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VIII. — La doctrine du cardinal Deusdedit

Les décisions du concile de Plaisance de 1095 se placent après la composition du Libellus contra invasores et symoniacos de Deusdedit, et avant celle du Libellus de symoniacis de Bruno de Segni. Ainsi encadrées, elles se comprennent bien mieux. Si la doctrine de Bruno est en grand progrès sur celle de Deusdedit, c’est un résultat des discussions du concile de Plaisance.

Deusdedit a donné deux éditions de son Libellus 1 2 . La première est un traité contre l’investiture laïque et la simonie. Elle

1. Urbain II aurait mentionné, dans sa lettre, l’hypothèse de l’ordination de Poppo pendant le schisme, si eUe avait entraîné la réordination, tout comme la simonie.

a. La première est donnée, par erreur, dans les manuscrits, à la suite du Contra Guibertum d’Anselme de Lucques, sous le titre de livre second. Cette première édition, oui compte deux chapitres, se trouve dans P . L t. CXLIX, col. 455-476 ( OpUulantc ... »ub regia ditione manere ). — La seconde édition, qui compte quatre chapitres, se trouve dans A. Mai, Nova bibliotheca Patrum, t. VII, p. 3, p. 77 et suiv. (Romae, 1857). — Dans les Libelli de lite etc., t. II, p. 3oo-34o, si on lit l’ensemble du texte, on a les deux premiers chapitres de la seconde édition ; si on omet les textes placés entre crochets, on a le texte intégral de la première édition. — Dans les Libelli t loc. cit., p. 341-365 se trouvent les chapitres III et IV de la seconde édition. — Dans ce volume, on renvoie toujours & l’édition des Libelli.

LES DÉCISIONS D’URBAIN IL

contient, vers le milieu, un exposé sur la valeur des sacrements administrés par les simoniaques. La seconde édition contient le texte précédent, mais augmenté d’abord d’une longue interpolation sur les sacrements des simoniaques, et ensuite de deux chapitres nouveaux. La première édition visait presque exclusivement les simoniaques; la seconde met, de plus, .en cause les schismatiques. De quelle date sont-elles? Jusqu’ici, semble-t-il, la question a été examinée par le seul E. Sackur, qui n’est pas arrivé à des indications bien fermes. On peut cependant établir que les deux éditions ont été composées après la lettre à Lucius de Pavie 1 (1089-1090), et avant le concile de Plaisance (printemps iog 5 ) 2 .

L’ouvrage est dédié, par Deusdedit, aux clercs de l’Église romaine. Nul doute que le cardinal ne l’ait composé en vue des discussions du concile de Plaisance. Fait caractéristique et qui en dit long sur l’état des esprits dans la curie, à cette époque, le but principal de l’auteur est de réfuter Pierre Damien 3 .

Deusdedit accumule les textes les plus défavorables à la valeur des sacrements administrés en dehors de l’Église. Saint Cyprien, le prétendu pape Pascal, qui est en réalité Guy d’Arezzo, le pape Pélage, Prosper résumant saint Augustin viennent déposer en faveur de la thèse de l’auteur 4 . Celui-ci rappelle d’abord que le baptême administré en dehors de l’Église ne confère pas le Saint-Esprit, qui ne peut être donné que par la seule imposition des mains des catholiques, lors de la réconciliation du baptisé à l’Église. Quant à l’Ëucharistie administrée dans le schisme, elle est nulle : « Quo aperte intelligitur quod in eorum

1. La première édition de Deusdedit s’inspire de la lettre A Lucius, prévôt de Pavie. Il suffit de comparer la lettre à Lucius à partir des mots : « alia in baptismo et alia in reliquis sacramentis » dans P. L., t. CLI, col. 53 a, avec le traité de Deusdedit A partir des mots : « quod quidem non baptizato ilico morituro necessarium non est », dans les Libelli, t. II, p. 3 aa.

a. La situation de l'antipape Clément III, telle qu’elle est représentée dans le traité de Deusdedit, convient très bien aux années 1093-1095. De plus, ce traité ne trahit aucune connaissance des décisions du concile de Plaisance (1095).

3 . Deusdedit écrit : « Quamvis quidam [Pierre Damien] scripserit tjuod sicuti in baptismate simoniacorum, ita et in eorumdem sacrificio virtus Spintus Sancti cooperetur, scilicet ut non eisdem sit verum et salutare sacrificium, sed his qui bus exhibetur. Quod ex praemissis Patrum sententiis apertissime refellitur. » Libelli, t. II, p. 3 aa. C’est aussitôt après ce passage que Deusdedit s’inspire de la lettre à Lucius de Pavie, A un endroit où Urbain II établit la différence qui existe entre l'administration du baptême et celle des autres sacrements. Deusdedit voit cette différence dans le fait que le baptême est valide et les autres sacrements sont nuis.

4. Libellus contra invaeores et simoniacos, dans Libelli délité etc., t. II, p. 319 et suiv.

PENDANT LA RÉFORME DE L'ÉGLISE

(tous les ministres en dehors de l’Église) sacrificio non accipitur Chris ti corpus , sicut nec in baptismate Spiritus Sanctus 1 . » Par où on voit que Deusdedit est encore plus exclusif qu’Urbain II, car, d’après celui-ci, les prêtres schismatiques précédemment ordonnés dans l’Église gratuitement peuvent célébrer validement l’Eucharistie.

Quant aux ordinations effectuées en dehors de l’Eglise, Deusdedit déclare que l’histoire ecclésiastique donne des exemples certains de réordinations, et des exemples douteux de ratification pure et simple. Deusdedit pense que lés réordinations ne sont interdites par aucun texte, et qu’il a pu dépendre de l’Église d’accepter ou de rejeter telle ordination. En tout cas, une ordination faite à prix d’argent, c’est-à-dire simoniaque, est nulle. De plus, le clerc ainsi entaché de l’hérésie simoniaque ne peut pas être ordonné, car « iuxta Innocentium et Leonem et alios Patres ab haeresi redeuntes promoveri non possunt ». Comme on le voit, dans ce cas, la réordination est empêchée par des considérations d’ordre non pas dogmatique mais canonique 2 .

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