‹ Les réminiscences de Philon le Juif chez Plotin; étude critiqueChapitre 43 sur 54 · I. Plotin. Enn., VI, g, 4i (Édit. Didot. 1896, p · texte numérisé non relu

I. Plotin. Enn., VI, g, 4i (Édit. Didot. 1896, p

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son contexte. Une idée en tout semblable à celle de Pliilon apparaît alors. Plotin veut démontrer que l'Un étant parfait ne pense pas, du moins au sens ordinaire du mot : (( f/et^ovoo^ eaTtu y] y^aza yvwo'tv v^ai yoriaiv y.ocl avvocLG- Oïiatv aÙToû )) (VI, 7, 4i ; VoLKM., Il, /l76^^). Le philosophe débute donc ainsi : « Il semble bien que la pensée ait été donnée comme un secours (jSov^ôeta) aux natures supérieures encore, mais cependant moindres (GstoT£patç (J^sv, HdcTTOGi (Js), à peu près comme l'œil à celles qui seraient par elles-mêmes aveugles. Précisément quel besoin l'œil aarait-il de voir l'être (pour s'éclairer lui-même), s'il était lumière? Ce qui a besoin de l'œil parce que les ténèbres sont en lui-même, cherche la lumière. Si donc l'intelligence cherche la lumière, la lumière ne cherche pas la lumière (ro §£ çwç çw; ou ^riTeï). Cette lumière donc (se, le Principe premier) (IxôtV/î 7\ aityrj) ne cherchant pas la lumière ne cherche pas à penser, etc. » (VI, 7, Ai ; Volkm., II, ^'jb^^).

Ces comparaisons empruntées à la lumière abondent chez Plotin. Nous venons même de le voir désigner le Principe premier simplement par le terme axjyri. Mais le philosophe aime particulièrement à rapprocher l'actiAdté productrice de ce Principe ou des principes inférieurs et la puissance éclairante du soleil, inépuisable et illimitée, quoique toujours plus faible à mesure qu'elle s'éloigne de sa source. (L'Un) rayonne, mais sans bouger (^a\jzoîj ^ivouzo^^ ; telle la splendeur, qui environne le soleil et qui émane perpétuellement de lui, sans qu'il sorte de son repos (olov 'i\kio\> ro nepi auzov laixn^oy cfw;, z.T. X.) (V, I, 6; Volkm., II, 168^^). La lumière éclaire toutes choses d'un seul coup, et cependant suivant le rang qu'elles occupent, les premières d'abord, puis les secondes et les troisièmes » (IV, 3, 10 ; Volkm.,

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II, 22^; cf. encore II, 9, 3; Volkm., I, 187^). — Des comparaisons du même genre sont également fréquentes chez Philon. On doit citer en particulier le passage où le philosophe explique la communication du divin par analogie avec la lumière d'un flambeau. (( QudindV Exode dit que Dieu, après avoir communiqué son esprit à Moïse, en reprit pour en donner à soixante-dix vieillards, gardons -nous de croire que reprendre signifie ici retrancher et séparer : c'est ainsi que le feu qui a allumé des milliers de flambeaux demeure sans être diminué en quoi que ce soit et tel qu'il était (àXX' oia ysvotr' àv èjio TTTjpoç, 0 v.al OLV iJ-V^taç feSaç s'idc^'/i, fxeVct, /.. t. X.) De Gigant., 6. Numénius reprendra précisément la même idée et la même image dans un passage célèbre : (( Telle est la vraie richesse...; elle est utile à qui la reçoit et elle n'abandonne pas qui l'a donnée. Ainsi l'on voit un flambeau allumé à un autre flambeau posséder une lumière que celui-ci n'a pas perdue (^oloy olv ïiîotç siocofiéyroc àcp' Iripou Ivyyo-o Ivyyoy c&w^; îyovzcc, 0 fjLv? tov TTpoTSpov àcfst'XsTo) )) (Ap. EusEB., Pref. ev,, XT, 18, 16). Cf. encore De Cherub,, 28, I, 193^'.

Ces comparaisons ne se rencontrent pas dans la philosophie grecque avant Philon, ou elles y ont un tout autre caractère. Dans les pages de la République, par exemple, oia il est question de la caverne, du feu, du soleil intelligible et matériel, les images sont nettes, polies, brillantes plutôt que chaudes. Au contraire, la vision d'un Philon et d'un Plotin est souvent trouble, mais elle est toujours puissante. Tout à l'heure le tour d'esprit était grec; il est ici oriental. Jamais surtout Platon, Aristote, les Stoïciens ne s'étaient représenté le rapport du sensible avec l'intelligible autrement que comme une participation ou un mélange: Dieu, au H, GuYOT. 5

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contraire, prend le pas sur la nature chez Philon et ses successeurs, et il la produit par effusion, écoulement, surabondance, etc. C'est une remarque que nous avons déjà faite souvent. Philon doit donc à l'imagination ou aux croyances de l'Orient les comparaisons dont nous nous occupons en ce moment. Quant à Plotin, il a pu d'abord les emprunter à Numénius et à Plutarque, chez qui l'on en rencontre beaucoup de la même sorte. L'Egypte où il naquit, Alexandrie qu'il habita, l'Asie dont il visita une partie durent également le former en ce sens. Mais Philon le Juif demeure peut-être la source la plus naturelle et la plus abondante 011 il puisa ces manières de penser et de parler. Le texte q serait donc bien une réminiscence de j.

]i) Leg. alleg.y i, 12 (G-, I, 68^^) : Kal Ivs^uarjasv (ô Gso;) elç 10 TipocjwTCOv auioij (tou avGpcoTUOu) TcvoTjv Çwf]ç. — Et il (Dieu) souffla sur son visage (de l'homme) un souffle de vie.

r) Enn., V, t, 2 (II, 16219) :

£710 (r^ae Tuàvia (tj (j^u/r]) s [jl 7: v s u - Œaaa auToTç Çœrjv... — (L'Ame) a fait toutes choses, en leur soufflant la vie.

Philon emprunte son texte à la Genèse : « L'Éternel ... souffla dans ses narines (se, de l'homme) un souffle de vie... » (II, 7). Plotin paraît reprendre le sien à Philon: nyorjv f^or/jç — k[x7i:vevac/.aa,.. î^co/yv. Peut-être, d'ailleurs, le philosophe alexandrin connaissait-il la Genèse. On lisait et on commentait autour de lui l'Ancien Testament. Origène loue Numénius de l'habileté que celui-ci avait déployée en interprétant Moïse et les prophètes (Con^r. Cels., IV, 5, ap. Ritt.-Prell., Hist,

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philos,, 624 a). Cependant une réminiscence de Philon chez Plotin paraît plus vraisemblable.

Le langage poétique de la Genèse allait bien avec la doctrine générale de Philon, parce que cette doctrine s'accommode de tout. Le même langage traduit mal la pensée de Plotin. Dans les Ennéades, en effet, l'Ame ne (( souffle » pas la vie : elle la distribue en se répandant naturellement, comme le feu brûle et comme la neige refroidit (cf. suprà, p. 56). Mais le texte que nous relevons montre incidemment combien la doctrine des Ennéades est incohérente dans le détail.

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