Liber gratissimus, dans les Libelli, t. I, p
a. Ibid., p. ao et 33.
LUTTE DE DEUX THÉOLOGIES OPPOSÉES
valide, une ordination doit être « catholique », c’est-à-dire conférée dans la foi orthodoxe à la Trinité :
Indubitanter credendum est quod, si consecratio cuiuslibet eeclesiastici ordinis intra catholicam fiat Ecclesiam, in unitate videlicet orthodoxae fidei, ut in utroque nimirum verasit fides, quicquid bono perbonum traditur, hoc etiam malo per malum efficaciter exhibetur, quia sacramentum hoc non ministrantis vel ministraturi jpendet ex merito, sed ex ordine ecclesiasticae institutionis et invocatione divini nominis... Consecratio non ordinati vel ordinatoris est meritum, sed ad utriusque potius fidem totum respicit sacramentum... Si recta fides assit, videlicet ut in Patrem etFilium et Spiritum sanctum recte credatur, indigni etiam cuiuslibet sacerdotis consecratio indifferenter impletur 1 .
On est surpris que le théologien du xi e siècle qui a le mieux compris la théologie des sacrements, ait enseigné une pareille doctrine. D’où lui vient-elle? Tout fait croire que c’est de la lettre d’innocent I à Alexandre d’Antioche sur l’attitude à observer à l’égard des clercs ariens 2 . Damien a vu affirmée, dans ce document, la nullité des ordinations des ariens. Il l’a ensuite attribuée au manque de foi à la Trinité. Enfin il a été confirmé, dans ce sentiment, par un mot de saint Augustin qu’il a pris à la lettre 3 .
Telle est, avec ses mérites et ses lacunes, la doctrine que Damien applique aux simoniaques. Ceux-ci, d’après lui, n’étant aucunement hérétiques, leur ordination ne saurait être compromise. Il est vrai que Simon le Magicien a cru pouvoir acheter le Saint-Esprit par de l’argent : pour ce motif, sa foi est suspecte. Autrement en est-il des simoniaques du xi* siècle. Ils ne veulent pas acheter le Saint-Esprit, mais se préoccupent seulement de satisfaire leur cupidité. Par conséquent, leurs sacrements sont réels. Mais admettrait-on que les simoniaques sont des hérétiques, et que leurs ordinations sont nulles, il serait impossible de les réitérer, parce que les lois ecclésiastiques interdisent aussi bien la réordination que la rebaptisation 4 .
A cet argument principal, Damien en ajoute d’autres. Il cite le 68° canon des Apôtres, qui interdit les rebaptisations et les
i. Ibid., p. 34 et 5 i.