‹ Les réminiscences de Philon le Juif chez Plotin; étude critiqueChapitre 25 sur 54 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'EXPANSION DE L'INFINI

Dieu est partout et il n'est nulle part. Sa présence est opéroiive et non locale. Ses puissances se sont étendues et constituent la variété des êtres.

a) De conf. ling., 27 (G., II,

542^^): 'EtISI T:; OUX OlOSV, OTl TW XaitOVTl TOV [JlÈv OLTZoXz'llZllV ^ TOV Ô£

l7:iXa[jL6av£iv totcov â.vo(.Y/-odo'j ; ^Ttuo 8s Tou Gsou TCSTiXrjpwTai xà Tuavxa, izepiéy^ovTO^, où Tusp isy^ojjLS vou, oj Tiavxa^^ûu x£ xai ouoa[jLoO au[jL6£6r]X£v £LvaL [xdvw oùSafJLoij (jlÈv, ozi xa\ yojpav xal xo::ov aoxô; TOÎç aoj[jLaaL au yY£y £ wt] X£ , xo os 7U£:iotr]xo; Iv ouosvl xwv Y£yov6xa3v Oc'fjiiç £i7l£Tv 7U£pt£y^£aOat, 7tavxay ou 8È, oxi xà; 8uvà[j,£i!; auxou otà Y% xa\ u8axo; a£po; x£ xai oupavoCÎ X£Lvaç [jipo; O'jSâv £prj[jLOv OLTZoXi- XoiTZE. xoO' xoa[j.ou... — Qui ne voit que celui qui descend abandonne et gagne nécessairement un lieu ? Or Dieu remplit tout. Il enveloppe et n'est point enveloppé. Il est partout et nulle part et cet état n'appartient qu'à Lui. Il n'est nulle part : l'étendue, en effet, et le lieu des corps ont été engendrés par lui, et, du H. GUYOT.

a) Enn., VI, 4, 3 (II, 365io) :

^^Ap' ouv aùxo <pr]aoa£v 7uap£?vat, r\ auxo [jL£v £9' iauxo'j £Lvat, Su vap.£ i; §£ ax' auxou is'vai Itui xccvxa, xai oj'xw; auxo TTavxay^ou X£y£'70at £lva'. ; — Dirons-nous qu'il (le Principe premier^ est présent, ou bien que, demeurant en lui-même, ses puissances descendent de lui en toutes choses, et qu'il est proclamé ainsi présent partout.

h') Enn., ihid. (Il, 3651G): ^'H £cp* wv [JL£v x6 £v xw [j-T] Tia^av xr]v cpuaiv à7uoato^£iv xt]v oûaav Iv aùxo) £X£LV(i3 IvxauOa Suvaaiv aûxou o) 7i:ap£axi 7:ap£'!;va'.... — Ne pouvant communiquer entièrement aux choses la nature qui est en lui, c'est sa puissance qui leur est présente.

c) Enn., ihid. (II, 36529): Bau-

u.aaTOv oùv oxiohf ouxojç âv "a-jiv

L EXPANSION DE L INFINI

Créateur et des choses créées, l'on ne peut pas dire que le premier soit enveloppé dans quelqu'une des secondes. D'un autre côté, Dieu est jjartout. Ses puissances, en effet, se sont étendues à travers la terre, l'eau, l'air et Je ciel. Aucune partie du monde n'a été laissée déserte par lui...

b) Le^.a%.,IIT,2(G.,T, ii4-2):

Ilavia yàp TTSTuXrJpwxcV ô ôsoç xai Sià TtàvTwv SiGXrJXuGîv, xal xsvôv ouosv

OuBs £p7][JL0V aTTOAsXotTlSV laUTOU.

Tout est rempli par Dieu ; tout est traversé par lui ; rien n'a été laissé par lui vide et privé de lui.

c) Desomn.,l,^2(C.Jil,2Mi^^):

n £ p t £ )( £ i yà p , olaX ' ou TzepiiyzxoLi. — Il (Dieu) contient, mais il n'est point contenu.

Etvai, oti au £v ouô£vl eœtiv auiwv ouTw; fl); ÈxcivcDV £Tvai. — Il n'est donc nullement étonnant qu'il (le Principe premier) soit en tout, puisqu'il n'est dans aucune des choses de manière à appartenir à celle-là en particulier.

cl') Enn., YI, 4, 2 (II, 365^):

Kal oAmç 7rap£aTiv IxBivdiv â'xaaiw, olç p.r)T£ 7Uoppo)G£v (âaii) y.7]ïe iyyù- 9£v, Buvaxotç 8a osÇaaôai laxiv. — Il (le Principe premier) est tout entier présent à chacune des choses dont il n'est ni éloigné, ni proche ; [il est présent] aux choses qui peuvent le recevoir.

e) Enn., IV, 3, g (II, 21^^):

"E[ji.^uyo; xw xoiojxw xpoTTw, à'/^wv ^^'/j\^ où/ ajxou, àXX' auxw, xpaxou[jL£VOç, ouxpaxwv, xai ly^o- (jL£voç, aXX' oux £7^wv' K£îxai yàp £v XT] '|i>7^ àv£70ua7] auxov... — C'est ainsi que (l'univers) est animé. Il possède une âme, qui n'est pas de lui, mais à lui. Il est dominé, mais ne domine pas. Il est possédé, mais ne possède pas. Il gît, en efTet, dans l'àme qui le soutient.

/) Enn., IV, 3, 9 (II, 2i2>):

Toaoû'xov yap laxi x6 xccv, ottou laxLV aux/], xai bp'XeTOLi x6 baoy, elç o(jov TZpolov aw^ouaav auxr]v auxo '£/£i. — La grandeur du tout est en raison de sa présence (de l'Ame), et son étendue a pour limites celles de l'espace dans lequel il est vivifié par elle.

g') Enn., VI, 8, 11 (II, 4930-

A'.OTlEo ^bI x6 arxLOV — £?w 7:olT^-

L EXPA^SION DE L INFIM

— Avant toute chose engendrée.

Dieu est et il sera partout.

e)InExod.ir,68(S.,YIl,36i):

Ex Ente vero Verbo tanquam ex fonte disruptae scatarhint ambae virilités. Una est creativa, etc. — Du Verbe de l'Etre, connme d'une fontaine, s'échappent et jaillissent deux puissances. L'une est créatrice, etc.

/) De conf. ling., 34 (G., II,

262^) : Ecç olv Ô ÔEO; à|JLuGr]TOU; TTSpl aWTTjplOU^ TOÛ Y£VO[JL£VOU... DicU

étant unique]a autour de lui des puissances ineffables, gardiennes et conservatrices des choses.

TTCCVia TOTTOV TOV Ss TOTUOV,

waTTSp xal Ta àXXa, u aïs pov xal UGTSpov aTiàvTOJv. — C'est pourquoi il faut mettre la cause en dehors de tout lieu ; — quand à celui-ci, il est postérieur comme le reste et même à tout le reste.

h') Enn., VI, 4, 3 (II, 365ii) :

§uva[j,£i^ 03 à;:' auxoù U'vai £7ul Travia, xal outw; auto Travia- */^ou X£Y£a6ai, £ivac. — Ses puissances sont descendues sur toutes choses, et il est dit ainsi présent partout.

0 Enn., V, 5, 10 (II, 218I6):

t6 S' a7r£tpov 7] 0'Jva[jLiç ^'x^^- — Il (le Principe premier) est infini par la puissance. — Cf. VI, 9, 6 (11,

f) Enn., V, 4, I (II, 2031^):

xal 8uva[jLi; f] TTptoir], §£1 Tuavitov T(Î)V ovTwv ÔuvaiwxaTOv £Lvai, xal xkç, OLXXaç, S u V a [JL £ i ç xa6 ' oao'^ BuvavtaL p.[(j.£Tc79at £X£Îvo. — Il (le Principe premier) est la puissance première, de toutes les puissances nécessairement la plus grande : les autres puissances l'imitent suivant leurs forces.

La présence de Dieu est opérative. Ce n'est pas Lui, mais sa puissance seule qui est au fond de tout. Celleci, en outre, pénètre, enveloppe, et déborde tout : elle est infinie. Enfin la variété des êtres exprime les degrés différents et comme l'abaissement progressif de cette puissance. D'un mot, entre Dieu et la matière existe une série de Paissances inlerniédiaires qui sont les par-

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lies mêmes de la puissance divine. Ces idées étaient la conséquence nécessaire de l'Infinité divine. Un Dieu infini ne peut pas être lai-même quelque part ; sa Puissance sera seule présente. Mais cette Puissance est infinie, elle débordera donc toutes choses, elle sera au fond de tout, et les différents êtres exprimeront ses différents degrés. — Les qLiestions, que nous nous sommes posées au sujet de l'Infinité divine, se posent maintenant au sujet de la Puissance infinie et des Puissances intermédiaires, i^ Philon est-il le premier qui introduise ces idées dans la spéculation.^ Si oui, Plotin les lui emprunte-t-il .^ Si oui encore, les modifie-t-il et en quel sens .^

i^ Les Grecs n'ignoraient pas le sens acfi/ du mot puissance. On peut relever chez Homère : (( 7T<^p §\jya[jAv — au-dessus des forces » (//., VIII, 29/i), chez Hésiode : (ixoiS ^\jva[xiv — autant qu'on peut » (OEavr, etjoars, 33/i), chez Hérodote et chez Eschyle : (( Qswv ^\jva^i^ —le pouvoir des dieux» {Hist., I, 99; Pers., 17/i); chez Démosthène : « r\ toov Xsyovioov (îuva//^ — la puissance des orateurs » (696, 21); chez Aristote : a r^ iwv Xoyoay 5uv^|7.t; — la puissance de la parole* ». Platon écrit aussi dans le passage de la Répabliqae, que nous avons discuté : « toO àyaQoO... ijzivsiva tyjç oùctac tî^zg^six VM ^^jvxysi iJv^er^i-j^ovTo;, — le Bien est encore au-dessLis de l'essence par l'antiquité et la puissance » (5o8 D.). Si, toutefois, il est question ici, comme plus haut chez Eschyle et chez Hérodote, d'une puissance divine, il n'est pas question d'une puissance infinie. Aristote, en

I. A. Bailly. Dict. grec- français, igoS, qui cite beaucoup d'autres exemples.

l'expansion de l'infini 87

outre, n'en donne pas moins au terme Wvap.tc la signification philosophique et définitive de puissance passive, c'est-à-dire d'aptitude à recevoir et à devenir telle ou telle chose : (( sart S' 7^ f/sv xjA'n d\jya[jAÇj zo §' eïSoç

Un passage de la Métaphysique mérite, il est vrai, une discussion plus attentive. Aristote veut démontrer que le premier Moteur est immatériel. Il écrit : « Ce Moteur meut en effet pendant un temps infini; or rien de fini ne possède une puissance infinie (KtvsT yàp ZQU arrstpoy ^povov, oùOsv ^' ïjzi dijva^iv oLnei^oy TrsTTspaafxsvov). )) Or toute grandeur est soit infinie, soit finie. Mais si elle est finie, elle n'a pas une puissance(.^^) (infinie) (7T£Tr£pa(7p,£vov [xsv §ta zovTo oùz àv £^ot ijlye%ç^ ; d'autre part, il n'y a pas de grandeur infinie ^ » On saisit l'importance du passage et, en particulier, des termes ^\jvaiiiv a7r£tpov: si, en effet, le premier de ces termes a une signification active, il s'agit alors d'une activité à la fois divine et infinie, et Plotin ne parlera pas autrement qu'Aristote. Mais une telle interprétation n'est guère possible. D'abord le texte semble rapporté. En fait, Aristote prouve antérieurement la simpUcité du premier Moteur d'une manière beaucoup plus nette : sa nature d'Acte pur, remarque le philosophe, n'est pas susceptible de changement, de division et de multiplicité. Le raisonnement, en outre, est embarrassé dans son ensemble; la dernière partie n'en devient même compréhensible qu'en interprétant ^lon zovzo ovy. âv îyoi [jày£Ooç. Enfin la signification active du terme (îuva/at; ne paraît pas exigée ici plus qu'ailleurs. Voici, en effet, la

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