Lettre publiée par M. Rossel, pp. 49 et 5o
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un peu, si Voltaire fut obligé encore décrire lettres sur lettres pendant les mois de mars et d'avril 1769 ' , ce ne fut pas la faute du Conseil, mais bien celle de l'hiver et de la difficulté des communications.
Dès le 29 février, le duc envoie au Conseil les deux billets à l'ordre du sieur Jaquelot, qu'il a signés sans vergogne 2 : « Je paierai au mois de mars 1769, à l'ordre de M. Jaquelot, 35. 000 livres de France, valeur reçue comptant. A Louisbourg, ce 29 février 1768. Charles » ; le billet à échéance du mois de mars i77oest conçu de façon identique. Le 9 mars, on les expédie à Voltaire, qui en accuse réception le 16, mais réclame avec insistance les soumissions acceptées par les fermiers, dont il avait donné le modèle dans une lettre précédente du 8 mars : « Ces soumissions doivent être pures
1. L'affaire de 1768 n'occupe pas moins de 3i pages dans le li\re de M. Hossel (pp. 37 à 68, nos 4i à 78). et il manque beaucoup de lettres de la Correspondance Générale qui auraient dû être reproduites pour que le lecteur eût sous lea yeux l'ensemble de ces curieuses tractations. Au reste, on remarque ici une grave erreur de pagination et de numérotation : les n" 45, 46, 47. 48, 49. 5o et 5i sont en réalité les n°» 4a. 43. 4r4, 4"), 46. 47 et 48. et les n°* 4a, 4; doivent tHre lus 49, 5o et 5i : cette regrettable erreur amène une certaine confusion, juste au moment OÙ l'histoire et! la plus palpitante.
a. Les originaux existent aux Archives Nationales, K. 3007. Le duc, pour obtenir des délais, en était arrivé à signer tout ce qu'on voulait.
et simples ; chaque fermier ou chaque régisseur peut écrire sur un simple billet : « Je paierai tant « à telle échéance à M. de Voltaire ou ordre, sur « le prix de mon bail de telle terre, ou sur la « recette de telle terre, sans frais ni diminution « quelconque pendant la durée de mon bail ou de « ma régie, le tout à l'acquit de S. A. S. Mgr [le u duc de Wurtemberg], selon ses ordres à moi « intimés ; me chargeant à mon propre et privé « nom de payer la susdite somme de préférence à « tout, à peine de tous dépens, dommages et « intérêts. Fait à, etc. »
« Cela une fois fait, vous aurez tout le temps, Messieurs, de passer des actes en forme entre vous, vos fermiers i et moi. Mais je dois vous réitérer que, dans l'état où je suis, il m'est impossible d'attendre plus longtemps que le mois de mars, ayant envoyé ma famille à Paris, où je suis obligé de l'entretenir à grands frais, et ayant à Genève des dettes considérables dont les intérêts courent et se grossissent tous les jours. »
Les fameuses délégations arrivent enfin le ier avril : le sieur Rosé, de Colmar, s'engageait à payer 28.000 livres par an, et le sieur Meiner, d'Audincourt, 3/j.i25 livres2.
1 . M. Rossel qui publie cette lettre (p. 55) a lu : vos parents. Il y a là sans doute une erreur.
2. Soit en tout les 62.125 livres de rente viagère que Voltaire avait sur le duc. Les minutes des soumissions
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Il ne restait qu'à apurer le compte. On devait à Voltaire, au i** avril 1768 :
Arriéré en février 1768 (voir
plus haut) 51.392 1. 5 s.
ier quartier de sa rente de 1768 . i5.53i 1. 5 s.
Total en chiffres ronds. . . . 66. 924 livres. Les 2 billets à Tordre de Jaquelot, déduction faite de l'intérêt, à 5 °/o compris dans leur montant de 70.000 livres (5.25o livres, dont 3.5oo livres pour la ire année et 1.750 livres pour la 2e année), servaient à payera Voltaire 64.700 livres.
Restait donc dû à Voltaire : 2. 17 !\ livres.
Cette petite somme lui fut envoyée fin avril, et Voltaire adressa au Conseil de régence une quittance générale au i*r avril 1768, en ajoutant poliment : « Je ne crois pas que je vive assez
de Rosé et de Meiner existent aux Archives Nationale*. K. 2007. M. Rossel, et sûrement pas par manque de place, n'a pas publié ces documents, pourtant des plus importants : car Voltaire va pouvoir dorénavant et le cas échéant, poursuivre directement ces fermiers, devenus personnellement responsahles : il ne se fera pas faute, plus tard, dele leur rappeler quand il le faudra (voir par exemple la jolie lettre à Dupont du 18 octobre 1768, dan- la Correspondance Générale, ou la lettre à Rosé du i5 janvier 1773, publiée par M. Saekmann et reproduite par M. Rossel, page 9a.)
<( pour toucher dans deux ans le montant des « billets que m'a faits Ms' le duc de Wurtemberg. « Mais je serai assez content si dorénavant « les fermiers et les régisseurs me payent avec « l'exactitude que vous leur avez recommandée i . » Le 3o mai, Jaquelot passe à l'ordre de Voltaire les deux billets souscrits par Charles-Eugène (l'endos existe sur les originaux des Archives Nationales)... et le tour est joué. Grâce au truc ingénieux de ces billets, et sans, bien entendu, aucun mouvement effectif de fonds, Jaquelot étant seulement une espèce d'homme de paille, Voltaire a réalisé les merveilles suivantes : i° il a eu l'air de rendre service au duc, en le débarrassant momentanément d'une dette pressante ; 2° il a caché suffisamment son jeu pour que le duc, et surtout ses gens, ne se doutent pas qu'à aucun moment, il n'a eu besoin d'argent ; 3° il a fait intervenir une tierce personne, un étranger, dont on peut craindre qu'il se montre moins accommodant que lui-même ; 4° il s'est procuré des soumissions des fermiers, qui lui faciliteront plus tard les poursuites, s'il doit en faire ; 5° il a acquis, pour constater son arriéré, un titre très facilement négociable ; 6° enfin et surtout, il a fait produire à cet arriéré, qui ne portait pas intérêt, un intérêt de 5 °/0.
i. Lettre du 3 mai 1768, publiée par M. Rossel, page 68,
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Une fois que tout fut fini, le duc Charles- Eugène, enchanté d'être pour un temps débarrassé de tout souci, écrivit à Voltaire le billet suivant :
« De la Solitude, ce ier mai 1768.
a Monsieur,
« J'ai reçu en leur temps les trois lettres que vous m'avez adressées consécutivement en date des 29 mars, ieret 9 avril l. Je n'aurais pas différé jusqu'ici de vous faire passer ma réponse, si je n'avais trouvé nécessaire de me faire rendre compte sur vos plaintes par mon conseiller Jeanmaire.
« Son rapport à ce sujet m'étant parvenu depuis, par lequel il me mande de vous avoir déjà envoyé le solde de compte pour le passé jusqu'au i"r avril, ainsi- que des assignations sur les fermwirs de mes terres en Franche-Comté de 34.000 livres, et sur celles d'Alsacede 28.000 livres, pour le paiement de vos rentes à venir qui vous seront délivrées exactement et chaque année d'un quartier à l'autre, je suis persuadé, Monsieur, que vous aurez lieu Cic tous tranquilliser et d'être content de cet arrangement. Charmé d'avoir pu par ce moyen concourir en quelque chose à votre satisfaction et de vous prouver Les sentiment!