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A TRAVERS L'AME

Héroïsme.

A Joies Janin.

O gloire des soldats mourant dans les batailles; Seule gloire restée et qui tente l'effort.

Je t'envie à qui meurt pour le droit du moins fort. Et mon âme te suit parmi les funérailles.

Prit d'oublier l'horreur de ces grands charhps de mort , Où le vol des chevaux disperse vos entrailles, Où, couchés sous le vent des lointaines mitrailles. Fous reposej en paix, meurtriers sans remord;

I04 A travers l'Ame.

Je pense que^ du moins ^ seuls ^ au temps où nous sommes. L'instinct du sacrifice a fait de vous des hommes ; Qu'insoucieux du but^ du devoir convaincus^

Vous le servei quand même et d'une âme aguerrie : gloire de tous ceux qua pleures la patrie.

Je t'envie à qui meurt pour le droit des vaincus.

A. lors je pense au temps où, d'un bond héroïque, Des enfants de seiie ans, sous leurs fusils ployés, Couraient. à la frontière et déchiraient leurs pieds Aux chemins, en criant : Vive la République!

Quand le courage était une vertu civique A ce peuple naissant de martyrs oubliés.

Quand de leur propre sang tes fils multipliés, France, te saluaient comme une mère antique ,

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Etj légitime orgueil de ta fécondité, *

Tombaient en s' écriant : Vive la liberté!

— Apprenons à nos fils la gloire de nos pères,

De leur nom plus encor que du nôtre jaloux :

Si grands que vous soyej, ô soldats, ô mes frères,

Ceux qui mouraient alors étaient plus grands que vous!

fil.

Immuable splendeur du Beau! Gloire du Juste!

Derniers autels de ceux qu'ont trahis leurs autels! . Vous gardei, comme on garde un héritage august:. Le secret de la mort qui nous fait immortels.

Ainsi qu'aux Jlots du bronze une image s'incruste. Des âges ont passé que vos sceaux éternels Ont marqués, pour le Temps, d'une empreinte robuste Et que notre mémoire a rendus solennels;

io6 A travers l'Ame.

• Des âges où la force ^ éprise de lumière.

Demandait à P Esprit son ennoblissement^ Où la pensée était Pâme du dévoûment.

Où la Patrie était, dans tout cœur, tout entière. Où vingt ans reliaient la tombe et le berceau Par un sillon de gloire et se nommaient Marceau !

Les Titans sont tombés : — Dans Pair silencieux Leur sang pur monte encore et^ comme une fumée. Emporte dans les deux leur âme consumée Des rêves éternels qu'ils avaient pris aux deux,

La Terre, maternelle aux cœurs audacieux.

Sur ses enfants meurtris lentement s'est fermée ; Mais, pour longtemps tari, son Jlanc capricieux Tira de leur semence une race pygmée.

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Du corps de ces lions un peuple de fourmis; •

Et nous n'osons nommer nos pères endormis ^

Plus prêts d'être des dieux que nous d'être des hommes !

Et nous traînons si bas leur souvenir puissant Qu'à nous voir le porter ^ on ne sait si nous sommes Les vers de leurs tombeaux ou les fils de leur sang*

O i} pour faire une place à leur grand souvenir.

Il faut meurtrir beaucoup nos cœurs étroits, — qu'importe!

Ils se refermeront y élargis de la sorte

Qu'un mâle sentiment s'y puisse contenir^

Que la pensée y germe et s'y fasse assej forte Pour que la liberté nous puisse revenir, Et que Jleurisse enfin sur cette gloire morte La semaille que l'heure apporte à l'avenir.

io8 A travers TAme.

Comme un ferment sacré qui soulève les gerbes Et pousse vers Vaiur l'honneur des blés superbes j, Leur mémoire contient tous nos biens enfermés :

Le courage et la foi vivace^ inviolée^

Y creusent leur racine^ et^ dans Vombre voilée ^

La Justice y mûrit l'espoir des opprimés.

Le temps est sans pitié qui fait naître après l'heure Ceux dont l'heure eût servi les aspirations^

Ridicules débris de générations

Dont la gloire^ pour\eux^ n'est que regret et leurre,

Rendei-moi les grands jours des grandes passions^ Les combats dont toujours le souvenir demeure ; Rendei-moi les périls ^ que j'en vive ou j'en meure! — A la frontière encor faut-il que nous courrions?

A travers l'Ame. 109

Le temps est sans pitié pour nous de rendre vaines Les ardeurs du sang pur qui consume nos veines ^ Et d'emplir nos esprits de ce doute jaloux :

Quatre-vingts ans plus tôt^ peut-être parmi vous^ Comme vous J'aurais fait ma mémoire fameuse ^ O peuple de héros ^ soldats de Sambre-et-Meuse !

Le Passé.

txayonnement discret de la lampe baissée^ Douce plainte du lin par l'aiguille mordu.

Chant léger qu'étouffait sur sa lèvre pressée Le baiser toujours pris et toujours défendu ! Vieux livre interrompu de lentes causeries^ Silence qu'emplissaient de longs enchantements. Parfums toujours en Jleur des roses déjleuries^ Calme des soirs passés près des tisons fumants !

A travers TAme. in

— Oh! Je baise en pleurant Vaile dont tu m'effleures^ Souvenir éternel^ regret inconsolé.

Amour qui fus ma vie et qui t'es envolé y

— Charme de tous les lieux et de toutes les heures!

A Emile Sarrav.

L'air du soir emportait sous les feuillages sombres , Comme un parfum du ciel, l'âme des voluptés; Les rêves se levaient partout avec les ombres : — Celle qui fut mon cœur était à mes côtés.

Nous suivions le grand bois, parmi l'herbe mouillée. L'air au front j l'œil au ciel y la bruyère aux genoux. Et comme elle sortait, blanche ^ de la feuillée j Une source se prit à gémir près de nous.

112 A travers l'Ame.

Ce sanglot sans pitié ^ poursuivant mon oreille^ S'en fut Jusqu'à mon cœur Joyeux et l'affligea . — La santé fleurissait sa beauté sans pareille Et Je cherchais pourquoi l'onde pleurait déjà.

A Alexandre Bazille.

O ur le lac où J'ai vu passer les cygnes blancs

Un rêve Jlotte et suit leur lumineux cortège :

Je çois l'ange endormi^ l'enfant au corps de neige^

Qui soulève vers moi ses bras nus et tremblants^

Ses bras pareils aux cols harmonieux des cygnes !

— Et^ quand le Jlot s' enfuit ^ leurs gestes nonchalants y

Comme pour un adieu ^ tristes^ me font des signes.

A travers rAme. 113

Dans le chœur fraternel des célestes oiseaux ^

Que cherche^ sous Pajur^ la chère ensevelie ?

A-t-elle retrouvé le bouquet d'Ophélie^

La pâle fleur d* amour qui croit du fond des eaux?

— Quand la fraîcheur du vol des cygnes les effleure.

Son haleine frissonne aux cimes des roseaux

Et me trouble ^ en passant ^ comme une voix qui pleure.

Sur le lac où foi vu descendre le soleil

Un rêve Jlotte et suit la vision première :

Je revois mon amour couché dans la lumière,

Comme un lis abattu que teint un sang vermeil ;

Et le Jloty aux rougeurs dont le couchant l'irise,

Palpite sur la grève, incessant et pareil

A la lèvre qu'empourpre un baiser qui la brise.

Des baisers ont passé, rapides et brûlants, Sur ma lèvre où Jadis son âme s'est posée Et J'ai senti saigner, toujours inépuisée.

lO,

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Sous l'implacable fer de mes souvenirs lents. Ma dernière douleur et mon amour première^

— Près du lac où J'ai vu passer les cygnes blancs.

— Près du lac où J'ai vu descendre la lumière.

A Albert Mérat.

I our qu'à l'espérance il ne cède^

J'ai muré mon cœur révolté Dans la morne fidélité Du souvenir qui le possède.

Vers l'horizon où l'aube a lui y Pour qu'un vain rêve ne l'emporte.

Comme une inexorable porte.

J'ai fermé le Passé sur lui.

A travers l'Ame. 115

Tai dit : Ma part me fut comptée D'aimer sans en savoir mourir, — U ombre est douce à qui veut souffrir; Que me ferait l'aube enchantée ?

Puisque ne peut m' être rendu L'heur de revoir le doux visage Qui fut ma Joie et mon courage.

Et y que perdant^ j'ai tout perdu!

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