‹ Les réordinationsChapitre 134 sur 264 · I. — Le témoignage de Bonizo de Sntri · texte numérisé non relu

I. — Le témoignage de Bonizo de Sntri

Le pontificat d’Urbain II constitue une période décisive dans l’histoire que nous étudions. La discussion qui va suivre est délicate, à cause des doctrines en jeu, et aussi à cause des textes à étudier. C’est une raison de plus pour reproduire, dès le début, la déclaration d’un témoin de la fin du onzième siècle : Bonizo, nommé évêque de Sutripar Grégoire VII, chassé de son siège, en 1082, par l’empereur Henri IV, et agréé comme évêque de Plaisance par Urbain II, en 1089. Bonizo était tout à fait dévoué à Grégoire VII et a Urbain II. Il s’occupait volontiers de théologie et de droit canonique. Son témoignage est donc de premier ordre. Or dans son Décret , ouvrage étendu, qui n’a pu être terminé qu’en 1090, Bonizo est amené à s’occuper des ordinations administrées en dehors de l’Église, c’est-à-dire par des hérétiques, des schismatiques ou des excommuniés. Il reconnaît ces ordinations comme valides. Mais il déclare aussitôt que tout le monde n’est pas de son avis. Récemment, ditil, des ordinations faites en dehors de l’Église ont été rejetées et réitérées. Bonizo n’approuve pas ces mesures, mais il n’ose les condamner, car il entend dire qu’on se réclame de l’Église romaine, pour les justifier :

Scio autem, nostris temporibus, quosdam promotos qui voluntarie coinquinati sunt temporibus coinquinationis*; et quod peius est, reordinalos et reordinasse; quod licet non approbem, canonibus interdicentibus, omnino tamen vituperare non audeo, quia audio et hoc Romanae Ecclesiae factum esse auctoritate.

Ut enim beatus Nicolaus scribens ad Michaelem imperatorem ait : « Licuit semperque licebit Romanis Pontificibus novos canones cudere, et veteres, pro consideratione temporum, immutare. » Sed non omne quod libet expedit. Verum donetur necessitati quod factum est. Ergo quod nécessitas reperit, secundum décréta Innocentii papae, cessante necessitate, debet pariter cessare quod urgebat. Quia aliud est ordo legitimus, aliud usurpatio, quae ad praesens tempus facere împellit. Videant alii quid sentiant de talibus : me a autem sententia de recens actis haec est : difficile bono consum mantur exitu , quae malo sunt inchoata initia 1 .

Page 1