‹ Les réminiscences de Philon le Juif chez Plotin; étude critiqueChapitre 4 sur 54 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dieu est inconnaissable, inefFable, infini.

A. Dieu est inconnaissable.

a) De opif. mundi, 2 (G., I, 2^^) :

ô Twv oXwv vouç sŒTiv slXr/pivEaraTo;

xa\ axpai^vsaiaTOç, zpsLXTwv t£

7] àpSTT] Xai XpSLTTOJV 7] IkKJ-

■:7][J.ri xal xpsiTTtov rj a ut 6 xo ayaOov xal auto to xaXov. — L'intelligence universelle est très pure et sans souillure, meilleure que la vertu, que la science et même que le bien et le beau.

6) Leg. ad Caïum, i (S , VI, p.

87): TO âys'vrjxov xal Ôsîov ôpav r.e7Zoi.l- Bcuvxai (ai ^\)'/al apsTr)), to TTpwtov ayaGov xal xaXov xai eu^aifjiov, xal {jLaxàpiov, £1 §£Î TO àXrjOà; £17t:£Îv, t6 xp£LTTOv (JL£V OC y a 6 0 'j, xàXXiov 8a xaXou, xal [laxapLOU (jl£v [JiaxapiojT£pov, £o8aiej.oviaç 8s auTrjç £Ù8ai- (xov£aT£pov, xal £i 8r) ti Toiv £ip7)- (Xc'v'jov TcXstOTEpov ! — Par la vertu, les âmes apprennent à connaître ce qui est éternel et divin, le Bien premier, beau, heureux, plein de

a). Enn., Y, 3, i4 (II, 1972^) :

'OuTW xal riiieïç, xtv8uv£uo[jL£v £X.£iv TTpoç £X£rvo, oTav vouv xa6apov à'^oj-

[JL£V, y^pCO[JL£VOl, WÇ OUTOÇ IgTIV Ô

ï^Qoy vouç, Ô 80UÇ oùaïav xal TaXXa,

oaa TOUTOU tou aToîy^ou, auTOç 8e o:oç apa, wç ou TauTa, âXXà ti

Xp£rTTOV TOUTOU, 0 X£YO[J.£V OV,

àXXà xal 7tX£0v xal [jl£Î^ov rj X£Y0{X£v ov, OT'. xal auTOç xp£iTTwv Xoyou xal vou xal aia6rja£a)ç, Tiapaa-/wv TauTa, oux auTOç oiv TauTa. — C'est ainsi que nous sommes à peu près vis-à-vis de Lui (le Principe premier). Quand nous le saisissons, en faisant usage de la pure intelligence, (nous affirmons) qu'il est au fond de l'esprit et qu'il donne l'essence et toutes les choses analogues.

Pour Lui, sa nature est telle qu'il n'est rien de cela. Il est meilleur, plus grand et plus relevé que ce que nous appelons l'être ; il est même supérieur à la raison , à

félicité, et, s'il faut dire la vérité, meilleur que le bien, plus beau que le beau, dont la félicité et le bonheur surpassent toute félicité et tout bonheur, plus parfait, en un mot, que ce qui vient d'être dit.

l'esprit et aux sens, qu'il a produits, sans être lui-même rien de cela.

B. Dieu est ineffable.

a) Desom/î.,T,39(G.,IlI,25/i5(:

ax£j/àp,£vo;, si sœii ti tou ôvroç ovop.a, aacpwç syvto, oxi xupLOv [ilv oùhiv, 0 S'av eÏTiri Ttç, AaTo.ypw[jL£voç Ipet X&ysaGai yàp 0 u TU £ ç) u y. £ V , a XX à [JL d V 0 V bIvoli t6 ov . — Ayant examiné si l'Etre pouvait être nommé, j'ai reconnu clairement que rien ne lui convenait. Que si C[uelqu'un le nomme, ce sera d'un nom emprunté. On ne .peut rien dire, en effet, de lui, si ce n'est qu'il est ce qui est.

6) Légat, ad Caïiim. i (S., VI, 87) : Ou yàp (pGavît TCpoç àva6a!.'v£tv ô Xo^fo; zt:\ tov à(j;auaTOv xal a v a-

OT] TZOLVZT^ 0£dv, aXX ' UTTOVOŒTcl

xal uTUOppsî, xu;vLOiç 6vd[j!,aaiv aôuva- Twv £7Ui6àOpa, y^pfjaÔa'. Tupoç §7JXcac7iv, ou X£Y(jj TOU "OvTo; — ou§£ "yàp ô au[j,Tcaç oupavoç l'vapOpo; cpwvrj y£vd- [j.£voç £uGu6o'Xojv xai £Ùcjxo'7i;wv elç Touio av eùr.opolri pr]p.àiwv — aXXàxwv Bopu^dpwv auiou BuvajjiEwv, X. T X. — La parole, en effet, ne peut atteindre juscju'à Dieu. Celuici ne se laisse ni toucher ni manier.

Il recule ; il s'échappe. Aucun nom ne peut, telle serait une échelle, montrer, je ne dis point l'Etre — le ciel entier parlât-il le langage le mieux organisé, le plus exact et

a) Enn., Y, 3, i4 (H, 197^») :

Kai yàp X£Y0(i,£v 0 [jlt] Iœtiv 0 §1 lativ, ou X£yo[j.£v. — Nous disons, en eff'et, ce qu'il (le principe premier) n'est pas : mais ce qu'il est, nous ne le disons pas.

6') Emu, YI;8, i3 (II, 4962^):

A £ î B £ a u y y oj p £ I V T 0 î ^ 6 v d jj. aa i V , £ r T '. ç 7: £ p 1 £ X £ l V 0 u X £ y OJ V £Ç àvayxr]; £v'$£tÇ£w; £v£xa auxoT; y prjtai, a axpiO£i'a ou/. £c5[jl£v X£y£aGa'." Xa[j.6av£Toj oi xalxo oiov £^' âxotaiou. — Il faut être indulgent pour notre langage, quand nous parlons de lui (le Principe premier). Nous devons, en effet, à cause de la démonstration, employer des mots qu'une exactitude rigoureuse ne nous permettrait pas d'employer. Il faut sous-entendre en quelque sorte avec chacun d'eux.

c) Enn., YI, 8, II (11, 4928):

"H atwTwi^'cjavTaç 8£t à7r£XG£Îv, xal Iv aTtdpw Tf] yvc6[JLr] G£[jl£vouç \i,r\^h ïxi ^Y]T£^/'. — Il faut se taire (sur la nature du Principe premier) et s'en aller. C'est une recherche impossible, il faut la quitter et ne plus chercher.

d') Enn., Y, 3, i4 (H, 197^^):

où [j/}]v auTO X£yo[jL£v, où5à yvwatv

L 1NI1IMTE DIVINE

le plus pénétrant n'y suffirait pas — mais seulement les puissances, qui montent la garde autour de l'Etre, etc.

oùBà vor]aiv £/^0(jl£v autou. • — Nous ne pouvons ni en parler, ni le connaître, ni le penser (le Principe premier).

e) Enn , V, 3, i3 (II, igô^) :

Aïo xai appr]xov ttj àXrjOsia. — C'est pourquoi (le Principe premier) est vraiment ineffable.

G. Dieu est infini.

Cl) Leg. alleg., I, i3 (G., I, -yo^^) : cx.7Z0i0q yàp ô 0£oç. — Dieu est, en effet, sans qualités.

6) IbicL, 1, 5i (G , I, 732V): oeX yàp fjycTaOat xal anoioy aùiov. — 11 faut, en effet, penser que (Dieu) est sans qualités.

a) Enn., VI, 9, 6 (II, 5i5=^0 •

Ar]7Ci£0v Bâ xai ocTTStpov auio où lœ àSis^iTrjTw 7] toO' [jisysOouç t] toO"

àplOfJLOLl, àXXà TW aTtSplXTjJÎTW T^

5uvà[jL£ojç. "Oiav yàp auiô voy]arj; o:ov vouv 7] 6£ov, 7ïÀ£0v £(jxi xa\ au oiav auto âvLarjç Trj âiavoia, y.y.1 IviauÔa 7iX£ov laitv f] 6£dç. au auiov «pavtaaô^; £VixojT£pov ttJ; a^ç vorjaôoji; £Tvai. — Il faut admettre qu'il (le Principe premier) est infini, non comme l'incommensurabilité d'une grandeur ou d'un nombre, mais par l'incompréhensibilité de la puissance. Le conçoit-on comme Intelligence ou comme Dieu, il est plus encore. Le pense-t-on comme un, il est encore au-dessus. De même, si nous nous le représentons comme plus un que notre propre pensée.

Ces textes traitent tous de V Infinité Divine. Nous devons donc établir trois choses : i"" Pliilon est-il le premier philosophe cpai ait introduit dans la spéculation grecque l'idée de l'inhnité Divine P 2" Plotin lui reprend-il cette idée P 3'* Plotin la modifie-t-il d'une ou d'autre façon?

i"" Les philosophes grecs antérieurs à Pliilon n'ont

pas connu la notion de Flnfînité Divine. — Anaxi- MANDRE, il est vrai, et son disciple Anaximène déclarent, l'un que 1 élément premier des choses est (( l'indéterminé )) \ l'autre, que cet élément est « l'air infini » ^. Mélissos écrit : « L'être est éternel. Il est, il était, il sera toujours. Il n'a ni commencement, ni fin, mais il est infini ^ ». La Masse primitive, suivant Anaxagore, est infinie en quantité ; les Germes sont infiniment nombreux et petits ; l'Intelligence, qui a mis la Masse en branle, est elle-même infinie'\ Archelaos, enfin, et DiOGÈNE d'Apollonie couciliaiit Anaximène et Anaxagore, écrivent que le principe premier est « l'air infiini et intelligent \ » Mais les principes dont il est question sont purement physiques : ils n'ont rien du Dieu que Philon regarde comme infini. A la même époque d'ailleurs le principe ou les principes premiers passaient aux yeux d'autres philosophes pour d'autant plus parfaits qu'ils étaient plus déterminés. Par contre, l'infinité devenait le symbole même de l'imperfection. Suivant les premiers Pythagoriciens, « le vide existe et pénètre dans le ciel, quand celui-ci respire le souffle infini^ ». Un dualisme naissait donc, où l'infini était l'élément imparfait. Un siècle après, Philolaos écrira plus nettement encore : (( La nature entière est formée

1. SiMPLiG. Phys., 24, i3 (H. DiELS. Die Fragm. d. Vorsok., p. i5,

9) : TO OCTUSlpOV.

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