‹ Les rentes viagères de VoltaireChapitre 13 sur 30 · Archives Nationales. Lettre citée par M. Rossel · texte numérisé non relu

Archives Nationales. Lettre citée par M. Rossel

si content de l'exactitude de son débiteur4, et d'une visite intéressée que lui fit Jeanmaire à Ferncy en septembre 1764, qu'il n'hésita pas à « Lâcher les filets à nouveau o et à abandonner encore au duc Charles-Eugène 280.000 livres tourmoyen nant 34.ooo livres de rente viagère, par deux contrats des 10 octobre et i!\ décembre 1764, qui furent passés, entre Dupont, par procuration «le Voltaire, et Jeanmaire, par procuration du duc, pardevant les notaires de Colmar, Braconnet et Caliot ; diverses réversibilités étaient assurées à M '"' Denis, à M"1" de Florian, à M. de Fontaine d'IIornoy et à l'abbé Mignot2. A partir du ier janvier 17G5, la rente viagère de Voltaire sur le duc de Wurtemberg se trouvait donc portée à 62.125 Livres par an : elle était brusque ment augmentée de plus de 5o% : c'est alors que le> iliniiultés commencèrent.

1. Malgré les craintes qui transpercent dans les lettres de la Correspondance Générale au 12 juillet 17G4 à Dupont, delà même date à Tronchin ; <lès te î aoùl (lettre à Dupont . il

est rassure et fait prévoir qu'il va conclure un nouveau

contrat de rente avec Charles-Eugène.

•>. Voir I" chapitre Ie'. C'est à propos de ces contrats mie l*éditeur des lettres de Voltaire de 1908 écrit mie« Madame Denis était probablemenl la sœur de l'abbé Mignot »

LES ALARMES DE VOLTAIRE

Je ne puis trouver ma sûreté que par la voie de la justice. Je ne prétends point en cela manquer de respect à M. le duc de Wurtemberg ; on plaide tous les jours en France contre le roi.

(Lettre à Dupont du i3 octobre 17'

Les 62.120 livres de rente de Voltaire sur le duc de Wurtemberg étaient gagés, disaient les contrats, sur tous les biens, meubles et immeubles de S. A. S., et spécialement ses seigneuries et domaines de Montbéliard, Franche -Comté et Alsace. Le frère du duc régnant, Louis-Eugène i, avait d'ailleurs refusé de s'engager pour Charles Eugène, malgré les tentatives que fit Voltaire pour lui arracher au moins une promesse verbale-.

1. Ancien maréchal de camp dans les armées françaises. Louis-Eugène vivait alors bourgeoisement près de Lausanne ; c'est lui qui fut en correspondance arec J.-J. Rousseau. 11 fut duc de Wurtemberg de 1793 à 1 7 < * 3 .

2. Voir notamment lettres à Dupont des m novembre et i4 décembre 1764. ("est dans la lettre du 10 novembre (pie se trouve ce mot profond de Voltaire : « Il est rare de trouver dans les livres ce qu'on y cherche

De quoi se composaient ces seigneuries et domaines, qui constituaient la garantie de Voltaire ? D'abord la principauté de Montbéliard, proprement dite, minuscule enclave dans le territoire français, à cheval sur le Doubs, FAllan, la Luzine et la Savoureuse, avec, comme cheflieu, la petite ville de Montbéliard, dont le vieux château allemand, flanqué de deux tours massives, commandait la vallée de l'Allan ; des vignes, des mines, des tuileries, quelques moulins et terres de labour, les forges d'Audincourt formaient les principaux revenus du duc. Autour de la principauté !, occupant une partie des départements actuels du Doubs et de la Haute-Saône, les seigneuries de Blamont, de Clémont, de Glerval, de Ghâtelot, de Granges, de Passavant et d'Héricourt offraient comme revenus des forêts, des labours, des moulins, quelques salines, et les

i.Elle ne devint française que sous la Révolution. Les archives de la principauté, des plus abondantes* sont i° aux Archives Nationales, où elles occupent 750 cartons (c'est le fonds le plus riche des Archives : on en a dressé un catalogue spécial) ; 20 à la Bibliothèque municipale de Montbéliard ; 3° à Besançon ; 4° à Golmar ; 5° à Stuttgart. Les Archives Nationales ont été, dans ces derniers temps, largement utilisées par des érudits locaux, notamment MM. Léon Sahler, Julien Mauveaux, Louis Nardin, qui publient régulièrement d'intéressants travaux, dont la plupart ont été publiés dans les Mémoires de la Société d'Emulation de Montbéliard, puis à la librairie ancienne Champion.

LES ALARMES DE VOLTAIRE

recettes provenant de l'exercice régulier des droits seigneuriaux ; le domaine utile de ces seigneuries venait, après un séquestre de 25 ans, d'être rendu -au duc de Wurtemberg par le traité de Versailles du 10 mai 17^8, le roi de France n'ayant gardé que le domaine éminent1. Enfin, c'étaient les deux seigneuries d'Alsace, celle de Riquewihr, avec ses 6 villages, et celle de Horbourg, avec ses 1 1 villages : elles fournissaient surtout des vins et du blé. 11 y avait là un ensemble de revenus qui pouvait se monter à 200.000 livres par an2, dans les bonnes années, et ce n'étaient pas les plus nombreuses, le climat étant rude en Alsace.

En 1765, les rentes de Voltaire immobilisaient déjà 62.120 livres de ce total; il fallait payer les officiers et fonctionnaires qui étaient nombreux. Les autres dettes absorbaient le reste, et au delà. Le prodigue Charles-Eugène, gùné dans son duché de Wiirtemberg par le fonctionnement automatique d'un gouvernement régulier3, grevait sa

1. C'est-à-dire à peu près rien. On sait qu'au x\iue siècle, le domaine éminent ne constituait plus guère qu'un droit théorique: celui qui avait le domaine util? était le vrai propriétaire ; c'est ce qui facilita l'abolition des privilèges en 1789 : il n'y eut nulle secousse, mais seulement cration légale d'un état de fait.

a. Voir la thèse de doctorat de II. P. Walter : L'ancienne administration de la principauté de Montbéliard, 1907.

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