‹ Les rentes viagères de VoltaireChapitre 28 sur 30 · Ibid. page · texte numérisé non relu

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et irr juin 1777, soit en tout 84-025 livres (au lieu de 84.000 livres qui lui seraient dues normalement au ier juin 1777, dont 70.000 de capital el \ années d'intérêts à 5 %, à raison de 3.5oo livrée par an). Rien n*v fait ; le duc, de Paris, est allé se promener à Londres, y 11 est triste, écrit Voltaire à d'Argental le 28 février 1776, d'avoir affaire à des grands seigneurs débiteurs : leurs chiens, leurs chevaux, leurs p ,

leurs usuriers disposent de tout leur argent ; il ne leur en reste plus pour payer leurs dettes. » Enfin, las des réponses vagues et dilatoires qu'il reçoit, Voltaire se décide à frapper un grand coup. Le 3o mars 1776, il mande au Conseil de régence qu'il a fait deux lettres de change de chacune 2i.i3i livres 5 sous, et qu'il les a remises « aux entrepreneurs de sa colonie », en paiement de dettes pressantes, « Ni Monseigneur, ni vous, Messieurs, ne voudrez pas me laisser à découvert pour une si légère somme, et m'exposer aux suites funestes des lettres de change protestées. Je ne doute pas que Monseigneur ne vous fasse fournir ou que vous ne trouviez pas vous-mêmes ce peu d'argent qui pourra apaiser mes créanciers, et me tirer du plus grand embarras où je me sois jamais trouvé. Vous savez que je n'ai prêté << I argent à S. A. S. que pour lui marquer mon respect el mon dévouement, et pour empêcher M. Jeanmaire de faire à Genève un marché très onéreux.

Je me flatte que vous ferez tous vos efforts pour satisfaire une demande si juste et si modérée, comme j'ai fait tous les miens pour servir Monseigneur et vous. Je reste d'ailleurs dans tous mes droits, et je vous supplie de me faire la réponse la plus prompte. La situation violente où vous me mettez exige de votre part cette attention, qui pourra réparer mon malheur *. »

C'était renouveler le truc des billets Jaquelot, en faisant intervenir des tiers qui, sûrement, se montreraient moins accommodants que lui-même. Cette lettre jeta le Conseil a dans la plus grande consternation » 3, mais le détermina à prendre enfin des mesures effectives pour apaiser un peu son créancier ; on promit à Voltaire de lui payer sans faute dans le courant de juin les intérêts échus des 70.000 livres, et, à la Saint-Martin, une partie du capital (3o.ooo livres).

Le Conseil fut cette fois exact ; Voltaire reçut le il\ juin, en même temps que son quartier régulier de rente viagère, une somme de io.5oo francs (intérêts des 70.000 francs du ier juin 1773 au ier juin 1776). Ce fut Rosé luimême qui les lui apporta à Ferney. Les Archives

1 . Lettre publiée par M. Rossel, page 1 a 1 . Par une lettre du 37 mars, également publiée par M. Rossel, page 119, Voltaire avait prévenu le duc.

a. Lettre du Conseil à Voltaire du 6 avril 1776 (Archives Nationales).

de Golmar conservent le curieux rapport que Rosé, à cette occasion, envoya au Conseil de régence : on y voit Voltaire en pleine activité e1 Rosé stupéfait de la prodigieuse vitalité de ce vieillard de 82 ans : u Nosseigneurs, j'ai l'hon- « neur de vous informer que j'ai remis le i4 a de ce mois 4 à M. de Voltaire à Ferney les « 2£.5oo livres que j'ai eu à lui payer au nom u de S. A. S. 11 a eu la complaisance de me faire u loger chez lui et de me faire voir tout ce qu'il « y avait à voir. Quoiqu'il feigne d'être malade 2, « il a l'apparence de vivre encore longtemps. Je a ne suis plus surpris de ce qu'il presse tant sur « l'argent : il fait bâtir considérablement. Il a « déjà fait bâtir 83 maisons dans le village, et l'on « esta bâtir 18 autres3; il y fournit l'argent à « rentes viagères à 7 % sur lui et sur sa nièce. « Mme Denis : après la mort de ces deux personnes.

1. Cf. lettre à Dupont du i5 juin 1776 (Correspondance GénéraleJ : « Le bon M. Rosé arriva hier avec ses mille louis, « qui disparaissent aujourd'hui. Il en faudrait encore 4.000 « pour payer les folies utiles que j'ai entreprises... »

a. Toujours la même erreur des gens qui ne com prennent pas les tempéraments. Voltaire était réellement malade à tout moment, comme les nerveux, mais au demeurant il pouvait vivre cent ans.

3. Cf. lettre à Mœ* de Saint-Julien dti 12 juin 1776 Corresp. Générale) : « Nous avons actuellement 18 bâtiments coin mcnçés. » C'est un plaisir de manier des documents qui concordent si bien.

« les maisons restent aux possesseurs et les capi- « taux s'éteignent1. »

La Saint-Martin approchait; le 28 septembre, Voltaire rappelle au Conseil sa promesse ; le 18 octobre, sur une lettre vague du Conseil, Voltaire annonce qu'il se contentera de 20.000 livres et qu'il « vendra sa vaisselle d'argent et quelques bijoux pour compléter le reste de ce qu'il doit » ; il écrit en même temps au duc, qui, par deux lettres des 17 et 26 novembre2, lui répond qu'il va mettre de l'ordre dans les finances de sa principauté et lui demande d'attendre la fin de 1777. C'est à la suite de ces lettres que Voltaire écrit amèrement le 5 décembre 1776 à Mm* de Saint-Julien : « J'ai reçu une lettre de « M. le duc de Wurtemberg qui me doit 100.000 « livres et qui me mande qu'il ne peut me payer

1. Rapport du 23 juin 1776 de Rosé au Conseil, publié par M. Sackmann et réimprimé avec raison par M. Rossel, qui se trompe malheureusement quand il affirme que Rosé « avait été certainement envoyé à Ferney pour se rendre « compte des besoins d'argent de Voltaire ». Le rapport de Rosé prouve au contraire que c'est Rosé qni demanda à faire le voyage. Il alla à Ferney avec un ami ; ils déboursèrent à eux deux 3o3 livres 6 sous, dont la moitié â la charge de Rosé qui en fut remboursé par le Conseil.

a. Celle du 17 novembre a été publiée par M. Rossel, d'après une copie des Archives Nationales ; celle du 26 a été retrouvée par M. Georges Cucuel à la Bibliothèque Nationale (manuscrit français 1 2.902) et publiée par lui, il y a quelques années, dan§ un journal montbéliardais.

« un sou qu'au commencement de Tannée 1778. « Il y a dans ce procédé je ne sais quoi de digne « de la grandeur d'un roi de France f. » Mais enfin force fut à Voltaire de rendre encore au duc le service d'attendre un an.

Cela ne l'empêcha pas d'ailleurs de s'adn à Frédéric II, oncle de Charles-Eugène, et de le prier d'intervenir en sa faveur auprès de son neveu. Mais Frédéric II s'exécuta mollement, et s'en tira par des plaisanteries. « Je jouis de peu u de crédit à cette cour, écrit-il à Voltaire, et « S. A. S. surchargée de dettes, a une fluxion « d'oreilles qui l'assourdit, toutes les fois qu'elle m entend le mot : Payez. » ;# ou encore : « Ce « prince, qui tend au sublime, veut imiter en u tout les grandes puissances ; et comme la « France, l'Angleterre, la Hollande et l'Autriche a sont surchargées de dettes, il veut ranger son h duché de Wurtemberg dans la même caté- « gorie2. » Rendons-lui cette justice qu'il écrivit du moins plusieurs fois à son neveu : c'est à lui , en grande partie, que Voltaire dut d'être remboursé de 20.000 livres avant son départ poui Paris.

Dans le courant de l'année 1777. C6 fut une longue correspondance avec I\osé. avec le Conseil,

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