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IV. — Initiative réformatrice de Léon IX

Vers le temps où Guy d’Arezzo écrivait sa lettre à Héribert, la situation de l’Église n’était guère meilleure à Rome. C’était le temps de Jean XIX (io 24 ^io 33). A en juger par les lettres de Guillaume, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, le parti monastique, qui préludait à la réforme de l’Église, appréciait sévèrement l’administration de ce pape. Guillaume était un Italien qui avait été recruté pour Cluny par Maïeul. Quand il veut exhorter le pape à combattre la simonie, son franc parler ne s’accommode pas de nuances :

Parcite, quaeso, parcite, qui dicimini sal terrae et lux mundi. Sufficiat hominibus iam semel Cbristum fuisse venditum pro communi salute uni vers orum. Iam enim refugae veri luminis, solo Domine pastores, ovile Chrisli, imo membra illius, videte post vos quo eunt. Si iuxta fontem tepet rivus, in longinquum fetere nulli dubium est. Idcirco cura quibusdam venditur ad suum interitum. Volo vos pastores ac pont i fi ces omnes, in commune, iudicis securim gestantis, anle ianuam assistentis memores *.

Dans les monastères clunisiens, tout en étant très soucieux de sauvegarder la primauté spirituelle du pape 3 , on accordait

i. Libelli, 1 . 1 , p. 5-7.

a. VitaS. Guillelmi 19, P. L., t. CXLII, col. 713.

3 . Guillaume de Dijon, ayant appris que Jean XIX voulait accorder au patriarche de Constantinople le titre d ’episcopus uni ver sali? s’empressa de protester par une lettre conservée dans Raoul Glaber, Hiat., IV, 1, Ibid., col. 671.

PENDANT LA RÉFORME DE L’ÉGLISE

une large initiative à l’empereur dans les affaires d’ Église ; c’est d’Henri III qu’on attendait l’action la plus efficace contre la simonie *. L’idéal de ces moines eût été une étroite collaboratibn du roi d’Allemagne et des papes, pour la réforme de l’Église. De nobles esprits, par exemple Pierre Damien, sont demeurés jusqu’au bout, fidèles à -cette pensée. Ils continuaient les idées anciennes ; étant des conservateurs, ils sont restés des théoriciens. Les hommes d’action qui ont lancé la réforme de l’Église s’y sont pris autrement. Ils ont voulu réserver à l’Église et surtout au pape Tinitiative de cette régénération. Leur première tentative, la nomination de Grégoire VI (io45-io46), a échoué, a cause des défiances allemandes. Il fallut encore accepter des papes d’Empire : Clément II et Damase II (i 046-1048). Pourtant il ne faut pas dire trop de mal de ce régime, puisqu’il a amené la nomination de Léon IX (io48-io54), le premier des papes de la réforme.

Bien que nommé par l’empereur Henri III, Léon IX a exercé sa charge avec la plus entière indépendance. Il a voulu remettre la papauté en contact avec le peuple chrétien. De là ses voyages en France et en Allemagne. Il a voulu restaurer la discipline ecclésiastique, par la tenue de nombreux conciles. Enfin, il a travaillé, de toute son énergie, à la suppression de la simonie.

Il était facile de condamner les pratiques simoniaques. Il était même assez aisé, pour un pape énergique, d’obliger les délinquants à avouer leur faute dans quelque grande coulpe , telle que celle du concile de Reims, en 1049. Il était plus difficile de déterminer la conduite à tenir à l’égard des coupables. Devait-on déposer les évêques et les clercs convaincus de simonie? Que valait une ordination faite à prix d’argent, et même l’ordination reçue gratuitement d’un évêque simoniaque? Toutes questions qui mettaient les sages dans l’embarras et même en opposition.

Dans son Liber gratissimus, écrit vers l’été de io 5 a, Pierre Damien atteste combien, depuis trois ans, la question des or-

1. A ce titre, le prétendu discours d'Henri III contre les évêques simoniaques est caractéristique des idées de Cluny. Ce discours est dans Glaber, Hist., V, 5 , Ibid „ col. 697.

dinations simoniaques préoccupait l'autorité ecclésiastique ; des évêques avaient procédé k des réordinations; au concile romain de io 5 i, Léon IX avait conjuré les évêques de demander h Dieu de révéler k l’Église la solution véritable *. Damien indique même le rituel suivant lequel étaient faites ces réordinations.

Sed ut omnia illis (reordioatis) constet provenire cotifusa, hoc etiam adversus canones agunt, quia cunctos simul gradus in reconsecratione suscipiunt. Unde cum de quodam mihi noto, quia nuper reconsecratus fuerit, comperissem, fateor, exhorrui facinus. Quid plura? Tandem conveni hominem : N um qui cl, inquam, iam in te eral aliquid ex his gradibus , quos nuper ab episcopo suscepisti? — Nihil prorsus, ait, ut quid enim acciperem , si me habere constaret? Et adieci : Ergo a laico nil distabas , immo laicus prorsus eras. — Etiam , inquit, purus profecto laicus , utputa qui de clerico nihil habuerim. — Sed si laicus , inquam, ipso die quo laicus est , ad sacerdotii iura promperit , tuo quo que iudicio fit neophitus , ac perinde procul dubio deponendus.

Ad haec ille confusus erubuit, et conclusionis necessitatem qui labefactare non potuit, tacendo firmavit. IUud quoque non levioris videtur esse vesaniae, quia reconsecratores novi non préfixa canonibus ieiunia curant, non sabbata conferendis sacris officiis dedicata conservant, sed, quocumque mense vel feria, munus inordinatae ordinationis indifierenler usurpant, tamquam prima consecratio banc secundae consecrationis licentiam praebeat, ut confusis ordinibus, utpote simul datis, etiam temporum slatutaconfundat, et hoc in reconsecratione sit licitum, quod ipsi etiam in consecratione oninimodis testantur absurdum a .

Quelle a été l’attitude de Léon IX au milieu de ces controverses? Une réflexion très simple suffit k montrer que, si la pensée du pape avait été ferme sur ces questions, l’opinion ecclésiastique n’aurait pas été aussi incertaine. Cette induction est complètement justifiée par les textes. Nous y voyons que Léon IX a eu, dans ces affaires, une attitude inconsistante. Quant aux clercs ordonnés, gratuitement, par des simoniaques qu’ils connaissaient comme téls, il a accepté une décision de son prédécesseur Clément II (1047), d’après laquelle de tels clercs devaient faire une pénitence de quarante jours, et être ensuite admis k l’exercice de leurs ordres 3 . Sur les ordinations faites k prix d’argent, il a porté un jugement très défavorable; il les a considérées, le plus souvent, comme nulles, et les a réitérées malgré l’opposition d’une partie de son entourage. Ces faits sont attestés par plusieurs témoins.

1. Liber gratissimus dans Libelli, t. I, p. 18 : « quanta iam per tricnnium in tribus romanis conciliis [1040, io 5 o, io 5 i] fuerit disceptatio, quamque perplexa atque confusa dubietas et in his partibus cotidie ventiletur etc. » a. Ibid., p. 68.

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