Ibid., p. 5 o. Cf. plus haut, p
3 . C’est le texte de Saint Augustin : « Unde ista tanta virtus aquac, ut corpus tangat et cor abluat, nisi faciente verbo ? Non quia dicitur, sed quia creditur. p Exposiiio in loh. Evangelium, tract. 80, c. i 5 ( Libelli , t. I, p. 39).
PENDANT LA RÉFORME DE L’ÉGLISE
réordinations 1 . Par malheur, son texte est incomplet; il y manque l’incise : « nisi forte eum ab haereticis ordinatum com* probaverit » : ces quelques mots changent le sens du canon. Tandis que Damien y voit l’interdiction absolue de réitérer le baptême et l’ordre, il faut y voir une interdiction partielle, c’est-à-dire pour le cas où ces sacrements ont été conférés par des catholiques. La réitération du baptême et de l’ordre conférés par les hérétiques est non seulement permise, mais ordonnée.
Ailleurs, Damien prend argument de la déposition, souvent promulguée par les conciles contre les simoniaques. Si les conciles déposent les simoniaques, c’est qu’ils sont des clercs et non pas des laïcs. Donc leur ordination est réelle. Par une exégèse identique, il trouve affirmée la réalité des ordinations simoniaques, dans les textes de saint Grégoire où elles sont le plus énergiquement interdites et condamnées. Il cite la lettre de Grégoire I à l’évêque Jean de Ravenne. Il rappelle l’histoire des mauvais évêques dont les ordinations n’ont pourtant pas été rejetées : Libère, Vigile, Polychronius, Anatolius, Acace de Constantinople 2 . Enfin, il fait appel aux miracles. Parmi ceux qui ont été ordonnés gratuitement par des simoniaques, il y a eu des saints qui ont fait des prodiges. Bien plus, des évêques notoirement simoniaques ont fait des miracles. Comment n’auraient-ils pas pu conférer l’ordination 3 ?
Il s’en faut d’ailleurs que le Liber gratissimus ait la sécheresse d’un traité de théologie. La verve coutumière de Damien s’y retrouve. Il s’agit d'une question actuelle, et l’auteur ne perd jamais de vue le retentissement que ces théories sacramentelles ont sur la vie de l’Église. Comme la simonie a sévi pendant de longues années, particulièrement à Rome, si les ordinations simoniaques sont nulles, il faut admettre que le pouvoir d’ordre a presque disparu de la terre. Les sacrements administrés, de bonne foi, par tant de prêtres, et reçus religieusement par les fidèles n’étaient donc que des simulacres. Et Damien de s’écrier :
Videtis igitur, o cultores perversoruin dogmatum, quo vergat vestra caligosa prudentia? Perpenditis quid vestri acuminis pariant argumenta? Huc-
i. Ibid., p. 66.
a. Ibid., p. 67, 57, 5 o, 55 . Dans l’édition de Thaner, ces divers textes sont identifiés.