Bibl. Nat. lat. 12451, f® 1 4o
b. Cf. plus loin, p. 25 o.
7. « Istis [presbyteris] cum ordinantur, episcopus manus inungit quo gra-
PENDANT LA RÉFORME DE L’ÉGLISE
theologicae veritatis qui a eu un si grand succès au xm e siècle, et qui a été attribué à tort à saint Bonaventure.
Cette théorie n’est celle ni de l’antiquité chrétienne, ni d’aujourd’hui. Les plus anciens Sacramentaires ne mentionnent, pour l’ordination des évêques, des prêtres et des diacres, que l'imposition des mains et la prière correspondante 2 . C’est donc l’imposition des mains qui a été d’abord le rite essentiel de l’ordination. Cette vérité n’a été clairement aperçue que depuis le renouveau des études liturgiques, au dix-septième siècle. Le moyen âge et même des papes 3 ont considéré l’imposition des mains de l’ordination comme une institution apostolique; à cette même époque, on a vu le rite essentiel de l’ordination dans la porreciio instrumentorum et la prière correspondante 4 . L’histoire de ces controverses et de ces hésitations est bien connue. Fait curieux, la théorie d’Urbain IL et de Gratien semble avoir échappé aux historiens de la liturgie et des sacrements.
Les termeà employés par Urbain II ne laissent aucun doute : il s’agit bien de la réordination moins l’onction. On n’a qu’à se reporter au Pontifical romain ou aux anciens textes réunis par Martène 5 , pour reconnaître aussitôt, dans la décrétale, les divers moments de l’ordination. Comment Urbain II en est-il venu à cette théorie, dont il est le premier témoin tout à fait explicite ? Nul doute que ce ne soit là une conséquence de la distinction entre
tiam consecrationis accipiunt. Accipiunt et stolam quae tenet utrumque latus seu premit, ut tanquam perfectiores adversa et prospéra iugo Domini submittant. » Abrégé des Sentences, de Bandinus, P . L., t. CXCII, col. 1104'.
1. « De substantia huius sacramenti sunt sex : Primum estpotestas ordinis, quia oportet quod sit episcopus. Sccundum est materia, scilicet unctio in saccrdotibus, et tactus illorum quae tangcnda sunt, in aliis. Tertium est formu verborum. Quartum est scxus virilis, quia millier non recipit cbaracterem ordinis. Quintum est intentio recta. Sextuor est quod ordinandus sit baptizatus, quia baptismus est ianua omnium sacrumentorum. » Dans Compendium theologicae veritatis, libr. VI, c. 36 , dans S. Bonaventurae Opéra , t. VII, p. 785, Lyon,
2. On trouvera un exposé de toutes les questions relatives ù la liturgie de l’ordre dans S. Max Y, Praelectioncs de sacra ordinatione, particulièrement p. 483 et suiv.
3 . Une décision à cet égard se trouve dans les Décrétales de Grégoire IX, Gap. Presbytcr , De sacramkntis non iterandis. A ce propos, M. Many écrit, op. cit., p. 496 : a Unde dicendum est Gregorium IX, qui haec scribebat circa annum i2’3a, hanc solutionem practicam dedisse iuxta disciplinai» sui temporis. quo vulgo iam putnbatur ritum ilium esse mere accessorium. Geterum, ut ipso capitis tenore patet, Gregorius nihil définit quod ad fidem pertinent, sed tantum disciplinarem condit cnnonem. »
4. Gette doctrine est enseignée dans le Décret aux Arméniens (1439), dans Har- Doui.N, ^ 4 c*a conciliorum, t. IX, col. 440. Ce n’est pas IA une définition de foi.
5 . E. Martène, De antiquis Ecclesiae ritibus etc., cap. VIII, De ritibus ad Sacramentum Ordinis spectantibus, t. II, p. 1-120, Anvers, 1763.
LES DÉCISIONS D’URBAIN IL
la forma et la virtns sac rame ntl . Du baptême, cette distinction a été étendue à l’ordre. On admit dès lors que la forma de l’ordre, de même que celle du baptême, doit être complétée par le rite de l’imposition des mains. Mais il fallut déterminer le rite suivant lequel se ferait, pour l’ordre, cette imposition des mains réconciliatrice. Ici encore l’analogie a joué son rôle. Voici comment.
Qu’on se rappelle la théorie qui a occasionné ce mode de réconciliation des laïcs par une réitération partielle de la confirmation. C’estle principe d’après lequel le Saint-Esprit ne peut être donné en dehors de l’Église. Mais on voit tout de suite comment ce principe équivoque compromettait non seulementla confirmation, mais encore l’ordination conférées en dehors de l’Église. La fameuse décrétale d’innocent I à Alexandre d’Antioche était présente à l’esprit de tous les théologiens 1 . Elle établit un parallélisme étroit en tre la confirmation et l’ordre administrés en dehors de l’Église : cette idée s’imposa fortement à l’esprit des théologiens, vers la fin du xi® siècle. On admettait qu’il fallait réitérer l’imposition des mains de la confirmation, aux laïcs qui avaient été confirmés dans le schisme. Pouvait-on recevoir les clercs ordonnés pendant le même schisme, sans une cérémonie de réconciliation? Si les laïcs n’avaient pas reçu le Saint-Esprit, les clercs l’avaientils reçu davantage? Les uns et les autres devaient recevoir la perfectionem Spiritus Sancti 2 . Celle-ci était donnée aux laïcs par la réitération des rites de la confirmation sauf l’onction 3 . Comment la donner aux clercs? On fut conduit, par l’analogie, h leur réitérer tous les rites de l’ordination sauf Fonction. Car il y a une grande analogie entre les prières qui accompagnent, d’une part, l’imposition des mains de la confirmation, et d’autre part, celle de l’ordre. On considéra ces prières comme équivalentes en importance, et on en vint ainsi à placer le rite essentiel de l’ordination dans Fonction 4 .
i. Ils pouvaient la lire dans Pscudo-Isidore. Cf. plus haut, p. 71.
a. C’est l'effet que Deusdedit attribue à ln réconciliation des prêtres par l imposition des mains. Cf. Libelli de lite etc., t. II, p. 3a8.
3. De l’exposé de Bruno, il résulte qu’il était isolé, en Italie, en demandant pour la réconciliation des laïcs baptisés en dehors de l’Église, la réitération intégrale de la confirmation (imposition des mains et consignatio). Cf. Libelli de lite , t. II, p. 556. Cf. l’avis d’Humbert (usage gallican), plus haut, p. ig 6 .
4 . Cette théorie sur le rite essentiel de l’ordination explique pourquoi Urbain II a consenti à la réitération du diaconat, tandis que les textes conservés ne mentionnent aucune réitération des ordinations épiscopale et prcsbytérnle.
L’ordination du diaconat, ne comportant pas d’onction, a paru pouvoir être
Ce développement disciplinaire suppose, quant à Tordre, une théologie sacramentelle qui n’est celle ni de l’antiquité chrétienne, ni d’aujourd'hui. Sous prétexte de réconciliation, on prescrivait de véritables réordinations. Et en fait, ainsi qu’on le verra plus loin, ce rituel de la réconciliation des clercs a été suivi en Italie et en Allemagne.
Il serait intéressant de savoir dans quelle mesure exacte Urbain II a appliqué sa théorie de la réitération de tous les rites de l’ordination sauf l’onction. A-t-il fait une différence, à cet égard, entre les clercs ordonnés hors de l’Église, suivant que le consécrateur avait été ou non ordonné intra Ecclesiam P Certain indice ' le fait croire, mais toute information étendue fait défaut. En second lieu, quel caractère d’obligation Urbain II attachait-il à son précepte de la réconciliation des clercs par ce rite? On ne saurait le préciser. En tout cas, Urbain II n’a fait que développer logiquement les manières de parler et les idées que nous avons déjà trouvées dans la lettre du concile de Nicée sur les méléciens d’Égypte, dans les décisions franques et espagnoles sur les ordinations ariennes, et dans les canons du légat Théodore 2 . C’est un développement fâcheux, mais très suivi.