des éclairs entrouvraient les nuages ; bientôt survint un épais brouillard, il semblait que ce fût la nuit. Les Tohunga (prêtres) arrêtèrent le tonnerre et dispersèrent les ténèbres par leurs incantations.
« Le jour reparut, le peuple offrit des branches de feuillages, des nattes, et puis on lit des lamentations et on chanta les anciens cantiques dans lesquels leurs aïeux avaient parlé de la hache (1). »
Le journal maori auquel ce récit est emprunté décrit ensuite cette hache, qui parait être un très grand et très beau celte de pierre. Il donne aussi la série de ses gardiens successifs remontant jusqu’à Turi, le premier chef maori qui, lui, la tenait directement du dieu Tane.
La coïncidence de la découverte de cette hache et de la chute de la foudre devait naturellement porter les indigènes à croire qu'il s’agissait bien là, en effet, de la hache sacrée dont parlait la tradition maori.
Cette singulière coïncidence n’a pas dû être unique. On peut du moins en rapporter encore une autre non moins étrange.
Pendant un fort orage mêlé d’éclairs et de
(1) Korimako, décembre 1887 (en langue maori), cité par Revue des Trad. Popul. , 1895, pp. 658-660.
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tonnerre, un fermier de l’ile de Serk (l’une des îles du groupe de Guernesey) vit le tonnerre tomber sur l’épaule d’une de ses vaches qui broutait dans un champ devant la maison. La mort avait été instantanée et la vache était trouvée à genoux toute roide. Le fermier se met à creuser autour de cet endroit, dans le but de trouver la pierre à foudre qui l’avait tuée. Hasard singulier ! il trouva une petite hache en serpentine tout près de la tète de la bête foudroyée. On essaya vainement de le désabuser et de lui persuader que ce n’était point là une pierre de foudre (1).
6° Les idoles tombées du ciel. — Xoana, Palladio, statues o'OTr£Tr(ç. — Les premiers simulacres taillés (Xoana) qui succédèrent aux pierres plus ou moins informes vénérées dans les sanctuaires bénéficièrent des légendes relatives aux bétyles. On les déclara tombés du ciel, et on les appelait pour cette raison o'.o-xzrr^ ou Sims-r^ç (2).
Cet honneur fut tout particulièrement attribué aux premiers Palladia anthropomorphiques. On vit en eux les images d’une vierge sortie toute armée du faite du ciel entr’ouvert, brandissant un bouclier étincelant et poussant un cri de guerre. La conception anthropomor-
(1) Revue des Trad. Popul., 1895, X, p. 060.
(2) Eurip., Iphig. Taur., V, 977.
plaque du ciel lui-même donna naissance au mythe d’Athéna sortie de la tête de Zeus, près de la source Trito (1). Ce dernier mythe renforçait encore la tradition de l’origine céleste des Palladia.
Parmi les Xoana tombés du ciel, il faut citer tout d’abord l’Athéné consacrée dans l'Acropole de la capitale de la Grèce (2).
« Athènes étant presque toujours la ville victorieuse et conquérante. Athéné fut regardée comme la plus puissante patronne des armées; elle fut la déesse par-dessus tout redoutable, celle qui détruisait les villes ennemies de ses peuples favoris, celle qui inspirait la cruauté et la vénération à ceux qui la contemplaient, noble fille de Zeus. dont son père avait un légitime orgueil. De là, l’extrême importance attachée à la possession de son image, le palladium ; car, dans les croyances superstitieuses de ces premiers âges, posséder le simulacre d’un dieu, c’étaitêtre assuré de sa protection. Le dieu résidait là où il y avait sou idole. Le palladium devint de la sorte un véritable charme, un fétiche, un objet magique, et l’histoire de ses migrations nous donne dès lors celui de
(1) Darembcrg c! Saglio, v° Minerva, p. 1912.
(2) Pausamas, Alligue, ch. XXVI in fine, trad. Gedoyn, in-4, I, pp . 83-84.
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son culte, puisque la déesse suivait son image, et que la foi extrême qu’on avait clans la vertu de celle-ci, faisait instituer son culte là ou elle était apportée (1). »
Le palladium n’était point tombé du ciel à Athènes même, mais à Ilion. Ilos le trouva devant sa tente, après avoir imploré de Zeus un signe favorable pour fonder la ville qu’il appela de son nom (2). Suivant la tradition athénienne fondée pour justifier la prétention d’Athènes, c était Démophon, fils de Thésée, qui, à l’aide d un stratagème, s’était emparé de l’idole d’ilion au profit de sa patrie (3).
Mais nombreuses étaient les villes qui prétendaient posséder le palladium troyen. Argos possédait un Xoana de Pallas (4).
A Phalène on cherchait à identifier le palladium local, très probablement beaucoup plus ancien que celui d Ilion avec ce palladium par excellence (5).
(1) A. Maury, les Religions de la Grèce antique, I, pp. 429- J3°- Cl'. : Fontenu, Rec. Acad. Ins. et B.-L., t. V, p. 26; De Laporte du Theil, Rec. Acad. 1ns. et B.-L., t. XXXIX, p. 238; Creuzer, Relig. de l'Anliq., t. II, pl. II, pp. 733-736; Gerhard, Mineruen Idole, p. 10 et secj.
(2) Appolodore, III, 143, Schol ad Lycoph., V, 3G3 ; Dictys. Cret. ap. Septim., V, 5.
(3) Chavannes, De Palladii raplu, 1891.
(4) Callimach, Lauacrum Palladii-, Pausanias, II, 24, 2.
(t>) Pausanias, I, 28, G-8.
La tradition latine prétendait que la statue emportée par les Grecs n'était que la réplique exposée dans une partie ouverte au public. Pour le palladium véritable enfermé dans l'Adyton du temple, Userait resté jusqu’à la destruction d’ilion C’est seulement alors qu'Énée
l’emporta en Italie (1).
Autant qu’on en peut juger d'après les données actuelles, il y avait durant l'Empire et peutêtre dans les derniers temps de la République une image de Pallas placée dans le temple de Vesta et qui passait pour la Pallas troyenne 2). Lavinium (Latium), Si ris (Lucanie . Lucerria (Apulie) disputaient à Rome cette prétention 3).
Dans le catholicisme, de nombreuses Notre- Dame passent pour être venues d en haut. L’Église de Sainte-Marie Céleste à \ enise fut ainsi nommée d’une belle image qui lui tomba du ciel (4).
N.-D. de Tongres, près d’Ath en Hainault, aurait été apportée par les anges en 1081 o).
Quelques-unes ont été apportées parles anges, d’autres déléguées par la Vierge Marie, afin
(1) Roscher, Lc.vilion der Myth., art. Palladion.
(2) Marquardt, le Culte des Romains. I, p. 299. note 4.
(3) Strabon, VI. p. 264. Lucain, IX, p. 994.
(4) M. Misson, Nouv. Voyage d'Italie, 1717. in-12. 1, p. 326.
(6) Collin de Plancy, Lég. des saintes Images. P., 1861, in-8.
pp. 354-366.
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d'étendre et de promouvoir son culte. La Vierge noire d’Atocha, conservée à un quart de lieue de Madrid, fut apportée d’Antioche par un saint personnage à qui un ange l’avait remise (1). La madone vénérée dans Rome à Sainte-Marie in Porlieo apparut d’abord aune dame de la ville, puis fut remise par deux anges entre les mains du Pape Jean Ier (2). L’image de N.-D. de Liesse fut envoyée par la \ ierge aux frères de la maison d’Eppe prisonniers du Soudan d’Égypte (3). Lorsque saint Robert de la Celle fonda l’abbaye de Molème, au diocèse de Langres, il lui vint du ciel une Notre-Dame, qu’il mit dans son église (4).
En général les Notre-Dame chrétiennes apparaissent plus volontiers dans les campagnes ou dans les bois. Notre-Dame de Savone descendit du ciel dans une lumière, sur le bord d’un ruisseau, le 18 mars de l’année 1536 (5). Notre- Dame de Héas, descendue des deux, vints’éta-
(1) Délices de V Espagne, t. I.
(2) M. Misson, Nouu. Voyage d'Italie, 1717, in-12, III, p. 312 et [P. Mussard], Lettre écrite de Rome, Amsterdam, 1744, in-12, pp. 239-240.
(3) Villette, Histoire miraculeuse de N.-D. de Liesse, Reims, 1728. R. P. F- n . Placet, la Superstition du temps reconnue aux Talismans, P., Alliott, 1667, in-12, p. 112.
(4) Suri us, In Vila S. Roberli, 20 aprilis.
(5) Collin de Plancy, Lég. des saintes Images, P., 1861, in-8, pp. 240-241.
blir sur le caillou de la Raillé, énorme bloc de granit, où elle demeura jusqu'à ce qu on l’eût logée dans son petit sanctuaire 1). La \ ierge d’Astorga descendit dans un nuage lumineux dans le milieu d’un champ, où le gardien des pourceaux du monastère venait à 1 habitude. Ce dernier put la voir arriver dans ce char étrange, bien plus elle lui remit une longue croix qu elle tenait à la main et le chargea de la porter à l’évêque. Celui-ci revint avec son clergé et la transporta processionnellement dans le couvent de Sainte-Jeanne, ou elle est encore (2).
On a souvent trouvé des statuettes de la Vierge dans des arbres où elles avaient été placées puis oubliées et parfois même recouvertes par la sève et l’écorce. Ces images furent considérées naturellement comme tombées du ciel.
Notre-Dame du Chêne près Bar-sur-Seine fut. dit-on, apportée du ciel par les anges et trouvée dans un chêne par des bergers (3 . Quelquefois la chute de la foudre vient corroborer cette opinion :
Au commencement de l’été 1817, un chêne
(1) Dusaulx, Voyage à Barrèges, ch. XV.
(2) La Santa Imagen de santa Maria de la Cru:. Astorga, 1780. Collin de Plancy. /oc. cil., p. 291.
(3) Anecdotes du dix-neuvième siècle , t. II. p. 44.
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énorme fut frappé de la foudre dans un bois qui tient au village de Bruai, à quelque distance de Valenciennes. Peu de jours après, trois paysans, qui sortaient d’une mine à charbon, passèrent près de cet arbre et en examinant le tronc et les branches fracassées ils aperçurent à l’extrémité une espèce de petite figure en bois. Ils coururent au village en criant : « Miracle ! C’est Notre-Dame des Sept-Douleurs qui est descendue sur un arbre avec un coup de tonnerre ; telle fut la clameur générale (1). » Un pèlerinage s’organisa qui amena bientôt des foules ; mais l’administration des forêts ayant fait couper le chêne, en raison des dégâts causés au bois par cette affluence de gens, le culte s’arrêta.
« Vers l’an 507 Théodechilde (petite-fille de Clovis) était à Montsélis appelé autrement Château-Vieux, qui lui appartenait avec ses dépendances. Par une nuit sombre, elle aperçut dans la forêt, sur l’emplacement de laquelle la ville de Mauriac a été bâtie depuis, une lumière extraordinaire. Étonnée de cette clarté qui se reproduisit encore l’année suivante, elle voulut savoir quelle en était la cause et se rendit sur les lieux, où elle aperçut, à sa grande surprise, une statue en bois très noir et très bril-
(1) Anecdotes du dix-neuvième siècle, t. II, p. 41.
lant, qu’éclairait et faisait resplendir la lumière qui avait attiré de loin l’attention de la princesse. C’était l’image de la Vierge portant l’Enfant Jésus dans ses bras, et, quoique noire , elle était belle. C’était plus qu’un chef-d'œuvre de l’art et il fut facile à Théodechlide de reconnaître que ce n’était pas là un ouvrage de main d’homme. La princesse ne se demanda pas longtemps qui avait mis là cette statue et qui l’avait illuminée d’une si splendide lumière ; elle jugea avec raison que l une et l’autre ne pouvaient venir que du ciel, et elle fit bâtir, sur le lieu même, une chapelle et y plaça la statue (1). »
Ces statues d’origine céleste sont souvent révélées à des bergers : tel est le cas de N.-D. de Peyragude à Penne dans l’Agénois 2) et de N.-D. de l’Estelle à Betharram 3).
Une toile de Saint-Jean de Latran à Rome représentant Jésus crucifié i 4) et une image du Sauveur conservée à Surriano (Calabre) (5),
(1) A. de Pedrois. Mois de Marie des Pèlerinages. P., Palmé. 1873, in-12, p. 231.
(2) Collin de Plancy, Lèg. des sainles Images, p. 106.
(3) Collin de Plancy, Lèg. des sainles Images, p. 205.
(4) Collin de Plancy, Lèg. des saintes Images, p. 22 el Diel. des Reliques, I, 222.
(5) Aringhi, Roma sublerr., 1. V, ch. V. — Montfaucon, Dior. liai., p. 137.
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passaient aux yeux de leurs admirateurs pour être descendues du ciel.
Il n est pas douteux cjue le thème de l’origine céleste des images ou des statues n’est qu’un plagiat de la légende relative aux pierres de foudre. On peut même supposer que cet emprunt fut d abord occasionné par certaines représentations d un art étrange ou admirable. « La statue de Gérés à Enna ( Sicile) était en une vénération si extraordinaire, au dire de Cicéron (1), que quand on la regardait, on s’imaginait voir Céi ès elle-meme, ou tout au moins une fig'ure ressemblante qui n'avait point été faite par la main des hommes , mais qui leur avait été envoyée du ciel. »
Nombre d’images chrétiennes sont également réputées pour achéirotype (non faites de main d’homme). N.-D. d’Almudena (Madrid), N.-D. de la Peur (Nazareth), N.-D. de Damas (Damas), passent pour avoir été faites par la main des anges et N.-D. d'Edesse fut peinte de la main de Dieu môme. De ce thème à notre thème de 1 origine céleste il n’y a qu’une nuance.
Faut-il voir dans ces innombrables superstitions, légendes et traditions parallèles le résultat d’une dissémination ayant son point de départ
fl) Cicéron, In Verr. IV, 49 et V, 7. Bourquelot, Vouaqe en Sicile, P., 1848, in-12, p. 1G2.
dans un foyer unique ou dans deux ou trois foyers. Je ne le pense point : la variété même de ces récits, le côté expérimental qui se trouve parfois à leur base inclinent à croire qu'il s’agit d’une explication qui devait venir naturellement à l’esprit d'un homme d'une certaine culture.
Pour les Palladia antiques et les Notre-Dame chrétiennes découvertes sur le sol et censées venues du ciel, il ne me parait pas douteux qu’en principe la légende de leur origine céleste n’est qu’un plagiat de la légende relative aux pierres de foudre. Le plagiat littéraire ne vient qu’en seconde ligne.
Quant à la vertu talismanique de toutes ces pierres tombées des cieux avec la foudre, l’éclair ou le météore, il semble certain qu’il s’agit là presque toujours d’une force impersonnelle et de conception dynamiste. La hache brésilienne qui continue d’être animée six ans après sa chute n’est pas douée d'une âme, mais d’une force empruntée à l’éclair, de même que la vertu protectrice de l’aérolithe est empruntée au dieu qui l’a projetée, de même encore que la vertu des statues de fabrication céleste leur vient surtout d’avoir été travaillées par des doigts divins et par suite chargées d'une force divine.
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Nous avons là une série d’exemples des plus caractérisés de dualisme dynamiste qu’on ne saurait trop soigneusement distinguer soit de 1 animisme primitif, sorte de monadisme confus et indistinct, soit du dualisme animiste qui prête aux choses insensibles une âme distincte et analogue à l’esprit de l’homme. Ces talismans célestes ne sont que des véhicules, des récipients du mana céleste (1) auquel ils doivent tout leur pouvoir protecteur.
Ce dynamisme mystique est la première ébauche des conceptions qui aboutirent d’autre part au concept du dynamisme scientifique, sans lequel d’ailleurs on n’eût même jamais ébauché les vastes hypothèses énergétiques qui sont l’un des leviers les plus puissants de la science et de l’esprit modernes.
(1) Le mana est un pouvoir invisible, impondérable, d’essence non physique, mais se manifestant physiquement; c’est la cause des phénomènes non ordinaires; l’objet (ou la personne) qui l’acquiert contrôle et dirige les forces de la nature. » A. van Gennep, Religions, Mœurs et Légendes , P., 1908, in-12, p. 43. Sur le mana, cf. The conception of mana , dans RR. Marett, The Treshold of Religion , Londres, 1909, in-12, pp. 115-141.