PREMIÈRE FEMME
Oui, mais pourquoi?
M. FRANÇOIS
Pourquoi? D'abord parce qu'on les paie moins... Vous n'êtes pas filles-mères? Vous êtes mariées ?
C'est la faute aux curés.
Si j'avais su !
M. FRANÇuIï
Je vais toujours prendre note... Vous, vous êtes Marie Lefrançois.... Quel âge a votre enfant?
Trois semaines.
M. FRANÇOIS
La loi vous force à le nourrir vous-mèriie jusqu'à sept mois.
M. le maire me donnera un certificat disant qu'il a sept mois. C'est mon mari qui Va fait nommer. M. le maire.
M. FHANÇUIS
Je le sais bien, que M. le maire vous donnera un certificat 1 Seulement, si on n'observe pas la loi une fois de temps en temps, on finira par avoir des ennuis... Enfin, je verrai. A l'autre.) Et vous, quel âge a-t-il?
l''^^ FEMME
Il a deux ans, monsieur François... mais je vous assure que le médecin ne s'en apercevra pas. M. le maire me donnera un certificat disant qu'il n"a que sept mois.
M. FRANÇOIS
Non. Je vous connais. Vous ne pouvez plus élever qu'au biberon. Et le biberon, les bourgeois n'en veulent plus guère. On n'oserait pas dire quils ont tort. Je tâcherai de vous donner un enfant assisté.
Je m'en contenterai, monsieur François.
IJ LLS HEMFLAÇANTKS
M. FRA.Nr.nl S
Et encore... non... La commune est trop mal notée au point de vue politique.
Mais, je me rappelle qu'il y a six mois, aux élections, tout le monde a voté pour M. Clapier, qui était soutenu par le gouvernement. On a voté comme ça pour avoir des enfants de Thospice.
M. FRANÇOIS
Justement. Depuis six mois, le ministère a changé. Vous êtes devenus des réactionnaires... Tout ce que je pourrai faire pour vous, ce sera de vous trouver un enfant d'ouvriers à vingt-cinq francs.
s il vous plaît, monsieur François.
Et moi aussi, monsieur François ?
M. FRANÇOIS
Ouil (Entre Juhier endimanché. Les femmes s'en vont.)
JLBIER
Ah! voilà M. PYançois... Allons boire un coup...
M. FRANÇOIS
Non. Il faut que j'entre chez mon neveu...
LES REMPLAÇANTE? i:^
PLANCHOT
Tu peux bien venir tout de même, Jubier.
JUBIER
Parbleu. (A M. François.) Vous avez vu ma
Oui.
.ILBJER
Elle va bien ?
M. FRANÇOIS
Toujours.
JUBIER
Vaiic marki-vnrl
07 Gr»n mnit; '^
M. FRANÇOIS
Voilà... (// tire de Vargent de sa sacoche et le lui donne.) Quatre-vingts francs.
JUBIER
Comment, quatre-vingts francs !... son mois tout sec!... Est-ce qu elle se figure qu'avec ca je puis viv^e et donner quinze francs par mois à la vieille Rosette qui élève notre enfant au biberon !... Oh ! mais non!... Je ne me suis pas séparé de ma femme pour ne pas gagner plus que ça!... Enfin, on s'arrangera!... Je vas toujours payer une bouteille. {Allant à gauche et parlant par-dessus la haie.) Hé! madame Jean !... (Aux
autres.) C'est commode d'avoir un débitant comme voisin... Hé 1
MADA.ME JEAN, (h Vautre côté de la haie. Voilà, voilà !
.lUBIER
Donnez-nous une bouteille de mon ordinaire... Deux bouteilles, deux...
MADAME .TEAX
Voilà ! voilà...
.iiBiER. voyant passer sur la routr Chapois pf
Bretoanet.
Hé! les camarades... arrivez... J'ai reçu mon mois, je régale!...
BRETONNE
Sale veinard !...
.IL HIER, à Lazaret tp^ qui vient d'ent'^er. Vous voulez bien, hein, la bourgeoise... Plus on est de fous, plus on rit...
LAZARETTE
Mais certainement, monsieur Jubier...
.iiBiEB, rf (jui Adèle a donné les bouteilles par-dessus la haie.
Voilà les bouteilles... Merci, Adèle... Est-elle gentille, la gamine !
M. FRANÇOIS, à AcbHe, dix-huit ans, joli'', frnhlfp. Adèle, j"ai à te parler tout-à-rheure.
ADÈLE
Bien, monsieur François. Elle disparaît. On a débouché les houteilles.
JUBIER
Allons! A la santé de ma femme, c'est elle qui régale.
M. FRANCHIS
A lavùtre... Planchot. viens un pou. J'ai quelque chose à te dire, à toi et à ta femme. Aux autres.) A tout-à-l'heure. \Il sort axer Planchot. Lazarette était sortie précédemment.)