‹ Les réminiscences de Philon le Juif chez Plotin; étude critiqueChapitre 16 sur 54 · Cf. par exemple, Pr. ev., IX, 7 (Dind., I · texte numérisé non relu

Cf. par exemple, Pr. ev., IX, 7 (Dind., I

L INFINITE DIVINE 2 î

la notion d'Infinité ? Le Portefaix passait aux yeux des derniers Néoplatoniciens pour l'inspirateur de Plotin et presque comme un premier Plotin \ Aucun texte, il est vrai, ne nous reste d'Ammonius, qui traite de rinfinité. Mais Hiéroclès, cité par Pholius, et l'évêque Némésius nous apprennent comment Ammonius pratiquait la philosophie et ce qu'il pensait de l'âme dans son rapport avec le corps ^ Or ces opinions et cette pratique sont celles mêmes que Plotin adopte. On ne devrait donc pas douter qu'Ammonius n'ait aussi professé l'Infinité divine. Il n'en est rien. Ammonius éveilla Plotin à la philosophie. Nourri dans les doctrines judéo-chrétiennes, il entretint et développa chez son disciple le goût de l'Absolu. Plotin, sans lui, n'eût peut-être pas fondé le Néoplatonisme. Mais il n'apprit rien à celui-ci et ne fonda rien lui-même. Les opinions, en effet, qu'Hiéroclès et Némésius lui attribuent sont liées aux thèses essentielles des Ennéades. Ammonius aurait donc inventé celles-ci tout entières. La chose est insoutenable. Seulement les Néoplatoniciens de la dernière époque agirent vis-à-vis d'Ammonius comme les Néopythagoriciens avaient agi déjà vis-à-vis de Pythagore. Soucieux de conférer à leurs doctrines une antiquité lointaine et mystérieuse, ils les rapportèrent à un homme éminent et presque divin. Celui-ci les avait constituées de toutes pièces et tenues secrètes sauf pour un petit nombre de disciples. Le maître disparu, elles avaient été divulguées '\

1. Porphyre VU. Plot., 3 (Volkm. EnneacL, I, 52^); i[x{lbid., iq^^^).

2. Hiéroclès. De Provid. ap. Photius Blblioih. (Eclit. Bekkcr, \jZ^\ Berlin, 1824). — Némésius. De nat. homm. ch., 11 et III (Édit. Matthaei, pp. 69 et secjq., 129 et seqq. ; Ilalle-Magd., 1802).

3. Cf. Ed. Zeller. Amm. Sakic. de Plot. Archiv. f. gcsch. etc., VU,

Concluons sur le second point. La notion de l'Infinité divine avait continué de se développer postérieurement à Philon. Mais Plotin l'a trouvée et recueillie chez Philon. 11 y a donc lieu simplement de se demander jusqu'à quel point il l'a modifiée.

3° Plotin modijîe-t-il la notion que Philon s'était déjà faite touchant l'Infinité Divine'^ — Oui et considérablement.

On ne doit pas, sans doute, tenir rigueur à Philon de ce qu'il prodigue les épithètes à ce Dieu ineffable et sans qualités. Dieu, en effet, devient tantôt « le démiurge du monde ^ », tantôt son «fondateur^ », tantôt enfin « l'architecte » ou le (( père des choses ^ ». Il est aisé de relever les mêmes imprudences de langage chez Plotin. Le Principe premier des Ennéades est aussi (( la plus haute et la plus véritable des causes », (( principe de l'essence », « racine de l'Intelligence* », etc. Dans la réalité, en effet, l'Infinité divine demanderait le mutisme absolu du philosophe. Philon, d'ailleurs, et Plotin le savent et nous en préviennent assez : « La parole ne peut atteindre Dieu », dit l'un (Bb) ; (( il faut se taire », écrit l'autre {Be'),

Toutefois les textes mêmes offrent une première preuve du progrès que Plotin fait subir à la notion d'Infinité. Philon, d'abord, ne prononce jamais le nom

295. — Id. Die phil. d. Griech., HP, 5oi-i2, 4^^^ Aufl., igoS. — H. GuYOT. Ammonius Saccas. Rev. de l'Inst. cath., 1904» N^» 5, qui résume et complète M. Ed. Zeller.

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