Chronicon, ad A. no 5 , dans P. L., t. GLIV, col
a. Ibid.
3 . P. Scheffer-Boichorst, Annales Palherbrunnenses, etc., p. 110, Innsbruck, 1870. Ce passage du chroniqueur de Paderborn a été copié par YAnnalista Saxo.
C’est à cette circonstance que nous devons la conservation du texte. Au xv® siècle, lorsque Gobelinus Persona a utilisé les Annales de Paderborn, il les a ainsi résumées : « Eodem anno Gevehardus Constantiensis episcopus Apostolicae sedis legatus, in sabbato hebdomadae Pentecostes in Goslaria ordines celebrans, per manus impositionem restituit suspensos ab ordinibus seu executione ordinum. Et archiepiscopus Moguntinus eodem die ordines celebrans in Hilgenstadt eo die de episcopatibus supra dictis venientes restituit, auctoritate apostolica supradicta. » cf. Gobelini Personae Cosmodromii aetas VI, dans H. Meibomius, Rerurn gcrmanicarum tomitres, t. I, p. 2G4, llelmaestadii, 1688. On voit comment l’auteur du xv® siècle a déformé les renseignements si précis fournis par celui du xii". La tenue différente des clercs ordonnés par Henri de Paderborn et par Odo d’Hildesheim est passée sous silence. La réconciliation de ces clercs devient la levée d'une suspense. Gobelinus Persona n’a rien compris ni rien maintenu des nuances de la chronique de Paderborn.
LA RÉCONCILIATION DES CLERCS ALLEMANDS
Ce passage est resté jusqu’ici inexpliqué. Comme il est décisif, pour l’histoire que nous étudions, avant d’en donner la clé, un mot sur les garanties exceptionnelles que présente ce témoignage. Il a été écrit par un chroniqueur contemporain *, demeurant dans le pays, et s’intéressant spécialement à l’histoire de la Saxe et surtout des diocèses d’Hildesheim et de Paderborn. Cet écrivain était un moine du couvent d’Abdinghof, à Paderborn; Gumbert, son abbé, était originaire d’Hildesheim.
Le couvent fut donc mêlé intimement aux événements de cette restauration religieuse. Les ordinations, surtout, ont dû être remarquées dans ce milieu monastique, qui comprenait très probablement des clercs atteints par les mesures du légat. Et en réalité, le chroniqueur a été très frappé des faits qu’il a vus. Il a noté surtout le cérémonial inusité des ordinations de Goslar et d’Heiligenstadt. N’attendons pas de lui un exposé théologique; il raconte ce que tout le monde a vu. En plus des ordinands qui se présentaient pour la première fois aux divers ordres, on vit, à Goslar, d’abord des clercs ordonnés par Odo d’Hildesheim; ils étaient comme nous dirions aujourd’hui in nigris ou en costume de ville. On vit enfin des clercs ordonnés par Henri de Paderborn : ceux-ci étaient revêtus de l’aube et portaient leurs autres insignes. A Heiligenstadt, y eut-il ces trois catégories de clercs? Peut-être; mais le chroniqueur ne mentionne que la première et la troisième.
Comment interpréter ce texte? A quels rites sacramentels correspondent ces différents termes? Tout s’explique si l’on se rappelle les décisions du concile de Plaisance, et le cérémonial prescrit par Urbain II, pour la réconciliation des clercs ordonnés en dehors de l’Église.
Et d’abord le chroniqueur ne nous dit rien des clercs ordonnés par Yinvasor Frédéric d’Halberstadt. C’est qu’ils ne furent pas admis à la cérémonie de la réconciliation. Au sujet de tels clercs ordonnés par un invasor, le concile de Plaisance avait décidé qu’ils pourraient être admis à l’exercice de leurs ordres,
i. Sa chronique existait encore au xv® siècle. Elle est aujourd’hui perdue. Mais comme elle a été très utilisée, au moyen Age, par les annalistes, la crilicpe historique a pu en reconstituer de longs morceaux, avec une certitude parfaite. Le mérite de cette reconstitution revient A Scheffer-Boichorst. On discute encore aujourd’hui certains détails de sa thèse ; mais les grandes lignes en sont universellement acceptées. Cf. P. Scheffer-Boichorst, op. cit., Introduction, P- 1-91.
PENDANT LA RÉFORME DE L’ÉGLISE
s’ils prouvaient qu’au moment de leur ordination, ils ignoraient la condamnation pesant sur leur consécrateur. Les clercs ordonnés par Frédéric d’Halberstadt n’ayant pu fournir cette preuve, on les aura considérés comme déposés in perpetuum .
Gomme on l’a vu, d’après le rituel fixé par Urbain II, les clercs ordonnés en dehors de l’Église devaient être réconciliés par une cérémonie comprenant, pour chaque ordre, la réitération de tous les rites de l’ordination correspondante, sauf Ponction.
Mais aux yeux du légat, il y avait une différence de valeur entre les ordinations d’Henri de Paderborn et celles d’Odo d’Hildesheim, et il voulut la marquer par une différence de rite.
Aux ordinations du 3 juin i io5, à Goslar et à Heiligenstadt, les clercs ordonnés par Henri de Paderborn, préalablement revêtus de l’aube et portant les ornements de leur ordre, ont été rangés parmi les ordinands. Ils devaient chacun recevoir la réitération de leur ordre, sauf Ponction. On leur appliqua intégralement le rituel primitivement fixé. La raison en est qu’ils avaient été ordonnés par un évêque consacré, en 1084, dans le schisme. Quant aux clercs ordonnés par Odo d’Hildesheim, ils se placèrent in nigris parmi les ordinands : c’est donc que leur réconciliation fut plus sommaire : ils reçurent seulement la réitération de l’imposition des mains. Pourquoi cette différence? C’est qu’Odo d’Hildesheim, bien qu’étant passé, en io85, au parti de l’antipape, avait été consacré, en 1079, par les catholiques.
On ne peut douter que cette différence de rituel ne soit une application de la théorie d’Urbain II sur la différence de valeur des ordinations faites en dehors de l’Église, suivant que le consécrateur a ou n’a pas été consacré par des catholiques L
Ge cérémonial suivi, sous Pascal II, par Gebhard de Constance, le légat et l’homme de confiance d’Urbain II en Allemagne, est une vérification de l’interprétation donnée plus haut de la doctrine d’Urbain II sur les conditions de transmission de l’ordre : différence réelle de valeur entre les ordinations célébrées en dehors de l’Église, suivant que le consécrateur a été ou non consacré dans l’Église, mais différence qui ne doit pas être exprimée par les idées de validité et de nullité.
i. Voir plus haut, p. 223-224 ; 22G-227; 244.
LA RÉCONCILIATION DES CLERCS ALLEMANDS