Ibid., p
PENDANT LA RÉFORME DE L’ÉGLISE
Le premier est Pierre Damien. Au début de io5<), il fut envoyé comme légat par Nicolas II, à Milan, pour rétablir la discipline ecclésiastique. Sur cette ambassade, nous avons le récit envoyé par le légat à Hildebrand, l’archidiacre de l’Église romaine qui devait devenir le pape Grégoire VIL Le clergé de Milan vivait d’une manière contraire aux canons, et surtout dans la simonie. Mais, sur les instances de Pierre Damien, il se décida à accepter la réforme. De là un grand embarras du légat. Le plus grand nombre de ces clercs étaient simoniaques, c’est-àdire hérétiques. Comment fallait-il les traiter? Un conseil eut lieu pour discuter la question. Diverses autorités furent alléguées.
On cita d’abord un mot d’innocent I : quod a multis peccatur inultum est. On rappela ensuite l’attitude conciliante de l’Église à l’égard des clercs novatiens et donatistes. Pierre Damien ajoute : « Id etiam nos non praeterit quod nostrae (?) memoriae nonus Léo papa plerosque simoniacos et male promotos tanquam novi ter ordinavit . Haec et alia plurima meditantibus et invicem conferentibus 1 , etc. »
Telle est la courte phrase à expliquer. Je traduis : « Nous n’oublions pas que le pape Léon IX de sainte mémoire a ordonné, comme pour la première fois, la plupart des (clercs) simoniaques et irrégulièrement promus. » Dans le langage théologique de l’époque, ce texte veut dire que Léon IX a réordonné ces clercs, mais que, dans sa pensée (tanquam), c’était la première ordination reçue par ces clercs (noviter= tune primum). Cette traduction, qui est très naturelle, s’impose d’autant mieux qu’elle est la seule possible 2 . Par les mots « tanquam noviter », Damien exprime l’idée qu’il a rendue ailleurs, en représentant comme étant « quodammodo novi 3 » des clercs dont on déclarait l’ordination nulle, et que, pour ce motif, on voulait faire réordonner.
i. Actus MediolanensU, dans P. L„ t. CLXY, col. q3.
a. Dans son article Pdpste als offenbare Kctzer , p. 199 , le P. Michael s’applique à démontrer que Léon IX n’a pas fait de réordinations. Il traduit tanquam noviter par gleichsam von neuem, tanquam de novo. Pierre Damien voudrait ici désigner une cérémonie de réconciliation qu’on pouvait appeler « une espèce de réordination, parce que les cérémonies en étaient empruntées, pour une bonne part, à l’ordination ». Cette traduction est inacceptable. L’adverbe n’a pas ce sens. D'ailleurs, pour éviter un mal, le R. P. tombe dans un autre. Comment traduira-t-il les premiers mots du Liber gratUsimus de Pierre Damien, adressés à 1’archevêque ae Ravenne : « qui sacerdotium auctore Deo noviter suscepisti »? Libelli, 1 . 1, p. 18 . Le R. P. dira-t-il que l’archevêque de Ravenne a été réordonné ? Noviter doit se traduire par « récemment ».
3. Liber gratUsimus, dans les Libelli, t. I, p. 63: « Consuluerunt nempe Mace-
Tous ceux qui ont déclaré nuis les sacrements administrés en dehors de l’Église et qui les ont réitérés, écartaient avec indignation toute pensée de rebaptisation et de réordination. L’acte hérétique, ayant été nul, ne comptait pas du tout, et le baptême administré par le catholique était non pas un second, mais le premier baptême. On faisait le même raisonnement à propos de l’ordination. Ainsi s’exprimait, vers le même temps, le cardinal Humbert, le théoricien le plus convaincu des réordinations *. *
Ce dernier mot étant pris en mauvaise part et rejeté par tous, Damien ne pouvait, sans un manque de respect ou une intention évidente de critique, l’employer pour désigner les actes de Léon IX ; aussi a-t-il présenté la réitération de l’ordre prescrite parle pape, à l’aide des formules acceptées par le cardinal Humbert et par les adversaires des ordinations simoniaques 2 .
La traduction donnée plus haut suppose que, dans ce texte, noviter a le sens de tunc primum, qui est voisin de nouvellement . C’est dans ce sens que le terme est employé par Pierre Damien 3 . Enfin, cette traduction est confirmée par le contexte. Pierre Damien compare et oppose l’indulgence du pape Innocent et la politique conciliante suivie à l’égard des novatiens et des dona-
dones, utrum ab his redeuntes hereticis... liceret denuo consecrari. Atque intérim, quibusdam argumentorum consecutionibus disputabant id iure fieri posse, quia hereticorum ordinatio, dum non essetrata, esset ctiam nulla... atque ideo taies quodammodo novi veniread ordinem viderentur. »
1. Advenus simoniacos, dans Libelli , t. I, p. n3 : « Liquet sccundam manus impositionem authenticam esse et pernecessariam, si tamen a catholicis post baereticos... Identidem sentiendum et de ordinationibus sive, ut obtrectatores contendunt, de reordinationibus ... Si autem catholicus post haereticum, recta et una habetur baec ordinatio, et ideo non reordinatio sea unica purgatio. »
2 . On voit par là quel contresens commet le P. Michael, en supposant que Damien veut parler d une cérémonie de réconciliation qui serait « une espèce de réordination ». C’est faire mettre en vedette par Damien une manière de parler qu’il voulait éviter.
Voici un passage dans lequel Gratien exprime l’idée de « tanquam noviter ordinavit », dans des termes presque identiques. C’est D. LXVIII, c. a post . Gratien parle de l’ordination per cautelam d’un prêtre dont on ignore s’il a été ordonné une première fois. Il écrit : « nunc quasi primum ad consecrationem veniens, ab episcopo sacerdotalem benedictionem consequitur ».
3. Il écrit dans le Liber gratissimus ( Libelli , t. 1, p. 36) : « Ad hos nempe gradus cum ministri Ecclesiae provehuntur, non ita credendi sunt Spiritum sanctum noviter ac repente suscipere, ut ipsos tanquam eotenus vacuos îlle supernus habitator tunc primum incipiat visitare, sed hoc potius modo ut quos ïam inhabitat, per ampliorem gratiam ad altioris quoque gradus incrementa perducat. Alioquin quomodo quis in subeundis honoribus noviter ilium posset accipere, cum et ipsi gradus per morosa temporum intervalla regularitcr conferantur, et baptismus, cui pnmitiae Spiritus ascribuntur, longe prius susceptus fuisse videatur ? » Ce texte est décisif. On y voit l’identité de noviter et de tunc primum , et l’opposition de noviter et de longe prius.
PENDANT LA RÉFORME DE L'ÉGLISE
tistes, à la solution sévère de Léon IX. Puis il continue son énumération , par des textes de Léon I, et de Fulbert de Chartres qui constituent une solution moyenne, en indiquant des formalités à remplir, pour la réception des hérétiques.
Le pape Léon IX a donc réitéré l’ordination de la plupart des clercs simoniaques et promus irrégulièrement. Le témoignage de Pierre Damien est, sur ce point, vérifié par d’autres, tout à fait indépendants du sien. ^