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Liber contra Wibertum, dans les Libelli, t. I,p

LE PONTIFICAT DE GRÉGOIRE VII

Cette déclaration suffit pour justifier la doctrine personnelle d’Anselme de Lucques. Elle ne préjuge en rien de la doctrine des autres membres de la curie. Sous Grégoire VII, le cardinal Deusdedit composait la collection canonique que, quelques années plus tard, il devait dédier au pape Victor III (1086-87). Ce sont les mêmes textes qui lui ont servi, entre 1090 et 1096, à former la charpente de son Libellus contra invasores et symoniacos, dans lequel la nullité des ordinations faites en dehors de l’Église est si fortement inculquée. Nul doute que, sous Grégoire VII, Deusdedit eût, en ces matières, les mêmes idées que sous Urbain II.

Deusdedit était un théoricien. Dans la curie, un homme d’action, Amat, évêque d’Oloron et légat du Saint-Siège sous Grégoire VII et Urbain II, mettait en pratique les doctrines de Deusdedit. C’est Amat qui a présidé le concile de Girone (1078), où a été formellement prescrite la réordination des clercs ordonnés à prix d’argent ou bien même gratuitement, par des simoniaques : décision unique en son genre, et qui rendait obligatoire, pour l’Espagne, la pratique de Léon IX. Par sa portée, cet acte est considérable. Il montre qu’Amat partageait les idées des cardinaux Humbert et Deusdedit.

Ce légat était très sévère à l’égard des simoniaques. Dans le diocèse d’Albi, il avait eu à faire exécuter la sentence portée contre l’évêque simoniaque, Frotardus, dans un concile de Toulouse. L’évêque excommunié continuait à remplir ses fonctions. Amat s’étant arrêté aux Avalats, fut prié de baptiser un enfant. Comme on lui présentait, pour la cérémonie, des huiles consacrées par l’évêque excommunié, le légat « dixit chrisma illud non consecratum sed execrandum, asinorum magis unctioni convenire quam christianorum, et in circumstantium aspectu in terram, verso vasculo, distillando effudit 1 ». Malheureusement on manque de renseignements précis sur la manière dont Amat appréciait les ordinations simoniaques, au cours de ses légations en dehors de l’Espagne.

La décision d’Amat à Girone engage-t-elle l’autorilé de Grégoire VII? Il est sûr que, par excès de zèle, les légats de ce

1 . Notitia de ccclesia S. Eugcnii de Viancio, dans Recueil des historiens des Gaules et de la France , t. XIV, p. 5o. Frotardus réalisait l’idéal d’un évêque simoniaque. Cette Notitia est un texte très curieux, dont la critique détaillée reste îk faire. Elle a été écrite par un auteur qui disposait de renseignements circonstanciés. Les Avalats est une localité du canton de Villcfranclie-d’Àlbigeois.

PENDANT LA RÉFORME DE L'ÉGLISE

pape ont souvent outrepassé leurs instructions, et ont dû être rappelés à Tordre. Il est fort vraisemblable que les décisions de Girone sont imputables au seul Amat. Elles ne sauraient être identifiées avec celles que Grégoire VII prenait, à Rome, dans les deux synodes de cette année 1078 L La mémoire de Pierre Damien était toujours chère à Hildebrand devenu pape 2 .

L’acte d’Amat n’en est pas moins instructif. Il doit sans doute s’expliquer ainsi : les règlements pontificaux excluaient de tout ministère les simoniaques et les clercs ordonnés par eux. Mais appliquer ces règles en Espagne eût été déposer la plus grande partie du clergé. Pour continuer le culte, le légat aura prescrit les réordinations. Amat aura donc fait face à une situation exceptionnelle, que les canons de Grégoire VII ne prévoyaient pas. Mais Amat n’aurait pas suivi cette procédure, s’il n’avait été sûr d’obtenir, pour le moins, une bonne minorité en sa faveur, dans la curie, et la tolérance de Grégoire VIL

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