Voir plus haut, p. ig
LE PONTIFICAT DE GRÉGOIRE VII
« forma sacramenti » dont ont parlé saint Augustin et saint Léon. Cette « forma » n'est qu'une apparence, un rite extérieur : interprétation qui prouve que Bernold et Deusdedit n’avaient qu’un soupçon très lointain de la doctrine du caractère. Il va sans dire que, sur ce point, ils sont solidaires et représentatifs de la doctrine de leurs contemporains. Pareille théorie lais-, sait admettre la possibilité de réordinations.
Au fond, Bernold ne résolvait pas la question. Il transformait une question dogmatique en une affaire de discipline. Pour lui, il dépendait de l'Église d’admettre ou non une ordination faite en dehors d’elle. Il ajoutait, que, de fait, les simoniaques et les excommuniés dont la condamnation n'est pas connue peuvent validement administrer les sacrements, « per consensum Ecclesiae 1 ». C’est ainsi qu’il expliquait la décision du pape Anastase II, au sujet des sacrements administrés par Acace.
Enfin Bernold, dont la curiosité est très éveillée, se préoccupe de la situation des ministres qui, sans devenir hérétiques, sont pourtant, en raison de quelque faute, « remoti ab officio », c’est-à-dire suspens et déposés, comme nous dirions aujourd'hui. Il lui semble que la permanence du pouvoir d’ordre, en eux, est garantie par saint Augustin. A ce propos, il désigne ces clercs comme « quondam catholice ordinati » ou ordonnés dans l’Église, par opposition à ceux qui sont ordonnés par les hérétiques.
C'est là une distinction qui, bien des années plus tard, allait avoir la plus grande fortune, au point de commander toute la théologie des sacremenls. Entre les deux théories opposées, dont l’une déclarait nulles et l’autre, validés, les ordinations conférées en dehors de l’Église, une opinion intermédiaire trouva d’illustres patrons. Ils déclarèrent valides les ordinations faites, en dehors de l’Église, parles seuls évêques « quondam catholice ordinati ». C’était un jugement à la manière de Salomon. Bernold est un des premiers à en avoir eu l'idée. Il devait d’ailleurs trouver beaucoup mieux dans la suite, et se rallier à la pure doctrine de saint Augustin.
i. Libelli, t. II, p. 55 et 58.
P ENDANT LA RÉFORME DE L’ÉGLISE