Archives Nationales, K. 2007. Document inédit
donnera pendant le temps qu'il se trouvera dans votre voisinage ; et au cas que vous connaissiez bien son écriture, il n'y a non plus à balancer de lui faire des paiements de sa rente, en vous écrivant des lettres et en vous donnant des quittances de sa main, scellées avec son cachet ; si même il se transporte plus loin, pourvu que vous soyez toujours assuré de sa demeure. Il y a d'autant moins à craindre qu'on ne se trouvera jamais dans le cas de payer cette rente viagère, après la mort de M. de Voltaire ', à une personne qui n'a point de droit de la toucher, parce que, suivant toutes apparences, on sera tout de suite informé par les gazettes publiques. D'ailleurs on n'entrera dans aucun paiement qu'au terme de l'échéance, de manière que nous ne lui ferons jamais d'avances 2. Si pourtant vous le pouviez disposer de bonne manière de vous procurer des certificats de vie au cas qu'il s'éloigne de la province d'Alsace, vous ne négligerez point de lui en faire des représentations.
« Signe : Gemmingen3. »
i. Nous sommes en 1754. Voltaire ne devait mourir qu'en
2. Ceci est piquant. On verra par la suite que Voltaire, bien loin de demander des avances, eut assez de mal à faire payer aux échéances.
3. Archives Nationales. K. 2007. Document Inédit. Klaschland répond à cette lettre le 1 '» février 17.")', : « Je me conformerai exactement aux ordres dont V. B. m'a honoré le 8
Quelques semaines plus tard, un rescrit du duc de Wurtemberg daté du 26 février 17541 confirmait l'interprétation de Gemmingen et dispensait Voltaire des certificats de vie. Une lettre du i5 mars notifia le rescrit à Voltaire, qui en remercia affectueusement Gemmingen dans deux lettres des 17 mars et 8 mai2, en même temps qu'il lui envoyait le tome second des Annales de l'Empire* en s'excusant des fautes du tome premier et en lui annonçant une prochaine édition plus correcte. Entre temps, il avait touché, le 20 avril3, le premier quartier de ses rentes : il avait donc toute satisfaction.
de ce mois au sujet des certificats de vie de M. de Voltaire, et tâcherai autant qu'il m'est possible de l'entretenir dans de bonnes dispositions, ainsi que je l'ai fait par le passé. Je ne pense pas, même, qu'il soit mécontent de ma façon d'agir envers lui, quoique je l'aie porté à renoncer à la mieux-value des écus de Brandebourg. » Le 20 février, Gemmingen rassure Flaschland : « M. de Voltaire ne s'est point plaint de vous. J'ai trouvé nécessaire de vous prévenir, afin que vous fassiez votre possible pour ne point le mettre de mauvaise humeur. » (Archives Nationales, K. 2007. Documents inédits).
1. Original en allemand aux Archives Nationales. Nous ne le traduisons pas, le document n'offrant, dans ses termes, aucun intérêt spécial.