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TALISMANS ET RELIQUES D’ORIGINE LITURGIQUE

La plupart des objets, reliques ou talismans, étudiés dans ce second chapitre, ont appartenu ou appartiennent encore à des temples, des églises, des chapelles, aux trésors de quelque cathédrale ou de quelque monastère, à des sacristies sacerdotales ou monastiques 1 .

Tous sont tombés du ciel ou plutôt en proviennent. Presque tous ont été apportés par des personnages surnaturels, d’aucuns en sont descendus seuls, mais au milieu d un éclat ou d’une lumière entièrement céleste.

Dans le cours de notre exposé nous essaierons d’indiquer l’origine réelle de toutes ces merveilles miraculeuses ; réservant jusqu au terme nos conclusions générales à telle lin que le lecteur puisse constater qu’elles ressortent véritablement des faits.

(1) Parmi les exceptions, il faut noter les cercueils tombés du ciel, que l'on doit classer parmi les objets ordonnés au culte des morts. Cf. Revue des Trad. popul. , XXV ,1910/ et XXVI (1911), 362.

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Les armes magiques. — Un premier groupe est formé par les armes magiques. Les armes des primitifs reçurent très souvent une sorte de consécration propre à en augmenter la vertu et à en assurer l'efficacité. Il était tout naturel qu’elles servent à grelïer le thème du talisman tombé du ciel.

Bâtons de commandement. — Les Prêtres du I hibet ont une arme sacrée qu’ils doivent tenir en main quand ils procèdent aux exorcismes, aux purifications et aux consécrations si nombreuses dans le culte lamaïque. Cette arme est le Dordje ou foudre. Elle consiste en une poignée ou manche cylindrique terminée à ses deux extrémités par cinq pointes dont les quatre latérales s’incurvent et se rapprochent de celle du milieu. Cet instrument est fait sur le modèle du Yajra d’Indra tombé miraculeusement du ciel et conservé dans le monastère de Sera ( 1).

Ne peut-on voir dans cette arme liturgique une sorte de bâton de commandement analogue à certaines pièces préhistoriques (2) ? En

(1) L. de Milloué, Bod Youl ou Thibel, le Paradis des Moines , E. Leroux, 1906, in-8, pp. 253-254.

(2| Le Dordje est non moins étroitement apparenté à la hache : l'antique pierre de foudre. « Dans le Rig-Yeda,Undra est armé aussi souvent que du Vadjra d’une hache de pierre Ou de bronze fabriquée par l’artisan divin Tratchtri. » L. de

tout cas on peut la rapprocher de la lance Un qui était adorée à Chéronée, comme le sceptre deZeus. Pausanias nous apprend qu'elle passait pour l’œuvre du forgeron divin Hephæstos. Ce sceptre n’avait pas de temple, mais on lui nommait tous les ans un prêtre qui le gardait dans sa maison (1). Bien entendu on croyait généralement qu’il venait des cieux.

Les bâtons de commandement des grands conducteurs d’hommes, ex-voto ou bâtons rituels, qui passèrent pour tels furent assez naturellement transformés en reliques ; ce fut le cas pour le sceptre de Priant, l'un des sept gages de salut de l'Empire romain (2), le bâton augurai de Romulus (3), le bâton de Bouddha que l’on conserve encore (4) et la baguette miraculeuse de Moïse (5).

On pourrait d’ailleurs rapprocher également

Milloué, Confér. au musée Guimel . 1898-1899. E. Leroux. 1902, in-12, p. 146. Le Vajra sert encore de sceptre rituel aux Annamites. G. Dumoutier, le Rituel funéraire des Annamites, Hanoï, 1912, in-4, 94.

(1) Pausanias, IX, c. 48, § 6.

(2) Servius, Ad. JE., VII, 1S8. C.f. F. Cancellieri. Le sella cose falali di Roma Antica , Koma. 1812, p. in-S.

(3) Ctc., De Div., I, 17-30. — Plut.. Camill.. 32: Dionys., 14,5. — Val. Max., 1, 8, 11.

(4) Dumoutier, les Symboles, les Emblèmes , les Accessoires du culte chez les Annamites, P., Leroux, in-12. p. 168.

(6) P. Saixtyvf.s, les Saints successeurs des Dieux, P., Nourry, 1907, in-8, p. 45.

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du dordje thibétain la crosse épiscopale de nos évêques. S. Gebhardt, évêque de Constance, très dévot à la Vierge aurait précisément reçu de la Mère de Dieu une crosse miraculeuse, gage de sa future dignité pastorale (1).

Epées et lances. — Il y a eu nombre d’armes, lances, épées, haches d’armes ou épieux qui reçurent un culte (2) ; mais on en connaît peu que l’on ait considérés comme tombés du ciel.

« Chryserme de Corinthe, dans ses Péloponésiaques, raconte l’histoire suivante : Persée, en traversant les airs, laissa tomber sur le sommet de cette montagne la garde de son épée. Gorgophonius, roi des Epidauriens, ayant été chassé de son trône, l’oracle lui ordonna de parcourir les villes de l’Argolide et d’en bâtir une dans le lieu où il trouverait la garde d’un glaive. Arrivé au mont Argium il y trouva celle de Persée, qui était d’ivoire, et y construisit une ville qu’il nomma Mycène (Mycès en grec veut dire : la garde d’une épée) à cause de cette aventure (3). »

N’était-ce pas une arme venue des cieux que le glaive d’Attila ? S'il faut en croire Jornandès,

(1) Marracius, In Aulis Marianis, cap. VII, § 8.

(2) J. Toutain, Éludes de Mythologie el d’Hisloire, P., Hachette, 1909, in-12, p. 170-171.

(3) Plutarque, Sur la Dénomination des Fleuves, XVIII, 71.

ce glaive qui décidait du sort des batailles était précisément le glaive de Mars (1).

L’épée de Charlemagne, conservée en l’église de l’Hôpital à Nuremberg, passe pour avoir été apportée du ciel par un ange (2).

Les Hastæ Martiæ romaines, ou lances de Mars (3), étaient considérées comme doublement sacrées et devaient être soustraites aux regards de la foule. Leurs mouvements comme ceux des bétyles avaient une signification prophétique (4).

Nul texte ne dit qu’elles tombèrent du ciel, mais il y a tout lieu de penser que telle était la croyance commune.

Boucliers cérémoniels. — Sur la demande de Numa, Faune et Picus ayant arraché Jupiter à sa demeure céleste par leurs conjurations : « On vit trembler le sommet de l’Aventin et la terre s’affaisser sous le poids du maitre de l'Olympe. Numa demanda alors au dieu de lui enseigner l’expiation de la foudre. Non seulement celuici lui accorda sa demande, mais il lui promit

(1) Jornandès, c. XXXV. Il faut toutefois observer que l’on appelait parfois de ce nom des armes consacrées à Mars et considérées comme le simulacre du dieu. Tel était le cas chez les Scythes, Hérodote, IV, 62.

(2) M. Misson, Noiw. Voyage dltalic, 4' éd., 1727, in-12. I, 96,

(3) Jordan, Revue de PHist. des Relig., 1SS7, t. XVI, p. 332.

(4) Aulu-Gelle, 4, 6, 2,

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de lui envoyer, dès l’aurore prochaine, un gage infaillible du salut de l’empire.

« Le lendemain la terre était encore humide de la rosée du matin, lorsque le peuple se rassembla devant le palais de son roi. Numa s’avance et prend place au milieu sur un trône d’érable : autour de lui une foule innombrable garde un silence respectueux : Phébus ne montrait encore qu’un coin de sa face à l’horizon ; les esprits tremblants étaient agités par la crainte et l'espérance. Le cœur ferme et se couvrant la tète d’un voile blanc, il élève vers le ciel ses mains si connues des dieux: « O Jupiter! dit-il, voici le temps marqué pour tes promesses, viens accomplir ta parole sacrée. » Comme il parlait, le soleil avait inondé la terre de ses feux; tout à coup un bruit formidable ébranle les pôles du monde: trois fois le tonnerre éclate dans un ciel sans nuage, trois fois la foudre est lancée par Jupiter. Croyez ce que je raconte ; ce sont des prodiges ; mais ce sont des faits. Le milieu du ciel commence à s’entr’ouvrir; roi et peuple baissent les yeux. Alors doucement porté par un vent léger, un bouclier tombe : un cri unanime s’élève de l’assemblée. Le roi ramasse le présent des dieux, après avoir immolé une génisse, dont la tête n’avait jamais fléchi sous le joug; il lui donne le nom

d’Ancile, parce qu'il est taillé de tous côtés et que l’œil n’y aperçoit aucun angle. Alors se souvenant que le destin de l’empire y est attaché, Numa imagine un artifice ingénieux: il ordonne de fabriquer plusieurs boucliers d une forme semblable, afin d embarrasser. par 1 incertitude, l’œil d’un ennemi perfide. Mamurius, aussi distingué par ses mœurs que par ses talents dans son art, mit la dernière main à cet ouvrage. « Quelle récompense veux-tu ? lui dit ce prince généreux. Tu connais la fidélité de mes promesses: tu obtiendras toutes tes demandes. » Les Saliens dont le nom vient de sauter avaient déjà été institués par Numa, qui leur avait donné des armes et des chants sur une mesure prescrite. « Je ne demande autre chose que la gloire, dit Mamurius: qu’à la fin de leurs chants les Saliens répètent mon nom. •>> C’est pour acquitter cette dette antiqueque nos prêtres encore aujourd’hui célèbrent Mamurius 1). » Ce récit d’Ovide n’a évidemment rien d'historique (2). Mamurius n’est autre que le dieu

(1) Ovide, Fastes , III, 375-392. Trad. Pessonneaux. in-12, p. 109-111.

(2) Le R. P. Place! prétend qu’il s'agit bien d une véritable histoire mais que le palladium fui apporté par un démon qui avait, pris la forme de la nymphe Egérie. R. P. Placet ,la Superstition du temps reconnue au.r talismans. P., Alliol, 1667, in-12, pp. 25-26.

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Mamers ou Mars. On n'a pas institué le collège des Saliens palatins dans le but de garder les boucliers sacrés, car alors dans quel but auraiton établi le collège des Saliens collini auxquels le bouclier authentique n’avait pas été remis ? « ^ oici, dit Marquardt, une explication plus plausible. Après la fondation du collège, les armes sacrées des prêtres ne tardèrent pas à obtenir une certaine vénération surtout parce qu’en cas de danger elles s agitaient d’elles-mêmes pour prophétiser comme faisaient les lances de Mars dans la Re gia (1). »

Pallacha. — Sur un vase à figures rouges de Mégare, on voit un Palladium formé [d’un pieu surmonté d un casque, revêtu d’une tunique et aimé de la lance et du bouclier double orbiculaire (2).

Ce Xoanon armé n’est évidemment pas autre chose qu un trophée ou ex-voto de victoire ; et il n est pas douteux que ce Palladion primitif a servi de modèle pour les simulacres à gaines,

(1) Marquardt, le Culte chez les Romains , II, H!2 ; cf. les références réunies dans les notes 1 à 6. — L. Lacroix, Recherches sur la Religion des Romains d'après les Fastes d'Ouide, P., Joubert, 1846, in-8, p. 179, avait déjà développé les mêmes hypothèses.

(2) Jahn, De Antiq. Minera. Simul., pl. III, 2. A été reproduit également dans Daremberg et Saglio, v° Minerua, p. 1924, ng. 5057.

qui préparèrent les Athéna aux jambes séparées.

Un trophée, soutenu par quelque xoanon informe de bois ou de pierre, fut probablement le point de départ de tous les Palladia grecs et la légende de l’origine céleste ne s appliquaitelle point d’abord uniquement au xoanon brut qu’une piété primitive eut l’idée d’habiller .J Les Bétyles ne furent-ils pas dans maintes circonstances revêtus de voiles et ne devait-il pas naturellement venir à l’esprit d habiller d humaine façon un bétyle dressé ?

Boucliers votifs. — Les Grecs et les Romains avaient l’habitude de suspendre dans les temples des boucliers transformés en ex-voto et ornés d’inscriptions rappelant une victoire 1 .

Cette coutume s’est perpétuée dans le christianisme (2) et explique sans doute les reliques que l’on conservait à Saint-Julien de Tours, à savoir le bouclier et le bracquemard lance' de saint Michel. Les dimensions minuscules de ces objets (3) (le bouclier était de la grandeur

(1) Paus., X, 19, 4. — Suet., Nero 44. — Cf. Abbé Massieü, Dissertation sur les boucliers votifs dans Hist. de t'Acad. des Ins. et B.-L. P., 1717, t. I, p. 177-190.

(2) Fontanini, De disco votivo velerum Christianorum de orbiculis seu de thoracibus et clypeis , in quibus olim votivae ima gines pingi aul cœlari consueueranl, etc., in-8.

(3) Dicl.dcs Reliques, II, 201.

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d’une soucoupe), indiquent suffisamment leur origine votive.

Le bouclier que l’on conservait dans le monastère de Joye-en-Val, et qui provenait vraisemblablement d’un don royal, a donné naissance à une gracieuse légende. Quelque temps après que Clovis eut été baptisé par saint Remi, trois lis d’or ou plutôt trois lis d’une merveilleuse couleur de saphir constellé de points d’or descendirent des régions élevées des cieux, ainsi que l’attestent les antiques historiens des Francs. L’événement se produisit dans le pays qui s’étend entre les résidences royales de Saint-Germain-en-Lai et de Montjoye, à sept milles environ de Paris. Il s’y élève aujourd’hui, disait A. Wichmans, une abbaye de chanoines de l’ordre des Prémontrés appelée Joie-de-la Yalléeou vulgairement Joie-en-Val (1), parce que c’est là qu’apparemment descendirent les messagers ailés du Dieu tout-puissant et là encore que les rois firent passer les lis dans les armes

(1) Joye-en-Val, Gaudium vallis ou Essartorum Capella (Seine-et-Oise). « Abbaye de l’ordre des Prémontrès fondée l’an 1221 par Barthélemi de Boia, chambellan de France. Elle était du diocèse de Chartres. Le roi Philippe-Auguste qui la dota avec munificence est aussi regardé comme son fondateur. C’est pourquoi elle avait pour, armes, comme les rois de France, un écu avec trois fleurs de lis d’or. Cette abbaye fut unie l'an 1697 à l’abbaye de Chartres. » Gallia Christiana , VIII, 1336 et Annal. Præmonlr., t. 1, col, 706.

de France. Elles comportaient auparavant trois i crapauds (1) ou. selon Paul Émile et quelques autres, trois couronnes. Aujourd’hui encore, en témoignage du miracle, on conserve dans 1 abbaye, disait encore Wichmans, un bouclier orné de ces trois fleurs de lis (2).

Des objets rituels servant au culte public. — Cette seconde catégorie d’objets miraculeux est fort importante, et à vrai dire pourrait englober tout le groupe précédent. Il ne s agit i guère ici que de pièces liturgiques du catholicisme.

Cloches.- — Saint Fursy ayant bâti un monas-' tère en l’honneur et sur le tombeau de saint Edmond avait grand besoin d une cloche pour les sonneries monastiques : mais la dépense

eut été ruineuse. Le Seigneur qui vit leur misère leur en expédia une des cieux par les soins d’un ange, et cette cloche demeura dans l’abbaye jusqu’en l'année 1468 (3t.

(1) Chifflet soutient avec passion que les armes de la France primitive portaient trois crapauds. Cf. Lilium }ranciscum uerilale historica. botanica ci heratdica illustra. a. Anvers. in-S. De Montmerqué pense au contraire que ces trois crapauds sont une invention relativement moderne. Cf. Dissertation sur la prétendue supposition du petit roi Jean , Paris, 1844, in-8, p. 28.

(2) Augustinus Wichmans, Apotheca Spiril., cap. XXI.

(3) Corblet, Hagiographie du diocèse d'Amiens. 11, 260. — Mgr P. Guérin, les Petits Bollandistes. éd. de 1S88, in-8, I, 403.

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Les pouvoirs magiques de la cloche pour chasser les démons des orages, des grêles et des tempêtes, la rapproche du dordje thibétain et du gong chinois. Il est même étonnant que cette similitude d'action avec celle des pierres de foudre n’ait pas contribué à multiplier cette légende de cloches descendues du ciel.

Croix et oriflammes processionnelles. — Chacun connaît l’histoire du labarum de Constantin ; un prodige plus merveilleux est celui qui arriva en faveur des Allemands. « Un ange apporta du ciel à Ulrich, évêque d’Augsbourg, la croix qui devait guider l’armée nationale contre les Hongrois. Il s’agit de la bataille du Lech, où les barbares qui menaçaient Augsbourg furent taillés en pièces par les troupes d’Othon que le saint évêque accompagnait durant le combat. Cette croix d’or est conservée, en souvenir de la victoire, dans l’abbaye de Sainte-Afre et de Saint-Ulrich (1). »

Cette tradition dérive probablement d’une autre tradition plus ancienne. On vénéra longtemps dans un monastère du diocèse d’Augsibourg une croix d’or qui avait été jadis appor- Uée par un ange à Charlemagne et avait con-

(1: Cahier, Caraclérisliques, I, 37, et pour un parallèle, ôbid., I, 41.

duit maintes fois ses troupes à la victoire 1 .

L’évêque et le diocèse d’Augsbourg forment le lien entre les deux traditions.

On rapporte qu’un carré d'étoffe de soie rouge, semblable aux pavillons ou aux guidons militaires, fut envoyé parle ciel au milieu d une lumière éblouissante, afin de servir aux rois de France dans leurs expéditions contre les ennemis de la foi chrétienne. C’est à cette sorte de vexillum que l’on donna le nom de flamme d’or ou oriflamme. Elle fut longtemps conservée dans l’abbaye de Saint-Denis ; mais, lorsque les rois voulurent en abuser pour aller combattre d’autres chrétiens, l'oriflamme disparut. L’oriflamme que l'on conservait au dixseptième siècle dans le trésor de Saint-Denis n’était qu’une copie de l'oriflamme céleste, mais consacrée par l’évêque et par 1 abbé du monastère (2).

Il est fort vraisemblable que cette oriflamme portait la croix. Dans une légende parallèle, une croix descendue du ciel est qualifiée d oriflamme (3).

(1) Bagatta, Admiranda, II, 192.

(2) Bagatta, Admiranda orbis Chrislian., I, 30 d'après Guagninus.

(3) « Crux e cœlo demissa et populo Brixiano quam auream Hammam ipsi vocant. » Signius. cap. Il, cité par Bagatta, Admiranda orbis Chrislian., II, 192. L auteur de

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Palmes processionnelles. — Méliton rapporte que, 22 années après la mort du Christ, « la Vierge prise d’un violent désir de revoir son fils languissait et traînait dans les larmes une vie douloureuse. Un ange environné d’une lumière resplendissante vint à elle et après avoir renouvelé les paroles de la Salutation, lui dit : « Voici que je t’apporte une branche de palmier cueillie dans le paradis de Dieu, tu la feras porter devant ton cercueil. Dans trois jours tu monteras dans les cieux, car voici que ton fils t’attend avec les Thrones et les Anges et toutes les Vertus des Cieux. » Le divin Cosmas, parlant de cette palme, dit que ses feuilles resplendissaient comme l’étoile du matin et j’avoue en avoir vu un petit fragment chez un gouverneur royal, qui brillait à la façon d’une éclatante étoile d’argent et son aspect augmentait la

les Délices de l'Italie (Leide Van der Aa, 1709, VI, 152-153) qui la vit au commencement du dix-huitième siècle rapporte que c’était un petit étendard de couleur bleu céleste avec une croix rouge dans le milieu et qu’on tenait cette relique pour la croix qui apparut à Constantin. Misson confirme que telle était l’affirmation des sacristains chargés de montrer la relique : [M. Misson], Nouveau. Voyage d’ Italie, 3e éd., La Haye, 1717, t. 111, pp. 14-15. Lorsque Petit-Radel la vit à son tour au dix-neuvième siècle, la même relique s’était transformée en une croix de cristal couleur aurore et quelques personnes prétendaient encore qu’il s'agissait bien là de la croix qui apparut à Constantin. Voyage Hist. de l’Italie , P., 1818, in-8, I, 96.

dévotion de ceux qui la contemplaient 1). »

Ce fragment de palme céleste n’était sans doute qu’un morceau de mica ou de toute autre pierre brillante et celte légende devrait se ranger parmi celles de la première série: mais elle est trop apparentée aux suivantes qui se sontévidemment greffées sur des palmes liturgiques.

On conservait jadis au monastère de Sainte- Marthe à Milan une palme argentée ou plus exactement une branche d’olivier que 1 une des religieuses de ce couvent avait reçue de la Vierge le jour des Rameaux. Elle devait lui servir de témoignage pour attester que Véronique de Binasco était bien véritablement au nombre des Bienheureuses (2).

Le confesseur de la vénérable sœur Lucie Paratici lui ayant défendu d’aller recevoir la branche d’olivier béni que l'on distribuait le dimanche des Rameaux, le Seigneur Christ luimême voulut lui en porter un rameau céleste dont on conserve encore dévotement quelques feuilles au monastère de Sainte-Croix Ordre des Augustines) dans la ville de Brescia Italie (3'.

Je pense cependant que ce que l'on rapporte

(1) Bagatta, Admiranda Orbis Christian ., d'après Meliton (évêque de Sardes), Opéra, t. lit, lib. 13. hom. 3.

(2) Isidore d'Isolano, Vie de la Bienheureuse Véronique, liv. II, ch. 17.

(3) Bagatta, Admiranda. I, 32.

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de la Bienheureuse Aldegonde qui reçut une palme et un vêtement de la main des Anges (1) a dû être inspiré par une peinture de l’âme se rendant au Paradis, tandis que les anges s’avancent portant la palme de la victoire et quelque vêtement de gloire (2). Le vêtement couvert de pierres précieuses qu’aurait reçuduciella Bienheureuse Claire d’Inda de l’ordre de Saint-Dominique doit sans doute s'expliquer de même par une image littéraire ou proprement iconographique (3).

Des rameaux liturgiques le thème de l’origine céleste est parfois passé à l’espèce végétale, d’où ils sont tirés. D’après le Dabistan, le cyprès était originaire du Paradis, Zoroastre en aurait rapporté une branche qu’il aurait plantée lui-même à Kischmer (4).

(1) Bagatta, Admiranda , I, 30.

(2) Sur tes jardins célestes, cf. Arbres, dans D. Cabrol, Dict. de liturgie, i, 2e part., pp. 2693-2698.

(3) Bagatta, Admiranda, I, 30. Dans la cathédrale de Cuenca (Espagne) on conserve le corps de saint Julien, « Ce saint y est représenté dans un bas-relief, haut de six pieds, au moment où la Vierge lui apporte une palme, qui était celle de la gloire éternelle ; car la Vierge lui apparut quelques heures avant sa mort. Le chanoine qui avait la ïbonté de me montrer les raretés et les curiosités de la •cathédrale, avouait de bonne foi que cette palme ne s’était ipas retrouvée parmi les autres meubles de saint Julien ; en ajoutant qu'elle était sans doute remontée dans le ciel d’où •elle était descendue. •> [Peyron], Nouu. Voyage en Espagne, Ifait en 1777 et 1778, Londres, 1782, in-8, II, i35.

(4) P. Buffaclt, le Culte des Arbres, Rodez, 1907, in-12, IP- 25.

Les ceintures magiques. — Nous empruntons les lignes suivantes à un opuscule de pieuse propagande qui rapporte d’ailleurs exactement la tradition qui courait au sujet d'un cordon qui servit à lier la peste en la ville de Valenciennes :

La ceinture de la ville : « En l'an 1008, la ville de Valenciennes fut ravagée par une horrible peste qui fit périr en quelques jours environ 8.000 personnes... Un pieux ermite, que les plus anciens annalistes nomment Bertholin, vivait en ce temps-là au village de Pont près d’une chapelle dédiée à la sainte Vierge, non loin de l’endroit où fut bâtie l'abbaye de Fontenelle. Pénétré de douleur à la vue de l’état malheureux de ses compatriotes, il mit en œuvre tous les moyens que la charité la plus ardente lui suggéra, pour obtenir du Ciel la cessation du fléau. Prières, veilles, larmes, macérations, il n'épargna rien pour toucher Marie en faveur de tant d’infortunés.

« Un jour qu’il invoquait la Reine des anges avec une ferveur nouvelle, elle daigna lui apparaître dans sa propre cabane : « Va trouver mon peuple de Valenciennes, lui dit-elle; annonee-lui que j’ai désarmé mon fils. La nuit qui précédera la fête de la Nativité, mon peuple saura que ses vœux sont montés jusqu’à

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moi et que j’ai écouté le cri de sa détresse. Que mes serviteurs se rendent alors sur les murailles de la ville, ils y verront des merveilles.

« Le 7 septembre, au déclin du jour, les remparts, les tours de la ville, toutes les éminences, étaient couverts d’une foule considérable impatiente de voir l’eiïet des promesses célestes. Tous, les yeux fixés au Ciel, le cœur palpitant, étaient dans l’attente du prodige. Vers minuit, les ténèbres s’écoulent par degrés pour faire place à une lumière éblouissante, au milieu de laquelle apparaît Marie, environnée d’une clarté qui réjouit les regards, sans les éblouir. Une troupe d’anges l’accompagnent. Elle tient à la main un immense cordon rouge ; un des esprits célestes qui lui font cortège en prend l’extrémité, et, d’un vol rapide, fait le tour de la ville en laissant tomber sur son passage le cordon miraculeux, qui forme bientôt autour de Valenciennes comme une ceinture protectrice. L’auiguste messager rejoint alors la troupe angéli- «que et la vision disparaît. La peste cesse à ll’instant et les malades se trouvent subitement ^guéris.

« La sainte relique apportée par Marie fut «enfermée dans un coffre en bois doré garni de -divers ornements en argent ; on la déposa dans

une petite chapelle bâtie par Charlemagne et dédiée à la sainte Vierge. Ce sanctuaire devint bientôt trop étroit; aussi la comtesse Richilde et son fils Beaudouin II de Jérusalem firent construire sur le même emplacement la magnifique église de Notre-Dame la Grande pour perpétuer le souvenir du miracle : elle subsista jusqu’à la Révolution.

« On institua peu après le prodige une confrérie dont les membres furent appelés Rayés à cause des raies ou bandes qu’on remarquait sur le costume primitif qu'ils adoptèrent. Dans la suite, les gentilshommes formèrent une association spéciale qui prit le nom de confrérie des Damoiseaux. Actuellement, les deux confréries sont confondues dans celle de Notre-Dame du Saint-Cordon.

« La châsse qui contenait le Saint Cordon fut renouvelée à diverses reprises dans le cours des siècles et chaque fois la translation de la relique si chère aux Valenciennois se faisait avec une solennité extraordinaire. Les procèsverbaux de cette solennité étaient signés des noms les plus autorisés, tant parmi le clergé que parmi la noblesse du pays. Pendant la Révolution, le saint Cordon qui avait échappé à la rage des Huguenots fut détruit avec la châsse qui le renfermait.

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« Au rétablissement clu culte, en souvenir du bienfait de Marie, on fit faire une statue de la sainte Vierge tenant un cordon que des anges, aux ailes déployées, reçoivent de ses mains avant de prendre l’essor : l'ermite est à ses pieds, en prière. C’est cette statue vénérée que l’on porte à la procession annuelle (1). »

Que ce miracle soit né de l’exégèse indirecte d’un rite, cela n’est pas douteux. Quand éclatent les grandes pestes du quatorzième siècle, les consuls de Montpellier décident qu’on ferait brûler dans la chapelle de Saint-Sébastien un rouleau de cire capable d'entourer la ville et ses murs (2). Même chose en Hainault durant la peste de 1640. Le peu de bourgeois qui restaient à Chimay firent vœu à saint Roch « de faire une bougie suffisante pour entourer les murailles et tours de la ville » : le lléau cessa et le dit vœu fut accompli (3). En 1340

(1) Notice sur N.-D. du Saint-Cordon suivie de prières et caniiques chantés dans la procession, Valenciennes, Giard, 1891, in-18, pp. 3-7. — Cf. Mémoires de la procession de la ville de Valenciennes, composés par sire Simon Le Boucq, escuier, ancien prévôt de la dite ville, écrits en 1653, publiés d'après le manuscrit original de la bibliothèque de Mons, accompagnés d’une étude, etc., par Maurice Bauchand, Valenciennes, 1908, in-8, fig.

(2) Male, l'Art religieux de la fin du moyen âge, A. Colin, 1908, in-4, p. 194.

(3) G. Hagemans, Histoire du Pays de Chimay, Bruxelles, Olivier, 1866, I, 151.

Tournay, assiégé par les Anglais, en fut délivré à la suite d’une procession où l’on porta autour de la ville la statue de N. -D. La ville entière vit dans cette délivrance un miracle si patent, qu’elle offrit à sa patronne un cierge assez long pour faire le tour de la ville, c’est-à-dire d'une lieue (1).

Il est vrai que nous ignorons si l'on fit en réalité la cérémonie préalable d’entourer effectivement la ville, mais une pratique toute semblable persiste encore au Liban.

« Dansles calamitéspubliques, famine, guerre, menace d’épidémie, les chefs de famille se réunissent près d’une église de Mariam la Sainte Vierge), apportant chacun un voile, qui en soie, qui en coton, selon la générosité ou la fortune. De ce monceau de linge on fait une immense torsade ; parfois on se contente d'attacher bout à bout les foulards, puis on applique à mi-hauteur et tout autour de l'église la couronne d'étoffe ; le mal est ainsi lié (2) ».

(1) Collin de Plancy, Lég. des Saintes Images. P.. 1S61, in-8, pp. 352-353. On trouvera encore d'autres cas dans Revue des Trad. Pop., 1900, XV, p. 218 et A. Forgeais, Enseignes de Pèlerinages, P., in-8, p. 154.

(2) J. Goudard, S. J., la Sainte Vierge au Liban. P., Bonne Presse, s. d. (1908), in-4, p. 508. Le P. J. Goudard propose deux explications de ce rite dont la première est tout à fait inacceptable. On enchaînerait ainsi le saint comme jadis les anciens enchaînaient leur palladium. « Peut-être est-ce tout

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A Valenciennes, aussi, le cordon sacré a lié la peste ; mais de plus il a été déposé en qualité d’ex-voto, de même qu’en Bretagne les ratsde-cave et en Bavière les chaînes de fer (1) dont on s’est servi pour entourer l’église. Lorsque plus tard on retrouva ce vœu étrange, alors qu’on avait sans doute oublié le sens du rite ancien, la piété des fidèles ou de quelque pasteur imagina la gracieuse légende que nous avons rapportée.

La ligature des maladies ou des calamités est une pratique qui se rattache évidemment à la magie sympathique. Parfois môme dans le christianisme elle impliqua nettement l’idée de lier le démon, principe de tous les maux qui affligent notre humanité. La ceinture de saint Fursy, conservée par des moines anglais, liait /’ esprit de fornication lorsqu’on 1 appliquait sur les reins de ceux qui en étaient affligés (2). On délivra jadis un furieux en le liant avec un lien fait de la paille sur laquelle avait dormi saint Germain d’Auxerre (3). La ceinture de

simplement, dit-il en second lieu, pour garantir le lieu saint de la contagion ou d’un danger quelconque », ibid., note 4. — Il nous semble beaucoup plus probable que la ceinture de l’église a été substituée à la ceinture de la ville.

(1) Cf. Van Gennep, la Ceinture de l'Église , dans Religions, Mœurs et Légendes , P., Mercure, 1908, in-12, pp. 7 à 12.

(2) Ribadeneira, 16 janvier,

(3) Baillet, les Vies des Saints, 31 juillet, in-8, VII, 926.

sainte Marguerite lie les douleurs et les accidents qui pourraient survenir aux femmes enceintes et aux femmes en couches. De même les ceintures de sainte Marie d’Uignies, de sainte Honorine, de saint Robert de Newminster. Au reste, et ceci nous ramène à notre poursuite, on connaît de semblables ceintures qui nous sont venues du ciel.

La ceinture des malades et particulièrement des femmes enceintes. — On conservait jadis, à Palerme, un cordon grâce auquel la Vierge avait guéri une femme paralytique. Cette bonne mère, en ceignant cette misérable de ce cordon bienfaisant, lui avait ordonné de le déposer dans l'église où elle trouverait une image qui lui ressemblerait entièrement. Ayant trouvé cette image dans l'église des Ermites de Saint- Augustin, elle y laissa ce lien, qui depuis lors a produit de nombreux miracles et merveilleusement soulagé les femmes en couches 1 .

Dans la cathédrale de Tortose en Catalogne (Dortusæ in Calalaunia ', on conserve un cordon que la Sainte Vierge apporta à un vénérable prêtre de cette même église. Elle apparut en-

(1) Aloysius Torrellus, Ilislor. Ord. Sanct. August., ann. Christi 43S — et Baratta, Admiranda Orbis Christian i, 1695, in-f", t. !.. p. 32. On l'y vénérait encore à la lin du dix-huitiéme siècle. [Peyron], Nouv. Vo yagc en Espagne, fait en 1777 et 1778, Londres, 1782, in-8, I, 52.

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tourée des Splendeurs, des Anges et des Saints, et lui remit ce gage précieux qu’elle aurait, croit-on, tissé de ses mains, tandis qu’elle était sur la terre. Cette ceinture soulage merveilleusement les femmes enceintes dans le travail de l'accouchement (i).

Ces diverses légendes supposent évidemment une ancienne pratique rituelle, sur laquelle elles se sont greffées. Les sorciers du Bourbonnais ceignent encore le malade d’un linge ou d’une simple serviette en disant : Ceinture, préserve ce malade (2).

Les ampoules. — Tout le monde connaît la légende de la Sainte Ampoule qui aurait été apportée par une colombe, d’aucuns disent

(1) Bagatta, Admiranda, I, 33. Il y a de nombreuses ceintures de la Vierge toutes également propres à soulager les femmes qui sont dans une situation intéressante. D’après Nicéphore quand les anges emportèrent la Sainte Vierge, elle laissa tomber sa ceinture que Saint Thomas s’empressa de ramasser. Il ajoute que cette ceinture fut transportée à Constantinople vers le milieu du quatrième siècle. Les Grecs font toujours le 31 d’avril la fête de la ceinture de la Mère de Dieu. Cette ceinture (?) passa de Constantinople à Soissons en l’année 1205 ; et elle y reçut bientôt un grand culte. On la conservait également à N.-D. de Paris dans un reliquaire de cristal et on la vénérait à Chartres ; on la voit encore à N.-D. de Montserrat à Assise, à Prato en Toscane, à Loches, au Puy-Nolre-Dame, à Beaupré, à Quintin, à Tortosa en Aragon. Cf. A. Durand, l’Écrin de la Sainte Vierge , Lille, Desclée, 1885, gd. in-8, pp. 101-242.

(2) F. Pérot, Folklore Bourbonnais, E. Leroux, 1908, in-18,

par le Saint-Esprit lui-même, pour le baptême de Clovis.

Dans mon livre sur les Saints successeurs des Dieux , j’ai tenté d’établir l’origine iconographique de cette invention épiscopale 1) ; mais il reste à expliquer à quelle sorte d’ampoule fut appliquée cette pieuse tradition. Prosper Tarbé, qui a étudié avec soin les anciennes reproductions et descriptions de ce petit monument, écrit : « Il me semble qu'on peut croire, sans crainte de se tromper, que notre relique était l’une des fioles qui avait servi à saint Remi soit pour baptiser Clovis, soit pour donner aux chrétiens de son temps les saintes onctions qui font partie du sacrement. Cette fiole était conservée dans le tombeau de saint Denis avec son bâton pastoral. Ne méritait-elle pas une place à part si elle avait eu l’origine qui lui était faite par la tradition (2) ? »

Je pense également que la sainte ampoule n’est qu’une vulgaire burette baptismale qui, après avoir servi à l’église de Reims, fut déclarée être celle que désignait la légende inventée par Hincmar.

(1) Saintyves, les Saints successeurs des Dieux , P., Nourrv, 1907, in-8, pp. 137-141.

(2) P. Tardé, Trésors des églises de Reims, p. 199.

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Dom Martenne écrivait dans l’histoire manuscrite de Marmoutier, dont l’original est à la Bibliothèque Nationale : « L’on garde encore à Marmoutier une Sainte Ampoule pleine d’une espèce de baume, qu’on prétend avoir été apportée (à saint Martin) par un ange pour le guérir de ses blessures. Elle se conserve dans un petit reliquaire d’or et sert tous les jours d’instrument à la guérison de plusieurs malades qui viennent de fort loin implorer l’assistance du saint et recevoir du secours par l’attouchement de cette ampoule. Elle servit pour le sacre de Henri IV, roi de France, qui n’ayant pu se transporter à Reims, selon la coutume, voulut être sacré à Chartres avec la Sainte Ampoule de Marmoutier. »

La copie du manuscrit de Dom Martenne que l’on conserve à Tours a été annotée par un ancien bibliothécaire de cette ville, M. Chauveau. On y lit ces lignes : « La petite fiole de verre que l’on appelle la sainte Ampoule n’est pas entièrement pleine et ne doit pas l’être puisqu’on s’en est servi au sacre de Henri IV. La matière qu’elle contient est rougeâtre et figée. Il n’est point de monument qui constate que ce soit un baume apporté par saint Martin. Il y a plus d’apparences que c’était de l’huile bénite par ce saint, dont il se servait quelque-

fois pour guérir les malades. Quelques personnes pieuses pensent que ce n'est en effet que de l’huile du sépulcre de saint Martin 1 . » Elle fut brisée en 1793.

Enfin quelques légendaires racontent que, tandis que saint Thomas de Cantorbéry était réfugié en France, la Sainte Vierge Marie, mère de Dieu, lui apporta une sainte ampoule ou fiole pleine d’une huile aussi admirable que celle de Reims ; on ne sait pas pour quel usage. Mais lorsque le duc de Lancastre eut fait enfermer le roi Richard dans la tour de Londres, et se fut emparé de la couronne, il se fit sacrer avec l’huile de cette sainte ampoule (2‘.

Il est de toute évidence que ces deux dernières traditions ne sont que des imitations de la légende rémoise et que tous ces vases à onctions soi-disant apportés des cieux ne sont que de quelconques vases liturgiques : ampoules à eulogies ou burettes baptismales (3\

(1) Ces deux citations sont empruntées à T Abbé Boürassé, Dictionnaire d’ Archéologie sacrée, P., Miene, 1851, in-4, I.

pp. 211-212.

(2) Bagatta, Admiranda orbis Christiani , I, p. 31, d’après Thomas Walsingam.

(3) On connaît d’ailleurs une histoire d’ampoule miraculeuse envoyée par le ciel pour remplacer une ampoule à eulogie qui s’était brisée. L’ampoule contenait de l’huile prise au tombeau de saint Cajetan et le fait se passe à Cumes près de Naples. Sylos, ilislor. Cler. Rcg. Pars 3*, lib. 10, cité par Bagatta, 1, p. 30.

Clef reliquaire. — On rapporte que le prince des apôtres apparut un jour à saint Servais (384), et comme preuve de son affection lui donna une clef d’argent faite de la main des anges. Il faut reconnaître que cette clef fit honneur à son origine et accomplit de nombreux miracles (1). Il s’agissait probablement d une clef reliquaire, dans la poignée de laquelle on enfermait un fragment des chaînes de saint Pierre. Les papes envoyaient de ces sortes de clefs aux personnages illustres qu’ils voulaient honorer ou remercier.

Autels , croix d'autel , ciboire , cierges. — Des gens instruits rapportent qu’un autel fut envoyé du ciel en plein champ afin de permettre à saint Finian d’y offrir le saint sacrifice (2).

L’an 1230, Genès Ferez Cirin avait été fait prisonnier par les Maures, mais leur prince satisfait des réponses qu’il fournit sur toutes sortes de questions religieuses, lui accorda sa liberté, et, comme il était prêtre, lui demanda de célébrer le sacrifice des chrétiens dans la forteresse. On avait dressé un autel, Genès avait déjà revêtu les ornements sacerdotaux, et allait commencer le saint sacrifice, lorsqu’il s’a péril) P. Gilles Buciiêre, Gestes des Évêques de Tonnres, ch. IV.

(2) Baratta, Admiranda Orbis Christiani , I, p. 29.

eut qu’il manquait une croix. Il s’arrêta et le roi demanda ce qu’il attendait. 11 dit qu il lui fallait une croix ; mais à peine avait-il dit ces mots que la voûte qui dominait l’autel s entr ouvrit et que dans une splendeur éblouissante deux anges apparurent portant une croix faite de deux branches de palmier et la placèrent sur l'autel. Cette croix fut longtemps conservée, elle l’est encore dans l’oppidum de Caravaca où elle descendit (1).

Mgr Barbier de Montault qui n’ajoute pas foi à cette histoire pense que cette croix fameuse était faite du bois de la vraie croix, et qu'après avoir été longtemps oubliée elle fut retrouvée par hasard dans le mur où elle était enfermée (2). Cette invention aura donné lieu aux imaginations dévotes de broder cette légende peut-être à l’imitation de celle qu on rapporte au sujet de la palme de saint Julien 3 .

La croix de Caravaca a servi de type à toutes

(1) Jean de Rodles, Historia apparitionis et miraculorum sanctæ crucis Curavacanæ, Madrid, 1615, qui est la source principale de cette histoire et les études de Papebrock et de Dom Renon. A. SS. au 30 mai et Revue de l'art chrétien, t. V, pp. 97-182.

(2) Mgr Barbier de Montault, « La croix de Caravaca », dans le Règne de Jésus-Christ , Paray 1883, in-4, I, pp. 110-111.

(3) Saint Julien fut évêque de Concha, or ce fut dans cette même ville que I on aurait envoyé chercher les ornements sacerdotaux pour célébrer la messe de Caravaca : mais 1 exprès avait précisément oublié de rapporter une croix.

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les petites croix que les Espagnols portent respectueusement parmi leurs objets de dévotion (1).

Sainte Thiadilde était plongée dans une prière ardente lorsque, tout à coup, dans la solitude de l’église, une croix envoyée par le ciel vint tomber à ses pieds. Cette vénérable abbesse fut saisie d’une grande joie et fit aussitôt appeler le prêtre qui plaça cette croix sur l’autel avec la plus grande vénération (2).

Chacun sait que Jeanne-Françoise Frémyot, baronne de Chantal, est la fondatrice des Yisitandines. Dans le premier monastère des religieuses de la Visitation, la chapelle ne possédait qu’un ciboire d’étain. Jeanne-Françoise demanda un ciboire d’argent et le jour suivant un étranger apporta au couvent un ciboire d’argent doré et disparut sans laisser aucun avis (3). On trouvera peut-être que la légende, ici, manque un peu de fermeté, elle n’en est que plus suggestive, au point de vue de l’évolution des légendes. De l’étranger inconnu à (juelque ange du ciel il n’y a qu’un pas.

(1) Sur ces croix, outre les articles cités de Dom Renon et Barbier de Montault, on peut consulter encore un article de P. Lacroix, Revue des sociétés savantes des départements, quatrième série, t. 1, p. 191.

(2) A. A. Sanctorum au 30 janvier.

(3) Mgr Bougaud, Hist. de sainte Jeanne de Chantal.

Une année, dans la nuit de l'octave de la Purification, au milieu du plus profond silence, des sons de cymbales, des sonneries de cloches éclatèrent, emplissant tous les airs. Les habitants de la ville de Saintes, surpris, se levèrent et se rendirent en foule vers le lieu d’ou les bruits harmonieux semblaient ravonner. Ils arrivèrent à l’église merveilleusement illuminée, tandis que les cloches sonnaient d'ellesmêmes. Ils n’osèrent entrer, mais par les fentes lumineuses des portes, ils contemplèrent un admirable spectacle. Des personnages célestes portant des cierges à la main entouraient l'autel et chantaient en l’honneur de la Vierge des hymnes suaves. Un des gardiens de l’église obtint d’un de ces mystérieux personnages le cierge qu’il portait dans ses mains célestes. Cette relique précieuse fut conservée longtemps et religieusement dans le trésor de l’église 1 ).

« En l’an du salut onze cent et cinq. Lambert étant évêque d’Arras, le peuple devint si débordé et abandonné à tous vices et péchés, que tout incontinent la colère de Dieu envoya une saison intempérée et un air corrompu tellement que les habitants d’Arras, et des pays circonvo i

(1) Martyr Gallic, 9 Febr., in app. Mgr Guérin, les Petits Rollandisles , P., 1S88, II, p. 403, le résume en supprimant les détails les plus poétiques.

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sins furent punis d’une étrange maladie, provenant comme d’un feu ardent qui brûlait la partie du corps où il se jetait.

« Or, ce même temps il y avait deux joueurs d’instruments musicaux, qui ayant été grands amis étaient devenus grands ennemis. La Sainte Vierge en atours magnifiques leur apparut en la nuit et leur dit : « Allez trouver l’évêque Lambert et l’avertissez qu’il veille. La nuit prochaine, au premier chant du coq, on verra une femme revêtue des mêmes atours que moi, descendre dans le chœur de ladite église, tenant en ses mains un cierge de cire qu’elle vous baillera ; vous en ferez tomber quelques gouttes dans des vases remplis d’eau que vous donnerez à boire à tous les malades. Ceux qui boiront avec vive foi seront guéris ; mais ceux qui mépriseront ce remède mourront. »

« Outre ce discours commun, elle ordonna aux deux joueurs d’instruments musicaux de se réconcilier, ce qu’ils firent.

« Ils allèrent trouver l’évêque. Celui-ci, fort étonné, leur demanda leur nom et de quels style et pays ils étaient. Ils lui répondirent qu’ils étaient joueurs d’instrumens : « Ah! mes amis, leur dit-il, ne vous jouez point de moi. »

« L’évêque leur lava la tète et les chassa. Mais après, ayant fait attention, il les envoya cher-

cher et alla avec eux à l’église, ou ils se mirent en oraison jusqu’au premier chant du coq. Alors la Vierge Marie apparut en mêmes atours, elle semblait descendre de la voûte de l’église avec un cierge ardent du feu divin qu elle leur délivra, leur en indiquant l’usage comme à la première apparition.

« Après que quelques vases furent remplis d’eau, l’évêque y fit dégoutter quelque peu de cire, forma dessus le signe de la croix; et tous les malades qui burent de cette eau furent guéris. On fit aussitôt des processions et tous les environs vinrent en pèlerinage pour prier le précieux joyau de la sainte chandelle ( 1 . »

(1) Gazet (Guillaume), Histoire ecclésiastique des Pays-Bas sous l’an 1105. — Le même auteur qui fut curé de Sainte- Marie d’Arras nous a d'ailleurs laissé une curieuse monographie de cette singulière invention. — G. Gazet. Briefve histoire de la sacrée manne et de la Sainte Chandelle miraculeuse donnée de Dieu et religieusement conservée en la ville et la cité d'Arras, Arras, 1699, in-12. On trouve un récit bien plus orné dans Clément, Histoire des Fêles Civileset Religieuses dans la Belgique Méridionale , Flandre, Hainaut, etc., Avesnes, Yitoux, 1846, in-8, p. 373 et suiv.

Il faut consulter surtout : Cartulaire de N.-D. des Ardents publié en 1876 par le Baron Cavrois de Saternault. 11 contient tous les actes authentiques relatifs à ce miracle : « On y trouve le texte de la Charte de l’évêque Alvise, datée de 1133, qui raconte comment, en 1105, la Sainte Vierge a apporté, dans la cathédrale d’Arras, à deux ménestrels, et en présence de l’évéque Lambert un cierge dont la cire a opéré des guérisons merveilleuses et innombrables. Des morceaux importants de cette relique existent encore aujourd'hui et sont renfermés dans la custode d'argent niellé

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On ne saurait clouter cju’il s’agisse là d’une histoire inventée de toutes pièces pour accroître la foi en une pratique rituelle que l’on disait propre à guérir le mal des ardents. Quant au cierge céleste, si l’on en juge parses dimensions, 12 centimètres de diamètre à la base, on peut présumer qu’il s’agissait d’un cierge pascal ou d’un mémorable ex-voto (1).

Ce cierge merveilleux ne fut pas longtemps sans se reproduire. Du moment que quelques gouttes de cire jetées dans une certaine quantité d’eau suffisaient à la pénétrer tout entière de principes miraculeux, rien ne semblait s’opposer à ce qu’en substituant à l’eau de la cire liquide, cette cire ne se trouvât saturée des mêmes principes. Avec la cire préparée de la sorte, on fit de nouveaux cierges. Ce fut, dans un temps, à qui en posséderait. L’Evêque d’Arras en en-

et de vermeil dont la comtesse Mahaut de Portugal l'enrichit au commencement du treizième siècle.

« Ce culte donna naissance à trois confréries : 1° celle des Grands Ardents dont le règlement est contemporain de l’apparition, et qui n'a jamais cessé d’ètre la première dans la ville d’Arras; 2» celle des Petits Ardents , qui prit naissance en 1226 et disparut en 1792 ; 3° celle des Ménétriers ou des Joueurs d’instruments qui n’étaient qu’une corporation ouvrière, se recrutant dans un monde modeste, mais qui a eu néanmoins une longue existence, puisqu’elle n’a pris fin qu’en 1884. » Cf. Reuue Héraldique, 25 mai 1906.

(1) Le reliquaire peut donner quelque idée de la relique : C. de Linas, Orfèvrerie du treizième siècle. La Sainte Chandelle d' Arras, P., Picard, in-4.

voyait à ses parents, à ses amis, aux grands seigneurs des pays d’alentour. Pour les recevoir, on bâtissait des églises; des confréries se formaient pour les garder. La trace des saintes chandelles, issues de la chandelle d’Arras, se retrouve dans tout le nord de la France et jusqu’en Belgique (1).

Un morceau considérable de la Sainte Chandelle d’Arras a, paraît-il, échappé à l’impiété des révolutionnaires de 1793 (2).

Des parties de corps saints descendus du ciel. — D’après Salmeron, le prépuce qui est actuellement conservé à Saint-Jean-de-Latran aurait séjourné quelque temps à Aix-la-Chapelle où il avait été déposé par Charlemagne. Le grand empereur l’avait reçu des mains d'un ange au-

(1) Parmi les localités enrichies de saints cierges citons dans le Pas-de-Calais : Saint-Pol, Desvres, Ruisseauville, Fleurbaix, Blandecques, Zeninghem, .Vire, Fauquembergue, Mondiaux, OEuf, Oblinghem, "Wambercourt ; dans le Nord : Lille, Pecquencourt, Douai, Thiennes: en Belgique: Courtrai et Bruges. Cf. : Aug. Terninck, Notre-Dame du Jouet ou Hist. légend. et numism. de la Chandelle d'Arras et des cierges qui en ont été tirés, 1853, gr. in-8, pp. 37-56. — Fatou, Discours sur le Saint Cierge d'Arras, p. 31 et seq. — Abbé Proyart, Sanctuaires de Notre-Dame des Ardents , ou notices sur les Saints Cierges provenant de la Sainte Chandelle d Arras, 2' édit., Arras, 1862, in-32. Sur le rejeton de Bruges en particulier : A. Harou, Contrib. au folklore de Belgique , P., 1892, in-16, p. 19.

(2) E. Von Drjval, le Trésor sacré de la Cathédrale d'Arras , Arras, 1860, gd. in-8, p. 209.

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quel sainte Madeleine, qui le tenait elle-même de la Vierge, l’avait remis (1).

D'une main descendue du ciel. — Nous ne donnerons pas l’inventaire de ce groupe. 11 suffira sans doute de relater l’histoire invraisemblable d’une main descendue du ciel :

Guillaume, pieux enfant né avec une seule main, avait été chargé de la garde des troupeaux de l’abbaye de Notre-Dame de Calme (près d’Eygliers, diocèse de Gap). Il plut bientôt à Dieu de le tirer de son obscure condition. « Un jour un ange lui apparut et lui donna l’ordre d’aller, de la part du Souverain Maître, inviter l’abbé de Calme à quitter incessamment son monastère, et à fixer sa demeure au pied du roc de Bouchet, aujourd’hui Mont-Dauphin, lui révélant que le débordement des deux rivières renverserait le couvent et submergerait toute la plaine.

Guillaume s’acquitta avec empressement de cette mission, d’autant plus importante, qu’en ce moment l’archevêque d’Embrun, le supérieur général de l’abbaye d’Oulx, et Guillaume de Lyonne, un deschanoines les plus distingués de cette même communauté, avaient conçu le

(1) [Viàl], De l'Idolâtrie de l'Église Romaine , s. 1., 1738, in-12, p. 318.

dessein d’ajouter quelques nouvelles constructions à l’ancien monastère...

Le prieur de Calme, qui connaissait la simplicité du pieux berger, se défia de 1 avertissement qui venait de lui être donné par son humble serviteur. Mais une seconde fois Guillaume fut favorisé de la même apparition et reçut les mêmes ordres. Dès lors, le prieur commença à s’en préoccuper, n’osant ni mépriser la démarche réitérée du berger, ni trop compter sur sa parole.

Cependant le moment prédit de l'inondation était là ; il n’y avait pas de temps à perdre. L’ange se montra une troisième fois à notre saint, et avant de l’envoyer de nouveau à l'abbé de Calme, comme témoignage non équivoque de sa mission extraordinaire, il guérit l'infirmité de Guillaume, à qui il manquait la main droite, en lui donnant une main miraculeuse, appelée depuis manus de coelo missa : main envoyée du ciel, ou bien encore : main angélique.

Guillaume aborda son cher maître avec une plus grande confiance. « A ous savez, lui dit-il, que je n’avais qu’une main; eh bien! pour vous faire connaître que je viens de sa part, Dieu m’a donné cette autre main que vous voyez ; croyez donc que je vous annonce la vérité. »

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« D'abord interdit mais ne pouvant révoquer en doute la certitude du miracle, l’abbé remercia Dieu de ses miséricordes, se mit en devoir d’obéir à sa voix et de bâtir une nouvelle maison sous le roc de Bouchet...

« Les constructions à peine achevées l’inondation arriva au jour prédit (1). »

Dans la suite Guillaume devint prieur d’Oulx puis mourut. « Les religieux, lisons-nous dans les Mémoires de la paroisse d’Eygliers, le lendemain des funérailles de Guillaume, virent, en sortant de leur chapelle, une main s’élever audessus de sa tombe : c’était la main droite, celle donnée au saint berger par l’ange. Ils se contentèrent de la recouvrir. Le jour suivant, le même prodige eut lieu; ils recouvrirent la main comme la première fois. Le troisième jour le miracle se reproduisit. Alors craignant de résister à la voix du ciel, ils consultèrent 1 archevêque d’Embrun, qui leur ordonna de couper la main, de la conserver et de la transmettre à leurs successeurs, comme une sainte et précieuse relique (2). » Cette manus de ccelo missa opéra de nombreux miracles spéciale-

(lj Mgr J.-I. Depéry, Hist. hagiologique du diocèse de Gap 'Gap, 1852, in-8, p. 507.

(2) Mgr J.-I. Depéry (arch. de Gap), Ilist. hagiologique du (diocèse de Gap, Gap, 1852, in-8, p. 512.

ment dans la guérison des fièvres, des maladies des enfants et dans la gangrené. En 1053 elle arrêta un incendie qui faillit détruire toute la ville d’Eygliers. En 1847, Mgr Jean-Irénée Depéry, archevêque de Gap, fit la visite de cette relique et en dressa procès-verbal. Puis après enquête et contre-enquête il rendit, en 1852, l’ordonnance suivante : « Parfaitement renseigné sur l’authenticité de la relique et voulant respecter une tradition aussi antique, après avoir lu tous les documents qui nous ont été fournis par M. Barthélemy, curé de la paroisse d’Eygliers, après avoir pris l'avis de notre conseil et de plusieurs canonistes (il oublia les historiens), permettons que la main de saint Guillaume qui existe dans l’église d'Eygliers soit rendue désormais à la vénération des fidèles. » La même année par un bref daté du 10 mai. Pie IX accordait à perpétuité une indulgence plénière à tousceux qui visiteraient la main angélique le lundi de Pâques et les huit jours suivants (1).

Des vêtements monastiques et liturgiques.

Les vêtements monastiques et liturgiques descendus du ciel forment un troisième groupe fort intéressant, auquel se joignent naturelle-

(1) Ibid., pp. 513 à 528.

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ment les pièces de dévotion portatives, comme les rosaires, les croix de col ou de ceinture et les médailles.

Le voile des moniales. — Au moment où une vierge nommée Franca Placentina recevait le \ oile des mains de son abbesse, on put voir avec stupeur le voile béni soudainement enlevé et remplacé par un voile céleste (1). Cette glorification du voile des moniales se retrouve chez une sainte qui n’était cependant point religieuse, mais dont la vie est emplie de merveilles.

« Lydwine, conduite par son bon ange, allait assez souvent au Paradis rendre visite à la ^ ieige. Celle-ci la traitait alors en enfant qu’on gâte, la questionnait et s’amusait de l’ingéniosité de ses réponses.

« l ne nuit, elle lui dit d’un ton sérieux :

« Comment se fait-il, ma chère petite, que vous soyez arrivée ici, dans une tenue si négligée .’ V ous n’avez pas même sur le front un voile !

— « Ma chère dame Marie, balbutia Lydwine interdite, mon ange m’a emmenée telle que j étais; je n’ai du reste à la maison ni robe, ni voile, puisque je suis toujours couchée (2) !

— « Eh bien, proposa en souriant la Vierge,

. (1) F. Artulphus, Ilisl. Imag. Virg., lib. 8.

(2, Lydwine était malade depuis de longues années.

voulez-vous que je vous donne ce voile-ci?

« Lydwine contemplait le voile que lui tendait la Mère; elle mourait d’envie de l’accepter, mais elle craignait de déplaire à Jésus, en contentant son propre désir et elle interrogea du regard son ange qui détourna les yeux.

« De plus en plus intimidée, elle murmura :

« Mais il me semble, bonne Vierge, que je n’ai pas le droit de manifester une volonté », et elle implora encore d’un coup d’œil son ange ; il lui répliqua cette fois par ces mots qui ne firent qu’accroître son embarras :

— « Si vous souhaitez de posséder ce voile,

prenez-le.

« Elle savait de moins en moins à quoi se résoudre, quand la Madone mit fin, en riant, à sa gêne.

— « Allons, dit-elle, je vais le placer moimême sur votre tète , mais écoutez-moi bien ; de retour sur la terre, vous le garderez chez vous pendant sept heures ; ce après quoi, vous le confierez h votre confesseur . en le priant de le fixer sur le chef de ma statue, dans l’église paroissiale de Schiedam.

« Et après cette recommandation. N.-D. disparut.

« Revenue de son extase, Lydwine se tâta le front pour s’assurer qu elle n avait pas été le

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jouet d’une illusion; le voile y était : elle le retira et l’examina. Il paraissait vraiment tissé avec les fils de la Vierge, tant sa trame était fine; sa couleur était d’un vert d’eau très pâle et il exhalait une odeur, à la fois pénétrante et ténue, exquise.

« Tout en le considérant, Lydwine s’était, si bien observée dans son action de grâces, qu’elle avait absolument perdu la notion du temps ; elle s’avisa tout à coup que le terme des heures accordées par Marie pour conserver ce présent allait expirer.

« Aussitôt et bien que le jour ne fût pas encore éclos, elle fit appeler Jan Walter et lui raconta sa vision.

« Il palpait, stupéfié, le voile.

— « Mais, s’écria-t-il, vous n’y songez pas; la nuit est très noire, l’église est fermée et je n’en ai pas les clefs; en admettant que je puisse y pénétrer, cela ne servirait de rien, puisque je ne saurais atteindre, dans l’obscurité, le sommet de la statue qui domine l’autel et qui est, par conséquent, très haut ; attendons donc, si vousle voulez bien, que l’aube nous éclaire, et j’irai...

— « Non, non, répartit la sainte: l’ordre que j’ai reçu est formel ; ne vous inquiétez pas d’ailleurs de tous ces détails, l’église s’ouvrira, la lanterne que vous avez allumée pour venir

ici vous fournira une clarté suit i ante pour découvrir, appuyée contre le mur latéral, au nord du sanctuaire, une échelle; une fois monté dessus, rien ne vous est plus facile que de coiffer la statue; partez donc, je vous en prie, mon père, sans différer.

« Walter s’en fut réveiller le sacristain qui lui ouvrit la porte de l’église et il trouva aussitôt l’échelle, à la place indiquée par sa pénitente.

— « Que voulez-vous faire? demanda le sacristain étonné de lui voir déranger l'échelle.

— « Vous ne pouvez comprendre maintenant, répliqua le prêtre, mais Dieu vous 1 expliquera par la suite.

« Cet homme, pressé de regagner son lit, ne prêta que peu d’attention à cette réponse et s’éloigna.

« Walter s’acquitta de la commission, puis il s’agenouilla devant la statue et pria; lorsqu’il fut sur le point de se retirer, il voulut admirer une dernière fois la délicate élégance de ce voile, mais il n’y était déjà plus. L’ange l’a aussitôt ravi, racontait plus tard Lvdwine à la veuve Simon, qui l’interrogeait pour savoir ce qu’il était devenu (1). »

(1) J. -K. IlrYSMANS, Saint? Lydwine de Schiedam. P.. Stock, 1901, in-12. pp. 252-266. Cf. THOMAS a Kjbmpis, VUa >'- Lidivine Virginis, part. 2’, cap. V.

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Habit monastique . — Saint Albéric (Aubry) qui avait été le compagnon de saint Robert, dans la fondation de l’ordre de Cîteaux, lui succéda en qualité d’abbé. Il renouvela solennellement la consécration que saint Robert avait faite de son nouvel institut à la Reine du Çiel. On dit que ce fut elle qui lui imposa de changer la couleur de l’habit qui, primitivement, était noir et fut ensuite blanc. La Mère de Dieu apparut à Albéric (26 janvier 1107) accompagnée d’une légion d’esprits célestes et tenant a la main un habit religieux d’une blancheur éblouissante, qu’elle mit elle-même sur les épaules du bienheureux abbé (1).

On raconte encore, que la Très Sainte Vierge apparut le 6 juin 1134, à saint Norbert, fondateur des Prémontrés et archevêque de Magdebourg, ‘pour lui donner un vêtement blanc comme insigne de l’ordre qu’il devait établir. Aussi, le démon qualifiait-il saint Norbert de chien blanc (2).

Le chaperon ou capuchon de saint François

(1) A. SS. Januarii, 755 sq. ; April, II, 499. — On rapporte aussi qu’en même temps tous les moines qui chantaient avec lui au chœur virent leur habit passer du noir au blanc. In Bibliolheca Cluniaciensi, ap. Co.aonu.m in Chron. Deiparx , an 1109. — Bag.vtta, loc. cil., I, p. 28.

(2) Cahier, Caractéristiques des Saints, p. 58, d’après Surius, 3 juin.

de Paule lui fut donné par un ange; telle est du moins la tradition des couvents de la Calabre, et l’on peut le voir encore à Paterne (1).

Cordons sacrés. — La famille de saint- Thomas, désespérée de le voir entrer en religion, le relégua dans une tour de son château. Las des sollicitations vaines, ses frères introduisirent une courtisane auprès de lui. « Dans cette alternative, hors d’état de prendre la fuite, le saint lève un regard au ciel, saisit un tison qui, heureusement, est à sa portée, et repousse l’infortunée qui s’est faite l'instrument des desseins de ses frères. Puis il tombe à genoux...

« Pendant 'qu’il priait, un doux sommeil assoupit ses sens. Pendant ce sommeil qu’un pieux auteur compare à celui d'Adam, le premier homme dans le paradis terrestre, il fut visité par les anges. Ces esprits bienheureux le félicitèrent de sa victoire et ceignirent ses reins de la ceinture de la chasteté en lui disant: Nous venons à toi de la part de Dieu te conférer le don de la virginité perpétuelle dont il te fait dès ce moment le don irrévocable.

(1) Mgr P. Guérin, les Pelils Bollandisles, P., 18S8, gr. in-8, IV, p. 139. Il y avait beaucoup d'ordres religieux qui prétendaient également avoir reçu de la Vierge un habit type, sans d’ailleurs préciser où ni comment. G. d’Émilliane, Histoire des tromperies des prêtres et des moines. Rotterdam, 1693, in-12, II, pp. 164-166.

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Thomas ne fut pas armé chevalier de la pureté sans un vif sentiment de douleur qui lui fit pousser un cri aigu. Les gardes accoururent, mais il les renvoya. Il ne parla jamais de cette extase virginale, de ce sommeil mystérieux et fécond, qu’à l’approche de la mort: son confesseur le Père Renaud, seul, en reçut la confidence. Déclarant alors jusqu’au bout la miséricorde du Seigneur, il attesta que la ceinture céleste l’avait mis toute sa vie à l’abri de ces tentations humiliantes, de ces soufflets de Satan dont fut affligé l’apôtre saint Paul luimême.

« Cette ceinture ou cordon, qui devint, après la mort du saint, la propriété des Dominicains de Verceil,a donné naissance à une pieuse confrérie connue sous le nom de Milice angélique. Les membres de cette confrérie portent un cordon semblable à celui consacré par la mémoire de saint Thomas dans le but de conserver le trésor sacré de la chasteté ou de le recouvrer après l’avoir perdu (1). »

D’après le Mémorial des Indulgences (2) c’est un cordon en fil blanc marqué de quinze nœuds.

(1) Mgr Guérin, les Petits Bollandisles, P., Bloud, 1888, gr. in-8, III, 239-240. Cf. E. Cartier, Hist. des Reliques de Saint Thomasd' Aquin, Paris, Sagnier et Bray, 1854,in-12, pp. 119-121.

(2) Mémorial des Indulgences, Bray, s. d., in-12, p. 65.

11 doit être béni par un religieux dominicain et porté sur les reins nuit et jour.

C’est évidemment sur ce modèle qu'a été tissé un autre cordon protecteur, je veux dire le cordon de saint Joseph également destiné à défendre ses dévots contre la redoutable impureté (1). La cordelette à sept nœuds de saint Joseph estime invention véronaise et n’est entrée dans la garde-robe de la dévotion qu’en 1859.

Le cordon du précieux sang se porte à même intention et n’est pas très ancien. Quant au cordon séraphique 2), qui a remplacé en bien des cas le cordon de saint Michel , son emploi remonte au quatorzième siècle ; peut-être a-t-il donné l’idée du cordon dominicain. L un et l'autre sont employés contre les tentations de la chair ,3).

Les légendes de tous ces cordons ne sont que des justifications de la cordelière monastique ou éréinitique comme tend à le prouver la légende suivante :

« Pour témoigner à sainte Colette combien

(1) R. P. Huguet, Notice sur l'archiconfrérie du cordon de Saint Joseph, P., Régis Buffet, in-18 et R. P. Hugcet, Vertu miraculeuse du cordon de Saint Joseph démontrée par des guérisons et des conversions merveilleuses, P. et Bruxelles, Régis Buffet, 1869. in-18, p. 3.

(2) Mgr de SÉGun, le Cordon séraphique, scs merveilleuses richesses , P., Raton, 1874, in-18.

(3) G. d’Emilliane, Ilist. des tromperies des prêtres cl des moines, Rotterdam, 1693, in-12, II, pp. 45-47.

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sa réforme lui était agréable et combien utile à ses disciples, Dieu le lui marqua par un signe sensible. Un jour qu’elle conférait, avec l’un de ses directeurs, des choses nécessaires à la réformation des trois ordres de saint François, un cordon d'une blancheur de neige tissé avec un art miraculeux descendit du ciel sur ses bras. Elle le considéra avec révérence , mais étonnée, car il lui arrivait sans aucune explication. Cependant, par la suite, elle comprit que ce cordon , qui devait ceindre les religieux réformés, symbolisait la pureté du corps, de l’âme et de la conscience, et que sa descente céleste elle-même signifiait que la grâce serait abondamment accordée à tous ceux qui entreraient dans la Réformation et principalement à la réformatrice (i). »

Anneaux. — Sainte Colette reçut un anneau d’or par l’intermédiaire de l apôtre vierge saint Jean l’Evangéliste. Cet anneau, insigne de son incomparable pureté , lui fut mis au doigt comme à la véritable épouse du Roi des Rois. Plusieurs ont vu et touché cet anneau, et elle le donnait quelquefois aux religieux auxquels elle confiait une mission dangereuse pour les préserver de tout accident (2).

(1) Vading, Annal. Min., an 1406, De Beata Coleta.

(2) Jacobus Mercantius, Lect. 5, in testa S. Joan. Evang.

« Vous sçaurez que sainte Catherine estant à Sienne clans sa maison, Jésus-Christ luy rendait de fréquentes visites en propre personne, et qu’après le saint et intime commerce qu’il eût avec elle, pendant quelques années, il l’épousa dans toutes les formes et voulut que ses noces fussent célébrées avec solennité. 11 fit présent d’un anneau d’or à son épouse dans lequel était enchâssé un diamant entre quatre perles. Il voulut que la Vierge Marie sa Mère fust du festin, avec saint Pierre, saint Jean et saint Dominique ; et il commanda au rov David de descendre du ciel pour jouer de la harpe pendant la feste. C’est une histoire que j'ai Ieue à Rome dans la description de l'église de Sainte Catharine in Strada Gïulia. J'en av vu le tableau en divers endroits; et on nous a montré à Sienne, la chambre mesme de la sainte, et la fenêtre par où Jésus-Christ entrait quand il la venait visiter sans vouloir estre vu (1 . »

L’anneau qui fut donné, par le Christ luimême, à sainte Catherine de Sienne, était orné de quatre gemmes disposées en forme de croix. Au dire de Marchant, on le conservait encore à Rome à la fin du dix-septième siècle.

(1) Misson, Voyage d'Italie , La Haye, 1727, in-12. t. II. p. 331. — Cf. P. de Natalibus, lib. X. cap. CV. — J. -B. Bagatta, Admiranda, I, pp. 341-342.

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La bienheureuse Lucie de Narni, également de l’ordre de Saint- Dominique, fut épousée par le Christ, alors qu’elle n’avait encore que sept ans. Il lui donna un anneau d’or en présence de la Vierge Marie, de saint Dominique et de sainte Catherine de Sienne (1).

Sainte Catherine de Ricci, de l’ordre de Saint- Dominique, reçut la même faveur en présence de la B. Vierge Marie, de sainte Marie-Magdeleine et de saint Thomas d’Aquin (2).

On conservait jadis à Pise l’anneau qui fut donné à sainte Bonne par son céleste époux (3), et dans le monastère fondé par sainte Etienne Quintienne, l’anneau très précieux que lui donna Jésus le jour de leur mariage mystique (4).

C’est avec l’anneau d’une clef de fer que le Christ épousa sainte Thérèse (5). Jésus enfant donne un anneau d’argent à sainte Pudentienne de Bologne tandis qu’elle est au lit (6). Sainte Rose de Lima , la vénérable Dominique du Paradis, le Bienheureux Jean de la Croix, les

(1) Coquetius, De Visceribus B. Virg., erga ord. Præd., cité par Baratta, I, 341.

(2) Bagatta, I, 341.

(3) Humbertu», Vilæ Fratr. Præd., lib. 2, cap. 2.

(4) Bagatta, 1, 34.

(5) Franciscus a S. M., Ilisl. Cctrmœli, t. I, lib. 2, cap. 53.

(6) Bagatta, I, 342.

Vénérables Ursule Iîenincasa et Maria Yillana ont joui d’une semblable faveur (1).

Les Pères Augustins possédèrent longtemps parmi leur reliques l’anneau que le Christ avait donné à la sainte martyre Agnès (2 . Une autre Agnès, la bienheureuse Agnès de Saint-Dominique, reçut également, de la^main de Jésus enfant, un anneau d’épousailles (3).

Avant que saint Théodule souffrît le martyre, il reçut du ciel, en gage de son prochain triomphe, un anneau dont le chaton était en forme de sceau (4).

Lorsque saint Edmond, archevêque de Cantorbéry, fut mort, on lui trouva au doigt un anneau merveilleux qu’un ange lui avait donné et sur lequel était gravé : Ave Maria. C'était avec cet anneau que, dans sa jeunesse, il avait épousé la Sainte Vierge. On ne put le lui ôter qu’après lui en avoir demandé la permission, comme une grâce ; et cet anneau fit beaucoup de miracles (5).

Saint Robert, abbé et fondateur de Solesmes et de Cîteaux, était encore dans le sein de sa mère, la bienheureuse Ermengarde, lorsque la

(1) Bagatta, I, 342.

(2) Marchantius, Candelabrum Myslic., tract. 8. lec. 6.

(3) Bagatta, I, 341.

(4) Bagatta, I, 341.

(5) Marchantius, Candelabrum Mysl., tract. 8, lec. 6.

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Sainte Vierge apparut à celle-ci , lui annonça que cet enfant devait devenir son époux, et lui en laissa pour gage un anneau qu’Ermengarde trouva en effet dans sa main à son réveil (1).

Le Bienheureux Alain de la Roche, plus privilégié encore, reçut de la Vierge un anneau tissé des cheveux de cette Mère bienheureuse. Aussi se comporta-t-il envers elle avec toute la liberté des époux envers leurs légitimes épouses (2).

Pallium et mitre. — Comme le bienheureux Patrice causait des choses divines avec un homme vénérable nommé Vinnocus, un pallium envoyé par le ciel vint se placer entre eux. Tout en exaltant le Seigneur, chacun d’eux louant les mérites de l’autre, voulait que ce vêtement miraculeux lui fût destiné. Tandis qu’ils disputaient ainsi, amicalement, le pallium subitement disparut et le Seigneur leur envoya un ange porteur d’un pallium pour chacun afin que, même par charité, il ne s’élevât plus de contestation entre eux (3).

(1) Rohault de Fleury, la Sainte Vierge , I, p. 318.

(2) Apologie pour Hérodote, ch, XXXV, éd. Ristelhuber, t. II, p. 239. Cf. les articles de Tiiurston, S. J., dans The Month, octobre 1900 à avril 1901.

Le 12 juin 1594, N.-D. apparut à saint Hermant, de l’ordre des Prémontrés, et lui donna une mèche de ses cheveux. Kalendarium Marianum à cette date.

(3) Bagatta, Admiranda orhis chrisliani , 1695, in-f°, l, p. 27.

On rapporte que le bienheureux Nicolas, déjà j vieux, s’étant rendu au concile de Nicée, poussé par son zèle pour la foi, frappa à la mâchoire j un certain arien et que, pour cette raison, le j concile le priva de la mitre et du pallium, ce qui ' fait qu’on le représente parfois sans mitre. ; Mais tandis qu’il célébrait en habits pontificaux la messe de la bienheureuse Vierge à laquelle il était fort dévot, sans toutefois ni mitre ni pallium, voici que deux anges apparurent à tous les yeux et lui apportèrent l’un une mitre, l'autre un pallium (1).

Chasubles et étoles. — Comme saint Anda gouvernait le monastère d Arauw, un ange lui apporta une magnifique chasuble ornée d or et d’argent. Au dix-septième siècle, l'or et l'argent avaient été remplacés par du cuivre : mais on ne l’en conservait pas moins dans le trésor de l’église de Saint- Anda avec une grande vénération (2).

Saint Thomas de Cantorbéry, étant fort jeune et en compagnie de jeunes gens aux propos légers, souffrait singulièrement de leurs conversations. Ses camarades lui demandèrent quelles étaient ses bonnes fortunes, et il leur

(1) Bagatta, loc. cit., I, p. 28.

(2) J. -B. Bagatta, Admiranda orbis chrisliani, 1695, in-f\ I, p. 31. Saint Anda mourut au début du sixième siècle.

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répondit: « J'aime une puissante et noble dame et je suis sûr d’être payé de retour. » Il entendait parler de la reine du ciel ; mais après avoir réfléchi à cette réponse, il la trouva un peu légère et en demanda pardon à la Sainte Vierge qui lui apparut en lui disant : « Répète à tes amis que c’est moi que tu aimes, et pour le leur prouver, montre-leur le présent dont je veux te gratifier. » C’était une belle chasuble rouge qui annonçait saint Thomas qu’il serait prêtre et martyr (1).

Saint Bonnet passant la nuit en oraison (15 janvier 710), dans une église, entendit tout à coup une douce mélodie et vit descendre du ciel la Sainte Vierge, accompagnée d’une troupe de saints qui chantaient. La compagnie céleste se mit en bel ordre et fit la procession autour du chœur. Après quoi, un saint ayant demandé quelqu’un pour dire la messe, Notre-Dame répondit que Bonnet pouvait bien la dire. Bonnet honteux recula et se cogna contre une pierre qui s’amollit et conserva l’empreinte de son corps. Mais les saints le prirent par la main, le menèrent à l’autel, et il chanta la messe, après laquelle la Sainte Vierge lui fit présent d’une belle robe tissue d’une matière que l’on ne con-

(1) Rohault de Fleury, la Sainte Vierge , P., Poussielgue, 1878, in-P, I, 320.

naît point. On voit seulement qu’elle est légère, délicate et blanche à merveille (1). On montra longtemps cette chasuble à Clermont 2).

Saint Amat (appelé encore saint Aimé j 690)1 qui fut archevêque de Sens et très dévot à la j Sainte Vierge reçut une chasuble des mains de cette tendre mère comme témoignage de l’amour j qu’elle lui rendait (3).

Une semblable aventure arriva également à j saint Ildefonse, archevêque de Tolède (60/ -667

Un jour de l’Annonciation de la Sainte \ ierge, s’étant levé plus matin que de coutume, il entra . dans sa cathédrale et trouva la \ ierge Marie I assise dans son siège épiscopal. Il se jeta bien

(1) Vincent de Beauvais, Specul. ffistor.. lib. 7. cap. 97, De S. Bonilo Episcopo Alverniensi. — P- de Natal. La. ai >.

Il 77-82. — Cf. A. SS. Januar., 1, 1076 et sq. — Bagatta, Admiranda orbis Christiani, 1695, I, 31-32. Dans la peinture de saint Gall, évêque de Clermont (sixième siècle», un ange lui présente une robe blanche (aube ou chasuble) comme signe de la grâce que sa sainte vie lui a méritée. R. P- cahier. Caractéristiques des Saints, I, 38. Saint Gall et saint Bonnet ayant été tous deux évêques de Clermont, il est a présu- i mer que l’une des légendes dérive de 1 autre. j

(2) Elle devint la proie des flammes en 1793. Mgr. Guérin,

Petits Bollandisles, I, p. 361. r. . .

(3) Hya. Coquetius, De visceribus maîernis B. » irginis erqo ordinem Prædicatorum , cap. 7. On peint parfois saint Amable, évêque de Reims, avec un ange qui lui apporte un vêtement (cinquième siècle"). R. P- Cahier, Caractéristiques ,

I p. 39. La semi-homophonie des noms de saint Amable et de saint Amat pourrait bien expliquer le parallélisme des deux récits.

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vite à ses genoux, car il avait pour elle une dévotion très ardente. Alors la Sainte Vierge fit signe à son serviteur d’approcher et fixant sur lui son regard lui dit: « Vous êtes mon chapelain et mon fidèle notaire, recevez cette chasuble que mon fils vous envoie de ses trésors (1). » Ensuite elle l’en revêtit de ses propres mains et lui ordonna de ne s’en servir qu’aux fêtes célébrées en son honneur (2). Cette apparition est si certaine, dit Mgr Guérin, qu’un concile de Tolède ordonna, pour en perpétuer

(1) Le trésor des cieux est conçu à l’image du trésor des églises. Il contient, comme l’on voit, des ornements liturgiques: il s’y trouve aussi nombre de reliques terrestres, reliques du Christ par exemple. Ainsi saint Agnès du mont Politian reçut de ce trésor : de la terre où fut plantée la croix du sauveur du monde , de la peau que Jésus enfant perdit en son bain, deux morceaux d'étoffe pris des vêtements de saint Pierre et saint Paul. Bagatta, Admiranda, I, p. 30. Une parcelle de la vraie croix est apportée par un ange à saint Bernard, évêque d’Hidelsheim. Bagatta, Admiranda, II, p. 193.

(2) Calend. Bénédict., 23 janvier. — Surius, 23 janvier. — Offic. hispan., 22 janv. Collecte : « Deus qui per gloriosissimara Filii tui matrem, beatum Ildefonsum misso de thesauris tuis cœlestibus munere, decorasti, concédé... ut per ejus preces et mérita, munera capiamus externa. » Ibid, ad matut. Lect. 5. — Mariana, De rebus hispanis, lib. VI, cap. X.

Ce miracle est utilisé dans la vie de saint Ildefonse à la défense du dogme de la virginité de Marie ; il reçut d’ailleurs toutes sortes d’embellissements. D’aucuns prétendent que ce vêtement avait été porté par le Christ lui-même le jour où il a institué la sainte Eucharistie. Bagatta, Admiranda orbis christiani, d'après Eusedius, De mirac. nat., lib. I, cap. X.

la mémoire, qu’une fête serait célébrée tous les ans, avec office et sous le rite double : elle se célèbre encore aujourd’hui le 21 janvier, sous le titre de Descente de la Vierge (1 j.

Le Bienheureux Guerric de Tournai, abbé d’Igny au diocèse de Châlons (1157), reçut également un vêtement miraculeux tandis qu'il était au chœur. Mais le récit qui nous en est resté ne permet guère de savoir s’il s’agit d’une simple vision ou d’un vêtement réel pris dans les trésors célestes (2).

« Saint Hubert, comme chacun sait, vivait vers la fin du septième siècle. Une fois converti par le cerf qui portait un crucifix entre ses bois, il se fit moine ou ermite. Au bout d’un certain nombre d’années, un ange lui apparut et lui ordonna d’aller à Rome. Pendant qu'il faisait ce pèlerinage, Lambert, évêque de Maastricht, mourait assassiné. Le pape apprit cette mort par révélation et reçut ordre du ciel de confier l’épiscopat à Hubert. Pendant l’ordination du nouvel évêque, un ange apporta du ciel une très belle étole, disant au saint évêque : « Hubert, la Vierge vous envoie celle étole.

(1) Mgr Guérin, Pelils Bollandistes. I, p. 563. — On conserve au Belvédère de Vienne une apparition de la Vierge à saint Ildefonse qui est l'un des plus beaux morceaux de Rubens.

(2) Henriquez, Menelogium Cislereiense. au 19 août.

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elle vous sera un signe perpétuel de ce qu’elle ne vous défaudra jamais ; vous aurez une parfaite science de tout ce qui regarde la fonction de votre ministère. » Cela dit, l’ange disparut. Le Prince des Apôtres, saint Pierre, voulant donner une marque singulière de la part des autres citoyens célestes que tous les bienheureux se réjouissaient, lui apporta une clef d’or pendant qu’il célébrait la messe de son sacre, l’assurant que Dieu le favoriserait d’un pouvoir spécial contre les esprits malins. Voilà l’origine des merveilles que cet admirable thaumaturge a continué d’opérer jusqu’à présent, non seulement en préservant, mais aussi en guérissant du mal de rage, tant les hommes que toutes sortes d’animaux (1). »

Ces diverses légendes sont évidemment apparentées. Les différents ornements : robe, chasuble, étole sont des dons de la Vierge.

Ces apports célestes ne furent sans doute primitivement que des pièces liturgiques remarquables par leur richesse ou leur beauté. La légende y attacha un nouvel ornement.

Pour la clef de saint Hubert, au sujet de laquelle la légende se dédoubla une seconde

(1) Gaidoz H., la Rage et saint Hubert, P., Picard, s. d., in-8, p. 28, et Demarteau, Saint Hubert 1882, p. 54.

fois, il s’agissait probablement d’une clef reliquaire.

Rosaires , croix el médailles. — Les pèlerins : professionnels, ou encore ceux que j’appellerais volontiers les pèlerins au long cours, adoptaient volontiers un costume caractéristique. On peut considérer comme très vraisemblable que ce sont eux qui importèrent le rosaire d’Orient en Europe et que ce sont eux également qui popularisèrent l’habitude de porter en évidence des médailles et des crucifix.

En l’année 1261, un certain Laurent, religieux pieux et zélé, persistait dans une ardente prière tandis que ses frères reposaient. Son ange gardien lui offrit une décade du Rosaire. Il mourait peu de mois après à Dun ('1).

Je pense que l’on peut rapprocher de ce trait celui que l’on rapporte à propos d’un mécréant napolitain: Affligé de la peste et sur le point de mourir, il s’adressa à saint Cajetan dont le culte n’est guère en moins grand honneur que celui de saint Janvier. Dans la même nuit, saint Cajetan lui apparut et lui remit neuf graines d’olivier en lui disant qu’il devait les remettre à sa mère. Au matin, le malade appela sa mère, lui conta sa vision et lui remit les

(1) IIenriquez, Menelog. cisterciense , 28 septembre.

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grains miraculeux. Celle-ci comprit aussitôt ce mystère et ayant dit neuf Ave Maria obtint la guérison de son fils (1).

Le 18 juin 1594, N.-D. apparut à sainte Agnès du mont Politian, à qui elle laissa, dit-on, une petite croix qu’on montre encore aujourd’hui en grande solennité (2).

Par l’entremise de saint Jean, le disciple bien-aimé, sainte Colette (1380-1477) reçut du ciel une croix d’or renfermant une relique de la vraie croix que l’on conserve encore au monastère de Poligny (3). C’est une croix d’or de la grandeur et de la forme de celles que portent les évêques.

Un prêtre, en reposant le calice après l’élé-

(1) Pepe, Mirabilia S. Cajelani, m. 49.

(2) Kalendarium Marianum, à cette date.

(3) :< Elle est en or très fin et légèrement échancrée aux quatre bouts. La hampe a de hauteur 0 m. 035. Le croisillon a 0 m. 008. D’un côté il y a un crucifix dont les bras sont horizontalement étendus, et les pieds joints auprès l’un de l’autre sont attachés chacun par un clou. Au-dessus de la tête du Christ se trouve le titre ordinaire de la croix. De l’autre côté il y a cinq pierres précieuses dont quatre bleues à l'extrémité de chaque croisillon et la cinquième rouge, au centre même, à la réunion des croisillons. Entre chacune de ces pierres, c’est-à-dire aux quatre angles antérieurs, il y a une perle fine. Les pierres sont saillantes et enchâssées dans un creuset en or. Les perles sont simplement attachées par un petit clou d'or. La croix s'ouvre audessous des pieds du Christ et renferme un morceau de la vraie croix qu’on ne voit pas. » Sellier, Vie de sainte Colette, Amiens, 1853, in-12, I, 173.

vation, aperçut sur le corporal une croix d’or admirablement ouvragée et accompagnée d’une sorte de carte de visite de la Vierge qui contenait ces mots : ;< Porte cette croix de ma part à mon ami Walter. » Aussitôt le sacrifice achevé, le prêtre docile et étonné porta cette croix et cette carte au bienheureux Walter. L’éclat de ce bijou était si grand que toute sorte d’or pâlissait à côté de lui. Il fut longtemps conservé en Hollande (1).

On dit qu’en 1183, la Sainte Vierge apparut à un ouvrier et lui remit une médaille du Sauveur, sans doute comme modèle (2).

Le lecteur bénévole qui a bien voulu nous suivre de Valenciennes à Arras par les chemins les plus excentriques, est en droit de nous requérir de formuler nos conclusions.

1° Tous ces objets merveilleux ont une origine purement terrestre. Les catholiques n'y feront aucune opposition en ce qui regarde les talismans païens: dordje, lances, boucliers ou palladia. Quant aux objets que les légendes chrétiennes font venir des coffres ou des trésors célestes, les historiens les plus éloignés de l’hypercritique seraient forcés de reconnaître qu’ils sont l’œuvre de quelque artisan de

(1) Bagatta, Admiranda. II, 133.

(2) Rohault de Fleury, la Sainle \lerge, I. 352.

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notre pauvre globe. La sainte ampoule est une ampoule quelconque qui ne doit sa fortune qu’à une invention d’Hincmar, comme le pensait déjà l’abbé de Vertot (1); le cierge cl’Arras, fabriqué dans quelque boutique du temps, ne passe pour venu du ciel que grâce au jeu habile et peu honnête de deux joueurs d’instrument. Tous les objets qui fixèrent, parfois on ne sait comme, ce même thème légendaire d’une origine céleste, peuvent être examinés tour à tour, nul expert n’y découvrira quelque substance inconnue, quelque métal merveilleux, quelque pierre précieuse que notre terre n’ait pu fournir.

2° Mais d’où vient que ces pièces plus que d’autres arrêtèrent et individualisèrent le thème légendaire dont le départ remonte à l'origine universellement attribuée aux pierres de foudre ?

Ces objets peuvent se répartir en quatre catégories : a) Les premiers ne sont que des témoignages de la piété des fidèles, des ex-volo ou même de simples dons privés tel le bouclier de Val-en-Joye. 6) Les seconds peuvent être des reliques de personnages morts en odeur de sainteté, auxquels on adapta plus tard la légende

(1) Cf. P. Saintyves, les Saints successeurs des dieux, pp. 137-140.

(le l’origine céleste ; ce pourrait bien être le cas de l’ampoule à eulogie dite de saint Martin, c) Les troisièmes sont des objets qui servaient au culte et dont la place ordinaire était dans l’église ou dans la sacristie; c’est très probablement le fait de la sainte ampoule et l'on peut ranger certainement dans cette catégorie les palmes, les cierges, les croix d’autel, les chasubles et les étoles. Quelques-uns de ces objets proviennent peut-être en môme temps de la générosité des fidèles, cl) Enfin la dernière classe comprend les vêtements religieux, les anneaux et autres objets propres à faire passer les fidèles dans la classe des dévots plus particulièrement consacrés à Dieu : habit monastique, cordon religieux, etc.

Tous ces objets appartiennent donc à la catégorie du sacré, par une utilisation religieuse quelconque. Or, les fidèles pieux ont toujours eu une tendance à différencier toujours plus et à exalter, par des récits légendaires ou fabuleux, les vertus et les pouvoirs des objets sacralisés. Rien ne pouvait y contribuer davantage qu’une illustre et divine origine, d’où ces innombrables récits de sacra venus du ciel.

3° Les sacra semblent avoir par eux-mêmes une sorte de pouvoir précipitant, telle la brindille de bois qui, plongée dans un sel de plomb,

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provoque la formation d’un arbre de Saturne. En réalité, il n'y a que le premier pas qui coûte et lorsqu’on a fait entrer un objet dans la voie de la sacralisation, pour une raison ou pour une autre, on a une tendance presque invincible à l’y faire progresser. Une fois dans cette catégorie du sacré, un objet a bientôt une histoire, des fastes, un recueil de hauts faits : miracles et prodiges, et, avec eux, la légende suit, qui l’élève et en quelque sorte le divinise. Parfois ce sont des faussaires, tels Hincmar ou les vielleux d’Arras, qui, d’un coup, les font arriver au terme. D’autres fois, ce sont des visionnaires plus ou moins mythomanes, comme ces saintes qui virent Jésus leur remettre un anneau (1). Pour ce second cas, il est à remarquer

(1) Nul n'ignore que les spirites prétendent parfois recevoir des apports célestes. Là encore i’hallucination, la mythomanie et la légende suffisent à tout expliquer. Dans une réunion spirite le médium Ilillaire tombé en somnambulisme reçut un anneau d’or de Catherine Bégeon, mère d’un des assistants. Dans la vision d Ilillaire cette honorable morte est d’ailleurs accompagnée du médium Felicia et de saint Bernard. L’anneau fut examiné et touché par tous les assistants. Ilillaire ayant demandé à qui cet anneau était destiné, une communication obtenue par l’écriture directe répondit « C'est pour toi, cher Biliaire, afin que tu le gardes pendant le reste de ta vie. — Catherine Bégeon. » Aug. Bez, les Miracles de nos jours ou les manifestations extraordinaires obtenues par i intermédiaire de Jean [Hilaire, culliualeur à Sonnac (i Char.-Inf .), Bordeaux, Paris, s. d. (1864), in-12, pp. 128-130.

que le plus grand nombre de ces histoires coururent ou prirent naissance du septième au quatorzième siècle (1). Mais ordinairement le processus est plus lent et relève principalement de la mythologie iconographique ou liturgique. La représentation d’un ange apportant une palme à quelque martyr a pu donner naissance à l’histoire d’une palme apportée du ciel; le rite de lier la peste avec un cordon entourant la ville n’a pu être accompli qu’avec un cordon miraculeux lorsqu’on eut perdu la foi et presque le souvenir du vieux rite magique.

Faussaires, visionnaires, exégètes ignorants

(1) La suggestion, j’entends la suggestion persuasive sans hypnotisme, pourrait bien avoir joué son bout de rôle dans la vision, qu’aurait eue le cardinal Adami. « Le cardinal, qui vivait très simplement et avait l’habitude de thésauriser, avait une fortune de 4 ou 5 millions de lires que par un testament, écrit deux mois avant sa mort, il laissait au pape. Mais comme celui-ci n’a pas le droit d’hériter personnellement, dans un cas semblable, il fut décidé de tourner la loi et le cardinal vendit sa fortune au Vatican pour 500.000 lires.

<> Les héritières, trois cousines du cardinal, ont intenté un procès au pape, basant leur action sur l'état mental affaibli du testateur. Dans l’exposé du cas soumis aux tribunaux, il est dit que Son E. le cardinal Adami affirmait avoir reçu sa fortune directement par l'entremise de Farchange Saint- Michel qui , en la lui donnant , posa comme condition, que le pape devait plus tard en hériter. » Le Journal, 7 janvier

On trouvera une autre histoire d’argent apporté du ciel dans l'Écho du Merveilleux Au lôjanv. 1912, p. 441.

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et dévots, tous à qui mieux mieux contribuèrent à fixer sur les sacra un vieux thème sacré.

4° Nous serions incomplet si nous n’ajoutions un mot sur la transmissibilité de la puissance bienfaisante attribuée à des objets célestes. Tous sont plus ou moins doués de pouvoir magique et miraculeux; aussi la dévotion, même secondée par des pèlerinages, n’eût pu se satisfaire si l’on ne fût arrivé à les multiplier. C’est ainsi que le cierge d’Arras a donné naissance à d’autres cierges qui sont les plus précieux joyaux de certaines églises flamandes. Dans cette transmission, nous avons affaire à un cas de dynamisme sacré des plus caractérisés : une sorte de fluide magique ou miraculeux passe d’un cierge à l’autre avec une goutte de cire de l’ancien cierge ; nous retrouvons ici la notion très nette du mana.

Il semble qu’en s’éloignant de leur origine, les légendes perdent, avec le velouté de leur jeunesse, leur vérité première, voire môme leur sincérité. En revanche, les conceptions élémentaires qui sont à la base d’idées rituelles fort anciennes demeurent aussi vivaces, aussi vigoureuses et semblent rejoindre les dernières grandes découvertes scientifiques.

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