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Ibid., c. 10, p

DEUX TRADITIONS DANS L’ANCIENNE ÉGLISE

doctrine dans toute sa force. Il l’atténue et cherche un milieu entre saint Cyprien et Étienne. Pour lui, le baptême des hérétiques n’a aucune valeur absolue : il ne doit pourtant pas être réitéré, par respect pour l’invocation du Christ 1 ; mais il ne commence à produire un effet que lorsqu’il est complété par l’imposition des mains, dans l’Église 2 . C’est dire que la théologie était encore assez peu explicite sur la causalité des sacrements. On peut cependant discerner, dans les maximes du pape Étienne, une première affirmation de l’efficacité objective et pour ainsi dire matérielle du rite. L’invocation du nom du Christ 3 a une vertu mystérieuse qui permet soit de faire des miracles, soit de baptiser; c’est la mise en acte d’une puissance supérieure, de celle même de Dieu ; c’est la relation établie entre un geste humain et une action divine; c’est tout le mécanisme sacramentel.

Mais ces considérations doivent être strictement limitées au baptême. Il s’en faut qu’au milieu du troisième siècle, on se représentât de la sorte l’efficacité de tous les autres rites sacramentels. Pour s’en convaincre, il suffit d’étudier la manière dont le pape Étienne comprenait et effectuait la réconciliation des chrétiens baptisés dans l’hérésie : il leur réitérait la confirmation. Pourquoi, dans cette étude, parler de la confirmation? C’est qu’elle est toujours mentionnée dans les décisions des théologiens grecs qui sont relatives aux conditions de validité du sacrement de l’ordre. De plus, on s’étonne moins que la réalité de certaines ordinations ait été niée, quand on constate que celle de certaines confirmations l’a été aussi. Enfin, dans les dernières années du xi e et les premières années du xii® siècles, la théorie de la réconciliation des hérétiques et des schisma-

i. Ibid., p. 8a : « ne invocatio nominis Iesu quae abolcri non potest contemptui a nobis videatur habita, quod utirjue non oportet ».

a. Ibid., c. ia. p. 83 : « Invocatio nominis Iesu ideo tantum patrocinari potest, si rite suppleta postea fuerit, quia et prophetae et apostoli ita praedicarerunt. » Ibid., c. 7 , p. 78 : « Invocatio haec nominis Iesu quasi initium quoddam mysterii dominici commune nobis et ceteris omnibus accipi, quod posait postmodum residuis rebus impleri, alias non profutura talis invocatio cum sola permanserit. »

3. ,Hefele, Conciliengeschichtc, I, p. ia8; traduction Delarc, I, p. 109 : « L’Écriture sainte avait introduit l’usage d’appeler baptême au nom du Christ tout baptôme conféré en vertu de la foi en Jésus-Christ et conformément ù ses préceptes, par conséquent, au nom de la sainte Trinité, ainsi qu’on le voit dans les Actes des Apôtres (II, 38; VIII, 16; XIX, 5) et dans YÉpitre aux Romains (VI, 3). Il n’est donc pas étonnant que le pape Étienne se soit servi d’une expression, qui, à cette époque, était parfaitement intelligible. » Il va sans dire qu on ne peut pas discuter ici la question du baptême in nqmine Christi .

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tiques par le rite de l’imposition des mains, a eu une grosse influence sur la théologie de l’ordre.

IV. — La réitération de la confirmation des hérétiques à Rome.

Voici les décisions du pape Étienne. Nous mettons en regard la formule du pape et la réfutation qu’en fait saint Cyprien.

Texte du pape Étienne

Si qui ergo a quacumque haeresi renient ad vos, nihil innovetur nisi quod traditum est, ut manus illi im ponatur in paenitentiam , cum ipsi haeretici proprie alterutrum ad se ve> nientem non baptizent, sed communicent L

ad accipiendum Spiritum Sanctum , i Tune enim demum plene sanctificari ut roque nascuntur 2 .

Réfutation par S. Cyprien

De eo vel maxime tibi scribendum... eos quisunt foris extra ecclesiam tincti, et apud haereticos et schismaticos profanae aquae labe macuiati, quando ad nos... venerint, baptizari oportere, eo quod parum sit eis manum imponere i accipiant èt Ecclesiae baptismum.

esse filii Dei possunt, si sacramento

Dans le cas présent, il y a identité entre l’« impositio manus in paenitentiam » du premier texte et 1’ « impositio manus ad accipiendum Spiritum Sanctum » du second. Le témoignage de ces textes est confirmé par celui du De rebaptismate , traité qui apprend que l’imposition des mains faite aux hérétiques « ad accipiendum Spiritum Sanctum » était précédée de la pénitence 3 .

Relativement à la réconciliation des hérétiques, le pape Étienne et saint Cyprien étaient d’accord sur un point et en opposition sur un autre. Ils étaient d’accord sur la manière de réconcilier les hérétiques qui, après avoir été baptisés et confirmés dans l’Église, passaient ensuite à l’hérésie, pour revenir à l’Église : de tels chrétiens devaient être réconciliés par la pénitence 4 .

1. Cette citation d’Étienne est contenue dans une lettre de saint Cyprien, Ep. 74, c. i, p. 799, où elle est introduite par les mots suivants : « Etiam illud adiunxit [Stephanus] ut diceret. »

2. Ce texte est emprunté à la lettre de S. Cyprien au pape Étienne : Ep. 7a, c. 1, p. 775.

3 . De rebaptismate, 10, dans S. Cypriàni Opéra, éd. Hartel, t. III, p. 82 : « paenitentiam agentibus correctisque per doetnnam veritatis et per fidem ipsorum, quae postea emendata est punficato corde eorum, tantum modo baptismate spiritali, id est manus impositione episcopi et Spiritus sancti subministratione subveniri debeat. t>

Cf. de plus Wità8SE (ou mieux Vuitasse), Tractatus de confirmatione, p. I, q. I, ch. 2, dans le Theologiae cursus completus de Migne, t. XXI, col. 618.

4. Cette discipline n’est clairement attestée que depuis le concile d’Elvirc ( 3 o 5 / 6 ), c. 22, dans Hardouin, Acta Conciliorum, t. I, col. 25 a: mois elle remonte évidemment au milieu du troisième siècle. S. Cyprien désigne cette réconciliation pénitentielle par les mots : « in pnenitentia manum imponere » dans Ep. 71, c. 2, p. 772.

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Le désaccord se produisait sur la manière de réconcilier les hérétiques qui avaient été baptisés et confirmés dans l'hérésie. Tandis que le pape Étienne, acceptant leur baptême, réitérait sur eux l'imposition des mains de la confirmation, c’est-à-dire, dans la pensée du ni® siècle, la confirmation elle-même, saint Cyprien voulait tout simplement renouveler sur eux le rite intégral de l’initiation chrétienne, comprenant le baptême et la confirmation d’aujourd’hui.

Cette thèse pourrait être démontrée par le seul texte de saint Cyprien cité plus haut. En effet saint Cyprien y attribue le don du Saint-Esprit à l’imposition des mains, et désigne ce dernier rite par le nom de sacrement. Puis il dit au pape : « Vous rejetez un de ces deux sacrements; c’est insuffisant, il faut les rejeter tous les deux. »

Il est donc vrai que la réconciliation des hérétiques pratiquée par le pape Étienne consistait dans la réitération de la confirmation par la seule imposition des mains 1 . Cette théologie du pape Étienne fut vivement attaquée par saint Cyprien. Son argumentation était celle-ci : Pourquoi accorder aux hérétiques que leur baptême est valide, et rejeter leur confirmation? Si le premier sacrement est valide, le second l’est aussi 2 . L’objection était péremptoire, et il n’y avait rien à y répondre. De fait, le pape aurait dû accepter le baptême et la confirmation administrés par les hérétiques. En rejetant la seconde, il fournissait à la logique impitoyable de son contradicteur le moyen de renverser toute sa doctrine. L’inconséquence qui était au fond de la théologie du pape Étienne explique, pour une bonne part, que l’opposition de saint Cyprien ait été irréductible 3 .

Cette pratique a été continuée par l’Église romaine et déve-

i. Le texte de S. Cyprien où il e 9 t question de la réconciliation des hérétiques : « Non est necessc ei venienti manum imponi ut Spiritum Sanctum consequatur et signetur r> [Ep. 73, 6 ) ne doit pas s*entendre de la réitération intégrale de la confirmation, la consignatio y comprise. Ce signetur est le résultat intérieur de l’imposition des mains, et non pas un rite matériel. Cf. De rebaptismate, dans S. Cypriaxi Opéra , éd. Hartel, III, p. 6 g : « et hnec manus impositio signum fidei iteratum atque consummatum eis praestaret etc. » Sur ce point, je m’écarte de l avis de M. Tixeront, Histoire des dogmes, t. I, p. 38 g (Paris, igo 5 ).

a. Ep. 73, 6 .

3 . Le fait que le pape Étienne réconciliait les hérétiques baptisés en dehors de l’Église par l’imposition des mains considérée comme une réitération de la confirmation, est admis par de nombreux théologiens, par exemple, par P. Sch axz, Die Lehre von den heiligen Sacramenten der katholischcn Kirche, p. 387, n. 6, Fribourg en B., 1893*

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loppéc par l’Église grecque et les Églises de rit gallican en Occident. On peut dire que l’ancienne Église a réconcilié les hérétiques baptisés dans l’hérésie par la réitération de la confirmation 1 . Il va sans dire d’ailleurs que cet usage devait rendre plus difficile l’acceptation des ordinations faites en dehors de l’Église. C’est pour ce motif qu’il va être parlé brièvement de la réconciliation des hérétiques.

Jusqu’à la fin du iv e siècle, en Occident, la réconciliation des hérétiques baptisés validement en dehors de l’Église, se fit suivant le rite du ni* siècle, sans soulever d’objection.

On le voit par le canon 8 e du premier concile d’Arles (3 1 4) relatif aux novatiens, et par une lettre du pape Sirice au sujet des ariens. L’évèque Himérius de Tarragone avait demandé à Sirice s’il fallait rebaptiser les ariens. Le pape répond, en 385 :

Baptizatos ab itnpiis Arrianis, nos cum Novatianis aliisque haereticis, sicut est iri synodo constitutum, per invocationem solam septiformis spiritus, episcopalis manus impositione, catholicorum conventui sociamus 2 .

Sirice traite les ariens comme les novatiens, qui négligeaient de conférer la consignatio à leurs fidèles 3 . Cette pratique avait été précédemment rejetée comme illogique par saint Cyprien. Au iv° siècle, ce même défaut a été signalé par les séparatistes qui avaient des difficultés avec l’Église, au sujet des sacrements. Par exemple, les lucifériens, qui admettaient les ariens laïcs dans l’Église par l’imposition des mains, se refusaient à accepter les clercs ariens dans le clergé ; ils leur accordaient seulement la communion laïque. Comment, disaient-ils, accepterions-nous un clergé dont le baptême est si imparfait qu’il

i. L. Duchesne, Les origines chrétiennes (texte lithographié), p. 433 : « Sur l’usage universel dans l’antiquité, de réconcilier les hérétiques par le sacrement de confirmation, v. Witasse, t. VII, de sacramento confirmationis, p. 55a- 568, en remarquant que les textes de S. Optât et de S. Augustin qui laissent subsister quelque doute dans sa conclusion, ne parlent pas de la collation du Saint-Esprit. Les allusions ou mentions que l’on trouve dons les auteurs relativement à la cérémonie en question, varient un peu sur le rite lui-méme, les uns parlant de l’onction, les autres de l'imposition des mains ; mais tous s’accordent sur l’effet du rite, qui est la collation du Saint-Esprit. » Le traité de Witasse auquel M* r Duchesne renvoie se trouve duns le Cursus theologiae de Migne, t. XXI, et les textes dont il s’agit, Ibid ., col. io3a-io6a. Cf. aussi L. Duchesne, Le Liber Pontificalis , t. I, p. 167 , note 3, et p. 189 , note 17 .

a. Siricii Epist., P. Z,., t. XIII, col. n35.

3. Comme il est dit plus loin, p. 36, les novatiens omettaient le rite de la consignatio avec le chrême, dans la confirmation, tandis que les ariens pratiquaient la consignatio. Le fait qu’à Rome, on réconciliait les novatiens par la seule imposition des mains, comme les autres hérétiques, sans leur conférer la consignatio , semble une nouvelle preuve que l'imposition des mains était alors considérée comme le rite essentiel de la confirmation.

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doit être complété par l'imposition des mains et par le don du Saint-Esprit? L’argument était embarrassant. Il est curieux de voir saint Jérôme, dans son dialogue Contra Luciferianos, s’appliquer à enlever toute importance au rite de la réconciliation des ariens par l'imposition des mains. Il faut se rappeler que ce dialogue est une série d’arguments ad hominem. Saint Jérôme ne fait pas siennes toutes les idées qu’il expose. Mais sa critique de la réitération de l’imposition des mains aux ariens n’en montre pas moins combien cette pratique devenait gênante, quand on établissait la théorie des sacrements 1 .

Saint Jérôme aurait voulu supprimer le rite de la réconciliation des hérétiques par l’imposition des mains. Ce n’était là qu’une idée de polémiste. Il fallait renoncer à faire disparaître une pratique ancienne, consacrée par des lois nouvelles. Mais les nécessités de la théologie exigeaient si bien une réduction de l’importance de ce rite, que la doctrine de saint Augustin fournit, sur ce point, une tentative hardie.

Les donatistes reprenaient contre les catholiques et saint Augustin l’argument de saint Cyprien contre le pape Étienne : « Si le baptême conféré en dehors de l'Église est valide, il en est de même de l’imposition des mains ou confirmation 2 . » Que répond saint Augustin ? Il réduit l’imposition des mains dont parlaient saint Cyprien et le pape Étienne à être une simple cérémonie de réconciliation 3 , qui peut être réitérée 4 . Pour lui, la confirmation suppose deux rites : l’imposition des mains et la consignatio : elle ne peut pas être réitérée. De la sorte, la confirmation était nettement définie et distinguée de la réconciliation des hérétiques. Comme le baptême et l’ordre, la confirmation a un effet durable, distinct de la grâce 5 .

1. Advenus Luciferianos, dans P. L., t. XXIII, col. 1 G 1 : « Si Arrinnus Spiritum Snnctum non potest dure, ne baptiznre quidem potest, quia Ecclesiae baptisma sine Spiritu Sancto nul lu ni est. Tu vero [le luciférien] cum bnptizutum ab eo recipias, et postea invoces Spiritum Snnctum, aut baptiznre eum debes, quia sine Spiritu Sancto non potuit baptizari, aut si est buptizntus in Spiritu, c usine ei invocarc Spiritum, quem tune cum baptiznrctur, uccepit. »

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