Exod., XXXIII
l'expansion de l'infini /il
Deut,, X, 17) ; il est seul bon et de lui vient toute bonté {Gen,, I, 3i, III, 6; Nam., XIV, 7) ; il est seul saint et de lui vient toute sainteté (I Reg,, II, 2 ; Exod., III, 5) ; il est seul fort et il donne la force (I Reg,, II, 2 ; Gen., XXXII, 28) ; il est seul juste et rien n'est juste que par lui (II Mach., I, 25 ; Gen,, VII, 2) ; il est seul heureux et seul immortel, auteur de tout bonheur et de toute immortalité [Gen,, XXXIII, i3 ; Sap.. I, i5); c'est lui seul qu'il faut adorer et qu'il faut ^qv\\v {Exod., XX, 5 ; Deut.y VI, i3). — L'idée de Création absolue résume toutes les idées précédentes et exprime plus fortement qu'aucune V Infinité de la Puissance divine. Cette puissance en effet est totalement illimitée, puisque rien n'existait en dehors d'elle. Or le Dieu biblique est à chaqLie instant le Dieu créateur : (( Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre » (Gen., I, i. Cf. en outre Exod., XX, 1 1 ; I Par,, XXIX, 10; Psalm., XCV, 5). Il importe cependant de remarquer que l'idée de création absolue s'est seulement formée peu à peu au cours de l'histoire juive. D'une part, le terme de la Genèse « créa » signifie dans l'hébreu arranger et non tirer de rien. Le terme « fait » qu'on lit ailleurs le traduit exactement (cf. Psalni., XCV, 5). D'autre part, la notion de création absolue n'est pas formée entièrement encore même chez Philon. Si, en effet, comme nous l'avons vu (cf. saprà, p. 26), quelques passages du Juif alexandrin montrent^Dieu] comme le producteur de la matière, d'autres plus nombreux et plus décisifs donnent à celle-ci une réalité propre et une puissance de résistance à l'action divine. A vrai dire la notion de Création absolue n'a pas'[engendré la notion de l'Infinité : c'est celle-ci qui a produit l'autre. Quand on eût conçu définitivement Dieu comme infini, une matière
[\1 LEXPAISSION DE L INFINI
existant par soi devint impossible à comprendre. Celle-ci fut éternelle encore, mais seulement le dernier degré de la Puissance divine. Les travaux de Plotin, pour qui Dieu est précisément infini et rien qu'infini, imposeront donc aux théologiens l'idée de création absolue. Le Dieu de Pliilon au contraire, qui est personnel en même temj)s qu'infini, n'est encore que le démiurge du monde. Seulement le philosophe regarde ce Dieu comme sans qualités (aTiotoç) : il résume, à ce titre, et renforce la notion déjà très haute que la tradition juive s'était formée concernant la Divinité.
Quand la même tradition voulut passer d'un tel Dieu au monde, elle fut amenée à poser entre celui-ci et celui-là une série de Puissances intermédiaires . Le monde, en effet, était trop imparfait pour que Dieu même fût entré en commerce avec lui et l'eût laissé en cet état. (( Les Puissances, écrira Philon, qui sont soumises (au Père de l'univers) ont reçu certaines choses pour les façonner, mais celui-ci ne leur a pas donné toute la science nécessaire pour achever leur œuvre \ — Dieu est bon maître ; il ne peut être auteur que du Bien, aucun mal ne vient de lui (f/oviov àyaGwv alrtoç, xa/oî) ^ï ov^evbç).,. Il convient donc que les Puissances dociles et subordonnées à Dieu — tels les généraux à la guerre — châtient les coupables ^ » D'autre part, les effets révèlent la nature de la cause. Or Dieu est trop haut pour que l'une ou l'autre des choses que nous voyons ici-bas constitue sa véritable nature. Les modes de l'activité, par laquelle il a produit ces choses, seront donc simplement ses attributs, les degrés de sa puissance,